Peut-être est-ce un peu télescopé je ne sais pas... Le texte est amené à être corrigé de toutes façons. Soyez sincères les gars, rien ne me vexera !
PREMIERE PARTIE
- I -
Un écho s’insinuait dans les choses et les corps, si bien que tout semblait se recouvrir de ces voiles irréels qui hantent et qui inspirent. Il faisait encore nuit, on ne percevait rien. Seules étaient les formes qui se diluaient dans d’apaisantes nappes de bleu.
***
Une jeune fille courait à travers la forêt. Pour elle qui fuyait de tout son être, l’endroit n’avait rien de paisible, il n’était qu’un amas de figures lourdes et menaçantes auquel elle tentait d’échapper. C’était pourtant le repère des Muses, dont on disait qu’il éveillait à la beauté du monde et débarrassait des pensées prosaïques. Mais la jeune fille ne pouvait le contempler, car elle courait à perdre haleine, sans savoir où aller ni que faire. Sa course rendait les choses plus abstraites encore ; sa peur achevait de tisser l’univers de courbes ondulantes qui chahutaient tout autour d’elle. Aussi la jeune fille peinait-elle à trouver le chemin.
Où vais-je ? Les Muses lui répondaient que ça n’avait pas d’importance, qu’il fallait simplement s’effacer, comme les enfants qui écoutent et se taisent, mais l’écho était si fort qu’elle ne les entendait pas. Elle n’entendait que cette voix de femme, peut-être de mère, lointaine, qui lui murmurait sans cesse ces mots :
Regarde
vers les brèches de la forêt,
elles qui accueillent
si de leur beauté tu t’imprègnes. Les lucioles éclairaient parfois sa silhouette. On distinguait alors les lambeaux de sa tunique et de ses larges braies, desquelles jaillissaient ces bandelettes fendant non sans poésie l’air de la presqu’aube, elles qui donnaient à la jeune fille des allures de fantôme, qui la rendaient si humble et si fragile. Mais si ses regards perdus offraient à la forêt un peu de son innocence ; intangibles, sacrés demeuraient les horizons de sa chevelure. On imaginait un mur étreint par des tiges de lierre tombantes dont le vent aurait doucement fait se balancer les feuilles. A ces boucles châtain les Muses rendaient hommage.
La jeune fille s’arrêta pour reprendre son souffle. Elle prit alors conscience de ce qui l’entourait. Elle vit les cimes noires et l’herbe bleue, l’oiseau caché par les branches, l’espace vibrant entre les arbres. Elle s’assit sur un tronc, sentit le bois charbonneux s’égrener puis se perdre dans la terre, et s’assoupit quelques instants, en hôte conviée au banquet de la nature. Au bord de sa conscience, la voix de femme lui murmurait encore des choses qu’elle ne comprenait pas. Elle préférait l’entendre sans méditer le sens de ses paroles, son intonation suffisait à l’apaiser et à la guider. La jeune fille se souvint alors de la première fois qu’elle l’avait entendue. C’était dans la maison, elle était alitée. Le vieil homme veillait sur elle, comme il avait coutume de le faire. Il se confondait toujours en gestes tendres, en mains tendues vers elle. Elle le considérait comme son père, peut-être l’était-il d’ailleurs. Ce jour-là, il lui donnait à manger quand la voix de la femme emplit sa pensée.
Mélia tu dois partir,
Le monde est vaste et ce vieil homme
Que tu penses être bienveillant
Ne te guidera pas
Sur les sentiers de l’âme. Elle était la première personne à lui parler – le vieil homme n’avait jamais rien dit – et lui avait donné un nom. Il n’en suffisait pas plus à la jeune fille pour lui accorder sa confiance. Mélia lui demanda alors ce qu’elle devait faire. La voix lui répondit que parfois, le vieil homme s’absentait pendant quelques jours et qu’il fallait attendre ce moment pour quitter la maison et s’enfuir. Des semaines durant, elle lui décrivit les forêts, mosquées du monde. Mélia ne s’imaginait pas toujours les choses, car elle n’avait jusque-là perçu que la pénombre et l’écho de la maison, mais elle devenait chaque jour plus enthousiaste à l’idée de voir et de sentir. Un jour, comme lui avait décrit la voix, le vieil homme quitta la maison. Avec beaucoup d’efforts, Mélia réussit à sortir de son lit mais fut retenue par un cri qui semblait ne provenir de nulle part. Elle eut beau regarder de tous les côtés, il n’y avait personne. Pourtant quelqu’un hurlait de désespoir, on l’entendait même parfois respirer. En tendant l’oreille, Mélia perçut plusieurs souffles.
- Mère, sont-ce des fantômes ?
- Non Mélia, d’autres personnes vivent ici.
- Pourquoi ne doivent-elles pas partir elles aussi ?
- Je ne peux les en persuader, car elles ne peuvent encore m’entendre.
- Sont-elles heureuses ?
- Elles ne sont ni heureuses, ni malheureuses. Mélia poussa la porte. Les yeux du monde se posèrent alors sur elle et lui offrirent leur bienveillance en présent de vie. La clairière qui abritait la maison devint une rivière. Les arbres, les rochers étaient désormais des fleurs et des montagnes. Tout se transformait. Apeurée, Mélia se mit à courir vers la forêt qui lui paraissait pourtant si menaçante et ne se retourna plus. Derrière elle ne demeurait qu’un jardin perdu dans la nuit.
***
A son réveil, Mélia reçut de l’aube goutte à goutte. Le ciel arborait encore une couleur bleu foncé mais on voyait tout de même la brume percer les troncs. Elle reprit alors sa route plus sereinement. Les petits arbres du matin dessinaient le chemin.
Mélia quitta finalement la forêt sans encombre – à peine quelques flaques d’eau et le bruit des oiseaux – et s’effondra à la lisière.