Et hop ! Un petit Lepion pour commencer la semaine.

La mer était si grise, effroyablement sale,
l'horizon projetait une horrible vapeur,
je voguais sans espoir mais je n'avais pas peur
tout guidé que j'étais d'une idée colossale.
Houlala, t'as fait une déclaration de travaux avant de ravaler le Mur des Siècles ?

Cette strophe est surpuissante. Après ta revisite du Lac lamartinien, tu poursuis avec bonheur ta saison nineteen century dans l'univers heroic-romantique de Toto. Mais c'était pas Apollinaire, ton pokemon à la base ?
Bon , la composition de ce quatrain est canon, mais j'ai relevé des petits trucs qui coinçaient :
La mer était si grise, effroyablement sale,
Normalement, avec "était" en facteur, la forme superlative en "si" ne pouvait pas se juxtaposer avec un adverbe superlatif en "-ment". Cette licence syntaxique fait trop style contemporain, où les sentiments sont décrits comme ils viennent. Et sinon, je pense qu'Hugo n'aurait jamais dit que la mer était
si grise. Lorsqu'il attribuait à un nom son oxymore, ou à une chose sa couleur synesthésique, il n'avait pas besoin de superlatifs. Il disait simplement : le vieillard est grand, ou l'herbe était noire.
l'horizon projetait une horrible vapeur,
Projeter, c'est plutôt pour les rayons lumineux, non ? Je lui préfèrerais distillait ou diffusait. Mais horrible vapeur, c'est à fond hugolien.
je voguais sans espoir mais je n'avais pas peur
Pareil ici, pas de chichi stylistique, rien que le goût, le vrai, celui de la bonne flat poetry à Toto.
tout guidé que j'étais d'une idée colossale.
Comme Théré l'a souligné, on est guidé par une idée, pas d'une idée. Il y avait par exemple : "car j'étais investi d'une idée colossale." Par ailleurs, je n'ai pas compris de quelle idée colossale tu parles. S'agit-il de l'exploit personnel que représentait ton expédition vers cet Elplastico ? Ou bien s'agit-il de ta résolution d'aller y mourir ? La première est idée est courageuse, la seconde est pathétique, mais aucune n'est vraiment colossale.
Je venais de franchir l'océan de pétrole ;
- T'exagères pas un peu là, Lepion ?
- HÉLAS, J'ATTÉNUE.- P'tain, c'est vraiment Hugo qui répond par ta bouche !

en ces tristes années, c'était le seul chemin,
T'as voulu dire "en cette triste période de ma vie", mais à la première lecture j'avais compris "en ces temps tristes". Je pense que tu gagnerais à préciser.
une route tracée d'une ligne de main
ça, j'adore.
sur une peau malade acquise à la vérole.
Nan, contrairement à Théré, la syntaxe de cette phrase me semble correcte.
Mon canot pneumatique osait le Pacifique.
Hum. Je trouve cette narration elliptique trop moderne. Mais l'effet "grand saut" fonctionne à plein.
dévoilait sa noirceur en déchets de plastique.
J'aime pas trop cette formulation, elle est approximative, trouvé-je.
Comme un dieu devenu d'un genre incontinent
que l'on verrait vomir sa perte sous les cieux,
Je sais pas pourquoi, mais "devenu d'un genre" m'a éraflé l'oreille. Ensuite, je n'ai pas compris non plus qui était ce dieu : la personnification de cette terre promise, malade et rancunière ? toi, morfondu dans ta déception ? l'Humanité irresponsable, finalement prise de remords ? Pas bien compris.
las, j'ai voulu finir au dernier continent.
Je crois que finir au continent n'est pas correct, comme aller au coiffeur. Concernant la chute, j'ai lu tes explications, mais tu sais que je suis pas fan du flou artistique en poésie. T'aurais pas pu dire clairement que tu t'es noyé sous les immondices de l'humanité, pour racheter ses péchés par le sacrifice de ta vie, pendant que le canot de Greenpeace te filmait pour une retransmission live ?

Bon, sinon j'ai bien adoré, comme d'hab. Et la forme est impec, comme pas toujours d'hab.
A ciao

P.S : @ Chehk, il est terrible ton lien !
