Salut tout le Monde, voilà..j'ai écris (je sais pas quoi dire d'autre tellement ca fait longtemps que j'ai rien posté). Du coup merci pour ce défi réeduc' de l'écriture Ceiht-L, même si je progresse très lentement et que mon rythme d'écriture est chaotique, ca fait plaisir. Et oui on m'a dit qu'après avoir commencé qu'il existe vraiment un arbre à bouteille, mais c'était trop tard, na.
Ca s'avère plus long que ce que je pensais, du coup je poste en deux fois, j'estime être à légèrement plus de la moitié là avec cette première partie.
Hésitez pas à dire ce qui peut ne pas aller, je suis peut etre un peu rouillé et je vois pas tout...
Bonne lecture! [!]Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
PREMIER ENVOI
« Cet étrange symbole que nous portons tous au village, en collier, est un héritage de famille. C’est le rite ancestral de notre communauté. Il nous est légué dès notre plus tendre enfance le jour où nous plantons notre premier arbre, à l’âge de l’éveil. Très souvent avant même d’avoir prononcé nos premiers mots. Pour beaucoup c’est le tout premier souvenir de notre vie. Mais en vérité, il représente bien plus que notre mémoire et celle de notre village. Il est l’histoire de notre Branche sacrée à tous, dépassant nos souvenirs de plusieurs millénaires. Il est la légende de notre arbre de vie, l’histoire de notre branche sacrée à tous !
Le noir et le blanc, le clair et l’obscur qui s’entremêlent en deux gouttes d’eau de vie. Deux gouttes blanche et noire dans un cercle, avec un point de la couleur opposée dans chacune. Il est notre passé et notre avenir, le nectar de nos racines qui puise en nous autant que l’on puise en lui : il nous révèle. Il représente si bien la vie… Peu sont ceux pourtant, de nos jours, qui savent que sa signification est encore plus ancienne que ce que l’on semble savoir, en fait…
- Oui, oui je sais tout ça. Chez nous aussi on connait ces légendes : le sage de notre village nous les apprend en cours d’herbologie.»
Cela faisait déjà bien une vingtaine de minutes que j’écoutais ce vieux croulant me raconter ses histoires que je connaissais par cœur, entendues jusqu’à l’écœurement dans ma jeunesse. Le vieux dégarni me regarda d’un air vitreux. Une méchante cataracte recouvrait l’un de ses yeux. J’osai à peine regarder mon sablier de poche. Ça devait faire plus de vingt minutes.
« Regardez, on possède le même symbole.»
Je tendai mon poing vers lui à hauteur de poitrine, pour qu’il voit bien mon bracelet de cuir relié du même logo. Silence. Des braises du feu entre nous crépitèrent. Il se pencha un peu, pour gratouiller sa longue barbe hirsute où quelques cendres s’étaient fichées. Il fixait mon bracelet avec l’intérêt d’un chat face à une grosse boule de poussière. Paresseusement.
« Le début de cette légende remonte à 200 ans avant le début de notre arbre. Bien que celui-ci ait plusieurs millénaires (personne n’a pu savoir son réel âge tellement il est imposant !), on sait grâce aux écrits sacrés que cette légende vient de précisément 200 ans avant notre arbre colossale. Oh, si haut et grand que le sol et ses racines nous sont invisibles !
Vous savez -une étincelle alluma soudainement ses yeux, comme s’il allait me confier un secret-, l’histoire de notre symbole vient en fait… du planteur de notre arbre lui-même! - Je soupirai.- Quel grand homme ce fut, à n’en pas douter ! Personne ne connait l’importance que revêtait notre symbole avant le grand arbre, celle qui lui était donnée à l’époque, c’est pourquoi l’héritage de notre créateur est si considérable : on peut dire qu’on lui doit le monde !
- Et pour ma question ?
- Un visionnaire, tout dans ses actes est visionnaire. Comment aurait-il pu savoir sinon, que nous, peuple blanc vivant dans l’obscurité, la nuit forestière permanente, et vous, peuple noir, vivant dans la lumière et la chaleur du soleil permanentes, partageraient la même Branche Sacrée ? Occasions célestes que nos rencontres si rares !
- Oui bon, oui. Bon. Justement c’est une occasion céleste là, ça serait bien d’en profiter !»
Il gratta sa maigrichonne jambe dans un bruit ténu de raclement de peau et de poils. Je perçu un conflit chez lui. Il semblait acquiescer à demi-mots, et à la fois son corps réfractaire se renfrognait sur lui-même. Il réajusta le col de son gros manteau laineux, dans un mouvement d’épaule fébrile. J’aurai aimé avoir une fourrure comme celle-là. Je n’avais que des habits d’été, avec comme seule vraie source de chaleur une cape épaisse achetée quelques jours auparavant. Cette contrée me glaçait le sang, et rien que de voir ces doigts fripés s’enfoncer dans une fourrure chaude ravivait mes engelures de pieds. Le temps de cette pensée pathétique, je loupai quelques phrases d’une importance capitale, perdues à jamais dans l’oubli de mon indifférence.
«Et c’est donc ce jour-là, dans les derniers jours de sa vie, que notre créateur trouva la graine sacrée. Elle était aussi grosse que son buste quand il la trouva. Si grosse que lorsqu’il voulut la porter, il trébucha et tomba lourdement dans une crevasse de vase.
Bloqué, prit au piège, il ne pouvait plus en sortir ! Il serra contre lui la graine comme seule bouée de sauvetage pour ne pas sombrer dans la vase mouvante. »
J’écarquillai les yeux aussi grands que possible, pour lutter contre la somnolence qui me prenait. Il dû prendre cela pour de la surprise ou de l’intérêt car son récit redoubla de passion.
«Malheureusement, ô grand malheur, cette vase devait être fortement toxique et une gastroentérite mystique le prit, poussant son calvaire au paroxysme. O martyr, si seulement tu ne t’étais pas cassé les deux jambes en tombant peut être notre histoire à tous aurait été différente ! »
Je tenais mes paupières grandes ouvertes entre le pouce et l’index. Peut-être les pitreries le perturberaient.
« Alors, dans les derniers soupirs de sa vie, il rassembla ses forces et grava sur un morceau de cosse arraché de la graine avec ses dents, notre symbole et la légende la plus sacrée de toute…
- Maudite soit-elle ! Dis-je. Le vieux opina du chef.
- C’est un moine de la confrérie des Branches Basses qui un jour de pluie trouva…
- Non c’est bon, s’en est trop ! Je m’en vais, je me débrouillerai autrement. Tant pis, j’en ai vraiment plein les conifères !
Je me levai d’un bond, sablier en main. Ca faisait à peine 15 minutes. Le vieillard s’agita, paniqué, soudainement alerte.
- Non, non ! Attendez, je vais tout vous dire !
- … Vraiment ?
- Laissez-moi juste finir cette dernière histoire, comment le moine comprit que la mystérieuse tache araignée n’était pas une énigme de plus du créateur, mais juste une tache de vomi !
- Ah ça non, jamais ! Mais bon sang, vous avez des dizaines de bouteilles en verre dans votre baraque, vous êtes le seul du village à en avoir autant ! De toutes les couleurs, de toutes les formes et surement remplit de plein de trucs qui schlinguent en plus, ça vous coute quoi de me dire où vous les avez eu ?!
- Ok… dit-il piteux. Je vais tout vous dire…»
Je me penchai vers lui resté assit, j’arborai un sourire pincé aussi poli que possible.
« Alors, il est où ce planteur d’arbres à bouteilles ?
- Je vais vous le dire.
- Dîtes-moi.
- Je vais le dire hein.
- Oui, bah dîtes-le !
- Même pas une dernière histoire ?
- …
- Je le dis donc…
- Voilà.
- C’est parti !
- Allez !
- …J’ai oublié.
- C’est une blague ?
- Non, non, j’ai oublié.
- Vous vous foutez de moi ?
- Mais non, puisque je vous dis que j’ai vraiment oublié ! Non mais ne partez pas, s’il vous plaît ! Laissez-moi raconter encore…
- MERDE ! Je pestai en envoyant valser le rideau de lichen faisant office de porte, mon gros sac à dos sous le bras.
- Revenez ! Pitié je me fais vraiment trop chier ici !
- Espèce de sale vieux shnock, j’en ai ma claque de vos histoires à la… à la…»
J’ai alors dû m’emporter un peu trop en criant. La maison du sage était située en plein centre-ville. Une trentaine de villageois immobiles, choqués, yeux globuleux, me fixaient sans avoir lâché de leurs mains ce qu’ils étaient en train de faire. Je senti comme un léger malaise.
«Euh… Bon Epicéa à tous !»
Ce que je ne savais pas encore à ce moment-là, c’est que dans cette région de la branche sacrée, souhaiter un bon épicéa était considéré comme la pire insulte possible. De l'ordre d'une malédiction sur plusieurs générations il me semble... Soixante globes oculaires m’observaient sous toutes les coutures, la gêne laissant progressivement place à un énervement, de plus en plus palpable. Je pouvais entendre leurs narines frémir et leurs dents grincer.
«J’ai dit une connerie là, non ?...
J’étais l’épicentre du village. L’aiguille dans une botte de foin enfin retrouvée. Respiration collective.
-RAAAAAAAAHHHHHH !
Tous se mirent à hurler en même temps, s’élançant d’un bond, toutes jambes devant pour m’attraper. Cela me prit une bonne seconde pour me rendre compte que je m’étais mis à crier aussi. Deux bonnes secondes de plus pour me rendre compte que mes jambes, elles, avaient eu l’intelligence de précéder ma bouche. Je détalais déjà à toute vitesse.
Fort heureusement pour moi, les gens de le la région des forêts des ombres étaient globalement plus petits et plus chétifs. Le manque de soleil sans doute. Je devais en principe pouvoir les distancer : à côté d’eux j’étais un goliath.
Pourtant, une dizaine d’hommes hurlant à pleins poumons continuait de me coller de près. Je m’essoufflai bien trop vite ! L’idée lumineuse d’arrêter de crier me traversa alors, l’air pouvait entrer à nouveau dans mes poumons. Décidément mon cerveau arrivait en bon dernier dans la liste de mes réflexes musculaires. Je me retournai pour constater avec soulagement que l’écart se creusait à vue d’œil.
Plok. Une chose lourde et non identifiée me frappa l’épaule, déséquilibrant ma course. La secousse avait manqué de peu de me faire tomber. Je senti la chose encore accrochée à mon épaule, me laissant une sensation chaude et gluante. Je l’arrachai d’un coup dans un bruit de succion, comme une ventouse avec une coquille dure et pleine de piques. Un escargraine !
Autour de moi, il en pleuvait ! J’entendais des bruits sourds tomber de tous les côtés dans l’herbe grasse, me manquant de peu. Le temps de jeter l’objet de ma surprise, que j’en senti un nouveau me coller dans le bas du dos dans un impact spongieux. Un rapide coup d’œil derrière me dévoila que ma dizaine de poursuivant à pied abandonnait la course, mais que c’était surtout pour laisser champ libre à l’autre vingtaine de personnes qui ne m’avait pas poursuivie, postée en ligne à l’entrée du village. Ils étaient partis chercher leurs crosse de lancés pour me canarder à coup d’escargraines monstrueux ! Je filai à toutes jambes dans la seule clairière qui menait au village, où l’herbe haute me chatouillait les cuisses sans me permettre de m’y cacher. Ma course en foulées hautes ressemblait plus un à cent mètres palmes qu’à une vrai course poursuite. Je manquai de m’étaler au sol en marchant sur une 'mine' escargraine, invisible dans ces herbes. Je boitillai à cloche pied sur quelques mètres, à cause des piques, en évitant une autre de justesse. La débâcle. Totale.
Note de voyage: les escargraines sont des escargots, mais poussant sur les arbres, tel des cocons attendant d’éclore. A ceci près que leur âge de maturité n’arrive qu’une fois qu’ils ont mangé toutes les feuilles de l’arbre sur lequel ils poussent. Une fois leur arbre porteur devenu trop faible pour soutenir ses fruits voraces, ceux-ci tombent au sol. La taille démesurée de leur carapace brune par rapport à leur corps leur permet de se protéger des prédateurs. Ils se trainent donc aussi loin qu’ils le peuvent avant de mourir (Généralement à une dizaine de mètres de là où ils sont nés.). Leur corps mort fait office de graine, protégé par la lourde coquille enfoncée dans la terre, d’où un nouvel arbre à escargraines peut pousser.
Une vraie cochonnerie à vrai dire qui peut s’avérer très envahissante, elle laisse rapidement derrière elle des forêts entières désertes et mortes. Chez nous on les éradiquait, car assez petits et rares. Dans cette région, on en trouvait en quantité prolifique à cause de l’humidité, et les habitants du coin avaient su en tirer profit, utilisant l’escargraine comme principale ressource de leur quotidien.
Après avoir réussi à quitter la zone de tir et m’être assuré de les avoir définitivement semé, je pansais mes plaies en ruminait. Chaque « smurf » d’escargraine que je décollai de ma peau était une pensée en plus contre mon village.
« Allez vas-y, c’est la chance de ta vie ! » qu’ils disaient. Smurf. On voit bien que ce ne sont pas eux qui se coltinent tout ce voyage. En plus ces sales bestioles laissaient des marques rouges… Je ressemblais à une coccinelle à pois rouges… Le maire, smurf, lui je le retiens celui-là ! J’envoyai valser rageusement au loin le gastéropode. Plus que trois. Rencontrer des gens, voir du pays, trouver un sens à tout ça en acceptant et réussissant cette quête ! Tu parles, beaucoup de beaux mots…
Durant les deux lunes qui venaient de passer, j’avais en effet vu du pays… En comparaison, ces étranges mangeurs de coquilles n’étaient pas ceux qui m’avaient le plus mal accueilli...
Après avoir quitté mon village et dépassé les derniers villages alentours, j’avais parcouru des kilomètres de désert. Manquant au passage de tomber amoureux du mirage d’une fille nue aux cheveux de cristal, qui s’avéra en réalité n’être qu’un gros perroquet béluvien picorant une bouteille cassée. Indubitablement une piste me dis-je alors dans mon délire. Et ce fut pendant des jours ma piste la plus sérieuse…
J’étais ensuite tombé sur un peuple de chasseurs marins ayant l’habitude de pêcher le poisson à la main, lâchés au fond du lac en scaphandre. Ils m’ont pris pour une sèche terrestre. Leur coutume la plus remarquable consistait à porter comme masque la tête momifiée de leur plus grosse prise -ce qui se résumait pour beaucoup à un simple petit chapeau-. La peur de cette course poursuite, m’avait forcée à poursuivre mon chemin dans une direction incertaine. Comme souvent dans ce voyage, le hasard des rencontres m’avait fait avancer à l’aveugle.
J’avais ensuite dû traverser les marais de sève où, au cours de la traversée, un vieux passeur dépressif m’avait plus d’une fois fait la frayeur d’un suicide collectif. Ses yeux et sa voix tremblotante ne quittèrent pas un seul instant le fond du lac, où gisaient cristallisés dans le fond, plusieurs générations de passeurs malchanceux. Il m’avoua tout de même avoir fait passer plusieurs fois un homme étrange avec des petites bouteilles en boucle d’oreille. Une information que personne ne put jamais me confirmer, même chez ceux qui m’affirmaient avoir croisé le planteur.
La partie la plus étrange du voyage fut sans aucun doute en arrivant aux abords de la Grande Forêt. Là dans la plaine en lisière des arbres, se réunissait toute une immense communauté de bohémiens, planteurs, troqueurs, profiteurs de poudres, plantes et champignons en tout genre. Une immense fête qui semblait durer depuis des générations, et surtout où les bouteilles proliféraient en quantité étonnante. Je soupçonnais le planteur d’avoir passé un bon séjour ici. Investi corps et âme dans ma quête, j’essayais donc pendant plusieurs jours de m’intégrer aux ‘habitants’ de cette région, dans le seul but de leur titrer les vers du nez. Evidemment.
Malheureusement, la seule chose que j’appris fut un nombre assez important de noms de drogues que j’aurai pu en écrire une encyclopédie ; poudre de perlimpinpin, poudre de cheminette, poussière d’étoile, trompettes sournoises, infected mushroom
[ !] etc… Et j’en passe, car je dois bien avouer que ma mémoire, entre deux discussions avec des dragons des sables polymorphiques (où était-ce des puces géantes à têtes humaines ?), me fait encore défaut. Je ne raconterai pas ce passage en rentrant tiens.
Je m'étais ensuite enfoncé dans l’ombre et le froid, pour finalement me faire canarder d’escargraines.
Smurf.
Bien sûr j’avais rencontré des gens et des lieux plus normaux, plus accueillants, tout n’avait pas été que mésaventures, c’est vrai… Au final, une seule constante dans ce voyage : l’impossibilité de trouver ce maudit planteur d’arbres à bouteilles. Deux lunes, deux lunes et je n’avais toujours aucune piste sérieuse. A chaque village ou caravane itinérante que je rencontrais je trouvais bien un paysan, un gamin ou une vieille aveugle qui me disait l’avoir vu passer, il y a une lune ou quelques jours auparavant. Le problème était que les directions indiquées étaient tout le temps contradictoires, me donnant uniquement l’impression pure et simple de tourner en rond. En fait La seule certitude que j’avais pu dégager de tous ces jours, c’est que ce planteur était indéniablement et systématiquement, toujours plus loin que l’endroit où je me trouvais. Smurf.
Impensable pourtant de rentrer au village sans avoir touché le but de ma quête, et de toute façon, j’étais allé trop loin pour faire demi-tour… Je devais peut être juste prendre un peu de repos, souffler un peu, prendre le temps réfléchir…
« Excusez-moi, euh, bon hortensia ! » Et allez. A tous les coups encore un autre.
Smurf. « Si c’est pour de la poudre d’escampette, j’ai déjà eu ma dose. » dis-je en me levant sans me retourner, de peur de lui faire avoir une crise cardiaque, rouge de partout que j’étais.
« Non pas du tout ! En fait, ça va vous paraitre bizarre, mais je vous ai vu depuis le village et… j’ai tout entendu.»
Je me retournai d’un coup, craignant qu’un guerrier peureux souhaite tout de même faire son devoir, prêt à me poignarder à coup de coquille dans le dos. Mais non pas du tout : l’homme se tenait un peu en retrait, tordant ses mains crispées sûrement moites, comme gêné ou préoccupé d’être là. Son visage plus halé que les autres me fit penser qu’il venait d’ailleurs, il me paraissant aussi plus robuste. Mais il n’avait pas l’air menaçant pour le moins du monde.
« Vous avez dû voir aussi. Ils ne m’ont pas manqué hein ?
- J’ai tout entendu pour le planteur de bouteille.
- Tiens tiens… Fis-je pensif. J’ai crié si fort ?
- Euh… Je dois vraiment répondre à ça ?
- Erm, non c’est bon en effet. Alors comme ça, le planteur d’arbre à bouteille ça vous parle ?
- Et bien, en fait, je peux dire que… Oui et non en quelque sorte… Ça pourrait surement vous aider dans tous les cas.»
Je soupirai. Ça sentait encore l’information vaseuse et peu fiable. Je me levai en remettant mon sac sur le dos.
«Enfin j’ai une petite idée là-dessus… Rajouta-t-il plus malicieux. C’est vrai qu’ils t’ont bien dérouillé ! T’es pas du coin, t’as jamais dû voir cette espèce je parie ? Tu sais que ça peut donner de l’urticaire du diable ceux qu’ils t’ont lancé là ? D’habitude les gens se rendent d’eux même en voyant les marques rouges de ces carapaces, t’as pas de chance la récolte des urticants a été bonne cette année.
- T’as pas l’air du coin non plus, comment t’es arrivé là ? J’essayai de m’empêcher de continuer à me gratter, imaginant la nuit horrible que je passerai. Monstres.
- Oh, non moi j’habite à côté ! J’ai de quoi te soigner chez moi, viens c’est par là. Il montrait un coin de forêt sans sentier. Je te montrerai aussi pour l’arbre à bouteille.»
Enfin quelqu’un qui semblait plus ou moins normal. Et voilà qui était plus intéressant. J’allais peut être enfin trouver quelque chose d’un peu plus sérieux, croiser un arbre me remettait toujours en piste. Je lui emboitai le pas en évitant branches et ronces qui se bousculaient pour me crocheter les pattes.
Tout en marchant, je l’interrogeais un peu sur sa vie, ce qu’il faisait là. J’appris qu’il s’appelait Ranelagh, et il s’avéra qu’il était plus vieux que je ne l’avais pensé au premier regard. En y prêtant attention, ses habits paraissaient usés, comme portés depuis de nombreuses années.
« En fait je viens du village à la base. C’est là que j’ai grandi. Mais je ne me suis jamais vraiment senti à l’aise… Je ne sais pas, comme si je n’arrivais pas à faire totalement partie communauté. A être comme les autres lié à des tas de gens indispensables pour moi, ce genre de choses, tu vois ?
- Je vois, oui.
- Du coup je suis parti construire ma maison à côté du village. Ils m’ont aidé en plus ! Je passais souvent, maintenant c’est très rare… Je n’arrivais plus à me faire à leur mode de vie très… à cheval sur les règles, au fil des années. Alors je me suis mis en quête, un peu forcé et depuis je voyage, parfois.»
Son récit était décousu, souvent hésitant il cherchait beaucoup ses mots. Il ne semblait plus habituer à tenir des discussions aussi longues. Ou du moins sur ce sujet. On arriva finalement à son refuge d’ermite. Une belle bâtisse faite de pierres, mais presque totalement recouverte de lierre et de branches, elle semblait noyée dans la végétation. Seule l’épaisse tenture rouge de la porte ressortait du paysage. Rien de comparable avec ce que les autres habitants de l’obscurité mettaient chez eux. Colorée et vive, on aurait dit une porte seule entre les arbres, venue de nulle part.
« Voilà, c’est là que j’habite. Ce que je veux te montrer est plus loin sur le chemin. –Un chemin qu’il semblait être le seul à voir…- Tu peux poser tes affaires, on reviendra pour soigner tes irritations de bave gasteropodique.
Je me stoppai.
- J’aime mieux garder mon sac. Il est loin l’arbre ?
- L’arbre ? J’ai dis qu’y’en avait qu’un ? Autant pour moi, suis-moi je vais te les montrer! »
J’exultai intérieurement. Je tenais surement vraiment quelque chose.
De toute ma vie je n’avais rencontré que des arbres à bouteilles isolés, se trouvant entre plusieurs villages. Il y en avait un par chez moi aussi. On s’y ravitaillait -comme pour tout ce qui nous est utile-même pour cette denrée il était plus facile d’en trouver en troc. Très prisées, très vite cueillit, ceux qui n’en connaissaient aucun emplacement et les retardataires n’y trouvaient plus rien, d’autant que le cycle de floraison de l’arbre était très lent. Je n’avais vu que deux fois un de ces fruits transparents et brillant de soleil pendre sur ses branches crochues. Un arbre intéressant, quoique pas du tout dans mon panel d’arbres préférés.
Je suivais Ranelagh dans les fourrés à grandes enjambées, piqué par la curiosité, et il accéléra le pas, lui aussi enthousiaste. Quelques dizaines de mètres plus loin, il ralentit pour me montrer une entrée entièrement cachée par les branches, les racines et feuilles des arbres au vert terne qui s’entremêlaient là en masse.
« J’aime souvent venir ici. C’est un endroit… reposant.»
Il s’engouffra entre les branches et je lui emboitai le pas sans réfléchir.
A l’intérieur, dans une petite clairière au ciel de branches sombres, quatre grands arbres à bouteilles faisaient office d’allée. Je les reconnu immédiatement par leur forme caractéristique, la moitié basse du tronc faisant plus du double de diamètre de sa moitié haute. En haut, de longues branches aux angles obtus, poussaient en pagaille dans une cohésion anarchique. Les pointes crochues pointaient vers le bas, protégeant ainsi la partie plus fine du tronc. Les deux arbres de devant étaient encore plus haut et imposants que les autres. La tête penchée en arrière, je contemplai les bouteilles qui s’y trouvaient, toutes de couleurs et de formes différentes.
Il y en avait des petites, larges, dans une couleur qui paraissait d’abord bleu métallique mais qui aux reflets hasardeux du soleil, prenaient une teinte violette. Un autre arbre portait des bouteilles plus allongées et rouges, éclatantes. Il faisait face à un spécimen aux bouteilles carrées et jaunes, totalement opaque. Le vent ne passait pas dans ce lieu, donnant l’impression d’être dans un autre espace, insonore. Pourtant on pouvait parfois entendre le léger tintement de deux bouteilles poussant trop près l’une de l’autre. Je comprenais mille fois que l’on veuille venir se reposer dans cet endroit.
« Tous les 2 ans, (c’est le temps de maturité pour ces arbres, ajouta-t-il) les gens de mon village viennent ici pour tout cueillir. Ca nous a donné une bonne réputation dans la région grâce à ça, elles se troquent pas mal. Mais ce que personne ne sait, c’est que chaque récolte fait l’objet d’une véritable cérémonie. Ils vouent presque un culte à ce lieu sacré. Des chansons sont chantées à sa beauté le soir autour du feu, presque tous les soirs en fait... »
Pauvre Ranelagh. Sa voix le trahissait, il devait souvent aller écouter ce qu’il se passe au village… Un ermite nostalgique ? C’est en tout cas comme ça qu’il avait dû entendre sa discussion avec le sage. Et ce lieu expliquait d’où venaient les bouteilles du vieux sénile. Pas étonnant qu’il n’ait rien voulu lui dire.
Ranelagh s’avança jusqu’au fond de la clairière pour aller s’assoir sur une pierre face à moi. C’est là, en flânant dans ce lieu magnifique et envoûtant, que je les vis juste derrière la deuxième rangée d’arbres. Deux tous petits et minuscules arbres, des jeunes pousses, très récemment plantées dans le même alignement que les autres. Leur forme de faisait aucun doute.
«Incroyable. Ils sont si récents! Non... Ne me dis pas que tu l'as vu ? Ou si dis le moi justement...
- Non malheureusement, ça serait trop beau sinon hein ? Ça date d’il y a une demi-lune environ. Je ne les ai vu qu’en rentrant de mon voyage. Je suis le seul au courant pour le moment, les villageois ne viennent ici que dans les grandes occasions. Les grands arbres ne seront totalement mures que dans une lune.
- Nouveaux d’une demie lune tu dis… Deux semaines de retard sur lui donc. Rah toujours trop de retard sur lui… »
Je pestai en posant mon sac à dos par terre, prêt à m’asseoir, las. Ca aurait dû être une bonne nouvelle, mais qui sait jusqu’où il avait pû partir en deux semaines…
«Héhé, mais justement, c’est pour ça que je te disais que j’ai ma petite idée… Quand je suis rentré, il y a quinze jours, sur tout le trajet du retour j’ai vu des traces de pas. Elles venaient dans ma direction. J’ai dû le rater de peu, car je n’ai pas croisé un péquin sur la route en amont ! Et voilà qu’arrivé ici pour faire une sieste, j’ai vu ça… Bref, je crois savoir où il est allé. C’est un chemin très peu fréquenté j’étais déjà étonné de voir que quelqu’un l’a emprunté, alors en plus si ça coincide avec la taille de ces pousses….
- ... Ranelagh, j’ai envie de te croire. De toute façon je n’ai aucune piste, c’est même la première fois que j’ai une direction aussi précise qui se présente. J’ai même envie d’être enthousiaste ! Ce lieu en lui-même était déjà preuve suffisante pour moi alors… Dis-moi… Tu pourrais me montrer le chemin ? Je t’en serai reconnaissant, tellement…
- Bien sûr. Mais avant, il faut que tu me dises : pourquoi tu veux le trouver lui ? Regardes, tu pourrais simplement prendre quelques bouteilles là, autant que tu veux si tu le voulais même ! Ça serait un drame pour le village, une déclaration de guerre c’est sûr ! Et je n’ose pas te dire ce qu’ils te feraient s’ils t’attrapaient. Je ne t’en empêcherais pas en tout cas. Ça serait bien fait pour eux, c’est dingue comme ça peut m’énerver comment ils peuvent être très étriqués, stricte à un point… Enfin sur des règles comme ça ils en font toute une histoire vitale… Ou alors c’est de la suffisance en plus de… Désolé, je dérive, ça m’arrive parfois...
- Euh d’accord… Je ne peux pas, simplement parce que quelques bouteilles ne suffiront pas à remplir ma quête. C’est le cas de le dire. Il me faut une poignée de graine, au minimum.
- Hm, je vois. Pourquoi un aussi grand sac alors ? Il a l’air un peu vide, je me suis dit que tu cherchais à le remplir.
Je le regardai la bouche pincée, le regard interdit, baissant mon regard sur mon sac gisant au sol.
- J’ai besoin de ce qu’il y a dedans.
- Pour ta quête ?
- Oui.
Il sembla réfléchir un peu.
- Ok, tu n’as pas l’air d’être un mauvais gars. Ramènes toi, on part.
- Où ? Attends, quoi tout de suite ?
- Bah ouaip, si on a deux semaines de retard sur lui ça va ne pas se faire tout seul. Tu comptais faire quoi ? Dit-il taquin, alors que j’étais encore un peu subjugué par la clairière.
- Rien... Enfin si, si bien sûr j’allais foncer. Je fais le chemin en courant d’habitude même. Faut pas croire.
- Ahaha. Premier voyage hein ? Comment tu t’appelles au fait ?
-Ouaip’. Moi c’est Rubert. »
On courut presque jusqu’à sa maison, passant en courant d’air le rideau de porte -décidément du rouge le plus intense qu’il m’avait été donné de voir-. Il me fit assoir rapidement sur une chaise et se précipita dans ses placards, fouillant bruyamment. Il attrapa enfin un pot.
« Tiens prends ça, frictionne toi bien avec ça fera partir toutes tes plaques. Les démangeaisons doivent commencer à être terribles, avec ça dans vingt minutes tu ne sentiras plus rien.
-Euh Ranelagh… C’est bien de l’ail ça?
- Oui, pourquoi ?
Je ne répondis pas mais ne pensai pas moins que, au lieu d’avoir la sensation d’être tombé dans les orties, j’aurai une odeur capable de repousser toute espèce vivante. Ou donner faim aux amateurs d’escargots au beurre persillé.
« A tout mal son mal légèrement plus supportable. » me dis-je en m’en frottant partout.
Pendant que je finissais mon traitement, Ranelagh lui s’activait dans tous les sens, remplissant un sac de voyage jeté à la va-vite sur la table du salon. Il saisissait des pots de nourriture, de la viande séchée et d’autres sachets avant de s’attaquer aux vêtements de sa commode. Je sortis ma carte de mon sac, histoire d’étudier un peu la question avec lui avant de partir.
«C’est dans quelle direction ta route ? Il s’arrêta net et éclata d’un grand rire franc.
- Pas besoin de cette carte, inutile pour là où on va !
- Hein ? Je l’ai acheté y’a même pas deux jours, j’ai toute ta région là ! Montre-moi au moins la direction si c’est loin !
- Comment te dire… L’entrée de la route est à la fois très proche, et pourtant si… Lointaine. Ça nous dépasse totalement, si je puis dire ! -Mon regard insistant le fit mettre fin à son suspens volontaire.- Ce n’est pas sur notre Branche Sacrée.
- Comment ça?
- Ca veut dire exactement ce que ça veut dire. Me lança-t-il avec un grand sourire tout en balançant son sac sur épaules.
- Mais… Attend comment…
- C'est là-bas que j'ai acheté mon rideau de porte. En route Rubert ! »
Une autre Branche ? Maudites soient-elles, les légendes pourraient donc être vraies ?
Quel est le but de la quête de Rubert? Vit-il vraiment sur un arbre gigantesque? L'auteur a-t-il au moins les réponses à ces questions? Vous aurez les réponses à tout ce suspens au prochain épisode, suite et fin pleine de révélations.