La rosée du matin perle sur le bois vieilli du vasistas.
Timidement, la lumière hivernale filtre dans l’oeil pâle de mes peurs.
Ce matin, le froid n’est pas si rude. Je dirais même que le petit jour me fait une faveur.
Et pourtant.
Mes muscles engourdis et mes membres endoloris se meuvent avec peine. Mon sang se glace.
Petite, sur le parquet elle fait ses pointes.
Un, deux, trois.
J’observe dans un miroir brisé le reflet d’un corps devenu étranger.
Grotesque. Nu.
Le regard éteint, les lèvres déformées en un rictus morne, tu te déhanches, désabusée.
Je déglutis.
Qui es-tu, mauvaise ?
T’ai-je un jour rencontrée, cachée sous tes cernes ?
As-tu jamais quitté cette ombre terne ?
Dans tes traits creusés sont mortes tes amours d’été.
Pointes, demi-pointes, arabesques.
Ton rouge à lèvres trop rouge et ton rimmel trop sale ont souillé ta dignité.
Traînée.
Même le parfum musqué sur ta peau de cuivre ne saurait déguiser l’odeur putride du foutre de tes amants passés.
Traînée.
Les bleus sur tes cuisses, tes hanches, ton ventre, tes seins ont presque disparu.
Le vent s’est tût.
Les arbres morts ont cessé de danser.
Rachitiques, L’écorce craquelée, ils s’évanouissent.
Vide. Tu sers le tissu de tes draps, cherchant la chaleur de celui que tu aimes.
Mais tu as froid.
Tu es glacée et ne sais plus danser.
Son odeur s’évapore mais la violence de son être secoue toujours tes sens.
Les musiciens ont cessé de jouer.
Je t’édifie sur l’orgue silencieux.
Dans l’armoire, une bouteille de verre, dissimulée, une goutte de whisky dans mon café.
Trop amer.
Tu ériges ton lit dans la toile hivernale, ivoire, tranchante.
Offrande stérile, charogne puante,
Les vautours se sont mis à chanter.