La matière première d'un écrivain, c'est la vie elle-même. Nous autres, malheureux gratteurs de papier, nous passons notre temps à refaire le monde. Voire à faire des mondes, pour les auteurs de fantasy. Par conséquent, la tentation existe de donner naissance à un univers parfait, qui soit en quelque sorte un palliatif à nos blessures réelles, ou tout du moins à ce qui nous déplait dans la "vraie" vie. La tentation existe, comme tu dis, de se venger avec son premier roman. Pas qu'avec le premier, d'ailleurs, j'imagine.
Une tentation, je crois, à laquelle il ne faut pourtant pas céder. Les mondes parfaits, l'équilibre, la justice et l'amour, en réaction à toutes les crasses du quotidien, ça m'ennuie. Même lorsque ces victoires ne sont obtenues qu'à la fin du récit, par le travail et les aventures des héros, je trouve que c'est tellement classique que c'en devient grossier. Personnellement, je déteste les happy ends.
Du haut de mon inexpérience, j'aurais tendance à dire qu'un bon roman est un roman qui cultive la noirceur et le malêtre pour faire méditer le lecteur, voire même créer un phénomène de carthasis. Quand on se venge de quelque chose, on reste indirectement sous la coupe de ce quelque chose, puisqu'on agit en fonction de lui.
Pour ma part, je pense donc que oui, cette revanche empêche de prendre du recul et nuit gravement au projet.
Personnellement, je fais tout mon possible pour éviter de régler des comptes dans ce que j'écris. Mais il faut être tout à fait honnête, certains de mes personnages sont construits à partir des gens que je n'aime pas, je les ai épinglé sur mon manuscrit comme des papillons sur un liège. Alors, bon...