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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Muse maudite

Auteur Sujet: Muse maudite  (Lu 7395 fois)

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Muse maudite
« le: 29 Juin 2008 à 01:21:23 »
Voilà mon dernier texte. Il touche un thème qui me tient à coeur, celui de la Muse.
Je l'aime bien ce texte, mais je suis assurée qu'il est loin d'être parfait.
J'espère qu'il vous plaira ;)


Et pour le titre, je savais pas trop quoi mettre :-[
si vous avez une meilleure idée, n'hésitez pas!





Ô Muse, comme tu es belle et gracieuse. Pourquoi te dissimules-tu sous ces voiles ? Montre-toi !

 Serait-ce une larme qui brille au coin de ton œil ? Je connais tout de toi, chère Muse. Je sais ce qu’ils déguisent, ces précieux voiles que tu entortilles entre tes doigts. Ils dissimulent ta faiblesse, ta souffrance, ta solitude. Malheureuse Muse ! Tu as été celle qui a béni les amours des poètes, tu as été l’Inspiratrice. Tu leur as insufflé ce que toi, tu n’as jamais pu partager. Tu as vécu leur amour et jamais le tien. De toutes ces belles paroles que tu as dictées, il n’y en a pas une que tu n’aies prononcé avec ferveur, mais tu es toujours restée seule.

Tu as pourtant été entourée de bons et fougueux poètes. Mais tandis qu’ils savouraient les fruits de ta plume, tu ne pouvais que leur adresser un sourire terne avant de disparaître, toujours aussi belle et solitaire, en quête d’un nouveau poète en détresse.
Quel manque de considération ! N’étaient-ils pas ceux qui t’avaient implorée et admirée ? Comme ils étaient au supplice durant ces moments-là devant toi, leur déesse, qui, fière, leur ordonnait d’une voix impérieuse de s’atteler à leur dur labeur. Durant des nuits entières, faiblement éclairée, tu insufflais à leurs âmes si vulnérables, la parole divine, le phrasé élégant, la pointe poétique.

Mais, derrière cette mascarade, qu’y avait-il, Muse ? Une douleur inavouée, une souffrance sourde qui menaçait sans relâche d’ébranler les portes chancelantes de ton cœur et de ta volonté. Comme tu cachais bien, derrière ta transe, la faiblesse de ton cœur au poète transi, toi qui aurais voulu confier ta vie et te reposer sur de vigoureux bras puissants.
Mais il te fallait être forte ! Il te fallait être l’Élue, la pureté et l'éloquence. Il te fallait enchaîner ce cœur corrompu, ce poison humain qui souillait ton âme divine ! Toi, la parole incarnée, tu devais réduire au silence cette misérable chose que tu aurais voulu arracher.

Mais que croyais-tu donc, chère Muse ? Que les dieux t’offriraient, de bon cœur, un don ? Chacun de leur cadeau est un piège, leur âme fourbe demande toujours un sacrifice. Pour pouvoir tout dire, il te fallait tout sentir et subir la même douleur que tous ces poètes.

 Personne ne te donnera le remède ou l’absolution. Tu resteras toujours maudite et tu seras toujours cette superbe femme au visage angélique, la briseuse de cœur au cœur brisé. Alors, tu te caches, tu mords ces lèvres avides de baisers, tu resserres un peu plus ton cœur déjà trop muselé et tu étouffes ta rage. Tu es trop fière pour sangloter, n’est-ce pas ? Les larmes, c’est bon pour les autres. Toi, tu vaux mieux que ça, tu es au-dessus de toutes ces niaiseries.

Les poètes se sont trompés. Ce ne sont pas eux les pélicans, c’est toi. Éternel oiseau qui toujours saigne pour les autres et qui aime sans retour. Mais personne ne se souvient de toi, Muse. Tu es cette ombre furtive que personne ne voit, ce doux souffle qui fait vaciller la flamme, ce murmure poétique susurré dans la nuit. Ce si beau corps que les dieux t’ont donné, ils ne peuvent même pas le voir. Jamais tu ne pourras recevoir la moindre caresse. Jamais tu ne pourras sentir ce que tu as pourtant si bien décrit.

Pauvre Muse. Mais regarde-toi, tu es devenue folle. Tu confonds les responsables et les innocents. Pour te venger, tu veux fomenter un projet vicieux. Je ne devrais pas même m’en étonner, ton esprit est diabolique puisqu’il est lui aussi céleste.
Ainsi, sans cesse, tu es venue, la nuit comme le jour, hanter et persécuter le pauvre poète afin qu’il écrive des pages et des pages sous ta dictée. Vois un peu dans quel état tu l’as mis.Ce chercheur du beau vers est en train de gémir, la tête entre ses mains souillées de ton encre, exténué de fatigue, le regard fixé désespérément sur la bouteille de vin posée non loin. Depuis des mois, il ne sort plus, ne mange plus. Sa tendre et chère épouse passe ses nuits chez le voisin, tandis que lui continue inlassablement son dur labeur. Continue, ô Muse, et tu le tueras.

Mais c’est bien ton intention, perfide ! Tu joues avec le feu, chère Muse. Ne défie pas ces dieux que tu exècres. L’hybris est dangereux, ne rappelles-tu donc point de tes chants ovidiens ? Je t’en conjure, reprend-toi, tu risques de le payer très cher.


Un hurlement.
C’est le tien.
Frappée durement par une épée invisible, tu vois ta belle poitrine s’ourler d’un sang aussi noir que ton ressentiment. Et tu hurles de douleur. Mais personne ne te viendra en aide. Tu auras beau supplier, fière Muse, tu es et tu as toujours été seule avec ta douleur. Tu devrais plutôt rester ainsi, à genoux devant les maîtres de l’univers à attendre le coup de grâce.
Il ne se fait pas attendre.
Tu découvres alors soudain avec effroi que tu n’es pas la seule à saigner. Sur le sol, des flaques d’encre se répandent, délaissant un papier désormais vierge. La douleur devient alors insupportable : chaque membre te fait cruellement souffrir. Et par-delà le monde, ce sont toutes les œuvres qui ruissellent. Perdues ces lignes que tu admirais, oubliés ces auteurs que tu formais.
Ton existence est désormais niée par les dieux. Et pourtant tu as bien vécu. Tu es toujours en vie, Immortelle, et ta mémoire sera ton tombeau. Toujours, tu te rappelleras cette vie antérieure, ce temps où la Muse inspirait les poètes et où la poésie florissait. Et c’est toi-même qui l’as voulu, Muse maudite.
« Modifié: 11 Juin 2015 à 18:05:01 par ernya »
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Re : Muse maudite
« Réponse #1 le: 29 Juin 2008 à 01:32:28 »



C'est folichon, comme d'hab :mrgreen:

J'ai beaucoup aimé, le style est le même que le précédent sur la "petite fille" ; parfois, ça fait un peu "je recase le cours de culture antique" xD mais ça passe.

Non, oui, je n'ai pas grand chose à dire ! juste, j'aimerais bien voir un jour une structure de texte différente ^^ j'veux dire, pour l'instant, tes courtes nouvelles, c'est toujours dans le souvenir, il y a une distance dans la narration ; l'histoire ne se passe jamais sous nos yeux, mais on nous la raconte avec un certain recul ; et il n'y a pas souvent d'intrigue, c'est plus une introspection qui aboutit à une chute. C'est bien, hein ! mais du coup, je suis moins surpris :P
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Re : Muse maudite
« Réponse #2 le: 29 Juin 2008 à 01:52:25 »
qu'est-ce tu veux, on se refait pas :mrgreen:

j'suis contente que ça te plaise^^
bon, je sais que j'ai tendance à mettre des références antiques, mais c'est voulu, la Muse était quand même un élément important durant cette période ^^
je vais essayer de faire quelque chose de différent dans les prochains textes ^^
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Re : Muse maudite
« Réponse #3 le: 29 Juin 2008 à 06:39:39 »
Citer
hubris
C'est pas "hybris" ?

Citer
Tu devrais plutôt rester ainsi, à genoux devant les maîtres de l’univers et attendre le coup de grâce.
à attendre


Sinon, c'est bien écrit, c'est un texte sympa, mais ... trop long à mon goût  :-[ Je pense que tu aurais pu dire tout pareil, rendre la même impression, mais en plus court. Là ... y'a des longueurs, c'est dommage. Un ou deux paragraphes de moins ...

Mais sinon,au niveau de l'écriture je n'ai rien à reprocher ^^ Seulement ... le thème ne m'intéresse pas plus que ça, car ta muse est la muse dont on entend parler partout, et c'est pas très original. La muse maudite de la fin est plus originale, mais ... n'arrive qu'à la fin. D'où mon conseil de raccourcir un peu. Après, c'est que mon point de vue  ^^
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Re : Muse maudite
« Réponse #4 le: 29 Juin 2008 à 06:46:45 »
je sais jamais si c'est hubris ou hybris... :-[


tu sais, ça ne m'étonne pas ce que tu me dis, je m'attendais même à ce que ça saute aux yeux qu'il y ait des longueurs
quand je le retravaillerai, ce sera dans ce sens ;)

merci pour ton avis  ^^
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Re : Muse maudite
« Réponse #5 le: 29 Juin 2008 à 06:50:50 »
hybris = démesure (dans le sens passion ... je crois). Jsais pas si c'est ce que tu voulais.
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Re : Muse maudite
« Réponse #6 le: 29 Juin 2008 à 06:55:40 »
oui c'est ça, c'est la démesure par rapport aux dieux, l'orgueuil...
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Re : Muse maudite
« Réponse #7 le: 29 Juin 2008 à 08:38:10 »
Oui, longuet ^^ Même si c'est indéniablement bien écrit, les références antiques j'aime pas tellement (enfin, c'est inévitable avec un tel sujet). Alors bravo pour la forme mais pour le fond, c'est ma faute, j'accroche pas trop.

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Re : Muse maudite
« Réponse #8 le: 29 Juin 2008 à 09:14:40 »

Hybris, c'est le upsilon grec qui donne le y, pas l'inverse.

C'est vrai que c'est dommage que ce ne soit que la chute qui amène l'originalité...
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Re : Muse maudite
« Réponse #9 le: 24 Novembre 2008 à 15:51:59 »
La pauvre muse... que va devenir ses musagètes ?   :'(

Vraiment bien pensé ! (sinon oui c'est un peu long !)
Les Oeuvres d'Art ont quelque chose d'infiniment solitaire, et rien n'est aussi peu capable de les atteindre que la critique.

Seul l'amour peut les saisir, les tenir, et peut être équitable envers elles.

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Re : Muse maudite
« Réponse #10 le: 24 Novembre 2008 à 21:03:07 »
oki, je prends note
longueur à revoir

merci!
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Verasoie

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Re : Muse maudite
« Réponse #11 le: 05 Décembre 2008 à 10:33:39 »
Citer
Alors, tu te caches, tu mords ces lèvres avides de baisers, tu resserres un peu plus ton cœur déjà trop muselé et tu étouffes ta rage. Tu es trop fière pour sangloter, n’est-ce pas ? Les larmes, c’est bon pour les autres. Toi, tu vaux mieux que ça, tu es au-dessus de toutes ces niaiseries. Pauvre Muse ! Tu te leurres et en niant cette souffrance, pourtant si belle, tu laisses ton coeur à vif. Tu n’est plus que douleur. Les poètes se sont trompés. Ce ne sont pas eux les pélicans, c’est toi. Éternel oiseau qui toujours saigne pour les autres et qui aime sans retour.

J'aime beaucoup ce passage ^^

Moi aussi la muse est un thème qui me touche beaucoup, et j'ai bien aimé ton texte :D dommage quand même pour la longueur, comme les autres. Et sinon au début ce sont les points d'exclamation un peu trop nombreux qui m'ont gênée :/ mais la fin est belle^^

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Re : Muse maudite
« Réponse #12 le: 05 Décembre 2008 à 19:28:20 »
merci!^^
moi aussi j'aime bien :P


oui, bon, il va falloir que je trouve de la motivation et que je trouve un moment pour retravailler ce texte, ça serait pas mal...

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Re : Muse maudite
« Réponse #13 le: 24 Décembre 2008 à 14:45:35 »
voilà, j'ai enlevé quelques phrases et quelques points d'exclamations :-¬?


mais les modifs sont tellement minimes que ça me gêne de remonter le texte :-[ :-[
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Hors ligne Matt

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Re : Muse maudite
« Réponse #14 le: 24 Décembre 2008 à 14:50:46 »

Je viens de relire le texte ! j'aime beaucoup cette muse maudite. Un sujet très bien développé.
Les Oeuvres d'Art ont quelque chose d'infiniment solitaire, et rien n'est aussi peu capable de les atteindre que la critique.

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