Voila une petite nouvelles que j'ai écrite sous la forme de journaux intimes. Je ne vous en dirait pas plus sur cet univers ni sur le contenu, le texte sera surrement plus éloquent!
Dominia
Journaux inachevés
Quelque part dans les ruines de l’ancienne socio-mégalopole.
Jour-1
Ce matin, le ciel est couvert. Le brouillard me masque la vue après quelques centaines de mètres, mais de là où je suis je parviens quand même à voir les façades des antiques barres d’immeubles du socio-quartier située en face de mon poste de tir. Je les scrute, l’œil vissé sur ma lunette de visée, à la recherche de quelque chose. Dominia a des yeux et des oreilles partout, et même en plein territoire contaminé, ils aiment surveiller le moindre fait et geste de la résistance. Mais je ne me suis pas présenté, et alors que je couche ces quelques mots sur ce petit cahier que j’ai pu piquer au QG et qui me tiendra lieu de journal à partir d’aujourd’hui, je réalise à quel point ma mort peut être imminente. Je me nomme Lüdik, mais on ne m’appel généralement que par mon nom de code d’éclaireur, Renard-2. Je ne sais pas pourquoi j’écrit ses mots, si je suis tué personne ne les trouvera jamais. Quand bien même, qui s’y intéresserait ? Mais mes errements philosophiques ne pourront que me faire douter du bien-fondé de mon combat, aussi, en accord avec la doctrine de la résistance, les passerais-je sous silence. Pourquoi ce petit cahier a-t-il attiré ma convoitise au point de le voler, acte pour lequel on pourrait me rétrograder au rang de fantassin ordinaire ? Par amour de l’interdit peut-être. Ecrire est interdit par la résistance, à moins de posséder une autorisation que, misérable militaire, je n’aurais jamais. Ou peut être que la mort de Vhan à été un déclencheur. Nous autres éclaireurs tireurs d’élite, nous aimons à nous croire invincibles. Ca nous aide à supporter la solitude. Perdre son compagnon d’arme le plus cher et son ami d’enfance est monnaie courante de nos jours, mais ça ne signifie pas que sa soit facile pour qui que se soit. J’aime la solitude, mais avec Vhan. Nous étions pareils, pas besoin de mots, nous avions grandi ensemble dans un orphelinat de la résistance. Nés de parents inconnus, nous avons eut la chance, après avoir été séparés pendant presque dix ans de nous retrouver à l’académie de tir de précision. Quelques léchages de bottes et des performances au dessus de la moyenne plus tard nous nous retrouvions catapultés binôme numéro 1 de la promo. C’était il y a cinq ans.
Jour-4
Je me sent coupable envers le partit d’avoir écrit ces mots, j’ai bien failli les brûler la nuit dernière. Mais je sent que quelque chose dort en moi, que je peux le réveiller en écrivant ces quelques pages. Pas un carton aujourd’hui, une semaine que je n’ai pas tiré le moindre coup de feu, et l’odeur de la poudre me manque. Je vais me rapprocher du centre ville, avec de la chance je débusquerais un éclaireur de Dominia ou même une patrouille.
Jour-5
Il était dissimulé à une fenêtre, et couvrait l’avenue principale qui mène au centre ville. Je me serai mis au même endroit que lui, c’est ce qui lui a coûté la vie. Tuer à distance est toujours agréable, surtout si la cible est extrêmement loin, mais tuer à la hachette me procure plus de satisfaction encore. A chaque fois que j’en tue un, je venge Vhan. Ils sont tous identiques. Je n’aurai jamais la certitude d’avoir eut le bon mon frère, mais je sais que je te venge un peu à chaque fois.
Jour-6
Je relit ces quelques lignes et m’aperçoit que je n’ai pas accordé un seul mot à nos ennemis les plus nombreux. Quand je parle de contamination, je fais bien entendu référence aux marcheurs. Mon rang relativement élevé et ma discrétion me permettent de savoir des choses que les soldats ordinaires ignorent. Ils seraient le fruit d’expériences des scientifiques de Dominia, mais ça, tout le monde s’en doute. En revanche, je sais comment ils fonctionnent. Les soldats ordinaires se contentent de savoir qu’il faut éviter d’être mordu et frapper ou viser la tête pour les « tuer ». La contamination doit se faire sur des organismes vivants. C’est pourquoi les cadavres qui leur servent de pâture ne se relèvent jamais si ils sont trouvés déjà morts. Leur corps se décompose de la même façon que s’ils étaient bel et bien morts dés que la « maladie » se déclare en tuant sa victime. Le virus prend le contrôle de son hôte, ranimant la plupart de ses fonctions cérébrales, et lui permettant de se mouvoir. Les organes internes sont plus ou moins intacts, mais pas vitaux. Sur ce point nos scientifiques s’interrogent toujours. En revanche, ils ont besoin de manger pour survivre, de la viande non contaminée, ainsi que tout ce qui peut constituer un apport en nutriments. Ils pillent les supermarchés, et mangent tout les cadavres qu’ils trouvent. Si ils paraissent aussi lents et maladroits, c’est parce qu’ils économisent leur énergie. Agitez un bon steak devant un marcheur et il va déployer des trésors de force et de vigueur pour s’en emparer. J’ai pu consulter des rapports d’expérience, tentant de déterminer la durée de « vie » moyenne d’un marcheur non alimenté. C’est effrayant. Je ne donnerais ici pas de chiffres, ce cahier me vaudrait une rétrogradation mais pas encore le bûcher pour divulgation d’information secrète du partit. Allez, soyons fous. Deux cent soixante jours. Presque une année sans aucun apport alimentaire. Imaginez la durée de vie en trouvant de quoi se nourrir. Le rapport ne la mentionnait pas, puisque l’expérience était, et est toujours en cours…
Jour-8
Deux cartons aujourd’hui. J’ai pu éliminer le pilote d’un véhicule léger de reconnaissance en pleine course, un grand merci à mes balles chemisées perforantes. Son copilote n’a pas vraiment eut le temps de réagir après qu’ils se soient plantés dans le décor. J’ai repeint l’habitacle avec sa cervelle. Le plus drôle, c’est que des marcheurs se sont précipités pour les bouffer quand ils ont vu du sang frais. Je les aime parfois. Les Super-Soldats de Dominia portent tous une combinaison qui les fait paraître contaminés aux yeux des marcheurs. Ces enfoirés peuvent se promener au milieu d’eux sans rien avoir à craindre. Parlons un peu de ses Super-Soldats. Au début de la guerre, il y a 87 ans, les troupes de Dominia étaient on ne peut plus normales. Très bien équipée certes, mais génétiquement intactes. Cinq ans après le début de hostilités, la première génération est entrée en scène. On a beaucoup moins rit sur le front. Ils étaient encore tous différents, mais améliorés par des procédés biologiques et mécaniques. Ces fils de pute valaient bien cinq de nos hommes chacun. Quand on sait que nous étions à peine deux fois plus nombreux…on se demande comment la résistance a fait pour survivre aussi longtemps. Vingt ans plus tard, Génération 2. Nouveau coup de fouet pour Dominia, alors que nos propres troupes se renouvelaient grâce au programme nataliste du partit. On est passés prés du gouffre une nouvelle fois. Ceux-la étaient encore moins marrants que leurs prédécesseurs, en particulier à cause de leurs armures. Jamais un type ordinaire ne pourrait marcher avec un truc pareil sur le dos, mais eux le peuvent, ils grandissent à l’intérieur. On a du attendre trente ans pour voir une nouvelle sorte de Super-Soldats débarquer. Fini l’armure médiévale et les armes grosses comme des porte-avions, ceux là avaient l’air normaux. De l’extérieur seulement. Les rares que nous avons pu chopper entier nous ont montré des choses incroyables. Leurs bras et leurs jambes étaient artificiels, leur tête truffée de microprocesseurs si petits que nos ordinateurs passaient pour des usines à coté. Erreur bien vite corrigée par Dominia, je crois savoir que seulement trois spécimens ont été récupérés entier. Probablement un disfonctionnement de leur système d’auto destruction. Rien de spectaculaire mais dés l’arrêt du cœur et l’incapacité de l’auto défibrillation constatée, la technologie embarquée cramait. Pas de récupération pour nos scientifiques.
Jour-9
Personne au bout de mon canon. Pour en revenir au S-S Il faut aussi noter que les membres de cette troisième génération n’avait plus d’identité propre, leurs visages étaient entièrement charcutés pour y faire rentrer des systèmes de vision et de respiration artificiels. Tous des mâles. Ceux là étaient vraiment des charognes. C’est deux de ces modèles que j’ai dégommé hier. Ils ont été relégués aux taches inférieures, parce qu’aujourd’hui, ils ont des petits frères encore plus méchants. Si on se base sur le fait que la Génération 4 n’a à ce jour pas été remplacée, c’est que Dominia les considère comme parfaits. Organes internes naturels, à quelques exceptions prés, membres artificiels à la fois puissants, rapides et précis, crâne remplacés par un exosquelette en titane truffé d’électronique, système de vision si puissant que quand j’en aperçoit, je n’ose même plus respirer. Ils sont l’arme, il ne la manie pas. Leurs armures arrête une bonne partie de nos tirs, leurs organisme en encaisse au moins autant quand sa perce. A coté d’eux, nos hommes ne sont rien. Imaginez un enfant de cinq ans opposé à un adulte de cent vingt kilos, et vous pouvez imaginer le rapport de force. Rajoutez à ça que Dominia met moins de huit ans à créer une de ses aberration, et n’a même pas besoin ne les entraîner puisque toute la connaissance guerrière de l’humanité est implémentée dans leurs petites têtes. J’en suis persuadé, nous sommes condamné à plus ou moins longue échéance. Jamais nous ne les vaincrons. Si les chiffres du rapport sur les marcheurs ne me valent pas le bûcher, ce type de pensée défaitiste elle, me vaudra même la torture et un procès public avant d’être cramé. Et très sincèrement, je m’en tamponne. Je crèverai avant au service de la glorieuse résistance.
Jour-10
Je prends vraiment goût à écrire dans ce petit journal. Je comprends pourquoi on nous interdit d’écrire. Trop de pensée tu LA pensée unique, celle du parti. Je n’ai jamais dit de choses pareilles, pas même à Vhan. Je ne t’oublie pas mon frère. Aujourd’hui, j’ai bien cru la fin proche. Une colonne de S-Sg4 est passée juste au pied de ma planque. Sans cette combinaison qui masque ma propre signature thermique j’étais cent fois cuit. On ne se cache pas aux yeux des S-Sg4. Le parti soit loué pour les bienfaits qu’il me procure. Et je suis sincère au moins sur ce point. Notre technologie se contente de tenter de copier celle de Dominia, en bien moins perfectionnée, mais j’ai le droit à du matos de premier choix du fait de mon rang et de mon isolement constant. Cela fait aujourd’hui trente-cinq jours que je promène tout seul en territoire hostile, et mon évacuation est programmée pour dans deux jours. Il me reste encore de quoi tenir en bouffe et surtout en munitions, mais je ne serai pas contre une bonne douche froide et un bon repas lyophilisé enrichi en protéines servit dans une assiette en carton recyclé au mess des officiers.
Jour-11
Derniers mots dans ce journal, je ne prendrais pas le risque de le ramener avec moi au QG. Tu me manquera mon ami, mais qui sait, si je revient dans le secteur je passerait peut être te faire un signe et te raconter mes derniers exploits. Ce sachet en plastique devrait te protéger de l’humidité et le trou ou je t’enterre de l’indiscrétion des habitants du coin. Repose toi bien.
Jour – 144
Il en aura fallut du temps au QG pour me renvoyer dans ce secteur ! Je suis vraiment heureux de te retrouver, et de poursuivre notre relation qui, bien qu’à sens unique, me fait du bien. Je te parle comme à ma dernière conquête en date, mais elle ne pouvait pas soulager ma conscience et mes pensées sombres, même si elle soulageait bien le reste. J’ai bien fait de la quitter, elle m’aurait jeté en pâture à la police interne du partit à la seconde même ou je lui aurai parlé de toi. L’amour n’a plus cours de nos jours. C’était une fanatique dans le fond. Il s’est passé beaucoup de choses depuis notre dernier entretient, j’ai eut droit à pas mal de petits cadeau du partit, je retire ce que j’ai dit à propos de nos scientifiques, ils arrivent à de bons résultats en rongeant les restes de Dominia.
Tout d’abord mon fusil, j’en ai obtenu un nouveau très similaire en apparence à mon arme habituelle mais celui-ci possède des calculateurs électroniques de trajectoire, un canon fait dans un nouvel alliage qui réduit la friction et une vision nocturne très puissante. Ma combinaison est devenue une véritable armure légère, conçue pour résister aux morsures je n’ai pas grand-chose à craindre des marcheurs. Elle dissimule toujours ma signature thermique aux yeux du monde. Mon casque possède trois modes de vision, standard avec affinement des détail et sursensibilité aux mouvements, thermique, et nocturne. Et en bonus des capteurs qui me resituent les sons jusqu’à une très grande distance avec finesse. J’ai failli oublier l’élargissement du champ visuel, très pratique lui aussi. Mon ancien casque était vraiment ridicule en comparaison. Il m’a fallut un temps d’adaptation mais je le porte depuis près d’un mois et je m’y suis très bien fait. Quand je l’enlève je me sens si vulnérable ! Du coté de nos troupes régulières, pas grand-chose à signaler si ce n’est une nouvelle doctrine de combat et de nouveau pelotons. Les balles se faisant rares et de plus en plus chères du fait des armures d’en face, ils est désormais interdit d’en faire usage contre les marcheurs. Pour s’adapter à ce nouveau mode de fonctionnement, nos troupes se voient dotée en remplacement de leurs armes de corps à corps de fortunes d’arme réglementaires, des épées courtes relativement lourdes et tranchantes pour venir aisément à bout de leurs cibles. Quand au nouveau peloton, ils rassemble tout les plus brutaux éléments de l’armée et combat exclusivement à l’arme de corps à corps et au bouclier. Bien sur on ne les enverra jamais contre les S-S mais ils protégent les flancs de nos régiments contre les marcheurs. J’ai pu parler avec une de ces recrues, un type de presque deux mètres de haut qui avait l’air d’apprécier son nouveau poste. Il dit que chez eux les risques sont moindres de rencontrer son destin puisqu’ils ne combattent pas les S-S. Il a l’air de trouver l’éradication des marcheurs assez facile, mais vu sa stature je vois mal quelqu’un lui prendre sa place dans la file de la cantine.
Jour-145
J’ai reçu une transmission radio, je vais devoir quitter ma planque en ville pour participer à un assaut massif sur une ancienne usine qui sert de poste avancé à Dominia. Etant donné la facilité avec laquelle nous avons perdu cette usine en jouissant d’une position défensive et d’un surnombre conséquent, je me demande bien ce que le partit garde dans sa manche. Sur le papier, c’est du suicide.
Jour-229
J’ai du t’abandonner précipitamment, pardonne moi de ne pas t’avoir dit au revoir. La bataille a été longue et épuisante. Je me demande ce qui justifiait tant de sacrifices de la part de la résistance, mais après deux mois de combat l’usine est tombée. J’ai profité des hostilités de suffisamment loin pour ne pas avoir à prendre trop de risques, mais je dois reconnaître que j’ai fait un sacré paquet de morts en face. On m’a parlé de médaille récemment, mais je m’en tamponne. J’ai pu utiliser un de nos nouveaux fusils, un engin improbable si énorme que je serais incapable de le transporter en mission solitaire. Ce machin est capable d’arracher la tête d’un S-SG4 sans autre forme de procès. Au début et malgré le recul pneumatique j’ai bien cru que j’allais perdre une épaule. Tirer deux cents cartouches par jour avec ce monstre m’a laissé de vilaines douleurs, et un paquet de bleus ! Je pense pouvoir dire avec fierté que sur ce coup la, Dominia a chié dans son froc. La politique actuelle du partit tend vers le gros calibre, et force est de constater que nos troupes équipées avec les nouvelles armes d’assaut on plus de succès que les précédentes. Ce qui nous mène toujours la vie dure, ce sont les blindés Dominien. Toujours un train d’avance sur nos armes antichars. Nos roquettes font l’effet de boulettes de papier. En comparaison, des fusils comme le Full-m1 dont je parlais précédemment ont plus d’effet sur leur blindage. J’ai pu détruire un ou deux de leurs véhicules quand l’occasion se présentait. Si tu avais pu voir ça Vhan.
Jour-230
Je m’ennuie. Mon Lrs_Mk12 ne me procure plus les mêmes sensations qu’avant. J’ai trop tiré au Full-m1. J’en ai ras le bol de cette guerre de merde. Je veux tuer ces salopards, mais je ne veux plus être à la botte du partit. Je veux faire cavalier seul. Impossible bien sur, où je trouverais des bastos à foutre dans mes flingues ? Et à bouffer ? Ils me tiennent par les couilles. Le seul moyen pour moi de m’émanciper serai de monter en grade, mais là encore une punition encore plus terrible risquerai de me tomber dessus : aller apprendre aux mômes à manier des fusils à lunettes à l’académie. La perspective de torcher des gamins pré pubères et de leur moucher le nez quand ils chialent parce qu’ils ne trouvent pas dans quel sens se tient leur arme, très peu pour moi. C’est un peu pour ça que je ne fais pas de vagues. Je revois à la baisse mes cartons pour éviter de passer pour ce que le partit adore : un héros. Ils en ont plein, des héros. Jamais trop à la fois, mais toujours assez pour pouvoir parler d’eux dans à peu prés toutes les conversations. Vivants, ils sont une source d’inspiration pour tout les hommes, morts, un exemple de courage face à l’adversité. Fabuleux…
Jour-233
Quatre morts, bonne journée. Je le ai pris en terrain trop découvert pour qu’un seul d’entre eux puisse se trouver un couvert avant que mes quatre coups partent. Ce fusil est quand même merveilleux malgré tout. J’ai pu me procurer des cartouches conventionnelles auprès d’un « ami » qui travaille aux entrepôts du partit. Ce genre de munition non perforante est peu à peu mis au rebus depuis que des génies du partit ont décidé de mettre du fric dans la fabrication de balles capable de faire autre chose que ricocher sur les S-S. Des génies. A quoi elles me servent ? A descendre des marcheurs quand je m’ennuie. Pas de trace de mes tirs quand on compte mes munitions à mon retour, et pas besoin de justifier un faible pourcentage de touche. Je prend des risques je le sais. Si un tireur embusqué d’en face me prend à m’amuser comme ça, je vais vite me faire dessouder. D’un autre coté, sa m’a permis d’en repérer un l’autre jour. Chacun son truc. J’en ai peut être marre de vivre.
Jour-234
Je ne t’ai jamais parlé de mes cauchemars et des circonstances de la mort de Vhan. J’en fais des cauchemars toutes les nuits. Il traverse ce terrain relativement découvert pour me rejoindre, et il s’effondre, en poussant un hurlement qui m’a troué les tympans dans mon casque. Il tenait le moignon de sa jambe qui pissait salement. Quand il a réussi à reparler, j’étais déjà en train de remballer pour aller le chercher, réaction stupide mais tellement humaine. Il m’a hurlé deux mots. « Tue moi ». Sa m’a laissé paralysé pendant presque trente secondes. Trente secondes à entendre mon frère de sang, mon seul ami me hurler de l’abattre. C’était si évident, de toute manière il ne s’en sortirait pas. Je n’ai pas pu l’admettre suffisamment vite pour lui éviter de souffrir inutilement. Il a pris son arme de poing et a entrepris de se faire sauter le caisson lui-même. Sa main a éclatée, emportée par une balle. Le fils de pute d’en face n’attendait que ça. J’ai finit par réagir, trois secondes plus tard. Je revois son visage déformé par la douleur et recouvert de son sang dans la lunette. Je l’ai achevé. J’ai descendu mon propre frère. Bien sur que j’ai fait ce qu’il fallait. Tout le monde me dira ça. Mais non. J’aurai pu chopper ce fils de pute si j’avait réagit assez vite. J’aurai pu lui faire la peau et aller sauver Vhan. J’en suis persuadé au fond de moi-même. Le pire, c’est que je n’ai jamais retrouvé ce tireur. Tuez moi, faites quelque chose.
Jour-235
Je rentre bientôt au QG. Je n’ai pas envie de revoir les trombines de mes supérieurs. Ils me débectent. J’ai un plan sous le coude, mais je ne t’en parlerais pas encore. Il est trop tôt.
Jour-236
Je te remet à ta place, je repasserais te prendre tu as ma parole.
Jour-284
Enfin de retour. Il est temps que je te parle de ce plan que j’ai élaboré dans ma petite cervelle. Cela fait un petit moment déjà que mon « ami » des entrepôts me fournit du matos sous le manteau. J’ai réussi à accumuler assez de cartouches pour tenir un siège. De la bouffe aussi, pas mal de rations. Au pire, je sais me démerder dans la nature. Je bouffe déjà plus volontiers des rats cuits que leur saloperie de bouffe hyperprotéinée lyophilisée. De toute façon, je ne reviendrais pas, c’est un allé simple. Je ne sais pas si je devient dingue, mais je sais une chose : plutôt crever que de supporter ça plus longtemps. Et si possible en faisant un dernier coup d’éclat. Et il sera beau, le coup. Personne n’en parlera jamais car personne ne saura, mais de toute manière qu’est-ce que j’en ai a foutre. Des milliers des nôtres crèvent quotidiennement et personne ne connaît leurs noms ni leurs visages. C’est ça la guerre.
Dominia, trois ans plus tôt.
Je suis si heureux d’avoir gagné le droit d’écrire que je ne sais même pas par où commencer. Je ne nomme Lydvak, j’ai vingt-quatre ans et suis en parfaite santé comme tout le monde ici à Dominia. J’ai gagné le droit d’écrire en accédant a ce poste à responsabilité, et le plus beau c’est que grâce à cela, personne ne viendra plus jamais fouiller dans mes affaires. Travailler au ministère de la sécurité intérieure donne beaucoup de privilèges, c’est une chance d’y parvenir aussi tôt dans sa vie. L’eugénisme y est pour beaucoup, j’ai été reconnu apte à exercer cette profession et mon avenir au sein de Dominia est assuré et radieux. Il est vingt trois heure passées de quarante quatre minutes, l’extinction des feux ayant lieu à minuit je vais aller me reposer car je viens de passer ma toute première journée de travail à mon bureau et ais obtenu ce tout nouvel appartement deux fois plus spacieux que le précédent.
Ma seconde journée de travail c’est bien passée, j’ai rédigé des rapports de communication publique à destination des bureaux de la sécurité publique, ça n’est pas très intéressant mais j’ai bon espoir d’accéder a des fonctions plus passionnantes dans peu de temps. Et ma paie est très acceptable pour un début de carrière, dimanche j’irai faire les boutiques. J’aime beaucoup aller regarder les vitrines des magasins, quand j’étais petit je rêvais de pouvoir m’acheter les choses que je voyais et désormais avec un salaire c’est possible. J’ai également bon espoir de trouver une petite amie car les hommes possédant des postes a responsabilité plaisent beaucoup aux femmes. Si je veux pouvoir découvrir l’amour je vais être obligé de passer un entretient de santé physique et psychologique à l’issue duquel on vérifiera ma stérilité, et j’aurai alors le droit de partager du temps avec une femme. J’ai hâte d’y être.
(…)
Cela fait trois mois aujourd’hui que j’occupe ce poste, et je vais fêter ça ce dimanche en allant au restaurant avec des collègues des bureaux avoisinants. Ils sont sympathiques, et ont insisté pour m’inviter. C’est un peu comme une grande famille au ministère de la sécurité intérieure. Au même étage que mon bureau, il y a cette femme, Diss. Elle me plait beaucoup et grâce à quelques amis j’ai pu apprendre qu’elle était seule. Je ne sais pa si je trouverai le cran de l’inviter au restaurant.
(…)
Ce matin j’ai lut le journal Dominien et j’y ai trouvé une de mes dépêches ! On m’avait dit sa au bureau mais je n’y avait pas cru, je vais la découper et la coller dans ce cahier.
Depuis maintenant un an, les nouvelles mesures de sécurité intérieures prises par le ministère de la sécurité intérieure ont fait reculer le taux de criminalité de 2% à 0.8%. Jamais Dominia n’a connu une telle sérénité grâce à nos gardiens de l’intégrité morale et physique. Mais le ministère lutte toujours avec acharnement et compte atteindre d’ici deux ans le seul des 0.1%, ouvrant la voie à une ère de criminalité zéro.
Ce pourrait bien être un tremplin vers un poste plus important.
(…)
Diss a accepté de venir au restaurant avec moi, je suis tellement excité. Nous avons parlé ce midi durant la pause déjeuné et elle m’a confié qu’elle espérait trouver quelqu’un bientôt. Je lui ai appris que j’était libre et que j’avait subit l’entretient d’aptitude à la relation amoureuse avec succès. Elle a rougit. Je ne me serai jamais cru capable de tant d’audace.
(…)
Nous sommes allé au restaurant. Je n’avais jamais autant parlé avec une femme, je me sens bien avec elle. Elle trouve mon travail captivant, et elle espère arriver à mon niveau avant la fin de l’année car elle travaille dur pour le ministère. Je lui ai fait ma déclaration et elle a accepté, nous irons la semaine prochaine au bureau des relations humaines de mon quartier pour nous entretenir avec un responsable de la vie maritale. Nous sommes fait pour être ensemble, je suis persuadé que tout se passera bien.
(…)
L’entretient séparé c’est bien déroulé, nous avons montré que nos motivations étaient saines et que nous étions de bons citoyens. Nos postes au ministère de la sécurité intérieure ont joué en notre faveur, et nous avons reçu le droit de nous fréquenter en privé chez moi ou chez elle. Je pense que demain soir, nous allons nous embrasser. Je suis tellement excité.
(…)
Elle était gênée mais nous avons réussi à nous déshabiller tout les deux. Je n’avais jamais vu de femme nue avant ce jour, et il restera gravé dans ma mémoire. Elle était si douce, son odeur si agréable. Nous sommes ensemble pour la vie, et j’espère que dans quelques années nous aurons le droit de prétendre à devenir parents. (…)
Cela fait deux ans que nous sommes ensemble, et pour fêter cela nous irons au restaurant dimanche. Je ne me sens pas bien avec elle, j’aime lui faire l’amour mais je la sens distante. Ses pensée sont ailleurs, elle n’est plus la même et si elle refuse de me dire ce qui ne va pas je vais devoir en référer a un responsable du bureau des relations humaines. Peut être est-ce le fait que nous ne puissions pas encore vivre ensemble.
(…)
Elle c’est rendue a l’entretient, mais n’a rien voulut dire. Le responsable c’est trouvé fort gêné et a du convoquer des gardes pour qu’elle soit emmenée pour interrogatoire au ministère. Je ne la comprends pas, nous avions tout pour être heureux (…)
J’ai reçu les félicitations de mes collègues pour avoir dénoncé le comportement suspect de Diss, elle a reconnu durant son interrogatoire ne plus croire en la doctrine Dominienne et projeter des actes de rébellion. Je ne sais pas pourquoi je me sens si mal. J’ai même reçu la promesse d’un poste haut placé avant la fin de l’année pour service rendu à Dominia. Que m’arrive-t-il ?
(…)
Je suis déprimé. On m’a recommandé de prendre des gélules pour me remonter le moral mais je n’ai pas envie de les prendre. J’ai fait mine d’accepter la recommandation et me suis rendu en prendre à la pharmacie. La boite est sur la table, mais je n’y toucherai pas. Elle me manque. Je ne sais pa pourquoi, mais je pense que nous aurions pu parler plus profondément. J’aurai pu essayer de savoir ce qui n’allait pas avant de la donner au ministère. Je ne comprends pas ce qui m’arrive.
(…)
J’ai pu accéder aux fichiers des détentions et n’ai trouvé aucune trace de Diss. Je retenterai ma chance demain, j’espère avoir mal cherché.
(…)
Je lai retrouvée, au sixième sous sol. Elle est détenue depuis prés de soixante jours, et les rapports indiquent qu’elle subit un traitement de réintégration citoyenne. Je ne sais pa en quoi cela consiste.
(…)
J’ai pris un risque énorme, mais je me suis rendu après mon travail au sixième sous sol. J’ai vu Dissya par la fenêtre de la porte de sa cellule. J’ai failli hurler. Elle était attachée dans une camisole, le visage tuméfié et semblait complètement amorphe. Je me suis sentit tellement coupable que j’ai fuit aussi vite que possible sans éveiller les soupçons.
(…)
« Réintégration : ECHEC »
Ce sont les mots qui figurent sur le dossier de Dissya. J’en conclue qu’elle est morte. Par ma faute. Je suis un monstre, et je travaille dans le bâtiment ou elle a été torturée et tuée. Je vais prendre les gélules ou moi aussi on m’enverra consulter pour comportement suspect. Même durant mon enfance à la maison d’éducation d’état je n’ai jamais été malheureux. J’ai toujours eut ce qu’il me fallait, la discipline, l’ordre et des amis. Des amis. Je n’ai revu personne depuis que j’ai quitté la maison. Je me suis enfermé sur moi-même. J’ai eut tord.
(…)
Cela fait un an jour pour jour. Ce matin là je m’étais levé et étais allé au bureau du ministère des relations humaines. C’est ce matin là que j’ai trahi Diss. Je ne suis plus le même homme désormais. « La délation rend l’homme plus fort » promet Dominia. Je n’y ai trouvé qu’une source inépuisable de ressentiment envers le monde. Tient puisque je parle du monde, dans mes heures perdues de solitude j’ai pu obtenir quelques informations ainsi que lorsque je me trouvais au bureau du ministère. Nos soldats, on nous en parle peu. Seules quelques images, et de rares informations vantant leurs qualités. J’ai remarqué qu’il y a trente ans de cela, les campagnes d’information de Dominia sur la guerre étaient bien plus directes et abondantes. A l’époque nos succès étaient probablement plus nombreux. Je ne vois pas d’autre explication. Les gélules me rendent apathique, mais c’est le seul moyen que j’ai de tenir. Le pharmacien m’a dit que je ne serai pas autorisé à en prendre pendant encore longtemps. Je me demande ce qui se passera le jour ou j’arrêterais.
(…)
Je deviens fou. Ma vie n’a plus aucun sens. Au ministère on passe sous silence les chiffres des personnes se donnant volontairement la mort à Dominia. Ils sont pourtant éloquents. Il n’existe d’ailleurs aucun mot pour décrire ce phénomène. J’y pense quotidiennement. Je veux en finir.
Le journal s’achève sur ces mots.
Jour-298
Grâce à mon « ami » des entrepôts que je commence à beaucoup mentionner dans ces lignes, j’ai pu récupérer un maximum de matériel indispensable. Ma mission, personne ne va me la dicter. Je vais aller faire la peau à tout ces fils de puttes, autant qu’ils sont. Ils veulent gagner la guerre au partit ? Je vais la gagner pour eux ! Personne ne pourra trouver plus grand héros. Je débloque totalement. Mes relations et mes visites répétées au QG ces dernières semaines m’ont permis de récupérer des dossiers sensibles. J’ai quasiment dépensé toute ma maigre fortune en pots de vin, et grand bien en fasse à ceux qui ont coopéré avec moi. Je n’aurai pas besoin d’argent là ou je vais. Je suis prêt. J’ai tout les documents nécessaires pour approcher le mur de Dominia sans être repéré, je serai si proche de ces enculés que personne ne pourrai ne serai-ce qu’imaginer que quelqu’un ose être ici. Ils seront peu vigilants. Trop peu. J’ai toujours voulut voir l’autre coté, à quoi ressemble la vie là bas. Le partit décrit l’autre coté comme l’enfer sur terre, pire que le front. Conneries. Je suis sur que ces enfoirés se la coulent douce et chient sur des chiottes avec lunette chauffante et papier ultra doux. Ils vont moins faire les fiers quand ils auront un ver dans le fruit. On va se fendre la gueule, c’est Lüdik qui vous le dit. Tu verras Vhan. Sa va être mémorable.
Jour-315
Je suis si prés du mur que je peux le voir. A peine quelques kilomètres, les pires et à la fois les plus faciles désormais. J’avance de quelques mètres par heure, si lentement que mes mouvements sont imperceptibles. Mes muscles commencent à protester contre ce mode de déplacement, mais dans peu de temps je serais au pied du mur. Au propre comme au figuré.
Jour-318
J’y suis. Personne n’a rien vu, et pour cause, je suis aussi crade que le cul d’un nouveau né avant qu’on le change. Je me suis traîné dans la boue, je suis glacé et recouvert de plantes et de parasites qui collent dans ma tenue de camouflage. J’en ai une de rechange fort heureusement, mais il n’est pas encore temps de la mettre. J’ai déjà réfléchit au moyen le plus sur d’entrer, et c’est si évident que personne n’oserai le faire. Attendre qu’un convoi de minerai s’arrête pour la vérification des codes d’accès et grimper dans un bac. Si j’ai de la chance, personne ne me véra. Et si j’ai de la chance, j’arriverai à me planquer une fois le minerai déversé à l’usine de retraitement. De là je devrai pouvoir aller suffisamment prés de leur villes pour faire un carton. Putain Vhan je vais m’en foutre jusque-là !
Le reste du cahier est vierge.
Merci à ceux qui sont arrivés jusqu'ici, tout commentaire bienvenu!
amicalement
Skaz