Bon, voilà, nouveau texte écrit entre deux épreuves de concours blanc.
En fait, ça m'est venu à la suite d'une phrase de Lo', peut-être qu'il s'en souviendra
(désolée, Lo', de te citer pour un tel texte
)
Bon. C'est un délire.
ce n'est pas sérieux du tout et ça n'a aucune prétention
donc soyez gentils, évitez les tomates, déjà ça fait mal et en plus ça salie .
J’attendais l’Inspiration. On m’avait promis qu’elle viendrait. Une belle fille toute délicate qui semblait légère…. Légère… mais ensuite que d’emportements ! Tu en seras fou !
Donc je l’attends. Il fait beau. Les oiseaux chantent, le parc est calme. Conditions idéales.
Je l’attends, écouteurs dans les oreilles.
J’espère qu’elle viendra vite.
16h, elle a dit.
Bon, dans quelques minutes, elle arrivera. Les minutes passent, les chansons aussi, toujours rien.
Elle n’aurait tout de même pas osé ?
Et si ! Elle m’a bien posé un lapin ! La perfide !
Un lapin ! À moi le noble conteur de la rue Saint-Jacques. Mais qu’est-ce qui lui a pris à cette fille ?
Un lapin. Elle m’a laissé un lapin. Elle voulait que j’en fasse quoi ?
Bon, c’est vrai, il était tout mignon tout plein avec ses grandes oreilles, une vraie peluche. Et puis cette façon de remuer son nez. Adorable. C’est un fait.
N’empêche que je ne comprends toujours pas. Que voulait-elle que je fasse avec un lapin ? Je sais même pas s’il me reste de la salade en plus.
Ça doit être un jeu, on se calme. Ou un test. Oui, ça devait être cela. Un test. Elle veut voir comment je vais réagir donc pas de panique. Montrer qu’on reste maître de soi. Réfléchir calmement. Il doit y avoir une signification.
À quoi tu peux me servir ?
Niveau communication, on est mal parti. Et arrête de me regarder comme ça, tu me fais peur.
Un lapin. Pas tellement envie d’écrire un truc sur la campagne. Ni sur un lapin. C’est idiot. Les histoires de lapins, c’est bon pour les enfants et les histoires du père Castor. Moi, je suis un écrivain sérieux, j’écris pas sur les lapins.
Un lapin. T’es mignon, mais j’aurais préféré un chat. Un chat, ça fait plus snob et plus écrivain. Un petit chat noir sur mes genoux. Au lieu de ça, j’ai une chose qui sent un peu fort et qui confond du céleri avec des écouteurs. Laisse ça !
On commence à me regarder. Vaut mieux rentrer. Au moins il est gentil, il n’essaye pas de se sauver. Tant mieux. Pas tellement envie de poursuivre un lapin dans Paris. On est dans une capitale tout de même. Pas à la foire. Un peu de dignité.
N’empêche, ça donne un certain style. Il n’y a qu’à voir les regards de ces filles, elles ont les yeux qui pétillent. Je passe pour un mec sensible, c’est déjà ça.
J’ai parlé trop vite. Ces éclats de rire, c’est pas très bon quand même. Vite. Rentrer.
Voilà. Heureusement que ma vieille voisine pense toujours que je ne mange pas assez de légumes. Ces carottes, ça va faire l’affaire. Tiens, régale-toi.
Bon, ce n’est pas le tout, mais faut encore que je trouve une idée. Cherchons. Cherchons.
Qu’est-ce que…. ? Hé ! Mon tapis ! Tu ne pouvais pas faire ça tout à l’heure ?
Vous parlez d’une inspiration.
Un peu de concentration.
« Ce matin, un lapin… »
Non. Non. NON. Ce n’est pas possible. Je n’y arriverai pas. J’abandonne.
Je ne peux pas écrire un truc sur un lapin.
D’ailleurs, pourquoi un lapin ? Pourquoi il faut toujours que ça tombe sur moi ? Déjà quand je faisais du théâtre, il avait fallu que je tombe sur le texte d’un fou qui parlait d’un lapin vert fluo.
Un lapin vert fluo…. Non, les histoires d’aliens, ça a déjà été fait et puis franchement on voit mal les lapins envahir la planète. Alerte rouge ! L’humanité est lapinisée !
Discours eugéniste. C’est même pas de moi. Rien. Le néant. Le vide total. Je m’enfonce dans la bêtise la plus profonde. Merci, ma demoiselle l’inspiration.
Perdu. Envolé, disparu, le lapin. Un lapin en ville, quelle idée ! Le pauvre, il avait besoin d’espaces, il s’est fait la malle un soir et vous pouvez me croire, un lapin, ça court vite. J’ai pas pu le rattraper. Alors j’ai mis des annonces.
La honte de ma vie. D’habitude dans Paris vous trouvez des jolies photos de pauvres petits chiots aux yeux tendres, là vous avez une vieille feuille quadrillée avec mon numéro de téléphone et en gros ce mot lapidaire : « perdu mignon petit lapin avec un élastique rose au bout d’une patte. »
Quelle idée aussi cet élastique rose, c’était juste pour rire. Ça lui a pas plu. Pourtant le rose est hyper tendance, il n’y a qu’à voir le caniche d’en face.
N’empêche, ça m’embête un peu quand même, c’était le lapin de l’Inspiration. En plus, c’est un être vivant et les filles, ça s’attache à un rien. Il y en a qui se promènent avec des rats sur leur ventre. Elles ont des problèmes d’hormones celles-là, faut pas pousser trop loin l’instinct maternel.
Je l’ai retrouvé ce fameux lapin. Enfin pas exactement. Disons qu’une voix féminine m’a appelé en me disant qu’elle avait retrouvé mon lapin au nœud rose. J’ai donc filé chez elle à toute allure. Quel bonheur. Vraiment jolie. Un vrai petit bijou. Le coup de foudre.
Du coup, j’ai dû passer pour encore plus imbécile que je ne l’étais. On a discuté rapidement. Elle voulait savoir pourquoi j’avais un lapin avec un noeud rose. Ce que ça peut être curieuse une fille !
Évidemment, je me suis embrouillé dans mes explications donc ça a duré un peu plus longtemps. Et le lendemain, elle m’a rappelé. On s’est revus. On s’est plu.
Et oui, c’est fou, il y a des gens qui passent leur vie à chercher l’amour et moi, grâce à un lapin, je rencontre quelqu’un. Comme quoi.
Du coup, le lapin, on s’en est beaucoup moins occupé. Et il s’est encore sauvé. On l’a pas retrouvé cette fois. Il faut dire qu’on l’a pas cherché non plus. J’avais retrouvé l’inspiration de toute façon.
Enfin une autre inspiration.
Qui m’offrait mieux que des lapins, celle-là.