Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

05 Juillet 2026 à 05:25:37
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Aux Yeux du Monde

Auteur Sujet: Aux Yeux du Monde  (Lu 1233 fois)

Vislain

  • Invité
Aux Yeux du Monde
« le: 30 Novembre 2015 à 12:14:42 »
Peut-être est-ce un peu télescopé je ne sais pas... Le texte est amené à être corrigé de toutes façons. Soyez sincères les gars, rien ne me vexera !

PREMIERE PARTIE

- I -

   Un écho s’insinuait dans les choses et les corps, si bien que tout semblait se recouvrir de ces voiles irréels qui hantent et qui inspirent. Il faisait encore nuit, on ne percevait rien. Seules étaient les formes qui se diluaient dans d’apaisantes nappes de bleu.

***

   Une jeune fille courait à travers la forêt. Pour elle qui fuyait de tout son être, l’endroit n’avait rien de paisible, il n’était qu’un amas de figures lourdes et menaçantes auquel elle tentait d’échapper. C’était pourtant le repère des Muses, dont on disait qu’il éveillait à la beauté du monde et débarrassait des pensées prosaïques. Mais la jeune fille ne pouvait le contempler, car elle courait à perdre haleine, sans savoir où aller ni que faire. Sa course rendait les choses plus abstraites encore ; sa peur achevait de tisser l’univers de courbes ondulantes qui chahutaient tout autour d’elle. Aussi la jeune fille peinait-elle à trouver le chemin.

Où vais-je ?

   Les Muses lui répondaient que ça n’avait pas d’importance, qu’il fallait simplement s’effacer, comme les enfants qui écoutent et se taisent, mais l’écho était si fort qu’elle ne les entendait pas. Elle n’entendait que cette voix de femme, peut-être de mère, lointaine, qui lui murmurait sans cesse ces mots :

Regarde
vers les brèches de la forêt,
elles qui accueillent
si de leur beauté tu t’imprègnes.


   Les lucioles éclairaient parfois sa silhouette. On distinguait alors les lambeaux de sa tunique et de ses larges braies, desquelles jaillissaient ces bandelettes fendant non sans poésie l’air de la presqu’aube, elles qui donnaient à la jeune fille des allures de fantôme, qui la rendaient si humble et si fragile. Mais si ses regards perdus offraient à la forêt un peu de son innocence ; intangibles, sacrés demeuraient les horizons de sa chevelure. On imaginait un mur étreint par des tiges de lierre tombantes dont le vent aurait doucement fait se balancer les feuilles. A ces boucles châtain les Muses rendaient hommage.
   La jeune fille s’arrêta pour reprendre son souffle. Elle prit alors conscience de ce qui l’entourait. Elle vit les cimes noires et l’herbe bleue, l’oiseau caché par les branches, l’espace vibrant entre les arbres. Elle s’assit sur un tronc, sentit le bois charbonneux s’égrener puis se perdre dans la terre, et s’assoupit quelques instants, en hôte conviée au banquet de la nature. Au bord de sa conscience, la voix de femme lui murmurait encore des choses qu’elle ne comprenait pas. Elle préférait l’entendre sans méditer le sens de ses paroles, son intonation suffisait à l’apaiser et à la guider. La jeune fille se souvint alors de la première fois qu’elle l’avait entendue. C’était dans la maison, elle était alitée. Le vieil homme veillait sur elle, comme il avait coutume de le faire. Il se confondait toujours en gestes tendres, en mains tendues vers elle. Elle le considérait comme son père, peut-être l’était-il d’ailleurs. Ce jour-là, il lui donnait à manger quand la voix de la femme emplit sa pensée.

Mélia tu dois partir,
Le monde est vaste et ce vieil homme
Que tu penses être bienveillant
Ne te guidera pas
Sur les sentiers de l’âme.


   Elle était la première personne à lui parler – le vieil homme n’avait jamais rien dit – et lui avait donné un nom. Il n’en suffisait pas plus à la jeune fille pour lui accorder sa confiance. Mélia lui demanda alors ce qu’elle devait faire. La voix lui répondit que parfois, le vieil homme s’absentait pendant quelques jours et qu’il fallait attendre ce moment pour quitter la maison et s’enfuir. Des semaines durant, elle lui décrivit les forêts, mosquées du monde. Mélia ne s’imaginait pas toujours les choses, car elle n’avait jusque-là perçu que la pénombre et l’écho de la maison, mais elle devenait chaque jour plus enthousiaste à l’idée de voir et de sentir. Un jour, comme lui avait décrit la voix, le vieil homme quitta la maison. Avec beaucoup d’efforts, Mélia réussit à sortir de son lit mais fut retenue par un cri qui semblait ne provenir de nulle part. Elle eut beau regarder de tous les côtés, il n’y avait personne. Pourtant quelqu’un hurlait de désespoir, on l’entendait même parfois respirer. En tendant l’oreille, Mélia perçut plusieurs souffles.

   -   Mère, sont-ce des fantômes ?
   -   Non Mélia, d’autres personnes vivent ici.
   -   Pourquoi ne doivent-elles pas partir elles aussi ?
   -   Je ne peux les en persuader, car elles ne peuvent encore m’entendre.
   -   Sont-elles heureuses ?
   -   Elles ne sont ni heureuses, ni malheureuses.


   Mélia poussa la porte. Les yeux du monde se posèrent alors sur elle et lui offrirent leur bienveillance en présent de vie. La clairière qui abritait la maison devint une rivière. Les arbres, les rochers étaient désormais des fleurs et des montagnes. Tout se transformait. Apeurée, Mélia se mit à courir vers la forêt qui lui paraissait pourtant si menaçante et ne se retourna plus. Derrière elle ne demeurait qu’un jardin perdu dans la nuit.

***

   A son réveil, Mélia reçut de l’aube goutte à goutte. Le ciel arborait encore une couleur bleu foncé mais on voyait tout de même la brume percer les troncs. Elle reprit alors sa route plus sereinement. Les petits arbres du matin dessinaient le chemin.

   Mélia quitta finalement la forêt sans encombre – à peine quelques flaques d’eau et le bruit des oiseaux – et s’effondra à la lisière.
« Modifié: 30 Novembre 2015 à 12:24:54 par Vislain »

Hors ligne barnacle

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 204
Re : Aux Yeux du Monde
« Réponse #1 le: 30 Novembre 2015 à 16:47:06 »
La coloration grecque donne le sentiment que c'est la réécriture d'un mythe ou d'un thème particulier - mais je ne reconnais pas. Est-ce que je devrais connaître pour comprendre ?
Il y a clairement des éléments rappelant le mythe comme genre dans le degré d'abstraction que ça peut prendre. C'est plus ou moins réussi. J'aime la figure du vieil homme silencieux, la voix de la mère et les différentes idées qui semblent s'accumuler dans cette forêt (plus peut-être que la description dans le détail elle-même).
Mais il y a au moins un gros point à revoir à mon sens, et c'est l'introduction (jusqu'à "nappes de bleu"). En l'état, c'est plus qu'abstrait pour moi, c'est tortueux, à la frontière de l’abscons. Et je pense que le gros du problème n'est pas dans l'idée (que je devine vaguement) mais dans la formulation. C'est un peu mal dit en l'état.
Et ça ne m'a pas donné le sentiment d'être télescopé, non, pas vraiment. Il y a le sentiment que tu essayes parfois de peindre les choses belles avant de les peindre claires (une remarque plus qu'une critique), et il y a le fait qu'il manque la suite et que donc pas mal de jugements restent suspendus à ça.

Vislain

  • Invité
Re : Aux Yeux du Monde
« Réponse #2 le: 30 Novembre 2015 à 18:33:44 »
Salut !

Non non, il n'y a pas de réécriture d'un mythe, je trouve d'ailleurs généralement cette démarche assez élitiste puisqu'on demande au lecteur un certain bagage littéraire sans quoi le texte lui échapperait... Mais je pense que tu es dans le vrai lorsque tu dis qu'il y a une certaine parenté avec le genre du mythe, je suis très friand de mythologie grecque, j'imagine que ça a joué inconsciemment.

Ça m'intéresserait de savoir ce qui ne te plaît pas dans la description ! C'est peut-être un peu trop demander du coup mais.. Si des choses t'ont fait tiqué ou si le style de manière générale est à revoir, je suis prêt à assumer :)

Du coup je pense que je vais revoir l'introduction ouais. Je voulais que ça reste abstrait mais si effectivement c'est mal formulé et ça bloque complètement la compréhension du texte euh... Bon...

Citer
Il y a le sentiment que tu essayes parfois de peindre les choses belles avant de les peindre claires (une remarque plus qu'une critique)
Oui, je trouve que donner une tonalité poétique au langage permet déjà de mieux cerner les choses telles que je les conçois vraiment et offre plus de liberté à la lecture. Après il s'agit aussi de savoir si ça ne devient pas lourdingue à la longue et si c'est bien écrit ou non...

En tous cas merci pour ta réponse vraiment constructive !

Hors ligne barnacle

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 204
Re : Aux Yeux du Monde
« Réponse #3 le: 30 Novembre 2015 à 20:47:57 »
Ça m'intéresserait de savoir ce qui ne te plaît pas dans la description ! C'est peut-être un peu trop demander du coup mais.. Si des choses t'ont fait tiqué ou si le style de manière générale est à revoir, je suis prêt à assumer :)
J'y ai réfléchi et c'est difficile. La frontière entre question de goût et question de technique peut être ténue, et puis j'exprimais un sentiment général sans avoir un détail particulier en tête.
Mais en cherchant j'ai trouvé des choses, à prendre avec des pincettes :
Citer
Pour elle qui fuyait de tout son être, l’endroit n’avait rien de paisible, il n’était qu’un amas de figures lourdes et menaçantes auquel elle tentait d’échapper. C’était pourtant le repère des Muses, dont on disait qu’il éveillait à la beauté du monde et débarrassait des pensées prosaïques. Mais la jeune fille ne pouvait le contempler, car elle courait à perdre haleine, sans savoir où aller ni que faire.
"il n'était qu'un amas de figures lourdes (...)" : un peu lourd (précisément)
"dont on disait que" : je n'aime pas "dont" en général, que je trouve (idem) assez lourd ; là en particulier je préférerais quelque chose comme "connu/réputé pour"
"débarrassait des pensées prosaïques" : pas mauvais, mais ça manque encore un peu d'élégance, d'élévation
"ne pouvais le contempler" : contempler n'est pas le bon mot à mon sens - bien sûr qu'elle ne peut pas le contempler, mais elle peut faire encore moins que ça : elle ne peut pas s'y arrêter, le regarder vraiment, etc...

Citer
Elle s’assit sur un tronc, sentit le bois charbonneux s’égrener puis se perdre dans la terre
La formule est un peu trop condensée pour moi et je ne suis pas sûr d'en saisir pleinement le sens.

« Modifié: 30 Novembre 2015 à 20:52:13 par barnacle »

Hors ligne Véronika

  • Plumelette
  • Messages: 14
Re : Aux Yeux du Monde
« Réponse #4 le: 30 Novembre 2015 à 21:23:05 »
Bonsoir,

J'aime l'univers féerique dans lequel ce texte nous invite à pénétrer. J'aime aussi sa poésie.
Par contre, il manque pour moi de fluidité, n'est pas assez épuré pour que sa lecture coule; peut-être ton imagination n'est pas assez canalisée; il me manque de la matière concrète.
On attend la suite
Véronika

Vislain

  • Invité
Re : Aux Yeux du Monde
« Réponse #5 le: 01 Décembre 2015 à 22:47:03 »
barnacle : Je vais réfléchir aux corrections que tu proposes ! Merci en tous cas !

Véronika : Idem, c'est gentil :) Oui je viens de m'apercevoir que l'enchaînement des phrases ne coule pas de source...

Hors ligne sasafantasy

  • Plumelette
  • Messages: 14
Re : Aux Yeux du Monde
« Réponse #6 le: 02 Décembre 2015 à 15:34:41 »
Hello ;
Je trouve ton texte... très intéressant. J'aime cet univers dans lequel tu fais évoluer ton personnage, j’apprécie particulièrement les descriptions grâce auxquelles j'arrive presque à me visualiser cette forêt...
Je trouve par contre cela un peu étrange qu'elle fasse confiance à une voix de personne qu'elle ne connaît pas plutôt qu'à ce vieil homme qui s'occupe d'elle depuis toujours... Peut-être n'est ce que moi après ;)
En tout cas, je te souhaite une bonne continuation et j'ai hâte de voir la suite ^^
Lire fait rêver...

Vislain

  • Invité
Re : Aux Yeux du Monde
« Réponse #7 le: 02 Décembre 2015 à 23:58:31 »
sasafantasy : C'est gentil à toi :)
Le personnage de Mélia est au début de sa vie. Même si elle a l'apparence d'une jeune fille, elle n'a pas encore de véritable conscience. Alors elle obéit, pour peu que l'on semble accueillant. Après le personnage de la mère peut être aussi une sorte de personnification de sa conscience. C'est mon interprétation en tous cas, je pense qu'il y en a d'autres...

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.018 secondes avec 23 requêtes.