Coucou tout le monde !
Voici un petit texte qui est sorti de ma plume récemment et que j'avais du coup envie de partager.
Bonne lecture et j'attends vos ptits commentaires

Je me rends à l’aéroport, assis sur le siège passager de la Peugeot, à côté de l’homme qui me mit au monde. Celui-ci reste concentré sur la route, même s’il a l’air détendu. Rien ne peut échapper à son dur regard.
« Qu’est-ce que tu as prévu après, dans ta vie ? » je lui demande. « Dans un an, cinq ans, dix ans… Si tu y as pensé… »
Ma voix sonne timide, je le sais. Je vois ses lèvres se retrousser. Il réfléchit.
– Je ne sais pas trop. Beaucoup de choses pourraient changer d’ici là. Je verrai quand ça arrivera. Avec le temps, tout devient plus clair.
Nous nous taisons.
« Mais j’aimerais partir d’ici. C’est étouffant à la longue. On ne peut pas se déplacer tranquille. Ca devient même un enfer par moments. Je sais que ta mère voudrait rester, mais j’ai besoin d’espace. »
Il s’ouvre ; mes yeux ont mal. La vérité qui brille devant soi, il y a de quoi brûler la rétine.
« Et toi ? »
Il veut que je m’ouvre aussi, que je m’ouvre encore plus. Mais je lui ai déjà dit énormément, enfin je crois. J’ai encore mal. Il restera des cicatrices. De toute façon, les points de suture, c’est ça, mon esthétique.
– Je ne sais pas, je réponds.
Allez, un peu plus. Ce n’est qu’une égratignure, ça.
« Je suis encore en train de me construire, de voir ce que je veux devenir. J’ai quelques idées mais il faut que je les applique pour voir si cela me convient ou pas. »
Il hoche de la tête, toujours concentré sur la route.
« Je vais déjà voir ce que je ne veux pas ou ne peux pas devenir. Les choses seront plus claires avec le temps pour moi aussi. »
Cela fait déjà un point commun.
Pas un bruit, à part celui de la circulation. Les voitures se jettent sur l’autoroute les unes après les autres. Le paysage défile mais reste le même. Les mêmes arbres, les mêmes terrains, le même ciel, les mêmes nuages. Il interrompt le silence :
– J’ai vu qui tu étais. Avant que tu me le dises même.
Je me tourne vers lui.
« Tu es différent, tu le sais, ça. »
Je le sais et je souris.
« Je l’ai remarqué, ça. Tes manières de princesse. Une vraie… »
J’entends le mot qui me crispe. Je veux lui expliquer que…
Il ne comprendrait pas.
« Toujours très soigné, à en faire des tonnes. Toujours dans l’extravagance. J’ai déjà vu ça chez certaines personnes, j’ai su tout de suite que tu étais comme elles. »
J’entends « chacun ses défauts ». Mais c’est sûrement dans ma tête.
« Tu ne l’as pas remarqué ? Ca m’a fait sourire. A chaque fois, de loin, on te reconnaît. Sûr que c’est toi.
– Oui…
– Non mais c’est sûr. »
Je me referme. Les cicatrices ne doivent pas trop se voir après tout.
« Mais c’est ta vie après, tu fais ce que tu veux. Je ne peux pas te dire que je suis content ou pas. »
J’entends « je m’en fous ».
– Oui, c’est ma vie. Je voulais que tu sois au courant, c’est tout.
Il ne répond pas.
Nous arrivons à l’aéroport. Il m’accompagne jusqu’à l’enregistrement puis nous nous séparons. Il m’embrasse, je crois. C’est très rapide, dur à percevoir.
Quand je m’assois dans l’avion, je ne le sens déjà plus. Après tout, l’étranger, c’est moi.