J'étais terrorisée.
C'était mon premier jour chez le dresseur de notes, Monsieur Do.
Je me sentais petite, si petite, et je voyais les notes quitter les portées, et les élèves se mettre à les chevaucher.
Il avait deux nattes dont les pointes semblaient tellement acérées que s'il les avait coupées et lancées sur vous, elles vous auraient coupé le souffle aussi sec. Hop, chez Zung, l'embaumeur pas commode à côté du palais.
Je faillis entrer en collision avec une double croche. Heureusement son cavalier la redressa d'un dièse assuré.
Il fallait à tout prix que je réussisse à chevaucher un fa dièse.l'avenir de la communauté en dépendait.
Maître Ting, notre enchanteur, avait perdu ses pouvoirs suite à une mauvaise chute dans le temple sacré-ou saké, mais ça personne ne le dit.
Seul un fa dièse , m'avait-on expliqué, pourrait lui faire retrouver l'ouïe. Celle qui ouvrait le chemin vers le sacré, et donnait à sa magie la possibilité de vous nourrir malgré les mauvaises récoltes.
Maître Do s'approcha de moi.
"Eh bien jeune fille, vous m'avez l'air bien timorée.C'est votre premier cours?
- Oui, répondis-je, tête baissée, rouge des orteils jusqu'aux pieds.
-Tenez, hop, dit-il en attrapant au vol une ronde qui arrivait vers nous. Montez !"
Je grimpai donc, et me retrouvais propulsée dans les airs. Le rythme était assez doux et je réussis à prendre confiance.
"-Jeune fille, il semble que cette ronde vous a acceptée comme cavalier. C'est un ré. Bravo, c'est assez rare vous savez.
D'ici peu, vous serez capable de chevaucher un mi, voire un fa bémol, puis un dièse.
Continuez !"
Je faillis tomber sous le choc de la nouvelle. Puis je me redressai, tins fermement les rênes de mon ré, et souris.
Monsieur Do l'avait dit, j'étais douée. J'allais donc pouvoir sauver la magie de Monsieur Ting, et tout le village.
J'étais fière!