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Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » Salle de lecture » Théâtre et poésie » [Poésie, auteur] Saint-John Perse

Auteur Sujet: [Poésie, auteur] Saint-John Perse  (Lu 12921 fois)

Hors ligne Marygold

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[Poésie, auteur] Saint-John Perse
« le: 31 Janvier 2007 à 23:58:58 »
Un petit sujet consacré à l'un de mes poètes préférés, mais qu'on ne connaît pas assez malheureusement...

Pour moi, c'est une envolée mystérieuse à chaque vers, un mouvement perpétuel et parfois un souffle épique qui vous fait chavirer et vous donne envie de partir au loin... Saint-John Perse a un style unique, et une fois lu, il est reconnaissable entre mille, par son style déclamatoire justement, par son lexique très spécialisé (trop pour certain mais je trouve que cela fait en partie le charme de sa poésie).

Il ne peut être classé dans aucun courant littéraire de son époque, et c'est sans doute aussi ce que j'aime chez lui !

En 1960, on lui décerne le Prix Nobel de Littérature pour l'ensemble de son oeuvre, « pour l'envolée altière et la richesse imaginative de sa création poétique qui donne un reflet visionnaire de l'heure présente », selon les termes de l'Académie.

Maintenant, fidèle à mon idée que rien ne vaut mieux qu'un extrait, voici un poème du recueil

Amers (j'en mettrai peut-être d'autres, parce que ce n'est pas mon préféré, mais le moins long !) :

VIII - Etranger, dont la voile...

Etranger dont la voile a si longtemps longé nos côtes (et l'on entend parfois de nuit le cri de tes poulies),
Nous diras-tu quel est ton mal, et qui te porte, un soir de plus grande tiédeur, à prendre pied parmi nous sur la terre coutumière ?


*

« Aux baies de marbre noir striées de blanches couvaisons
« La voile fut de sel, et la griffe légère. Et tant de ciel nous fut-il un songe ?
« Ecaille, douce écaille prise au masque divin,
« Et le sourire au loin sur l'eau des grandes lèpres interdites...


« Plus libre que la plume à l'éviction de l'aile,
« Plus libre que l'amour à l'évasion du soir,
« Tu vois ton ombre, sur l'eau mûre, quitte enfin de son âge,
« Et laisses l'ancre dire le droit parmi l'églogue sous-marine.


« Une plume blanche sur l'eau noire, une plume blanche vers la gloire
« Nous fit soudain ce très grand mal, d'être si blanche et telle, avant le soir...
« Plumes errantes sur l'eau noire, dépouilles du plus fort,
« Vous diront-elles, ô Soir, qui s'est accompli là ?


« Le vent portait des hautes terres, avec ce goût d'arec et d'âtres morts qui très longtemps voyage,
« Les Dames illustres, sur les caps, ouvraient aux feux du soir une narine percée d'or,
« Et douce encore se fit la mer au pas de la grandeur.
« La main de pierre du destin nous sera-t-elle encore offerte ?...


« C'est la christe-marine qui sur vos grèves mûrissait
« Ce goût de chair encore entre toutes les chairs heureuses,
« Et la terre écriée sur ses rives poreuses, parmi la ronce avide et les roses vives
« De l'écume, nous fut chose légère et chose plus dispendieuse


« Que lingerie de femme dans les songes, que lingerie de l'âme dans les songes. »

« Modifié: 08 Septembre 2015 à 20:55:21 par Rain »
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Re : Saint-John Perse
« Réponse #1 le: 04 Mars 2008 à 04:09:27 »

Je redécouvre ce topic... magnifique ! J'adore. Mais, est-ce que tu aurais sous la main quelques axes d'explication (oui, toujours sur moi... :-°) ? Parce que c'est très beau, mais pas toujours compréhensible... Une fois le sens révélé, c'est toujours plus intéressant, et on perce mieux l'ambition esthétique, j'trouve.
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Hors ligne Marygold

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Re : Saint-John Perse
« Réponse #2 le: 09 Juin 2008 à 19:06:33 »
Aucun axe d'explication, malheureusement, et ce pour toute l'oeuvre du poète. Mes professeurs de littérature se contentaient, au mieux, d'en citer un passage et d'expliquer vaguement ce en quoi c'était intéressant pour notre propos, mais pas plus.
Par ailleurs, je n'ai jamais cherché d'explication à ces poèmes (et puis, je n'ai jamais eu besoin d'en donner...). Je trouve que leur beauté réside en partie dans l'hermétisme des vers, et leur effet est immédiat sur moi, sans que j'ai besoin d'une explication qui peut-être, au contraire, ramènerait ces vers sur terre, et j'en serai déçue... La lecture fait naître des idées, des bribes de révélation, mais qui s'éloignent toujours quand j'essaye d'y mettre un peu de rationnalité ! ^^ Je sais que c'est un peu passif comme lecture, et peut-être indigne d'une étudiante littéraire ;) mais j'assume...
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Re : Saint-John Perse
« Réponse #3 le: 19 Octobre 2008 à 14:17:29 »

"Et c’est la Mer qui vint à nous sur les degrés de pierre du drame :
Avec ses Princes, ses Régents, ses Messagers vêtus d’emphase et de métal, ses grands Acteurs aux yeux crevés et ses Prophètes à la chaîne, ses Magiciennes trépignant sur leurs socques de bois, la bouche pleine de caillots noirs, et ses tributs de Vierges cheminant dans les labours de l’hymne,
Avec ses Pâtres, ses Pirates et ses Nourrices d’enfants-rois, ses vieux Nomades en exil et ses Princesses d’élégie, ses grandes Veuves silencieuses sous des cendres illustres, ses grands Usurpateurs de trônes et Fondateurs de colonies lointaines, ses Prébendiers et ses Marchands, ses grands Concessionnaires des provinces d’étain, et ses grands Sages voyageurs à dos de buffles de rizières,
Avec tout son cheptel de monstres et d’humains, ah ! tout son croît de fables immortelles, nouant à ses ruées d’esclaves et d’ilotes ses grands Bâtards divins et ses grandes filles d’Étalons — une foule en hâte se levant aux travées de l’Histoire et se portant en masse vers l’arène dans le premier frisson du soir au parfum de fucus,
Récitation en marche vers l’Auteur et vers la bouche peinte de son masque."

 :coeur:


Je savais pas qu'il avait écrit tant de recueils (j'adore les titres qu'il choisit) :

# Éloges (1911)
# Anabase (1924)
# Exil (1942)
# Pluies et Poème à l'étrangère (1943)
# Neiges (1944)
# Vents (1946)
# Amers (1957)
# Chronique (1960)
# Poésie (1961)
# Oiseaux (1963)
# Chant pour un équinoxe (1971)
# Nocturne (1973)
# Sécheresse (1974)
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Hors ligne ernya

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Re : Saint-John Perse
« Réponse #4 le: 09 Mars 2011 à 20:39:27 »
J’ai profité du défi de mars pour accorder une seconde chance à SJP. :huhu:
Du coup j’ai lu Oiseaux et Amers.

J’ai pas du tout accroché à Oiseaux, qui est pourtant vachement court, je l’ai pas trouvé très « poétique » en fait et il n’a pas la force épique et les fulgurances d’Amers.

Par contre, la relecture d’Amers m’a plus ou moins réconciliée avec SJP. ^^
 Cette fois, le texte a plus résonné en moi, y’a des pages très belles (je vais en apprendre des bouts tiens), j’aime beaucoup  « les tragédiennes sont venues » et « Etroits sont les vaisseaux ». Enfin, en général, j’ai aimé des bouts par-ci par-là, j’ai toujours du mal à accrocher au « tout » de ces longs poèmes en prose, ça manque de blancs pour respirer/ laisser le temps à l’image de s’imposer.

En fait, c’est le genre de poésie que j’aimerais qu’on étudie à la fac plutôt que de refaire éternellement Baudelaire, Rimbaud et Cie. Parce que c’est pas facile de se plonger dedans et avec quelques indications ben le texte prendrait son sens et donc de la force. Enfin je pense.

"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

pehache

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Re : Saint-John Perse
« Réponse #5 le: 10 Mars 2011 à 07:53:37 »
Beaucoup de parutions sur Vents qui fut au programme de l'agrégation.

Hors ligne Zacharielle

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Re : Saint-John Perse
« Réponse #6 le: 18 Mars 2011 à 09:49:03 »
Je ne connaissais pas du tout ce poète (enfin, de nom, mais je ne l'avais jamais lu) et le défi, le remontage de fil, les réactions enthousiastes, l'extrait du tout premier post... ont fait que j'ai emprunté Amers à ernya. Quand j'ai retrouvé celui posté par Mary, c'était une très bonne surprise (enfin j'étais pas surprise, je savais qu'il était dans le recueil, mais ça a fait comme un souffle frais lol). A part quelques morceaux épars, de ci, de là (je n'ai pas noté dans quelle partie, c'était à chaque fois des petits morceaux), j'avoue que la prose de Saint-John Perse ne m'a trop touchée  :-[ alors que tout ce qui à trait à la mer, d'habitude, évoque pour moi beaucoup de choses. A un moment, je ne voyais plus que les adjectifs et c'était pénible parce qu'il y en avait vraiment partout, partout, et je trouvais ça lourd et sans grande puissance de résonance. C'est dommage... peut-être que je n'ai pas les références ou que je n'étais pas assez réceptive. Mais je pensais sincèrement que ce serait plus... oui, lumineux, tout à coup, tu te prendrais la poésie dans la face. Du coup, j'ai peut-être un peu trop anticipé à côté de la plaque et j'ai été déçue de pas trouver ça. Mais bon, c'est ma faute aussi, faut que j'arrête d'imaginer avant de lire, seulement à partir d'un extrait. Bref.

Et Oiseaux, bah, très descriptif. A part le court passage sur les cavaliers mongols j'ai pas trouvé beaucoup de résonance, là encore. Et je connais pas du tout Braque, un petit peu Cézanne mais j'avoue que déjà j'aime pas trop les oiseaux alors écrire dessus ça peut pas être génial  :-¬? Oui c'est affreusement débile comme commentaire. Désolée.

Mais au moins, maintenant, je sais un petit peu à quoi ressemble la poésie de Saint-John Perse ! Et qui sait, quand je le relirai plus posément, plus vieillement, ça m'évoquera des morceaux de vie (ou de mer). Je ne sais pas.

pehache

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Re : Saint-John Perse
« Réponse #7 le: 16 Mars 2012 à 18:39:16 »
C'étaient de très grands vents sur toutes faces de ce monde,
  De très grands vents en liesse par le monde, qui n'avaient d'aire ni de
gîte,
  Qui n'avaient garde ni mesure, et nous laissaient, hommes de paille,
  En l'an de paille sur leur erre. Ah ! oui, de très grands vents sur toutes
faces de vivants !
Flairant la pourpre, le cilice , flairant l'ivoire et le tesson, flairant le monde entier des choses,
Et qui couraient à leur office sur nos plus grands versets d'athlètes, de poètes,
C'étaient de très grands vents en quête sur toutes pistes de ce monde,
Sur toutes choses périssables, sur toutes choses saisissables, parmi le monde entier des choses ...
Et d'éventer l'usure et la sécheresse au coeur des hommes investis,
Voici qu'ils produisaient ce goût de paille et d'aromates, sur toutes places de nos villes,
Comme au soulèvement des grandes dalles publiques. Et le coeur nous levait
Aux bouches mortes des Offices . Et le dieu refluait des grands ouvrages de l'esprit.
Car tout un siècle s'ébruitait dans la sécheresse de sa paille, parmi d'étranges désinences : à bout de cosses, de siliques, à bout de choses frémissantes,
Comme un grand arbre sous ses hardes et ses haillons de l'autre hiver, portant livrée de l'année morte;
Comme un grand arbre tressaillant dans ses crécelles de bois mort et ses corolles de terre cuite - Très grand arbre mendiant qui a fripé son patrimoine, face
brûlée d'amour et de violence où le désir encore va chanter. "Ô toi désir qui vas chanter…" Et ne voilà-t-il pas déjà toute ma page elle-même bruissante,
Comme ce grand arbre de magie sous sa pouillerie  d'hiver:
vain de son lot d'icônes, de fétiches, Berçant dépouilles et spectres de locustes ; léguant,
liant au vent du ciel filiales d'ailes et d'essaims, lais et relais du plus haut verbe -Ha! très grand arbre du langage peuplé d'oracles, de maximes et murmurant murmure d'aveugle-né dans les quinconces  du savoir ...



pehache

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Re : Saint-John Perse
« Réponse #8 le: 16 Mars 2012 à 18:40:11 »
Pour en savoir plus sur Saint-John Perse, se reporter au site « Saint-John Perse, le poète aux masques », où il est possible d’écouter de nombreux extraits d’archives sonores, dont de longs extraits du Discours de Stockholm

pehache

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Re : Saint-John Perse
« Réponse #9 le: 16 Mars 2012 à 18:42:42 »
Vents, IV, 1, (p65)


… C’était hier. Les vents se turent. – N’est-il rien que d’humain ?
« À moins qu’il ne se hâte, en perdra trace ton poème… » Ô frontière, ô mutisme ! Aversion du dieu !
Et les capsules encore du néant dans notre bouche de vivants.

Si vivre est tel, qu’on n’en médise ! (le beau recours !...)
Mais toi n’aille point, ô Vent, rompre ton alliance.
Sinon c’est tel refus au désert de l’instant !... l’insanité, soudain, du jour sur la blancheur des routes, et, grandissante vers nos pas, à la mesure d’un tel laps,
L’emphase immense de la mort comme un grand arbre jaune devant nous.

Si vivre est tel, qu’on s’en saisisse ! Ah ! qu’on en pousse à sa limite,
D’une seule et même traite dans le vent, d’une seule et même vague sur sa course,
Le mouvement !...

Et certains disent qu'il faut rire - allez-vous donc les révoquer en doute? Ou qu'il faut feindre - les confondre ?
Et d'autres s'inscrivent en faux dans la chair de la femme, comme étroitement l'Indien, dans sa pirogue d'écorce, pour remonter le fleuve vagissant jusqu'en ses bras de fille, vers l'enfance.
Il nous suffit ce soir du front contre la selle, à l'heure brève de la sangle : comme en bordure de route, sur les cols, l'homme, aux naseaux de pierre de la source – et jusqu’en ce dernier quartier de lune mince comme un ergot de rose blanche, trouvera-t-il encore le signe de l’éperon.

Mais quoi! n'est-il rien d'autre, n'est-il rien d'autre que d'humain ? Et ce parfum de sellerie lui-meme, et cette poudre alezane qu'en songe, chaque nuit,
Sur son visage encore promene la main du Cavalier, ne sauraient-ils en nous éveiller d'autre songe
Que votre fauve image d'amazones, tendres compagnes de nos courses imprégnant de vos corps la laine des jodhpurs ?

Nous épousions un soir vos membres purs sur les pelleteries brûlantes du sursaut de la flamme,
Et le vent en forêt nous était corne d'abondance, mais nos pensées tenaient leurs feux sur d'arides rivages,
Et, femmes, vous chantiez votre grandeur de femme aux fils que nous vous refusions...

Amour, aviez-vous donc raison contre les monstres de nos fables ?
Toujours des plaintes de palombes repeupleront la nuit du Voyageur,
Et qu'il fut vain, toujours, entre vos douces phrases familières, d'épier au très lointain des choses ce grondement, toujours, de grandes eaux en marche vers quelque
Zambézie !...

De grandes filles nous furent données, qui dans leurs bras d'épouses dénouaient plus d'hydres que nos fuites
Ouù êtes-vous qui étiez là, silencieux arome de nos nuits, ô chastes libérant sous vos chevelures impudiques une chaleureuse histoire de vivantes ?
Vous qui nous entendrez un soir au tournant de ces pages, sur les dernières jonchées d'orage, Fideles aux yeux d'orfraies, vous saurez qu'avec vous


Nous reprenions un soir la route des humains.

Notes de lecture


Les vents, l’humain et leur alliance, c’est ce que célèbre le chant IV, ainsi que le remarquait, notamment, Alain Bosquet . C’est à l’ouverture énigmatique de ce quatrième chant de Vents, que nous consacrons ces quelques lignes, en deux temps, le premier consacré aux trois premières strophes, axées sur l’alliance avec le Vent, le second davantage tourné vers le rapport masculin/féminin.

« Intermède. Le doute. L’arrêt du cavalier » tels sont les mots de Claudel pour évoquer ce chant IV.
Madalénat, La femme et l’épopée
P 131 « la femme, dans l’épopée, est fréquemment « négative » » « Elle habite un lieu clos –île, ville, château- piège de l’immobilité tendu au voyageur ».



Nous avons choisi d’extraire les trois premières strophes de ce premier verset. Typographiquement, cet ensemble commence et s’achève sur des points de suspension , de valeur, d’ailleurs, probablement différente.








… C’était hier. Les vents se turent. – N’est-il rien que d’humain ?
« À moins qu’il ne se hâte, en perdra trace ton poème… » Ô frontière, ô mutisme ! Aversion du dieu !
Et les capsules encore du néant dans notre bouche de vivants.

Si vivre est tel, qu’on n’en médise ! (le beau recours !...)
Mais toi n’aille point, ô Vent, rompre ton alliance.
Sinon c’est tel refus au désert de l’instant !... l’insanité, soudain, du jour sur la blancheur des routes, et, grandissante vers nos pas, à la mesure d’un tel laps,
L’emphase immense de la mort comme un grand arbre jaune devant nous.

Si vivre est tel, qu’on s’en saisisse ! Ah ! qu’on en pousse à sa limite,
D’une seule et même traite dans le vent, d’une seule et même vague sur sa course,
Le mouvement !...

Subjonctifs
Valeur optative : Si vivre est tel, qu’on n’en médise ! (le beau recours !...)
Mais toi n’aille point, ô Vent, rompre ton alliance. Si vivre est tel, qu’on s’en saisisse ! Ah ! qu’on en pousse à sa limite
Le subjonctif comme prédicat de proposition  : À moins qu’il ne se hâte, en perdra trace ton poème…

La vie, la mort
Le mouvement et l’obstacle ; le temps
… C’était hier. Les vents se turent. – N’est-il rien que d’humain ?
« À moins qu’il ne se hâte, en perdra trace ton poème… » Ô frontière, ô mutisme ! Aversion du dieu !
Et les capsules encore du néant dans notre bouche de vivants.

Si vivre est tel, qu’on n’en médise ! (le beau recours !...)
Mais toi n’aille point, ô Vent, rompre ton alliance.
Sinon c’est tel refus au désert de l’instant !... l’insanité, soudain, du jour sur la blancheur des routes, et, grandissante vers nos pas, à la mesure d’un tel laps,
L’emphase immense de la mort comme un grand arbre jaune devant nous.

Si vivre est tel, qu’on s’en saisisse ! Ah ! qu’on en pousse à sa limite,
D’une seule et même traite dans le vent, d’une seule et même vague sur sa course,
Le mouvement !...




Annexes
Alain Bosquet
Le chant IV célèbre leur alliance (à l’homme et au vent), « qui prend parfois l’allure équivoque de l’inceste ». Le vent, lui, pareil aux conquistadors du chant III, poursuit son œuvre d’exploration… avançant sans cesse vers l’Ouest.

Le subjonctif optatif est par excellence le mode du fiat, soit à l’état pur (et le que peut être omis) Ex : vienne, vienne la mort ! que la mort me délivre ! (Chénier)
Soit en combinaison avec un verbe impliquant volition ou obligation extérieure :
Pluie ou bourrasque, il faut qu’il sorte, il faut qu’il aille.
il reste par excellence le mode de l’éventuel :
Vienne encore un procès, et je suis achevé. Corneille.
Dans les phrases exclamatives : hypothèse envisagée avec réprobation : Moi, que je vende cette voiture !
Savoir au subjonctif présent et avec négation = constatation prudente (je ne sache pas…)
S’il a disparu de la subordonnée introduite par SI au profit de l’indicatif (sauf irréel dans le passé) il reste par excellence le mode de l’éventuel :
Le subjonctif comme prédicat de proposition

-   dans les relatives
-   dans les conjonctives (essentielles, corrélatives ou adverbiales : avec avant que ; un but ; concession ; condition… ; après sans que…faute que…).



Totalité du chant

… C’était hier. Les vents se turent. – N’est-il rien que d’humain ?
« À moins qu’il ne se hâte, en perdra trace ton poème… » Ô frontière, ô mutisme ! Aversion du dieu !
Et les capsules encore du néant dans notre bouche de vivants.

Si vivre est tel, qu’on n’en médise ! (le beau recours !...)
Mais toi n’aille point, ô Vent, rompre ton alliance.
Sinon c’est tel refus au désert de l’instant !... l’insanité, soudain, du jour sur la blancheur des routes, et, grandissante vers nos pas, à la mesure d’un tel laps,
L’emphase immense de la mort comme un grand arbre jaune devant nous.

Si vivre est tel, qu’on s’en saisisse ! Ah ! qu’on en pousse à sa limite,
D’une seule et même traite dans le vent, d’une seule et même vague sur sa course,
Le mouvement !...

Et certains disent qu'il faut rire - allez-vous donc les révoquer en doute? Ou qu'il faut feindre - les confondre ?
Et d'autres s'inscrivent en faux dans la chair de la femme, comme étroitement l'Indien, dans sa pirogue d'écorce, pour remonter le fleuve vagissant jusqu'en ses bras de fille, vers l'enfance.
Il nous suffit ce soir du front contre la selle, à l'heure brève de la sangle : comme en bordure de route, sur les cols, l'homme, aux naseaux de pierre de la source – et jusqu’en ce dernier quartier de lune mince comme un ergot de rose blanche, trouvera-t-il encore le signe de l’éperon.

Mais quoi! n'est-il rien d'autre, n'est-il rien d'autre que d'humain ? Et ce parfum de sellerie lui-meme, et cette poudre alezane qu'en songe, chaque nuit,
Sur son visage encore promene la main due Cavalier ne sauraient-ils en nous éveiller d'autre songe
Que votre fauve image d'amazones, tendres compagnes de nos courses imprégnant de vos corps la laine des jodhpurs ?

Nous épousions un soir vos membres purs sur les pelleteries brûlantes du sursaut de la flamme,
Et le vent en forêt nous était corne d'abondance, mais nos pensées tenaient leurs feux sur d'arides rivages,
Et, femmes, vous chantiez votre grandeur de femme aux fils que nous vous refusions...

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Toujours des plaintes de palombes repeupleront la nuit du Voyageur,
Et qu'il fut vain, toujours, entre vos douces phrases familières, d'épier au très lointain des choses ce grondement, toujours, de grandes eaux en marche vers quelque
Zambézie !...

De grandes filles nous furent données, qui dans leurs bras d'épouses dénouaient plus d'hydres que nos fuites
Où êtes-vous qui étiez là, silencieux arome de nos nuits, ô chastes libérant sous vos chevelures impudiques une chaleureuse histoire de vivantes ?
Vous qui nous entendrez un soir au tournant de ces pages, sur les dernières jonchées d'orage, Fideles aux yeux d'orfraies, vous saurez qu'avec vous


Nous reprenions un soir la route des humains.

 


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