Saudade
Me voilà à nouveau en relation avec elle. Fidèle dès que les larmes coulent sur mon visage et que la joie me quitte.
Dans sa robe couleur de pluie, avec son visage si émouvant et si clair, elle est venue vers moi lentement et m'a pris par la main.
Sa main menue était froide, elle se réchauffe dans la mienne. Elle m'a attiré dans un grand nuage couleur de fumée et nous avons parcouru quelques millénaires en un soupir.
Nous sommes arrivés dans un jardin qui dominait la mer du haut de sa falaise crayeuse.
Au pied d'un olivier centenaire, à l'abri de son ombre, un beau vieillard en toge blanche pinçait harmonieusement les cordes d'un luth en récitant un poème. Saudade me conduisit vers lui à pas lents. Et lorsque la mélodie arriva à son terme, elle me présenta au poète.
Il posa son instrument, se leva, et m'étreignit comme un ami. Nous restâmes un long moment sans bouger à mélanger les battements de nos cœurs.
Il chuchota à mon oreille des paroles de réconfort en me contant sa vie.
« Toi qui souffre du manque de ton aimée, tu connais mon histoire, depuis ce jour funeste où je me suis retourné, par manque de foi, dans le chemin qui nous conduisait hors des enfers, je suis condamné à ne vivre avec mon Eurydice que du printemps à la fin de l'été. Pendant les tristes saisons de l'automne et de l'hiver elle m'est arrachée pour aller séjourner dans le pays des morts.
Alors mon ami, mon frère en poésie, tu n'as pas à te plaindre pour quelques jours de séparation. Pense à ma peine qui se renouvelle chaque année, essaye de mesurer ton chagrin et en le comparant à l'aune du mien et tu verras que ce n'est qu'un petit rien »
Le silence s'installa à nouveau, notre étreinte prit fin, il alla se rasseoir sous son olivier, reprit son luth et se remit à jouer et à réciter. Mes larmes s'étaient muées en sourire.
Saudade me reprit par la main et me ramena chez moi. Elle ne m'a jamais paru aussi belle et lointaine, son visage s'est éclairé un instant lorsqu'elle m'a quitté.
« mon amour tu me manques mais je t'attendrai en souriant dans la lumière de l'espoir, je t'aime »
camdailclot