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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Il serait temps de vivre

Auteur Sujet: Il serait temps de vivre  (Lu 2104 fois)

Hors ligne sonadoré

  • Troubadour
  • Messages: 290
Il serait temps de vivre
« le: 11 Août 2016 à 00:40:30 »
Elle avait le visage insolent. Ses lèvres ne se touchaient jamais tout à fait, comme pour laisser l'espace à un sourire moqueur permanent. Ses cheveux étaient détachés, ça lui donnait un air de liberté et moi, ça me faisait penser qu'elle se sentait bien. Elle avait dans les yeux une certaine lueur que je croyais être celle de l'amour. Elle ne parlait pas souvent. Ou plutôt, elle se taisait beaucoup. Il n'y avait aucune timidité dans son silence, c'était un silence convaincu et profond, un silence dont je perçois encore les échos. J'ai une oreille qui entend bien plus fort les silences que les paroles.
   
    L'été a rendu l'atmosphère étouffante et sortir au-delà de l'ombre bienveillante paraît impossible. Le soleil a annulé ma session sportive du jour et je me retrouve seul dans l'immense appartement, sans idée précise de quoi faire du temps libéré par la chaleur. Par angoisse de la solitude, je m'attache à occuper mon ennui à me souvenir de ce qui a été agréable. Étant donné que le choix n'est pas très large, c'est ce souvenir qui revient régulièrement. Je me suis tant appliqué à me le remémorer que je ne peux même plus le situer précisément dans le temps et dans l'espace. C'est ce qu'on doit appeler la poésie de la vie : il ne nous reste que des fragments d'images, de sons, de sensations, et comme le moment nous apparaît incomplet, il est tout de suite embelli. Voilà pourquoi on ne retient que quelques phrases d'un livre, que quelques mots d'un discours, que quelques promesses d'une liste bien plus longue.
   
   Elle était en France pour quelques jours seulement, le temps de visiter la capitale. Elle faisait partie d'un groupe de touristes anglais, liés entre eux par les horaires des excursions et par les photos qu'ils prenaient des monuments, avec toujours ce même émerveillement dans la voix au moment de dire « Smile ! ». Les soirs, à la fin des visites guidées, ils redevenaient des touristes indépendants, et c'est moi qui devenait son guide, pour elle seule. Je lui faisais visiter Paris, elle me montrait l'amour du bout des doigts. Pour elle, je devais être un de ces éléments qui font le charme de Paris : un serveur romantique, les cheveux mi-longs et bouclés qui, d'un sourire bien placé, promettait une soirée sur les toits Parisiens. En quelque sorte, j'étais compris dans l'offre touristique.

   Je n'avais plus qu'à penser. Penser, encore et encore, le seul exercice du jour qui ne faisait pas aussitôt perler des gouttes de sueur sur mon corps habitué à l'automne annuel. Avec la pensée, ce sont des gouttes de souffrance, au mieux de désir, qui rompent avec l'immobilité de nos corps fatigués de ne rien faire. Je tiens dans ma main une bouteille d'eau encore fraîche avec laquelle j'asperge mon visage à intervalle régulier. Le ventilateur balaye mon torse que je n'ai pas pris la peine de recouvrir. Je suis seul dans l'appartement, et je n'ai pas honte de mon corps. Un jour, il a satisfait une jeune touriste Anglaise venue rencontrer Paris.

   Je me souviens avoir été étonné par la perfection de son bronzage. Dans mon esprit, l'Angleterre rimait avec une absence totale de soleil et j'imaginais les Anglaises aussi blanches que possible. Sa peau mate était lisse, ses lèvres roses à peine humides. Ma peau à moi était vierge de toute caresse et très vite, elle est devenue ivre de son toucher britannique.

- Tu m'as montré Paris, joli serveur, disait-elle en posant un doigt sur ma poitrine. Je me dois de te remercier.
- Je ne mérite rien, dis-je, moi aussi j'ai apprécié le moment et...
- Tais-toi, on n'entend plus les étoiles.

La chaleur a fait sauter les plombs et le ventilateur s'est arrêté. Les pâles de l'hélice ont peu à peu cessé de fouetter l'air et mes souvenirs ont cessé tout à coup de me transporter loin d'ici. L'inconscience a pris le relais et ce sont les rêves qui ont de nouveau fait affleurer les délicates gouttes sur mon corps épuisé de se souvenir. Il serait temps de vivre.
« Modifié: 19 Août 2016 à 10:35:10 par sonadoré »
Utopisme

Hors ligne Aïsha

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  • Théoricienne
Re : Il serait temps de vivre
« Réponse #1 le: 11 Août 2016 à 07:25:22 »
Salut Sonadoré,

Les corrections :

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


L'histoire teintée de romance reste classique, mais la lecture est agréable. Même si nous ne savons peu des deux personnages, c'est peut-être bien le dernier paragraphe qui explique le pourquoi. À mon sens, c'est une douce histoire bien écrite.

Merci de ce partage.

Hors ligne sonadoré

  • Troubadour
  • Messages: 290
Re : Il serait temps de vivre
« Réponse #2 le: 13 Août 2016 à 11:28:01 »
Merci beaucoup Aïsha, je m'empresse d'ajouter les corrections.
J'avais conscience que l'histoire était classique, mais j'ai eu envie de l'écrire et de la partager tout de même...
Utopisme

Onora

  • Invité
Re : Il serait temps de vivre
« Réponse #3 le: 13 Août 2016 à 12:05:19 »
J'aime beaucoup l'histoire mais je trouve que c'est un peu brouillon , les temps se mélangent et rendent la lecture pas très fluide...
je l'aurais plus vu écrit comme sa:

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Ce n'est que mon avis bien sur

Hors ligne sonadoré

  • Troubadour
  • Messages: 290
Re : Il serait temps de vivre
« Réponse #4 le: 13 Août 2016 à 12:20:47 »
Salut Onora !
Merci de ton commentaire et de ton effort d'avoir retravaillé les temps... Néanmoins, le côté "brouillon" que tu regrettes est un effet volontaire qui avait pour but de se fondre un peu plus dans le personnage qui lui-même est brouillon, perturbé par la chaleur, par son demi-sommeil, et par les souvenirs qui ne sont jamais exacts.
Au plaisir,
Sonadoré
Utopisme

Hors ligne Aïsha

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Re : Il serait temps de vivre
« Réponse #5 le: 15 Août 2016 à 00:49:00 »
Il faut savoir que le présent de l'indicatif indique le passé, le présent et le futur proche.

P. ex. : Je suis là dans dix minutes.

J'utilise du présent (je suis là) pour indiquer le futur (dans dix minutes).

Personnellement, j'adhère au style d'écriture de Sonadoré. J'utilise également ce style dans un de mes récits, et c'est également un effet volontaire.

Hors ligne Luv

  • Prophète
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Re : Il serait temps de vivre
« Réponse #6 le: 15 Août 2016 à 11:47:10 »
Une lecture agréable Sonadore
 ;)
J'ai aimé l'idée du souvenir incomplet qu'on embellit, c'est juste !
Merci de cette petite détente,
Luv



Hors ligne sonadoré

  • Troubadour
  • Messages: 290
Re : Il serait temps de vivre
« Réponse #7 le: 16 Août 2016 à 10:08:34 »
Merci Aïsha pour l'explication et ton soutien ;)

Et Luv, merci aussi, tes commentaires réguliers m'encouragent dans l'écriture... ;)

À bientôt !
Utopisme

Hors ligne sonadoré

  • Troubadour
  • Messages: 290
Re : Il serait temps de vivre
« Réponse #8 le: 19 Août 2016 à 10:32:34 »
Merci beaucoup pour ta lecture toujours aussi complète et instructive !
J'apporte certaines corrections que tu me suggères car que je les trouve très vraies.
Je tiens à te dire que je suis ravi que le texte t'ait plu dans l'ensemble, tu es un avis qui compte beaucoup pour moi.
Au plaisir !
Sonadoré
Utopisme

Hors ligne Manu

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 543
Re : Il serait temps de vivre
« Réponse #9 le: 02 Septembre 2016 à 20:18:57 »
.
« Modifié: 09 Juillet 2022 à 13:49:14 par Manu »

 


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