Chère Marquise,
(il est cool ton pseudo, tu es régulièrement choyée aux salutations).
J'aime beaucoup l'idée que tu as eue de créer ce parallèle entre maison à démollir et histoire d'amour démollie. C'est très touchant. J'aime aussi la fin (la faim
) : retour au calme, une phrase courte qui résonne avec ce qui précède et ramène l'amoureux dans un coin de la tête du lecteur.
Sinon, je trouve que tu fais un peu trop de petits paragraphes. Sur un autre texte j'en ai perdu le sens (un pronom qui renvoie à un mot du paragraphe précédent je trouve ça difficile pour le lecteur - d'autres sont peut-être moins gênés ou pas du tout). Ce découpage me perturbe (il en faut peu
) car : il "force" le rythme ; il n'aide pas à la compréhension ; il fait perdre en densité. Par exemple, pourquoi séparer les paragraphes 3 et 4 ?
Concernant la ponctuation, je trouve que certaines virgules sont en trop (j'ai mis en rouge celles qui me semble mériter réflexion, elles ne sont pas toutes à supprimer bien sûr).
Au niveau de l'écriture, mon commentaire se glisse en couleur dans ton texte :Je passe devant cette petite bâtisse et
observe l'écriteau officiel qui indique sa prochaine démolition. Le regard
habitué par ma profession, je l'imagine de l'intérieur.
Ses formes sont plus hautes que larges, comme si elle avait poussé trop vite. Elle trône dans un petit jardin tout aussi rectangulaire qu'elle, de la vigne chatouille avec élégance son mur de pierres meulières. pour ce qui est en rouge, je pense que tu peux faire plus joliA quoi ressemble sa chambre du haut, fermée par ses volets métalliques à l'ancienne, peints d'une de ces teintes brunes tendres qui rappellent les préaux des cours de récréations de mon enfance.
sans "?" ça fait quand même bizarre, fait exprès ?Je pousse un soupir et me laisse
à (me laisser rêver, ou me laisser aller à rêver, non ?)rêver, je ne suis pas assez téméraire pour sauter le petit muret en pierre
, serti de son portillon sobre.
A peine poussée d'audace, je jette un œil par dessus la haie verte
qui se souvient encore des tailles proprettes auxquelles elle a été soumis
E si longtemps, et qui s'offre depuis peu quelques libertés.
J'aperçois l'entrée qui ouvre le flanc de la bâtisse, sur un mur de plâtre tendre à gros grumeaux épais, et qui semble étalée en une touche épaisse au milieu de cette crème tendre.
(j'ai eu du mal à comprendre que la porte était vue ainsi, comme une touche de peinture sur un tableau. C'est la construction de la phrase qui est peut-être un peu difficile à capter. Pitêt d'autres auront un avis différent)Vers la rue
, s'avance en éclaireur la fenêtre de ce qui doit être le salon,
toujours (pourquoi "toujours" ?) pudiquement couverte de ses paupières de métal ombré. Elle semble si vieille et lasse, que j'aimerai
s caresser doucement ses fondations douloureuses qui
a ont vu passer tant de saisons.
J'imagine une petite cuisine, jetant son regard sur l'humble jardinet. S
ûrement peut on entendre les après
-midi de soleil, le fantôme des voix des petits qui y jouaient encore jadis.
M'aurais
- tu aimé
e dans ce discret logis
(espace)?
(j'aime bcp la transition abrupte)Contre la vasque blanche d'une salle d'eau étroite, glissée entre deux chambres modestes, m'aurais
-tu embrassé
e tendrement ?
Imaginant les intimes parties de cette vieille demeure, je t'invente à l'aide de quelques tâches d'encre, dans la marge brouillonne de mon imagination. Ton pas sonor
e dans le hall d'entrée baigné de pénombre, ta veste qui se dépose sur le crochet de laiton. Il y a des odeurs de soupes de légumes qui s'évanouissent par la porte que tu as laissé
e entrouverte.
Je te vole un baiser avant que les enfants ne t'emportent.
Ton rire est chaud, et la rue, à travers les carreaux, est paisible. Je reste dans l'encadrement, pensive.
Tu me regarde amusé.
Il y aura surement un troisième avant l'an prochain.
(j'aime bcp depuis "m'aurais-tu aimée..." mais cette phrase est bof : "il y aura"... et puis "notre" troisième serait plus tendre)J'efface d'un léger haussement d'épaule tapis tufté, rideaux à fleurs et assiettes à soupe de porcelaine blanche.
(le haussement d'épaule en début de phrase serait plus classique certes, mais plus fluide je pense)Encore quelques secondes
, je garde sur mes lèvres, le goût des tiennes.
Je baisse les yeux
, et croise quelques vestiges de papiers dispersés, collés par l'humidité d'automne sur le trottoir,
puis ramasse l'un deux.
(le début de la phrase est très beau par rapport à cette fin) D'une écriture élégante est noté : " Une cuillère à café de fécule dans les œufs d'une crème anglaise l'empêche de tourner". Je me lance un sourire à travers les générations, et range délicatement la petite notice dans mon sac.
(très beau ça)Mes pas m'éloignent de la maison silencieuse.
J'ai envie de soupe.
Voilà, des trucs que j'aime beaucoup et d'autres qui me font tiquer.
A bientôt,
Rémi