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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateur: Claudius) » A l’heure indue de tout mourir

Auteur Sujet: A l’heure indue de tout mourir  (Lu 1904 fois)

Hors ligne pehache

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 468
A l’heure indue de tout mourir
« le: 10 avril 2016 à 19:39:52 »
A l’heure indue de tout mourir

Benoît qui disait « je suis ignorant
de ce que j’ignore », Benoît est mort.


***

A l’heure indue de tout mourir
de cet instant précis poreux
que peut-on dire même un peu
je suis ce peu qui va partir

***


A l’heure intense où l’on se quitte
jeteur d’éponge à moitié sourd
Oh ! J’aimais tant ce qui palpite
dans le défaut tendre du jour

***



C’est à rêver- que vaut le rêve ?
C’est à rêver que vie s’achève

***


A l’heure indue où tout nous mène
j’aimerais tant main dans la main
en un présent sans lendemain
m’offrir la joie de ton haleine
et m’en aller dans ton parfum

***


à l’heure hindoue
un doux sourire
à l’heure indue
juste un soupir

***

C’est à rêver que vie s’achève
tout s’effaçant vers le néant
en un dernier élan de sève
s’en aller sans ressentiment

***

à peu près

à l’heure exquise
valsez marquises
à l’heure inquiète
pas perdre une miette
à l’heure exacte
échec et mat

***
A l’heure indue de tout mourir que reste-t-il
de nos amours de nos envies quel reste d’elle
sur ta peau tant aimée trace rêvée d’un cil
à notre âme accrochés ténus des lambeaux d’îles

***


A l’heure de tout mourir indue
s’évader vers le temps du rêve
en sachant que tout est perdu
le temps l’espace et la vie brève

***


C’est, à l’heure indue de tout mourir,
indue, oui, le mot toujours fait sens,
l’instant où s’évanouit l’essence,
paradoxe auquel tout être aspire.

***


A l’heure indue tout nous ramène
la vie demeure inachevée
nous manque encor ce grand ave
comme échappé d’un bref hymen 

***


à l’heure indue de tout mourir
chaque seconde et chaque absence
à cette heure bien peu amène
à ce trop bref avant silence
nu de credo de tout amen
se souvenir de la Bohème

***

J’ai semé à tout va à tous vents
là à l’heure indue de tout mourir
je sens ces graines sous le divan
où je m’achève tout en rêvant
à ces semences souterraines

***


A l’heure indue en tout soudaine
se parfumer d’une violette
d’un mot aimé d’une silhouette
et s’en aller comme rengaine

***


A l’heure indue de tout mourir
qu’elle soit longue ou dense ou brève
dans le regret dans le sourire
c’est à rêver que vie s’achève


***

J’ai rêvé ma vie vaudou
J’ai rêvé je dors debout

***


vies s’achevant dans le rêvé
sous le glacier point le névé
galet poli  craché sans haine
à l’heure indue tout nous ramène

***

quelques ave mais pas d’amen
à l’heure indue bien peu amène
je ne crois pas qu’on la ramène
avant le saut           fatal hymen


***



à l’heure indue
douleur un dard
à l’heure où tu
mais c’est trop tard




c’est à rêver que vie s’achève
en s’effaçant terre nourrir
à l’heure indue de tout mourir
dans l’abandon bref de la sève


Bonheur j’entends sonner le glas
moi qui n’avais connu l’azur que par éclats
par bribes proférées vais-je enfin m’en saisir
à l’heure indue de tout mourir

***

La nuit engloutira nos rêves et nos peines
la longue et noire et vaine nuit d’où nous venons
l’absence en l’éternel repos ce puis sans fond-
à mes tempes je sens de tout amour la veine.

***



(posté ici jadis, mais ça a( pas mal?) changé)
« Modifié: 11 avril 2016 à 18:04:04 par pehache »

Hors ligne Mister Pim

  • Calligraphe
  • Messages: 139
Re : A l’heure indue de tout mourir
« Réponse #1 le: 10 avril 2016 à 20:48:33 »
Très beau. Aucune recherche de la rime pour la rime, la phrase file jusqu'à elle pour l'atteindre comme une cible qui fait corps avec les mots qui précèdent. Tu donnes aussi la main au symbolisme musicien, avec ces associations en reflets chargées d'arrière-pensées et d'arrière-sensations. On n'ose même pas relever les petites coquilles de peur d'arriver là-dedans comme un cheveu sur le velouté. Ce pui(t)s sans fond, notamment, et les tirets américains pas à la bonne taille et qui parfois collent aux mots. Cela a peu, si peu d'importance à l'heure indue de tout mourir. Merci de nous avoir fait partager cette belle musique, pehache. 
« Modifié: 11 avril 2016 à 03:48:08 par Mister Pim »

Hors ligne pehache

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 468
Re : A l’heure indue de tout mourir
« Réponse #2 le: 11 avril 2016 à 06:55:34 »
Merci.
Pour les tirets, et j'imagine que tu as raison, (C’est à rêver- que vaut le rêve ?) qu'aurais-je dû faire ?
Le "puis" sans fond est, en revanche, tout à fait volontaire. (Relis, tu verras.)
(D'autres "soucis" ? Tu dis notamment. Et si le lecteur ne les relève pas (ces temps-ci, je peux souvent dire "le" lecteur) qui le fera ?
En tout cas, ta lecture me redonne envie d'écrire alors que j'ai tendance à ne plus trop y croire.
« Modifié: 11 avril 2016 à 07:03:26 par pehache »

Hors ligne Mister Pim

  • Calligraphe
  • Messages: 139
Re : A l’heure indue de tout mourir
« Réponse #3 le: 11 avril 2016 à 09:12:40 »
Bonjour, pehache.

Arf... tu me pousses à faire du bruit pour parler musique et ce qui va suivre, je confirme, n'est que boucan. :mrgreen:

Pour le tiret, visiblement, tu utilises le tiret du 6 en guise de tiret cadratin (que j'appelle américain, ça fait moins précieux). Le cadratin taille normale s'obtient en faisant Alt Gr + tiret du pavé numérique, ou alors, taille intermédiaire, Ctrl + tiret du pavé numérique. A toi de voir après le rendu que tu souhaites au niveau de l'esthétique graphique (et je sais qu'en poésie, peut-être plus qu'ailleurs, tout est ouvert, tout est libre). Donc ça donnerait : C’est à rêver — que vaut le rêve ? /ou/ C’est à rêver – que vaut le rêve ? De même : l’absence en l’éternel repos — ce puis sans fond — /ou/ l’absence en l’éternel repos – ce puis sans fond –

A toi de voir ce que tu préfères, le grand ou le moyen tiret. Ou alors, si tu te fiches éperdument de ce cadratin, maintenir le tiret du 6 qu'on utilise pour relier deux mots entre eux alors que le cadratin joue plus la légère séparation.
« Modifié: 11 avril 2016 à 09:27:42 par Mister Pim »

Hors ligne pehache

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 468
Re : A l’heure indue de tout mourir
« Réponse #4 le: 11 avril 2016 à 18:10:02 »
N'y arrive, pour le tiret... (J'ai une barre, je quitte la page, etc.)
(Grrrrrrr!)
Sinon, un truc qui m'ébahit tjs, c'est de lire: 91 vu, 1 commentateur. Alors, même s'il y a des doublons des triplons, des... ça fait bien 20 lecteurs dont un seul commente.
Raison de plus, devrais-je me dire, pur être content que LE commentateur soit magnanime.

Hors ligne Mister Pim

  • Calligraphe
  • Messages: 139
Re : A l’heure indue de tout mourir
« Réponse #5 le: 11 avril 2016 à 18:36:55 »
Tu as un pardessus grisâtre à gros boutons ? Oui ? Ben enfile-le. Prends ensuite un regard splénétique dans lequel on peut lire le feu des passions les plus vives, un regard qui conserve sa froide et terrible lucidité. Fixe l'objectif comme tu fixerais le lecteur, ce monstre délicat, cet hypocrite lecteur, notre semblable, notre frère ! Et de ce pessimisme fondamental, de cette révolte contre la nature humaine et le dégoût que t'inspire la société satisfaite de sa médiocrité, essaie de trouver refuge dans la beauté.

Blague à part, maudit, je le suis autant que toi. Ma proposition de jeu Roman Interactif n'a fait qu'un intéressé : moi-même. Tu vois ? C'est pire encore. Que veux-tu ! Il faut se dire que nous ne faisons pas partie du club très fermé de MdE. Je ne vois pas d'autre explication. Y'a des dizaines d'auteurs capés avec des milliers de messages à leur compteur, pas un de ceux-là ne daigne jeter le moindre regard sur nous. J'sais pas comment faut faire ses preuves pour intégrer la loge, s'il y a 3 ou 4 enquêtes comme en Franc-Maçonnerie, mais visiblement, Pehache, on sent encore le poisson frais.
« Modifié: 11 avril 2016 à 18:40:38 par Mister Pim »

Hors ligne Café

  • Plumelette
  • Messages: 13
Re : A l’heure indue de tout mourir
« Réponse #6 le: 11 avril 2016 à 19:36:32 »
J'ai lu ce poème hier et je n'ai pu en dégager qu'une vague impression... de vague.
Ce poème ressemble à une vague, qui nous ramène toujours au rivage.
Si certains jeux de sons me semblent forcés, d'autres jouent une musique plus naturelle.
Le rythme oscille entre régularité et irrégularité. Personnellement, je préfère quand c'est soit l'un, soit l'autre. Cela reste subjectif.
Quoiqu'il en soit, il ressort de ce texte une impression de sentiment vague et éthéré. Quand je le lis, j'ai l'impression d'être au bord de la mer, de regarder l'eau aller et venir tout en écoutant mes (tes) pensées. Faire des bilans de la vie.

Je me pose toujours la question du, des sentiment(s) qui a, ont pu conduire à l'écriture de ce poème.
Je l'ai apprécié, pas entièrement.
"On circule tout près de la mer, sur le bord de sa propre vie, revenant là toujours, sans trop savoir pourquoi, à cause du bleu sans doute, de la lumière qui change, des coques colorées des barques, du bruit léger du flot, du tintement des drisses contre les mâts..."

Hors ligne pehache

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 468
Re : A l’heure indue de tout mourir
« Réponse #7 le: 11 avril 2016 à 19:56:17 »
Merci de ton passage.
Ce n'est pas (pas du tout du tout du tout)  UN poème (peut-être ton souci de lecture vient-il de là ?)
Un ensemble, des variations, un thème sur lequel le saxo ou un autre instrument improvise.

Pour mieux te comprendre, j'aurais aimé que tu me dises où cela semblait forcé. Mais merci encore de ton retour.
« Modifié: 12 avril 2016 à 06:25:21 par pehache »

Hors ligne Café

  • Plumelette
  • Messages: 13
Re : A l’heure indue de tout mourir
« Réponse #8 le: 11 avril 2016 à 22:00:35 »
C'est un morceau composé de plusieurs poèmes.
Mais le sax explique tout.

Citer
à l’heure hindoue
un doux sourire
Ici, par exemple.
 
Et, là:
Citer
vies s’achevant dans le rêvé
sous le glacier point le névé
"On circule tout près de la mer, sur le bord de sa propre vie, revenant là toujours, sans trop savoir pourquoi, à cause du bleu sans doute, de la lumière qui change, des coques colorées des barques, du bruit léger du flot, du tintement des drisses contre les mâts..."

Hors ligne pehache

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 468
Re : A l’heure indue de tout mourir
« Réponse #9 le: 12 avril 2016 à 06:27:40 »
Je t'entends (s'il n'y a que là, pour toi, ça va).
Il y a bien, pour moi, sens au-delà des sons, mais il est vrai qu'il est moins accessible, sans doute,, qu'ailleurs.
Merci de ta réponse.

Hors ligne pehache

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 468
Re : A l’heure indue de tout mourir
« Réponse #10 le: 12 avril 2016 à 18:35:25 »
[je veux bien être banni pour ce double post, mais c'est irrépressible- j'avais oublié le principal,le VITAL.... Et pis... le coup est parti tout seul


Je n'avais pas répondu (ci-dessus) à la question du flou, du vague.
Je prends cette "critique" (tu semblais insatisfait de la chose- et je ne te le reproche en rien!) au mieux.
Oui, j'ai tendance à croire que c'est aussi  ça, la poésie, pas quand on versifie plus ou moins habilement (et parfois fort élégamment et je m'y adonne modestement moi aussi mais on s'en fout un peu- revenons au sujet:) encore plus, je le crois, quand  elle tente de saisir l’insaisissable que pour répéter (en joli) ce qu'on pourrait dire platement mais probablement plus justement.
Merci encore d'avoir exprimé ton ressenti.
Amicalement, péhache.

Hors ligne Café

  • Plumelette
  • Messages: 13
Re : A l’heure indue de tout mourir
« Réponse #11 le: 13 avril 2016 à 12:08:42 »
Je viens justifier ton double post en précisant que j'aime autant le flou que le net, en poésie. Tout dépend ensuite du contexte.
Au plaisir de te lire encore.
"On circule tout près de la mer, sur le bord de sa propre vie, revenant là toujours, sans trop savoir pourquoi, à cause du bleu sans doute, de la lumière qui change, des coques colorées des barques, du bruit léger du flot, du tintement des drisses contre les mâts..."

Hors ligne Luciole87

  • Calligraphe
  • Messages: 138
Re : A l’heure indue de tout mourir
« Réponse #12 le: 14 avril 2016 à 12:59:05 »
Y'a un côté baroque du XVIIe dans ce que vous écrivez. Un côté virtuose au sens musical. Ce n'est pas dénué de charme.

Hors ligne pehache

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 468
Re : A l’heure indue de tout mourir
« Réponse #13 le: 14 avril 2016 à 20:44:15 »
Merci.
Luciole j'aurais préféré une filiation  veerlainienne, le baroque m'est (pas Agrippa, quand même- et justement) étranger.

 


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