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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Les neiges d'Yrswyn

Auteur Sujet: Les neiges d'Yrswyn  (Lu 3094 fois)

Hors ligne Nasty Duck

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Les neiges d'Yrswyn
« le: 14 Novembre 2008 à 19:22:48 »
. : Les neiges d’Yrswyn : .


*
Au loin, les montagnes d’Yrswyn, le pays entre terre et ciel, découpent l’horizon en milliers de pics enneigés, perdus dans l’immensité de ce royaume.
Sur ces contrées de légende plane l’ombre mystérieuse des géants mangeurs de pierre, peuple éternel, colosses de roc, véritables montagnes vivantes.
Aux yeux du monde ils demeurent impassibles et immobiles, car la vie d’un homme est trop courte pour observer leur lent et interminable périple.
Mais lorsque le vent vient troubler leur sommeil, les murmures du Grand Songeur parviennent à nos oreilles et nous racontent la légende des neiges d’Yrswyn…
*



Au temps de la création du monde, Yrs, gardien du royaume de la terre, façonna des êtres à son image, taillés dans le roc et nourris de roche. Ainsi naquirent les mangeurs de pierre, qui ne tardèrent pas à devenir des géants. Car ils se nourrirent sans fin et grandirent, repoussant les frontières du royaume de la terre toujours plus hautes dans les cieux.

Si bien qu’ils provoquèrent la colère de Wyn, gardien du royaume des airs, qui déchaîna le vent à leur encontre. Son souffle glacial plongea les géants dans une froide et infinie léthargie. L’ascension des mangeurs de pierre, que rien ne pouvait arrêter, ne prit jamais fin mais fut à tel point ralentie qu’ils parurent s’être figé dans le temps.

Ainsi naquirent les montagnes d’Yrswyn, immenses colosses de pierre, prisonniers du gel. Dès lors, leur destin fut celé et ils continuèrent de manger et de croître, poursuivant inlassablement leur quête de croissance.

   
Mais par un siècle prospère naquirent deux géants qui connurent une tout autre destinée. Au cœur de la vallée mère, Drym et Dymon s’éveillèrent, jumeaux d’âme et de cœur qui en rien n’étaient semblables. Dymon avait hérité du plus noble des attributs, les dents de diamants, tandis que Drym n’en avait hérité d’aucun. L’un était promis à un avenir grandiose de mangeur de pierre, alors que l’autre ne pourrait jamais venir à bout d'une seule pierre.

Pourtant, il ne s’écoula pas une année sans que les deux frères ne fussent ensemble. Malgré leur tragique différence, ils restèrent inséparables jusqu’au dernier soupir. Mais leur histoire ne fut pas sans obstacles.

Drym qui ne pouvait manger, passait son temps à observer et écouter le monde autour de lui. Il finit par saisir la mélodie du vent, qui souffle au sommet des montagnes et s’engouffre dans les profonds vallons. Peu à peu, le chant de Drym naquit dans un lent et profond murmure. Il chanta alors les prouesses de Dymon, qui de son côté avalait pierre sur pierre. Aucune ne résistait à ses dents de diamant, capables de venir à bout de la plus solide des roches. Dymon ne cessa de prendre de la hauteur et la différence avec son frère s'accentuait au fil des siècles.
 
Vint le temps où Dymon jeuna par peur de perdre Drym, maintenant qu’il avait atteint le double de sa taille. Drym n’avait jamais pu avaler le moindre caillou, ce qui l’empêchait de grandir. Dymon, lui, était déjà presque un géant et il deviendrait par la suite sûrement l’une des plus hautes montagnes d’Yrswyn. Il prit ainsi le temps d’écouter les longs chants de Drym.

En ces temps là, Drym avait constamment le regard perdu dans le ciel. Perché sur le dos de son frère, il guettait les cieux rêvant d’atteindre les nuages. Nul besoin de dents pour croquer ces rochers blancs flottants. Il entonnait parfois la mélodie du géant mangeur de nuages, songeant qu’enfin il pourrait à son tour devenir une montagne.

Dymon qui souhaitait plus que tout réaliser le désir de Drym, comprit qu’il devrait pour cela dévorer à nouveau le roc et s’élever jusqu’au royaume des airs, au risque de s’éloigner à jamais de son frère. Alors marchant sur les traces de leurs ancêtres, Dymon et Drym se lancèrent dans un interminable voyage. Poussé par l’envie d’emporter son frère au sommet du monde, Dymon révéla toute l’étendu du pouvoir de ses fabuleuses dents. De géant, il devint colosse et atteignit les hauteurs d’Yrswyn où reposent les mangeurs de pierre endormis pour toujours.

Les siècles s’écoulèrent en un millénaire et le cœur de Dymon ralentit. Ses mouvements se firent plus lent que jamais, car il sombrait peu à peu dans l’éternel sommeil des géants parmi les géants. Mais Drym ne cessa de garder espoir et son frère parvint finalement à le hisser très haut dans le ciel, où fleurissent les nuées immaculées.

Et comme Dymon s’endormait, Drym put enfin mordre son premier nuage. Ce fut un tel bonheur qu’il en oublia tout autre chose. Il les dévora tous, ne faisant qu’une bouchée de ces cumulus. Et peu à peu son corps se transforma, il se mit à croître lui aussi. Mais quand le ciel fut vide, Drym n’était plus qu’un énorme nuage.

Ainsi, il prit son envol, quittant le royaume de la terre pour celui des airs, accomplissant la quête des géants mangeurs de pierre. C’est alors qu’il se souvint de Dymon, son jumeau d’âme et de cœur. Celui-ci avait rejoint leurs ancêtres dans l’ultime sommeil. Désormais, il était l’immense montagne de roc, dont le sommet domine le pays d'Yrswyn.

Dymon était perdu et le chagrin s’empara de Drym. Son cœur éclata en sanglots et l'immense nuage déversa toute sa tristesse en une pluie de flocons. Ainsi naquirent les neiges d’Yrswyn, qui recouvrent pour toujours les montagnes de ce lointain royaume. L’âme de Drym rejoignit celle de Dymon et ensemble ils devinrent le Grand Songeur, dont les murmures résonnent encore sur ces terres de légendes, souvenir immortel de leur histoire.

Fin.
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Hors ligne Gros Lo

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Re : Les neiges d'Yrswyn
« Réponse #1 le: 17 Novembre 2008 à 13:22:33 »


C'est un beau conte dis-moi. Avec les formes du conte, avec la prose qui convient, les images - et le... comment on dit... t'sais, avec l'histoire de Cyparissus dans les Métamorphoses : on explique un élément naturel par une fable mythologique. C'est quoi le mot pour dire ça ? bref - et la douceur du récit.

Non, moi j'aime bien-bien. Le titre aussi, d'autant que je l'avais un peu perdu de vue et que je ne m'attendais pas à ce genre de "réconciliation" finale.



Citer
L’un était promis à un avenir grandiose de mangeur de pierre, alors que l’autre ne pourrait jamais venir à bout d'une seule pierre.
répétition ; à bout d'un seul roc ? rocher ? gravillon ?

Citer
Son cœur éclata en sanglots
"il" plutôt que "son cœur", non ?


Voilà voilà, j'ai bien aimé cette genèse, + que celle de L'éveil.
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Lunatik

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Re : Les neiges d'Yrswyn
« Réponse #2 le: 17 Novembre 2008 à 15:27:54 »
La découpe en paragraphes le rend beaucoup plus agréable à lire que l'éveil et le réveil qui, de plus, me paraissent moins aboutis.

Citation de: Nasty Duck
leur destin fut celé
Ouch! Scellé...

Citation de: Nasty Duck
Mais leur histoire ne fut pas sans obstacles.
Je trouve la phrase de piètre qualité comparée au reste. On comprend l'idée mais la manière de l'exprimer est maladroite.

Citation de: Nasty Duck
Son cœur éclata en sanglots
Contrairement à Loredan, la phrase ne m'a pas choqué parce qu'il m'a semblé que Drym n'était plus que nuage et émotions, qu'il n'est donc plus, en quelque sorte, qu'un énorme cœur nuageux, que "il" et "son cœur" ne font qu'un.
Pas l'habitude de commenter des textes, je ne suis pas certain d'être très clair  :-\


Au final, je trouve l'idée très bien trouvée et joliment exploitée.
L'amour inconditionnel et sans faille qui unit Drym et Dymon, le décalage entre leurs corps de pierre et leurs cœurs si tendres...
J'aime particulièrement le passage où Dymon jeûne de peur de perdre son frère, ainsi que celui où, surmontant sa propre crainte, il décide de recommencer à manger afin de porter Drym jusqu'aux nuages, malgré tout.

Bref, je l'ai relu plusieurs fois et chaque lecture m'enchante.
« Modifié: 17 Novembre 2008 à 15:30:01 par Lunatik »

Hors ligne Nasty Duck

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Re : Les neiges d'Yrswyn
« Réponse #3 le: 17 Novembre 2008 à 19:36:10 »
Merci vous deux, ça me fait très plaisirs. Je vais corriger les fautes et revoir les phrases bancales.
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Hors ligne ernya

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Re : Les neiges d'Yrswyn
« Réponse #4 le: 17 Novembre 2008 à 19:53:20 »
je préfère largement ce texte à tes deux autres cosmogonies
celui-ci me paraît mieux écrit en ce sens que je n'ai presque rien à redire sur le style et qu'il m'a plus parlé :P
encorer quelques phrases qui me font tiquer mais pas pour la même raison, c'est juste que je les trouve moins bien par rapport au reste
mais dans l'ensemble ça passe largement

oui, vraiment, je préfère un tel texte, je le trouve plus vivant ( ce qui est plutôt mieux pour uen cosmogonie :mrgreen:)
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Hors ligne Nasty Duck

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Re : Les neiges d'Yrswyn
« Réponse #5 le: 17 Novembre 2008 à 20:16:10 »
Marciii Ernyaaaa  :noange:  Nous sommes sur la bonne voie pour nos entendre
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Hors ligne Kailiana

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Re : Les neiges d'Yrswyn
« Réponse #6 le: 23 Novembre 2008 à 13:25:08 »
Oups, j'avais oublié de commenter  :-[ Je corrige ça  :-[

Citer
L’un était promis à un avenir grandiose de mangeur de pierre, alors que l’autre ne pourrait jamais venir à bout d'une seule pierre.
répétition pierre
Citer
Dymon qui souhaitait plus que tout réaliser le désir de Drym
virgule avant qui
Citer
Alors marchant sur les traces de leurs ancêtres, Dymon et Drym se lancèrent dans un interminable voyage.
virgule après alors
Citer
Ses mouvements se firent plus lent que jamais
lents
Citer
L’âme de Drym rejoignit celle de Dymon et ensemble ils devinrent le Grand Songeur, dont les murmures résonnent encore sur ces terres de légendes, souvenir immortel de leur histoire.
si souvenir immortel renvoie aux murmures, il faut mettre au pluriel

Sinon pareil que les autres : je trouve que c'est un très joli conte, bien écrit, aux personnages attachants. Il est bien équilibré - bien mieux que tes autres textes plus courts que tu as également postés. Sympa, quoi ;)
Si la réalité dépasse la fiction, c'est parce que la réalité n'est en rien tenue à la vraisemblance.
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La théorie, c'est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c'est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi.
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Hors ligne Seymour

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Re : Les neiges d'Yrswyn
« Réponse #7 le: 25 Novembre 2008 à 13:42:25 »
Tout d'abord pour répondre à Loredan, ce genre de conte qui explique le pourquoi des choses de manières fantaisistes s'appellent: Tadam.... roulement de tambour..... Conte étiologique ! 8)

Bon sinon, je trouve en effet que c'est un très joli conte étiologique, vraiment, bien écrit, poétique, on se prend à l'histoire, bon il faut dire que de mon côté je suis passionné par la mythologie donc ce genre de conte moi j'adore.  Congratulations!

pour les critiques...
Mais par un siècle prospère
Je trouve que ça coule pas vraiment, Mais par... bof....
jumeaux d’âme et de cœur qui en rien n’étaient semblables.
J'ai buggé sur cette phrase aussi... je trouve ça assez maladroit, ou inadéquat de justaposer le fait qu'il soit jumeaux d'âme et de coeur et le fait qu'il soit en rien semblable. ça se contredit, il faut un petit mot de transition (mais) ou mieux une petite tournure de transition (jumeaux d’âme et de cœur mais pourtant aux attributs si différents) enfin je sais pas, c'est à toi de te creuser la tête  :P
Mais leur histoire ne fut pas sans obstacles.
je suis d'accord avec je sais plus qui, phrase bancale voire je dirais inutile. Tu annonces juste avant qu'ils restèrent uni jusqu'à leur dernier soupir... donc on présage déja d'un fin tragique, ça suffit non?
Drym n’avait jamais pu avaler le moindre caillou, ce qui l’empêchait de grandir.
la aussi je trouve cette phrase redondante et inutile, on avait déja bien compris qu'il ne grandissait pas, ça m'a choqué dés la première lecture. Impression de lire plusieurs fois les mêmes informations

Sinon rien à redire, vraiment, cette histoire de mangeurs de pierres et de nuages, très joli, bien mené, encore bravo!


 


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