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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » L'ombre de Thèbes

Auteur Sujet: L'ombre de Thèbes  (Lu 13137 fois)

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L'ombre de Thèbes
« le: 16 Mai 2008 à 01:12:11 »
[Ecrit pour l'AT sur l'inspiration par la musique (Kingdom of Heaven, Ibelin)] Oh là là ! Je trouve qu'il survole trop, il survole la beauté de l'Egypte et le sujet, il ne s'ancre pas, les mots ne se répercutent pas bien. Mon idée de départ me plaisait, me servir du contexte thébain me... remplissait d'allégresse xD
Eh ben je suis archi déçu. Mais je ne peux pas faire mieux, pas tout de suite en tout cas.

Bref :(

C'est pas histoire de chercher les consolations : le contexte me tenait à coeur et j'ai bien foiré le tableau. Et c'est un peu trop court. Bon.

> Version 3 ! zappez la première ;)


L'ombre de Thèbes.



Tapie dans l’herbe haute, une femme pleure. Le vent ne harcèle pas ses voiles, qui tombent légers sur les épis. Au loin, sous les colonnades, quelqu’un pince les cordes d’une cithare. Le vent a faibli, s’est tu. La chaleur qui écrasait tantôt relâche son étreinte et bientôt se détourne. Là-bas, la silhouette ne bouge pas. Est-ce une dame ? Peut-être pleure-t-elle. On ne sait pas : les blés la cachent.

A l’extérieur du palais, c’est la vie qui murmure. Une voix gutturale s’élève dans la touffeur de l’air. Un fellah récite des prières en conduisant l’attelage ; au milieu des sycomores, les pêcheurs jettent leurs filets. Des vols d’ibis colorent l’horizon d’une brume rose : tout indique que les dieux sont apaisés. La crue est pour bientôt ; on attend le limon, on attend le moment où la terre viendra ensemencer la terre.

Le soleil finit sa course céleste. Tandis qu’il s’apprête à combattre les démons nocturnes, des sandales claquent sur la pierre. C’est l’ombre des blés qui sort du palais. Elle n’est plus vêtue de noir, un capuchon léger dissimule ses traits. Elle s’engage dans les ruelles. Croise un mendiant, lui lance une pièce d’argent. Déjà elle s’éloigne des beaux-quartiers et des rumeurs de fête ; l’ombre s’enfonce toujours plus dans les ruelles sales, furtive et assurée. Dans les faubourgs de Thèbes elle court sans bruit. La nuit s’est coulée dans le fleuve tranquille, elle inonde maintenant les rues. La silhouette s’arrête. Une porte s’entrebâille, elle s’y faufile.


Et la porte se referma sur toi, lecteur.

De cette rencontre, tu ne sus rien. Il fut question de peu de chose en vérité ; quelques mots échangés, un renseignement : une adresse. Est-il besoin d’en connaître davantage ? La silhouette drapée de sombre reparut bientôt dans la ruelle somnolente. On ne la vit pas rôder près des taudis de boue, cette nuit-là ; elle s’en retourna au palais, se glissa par une porte dérobée et se fondit dans la tâche monumentale d’ombre. Nul mal inconnu, nulle insidieuse gangrène ne viendrait ronger la cité de Pharaon, cette nuit-là. Il faudrait attendre la suivante.

Il y eut un soir, il y eut un matin, et la cité retrouva son éclat. Les premiers marchands installaient leurs échoppes face à l’horizon ruisselant d’or ; une fraîche brise courait sur le Nil, ridant l’eau calme, gonflant parfois la voile d’une felouque esseulée. Le palais s’éveillait à peine, sur le grès lumineux s’effilochait l’ombre. De la journée, pas un souvenir, sinon quelques libations et une forte odeur de poisson séché. Déjà ce fut le soir ; la vie lentement s’éteignit sur les berges de l’Orient.


Tout dort. A nouveau, l’ombre s’enfuit du palais, gagne les bas-fonds. Autre soir, autre adresse.


-       Tu es la concubine dont Medjès m’a parlé.

-  En effet je la suis. Et toi, es-tu celui auquel je pense ?

Il aurait dû faire preuve d’un respect tout particulier à son égard. Les miséreux ont du bon sens : se doutait-il de quelque chose ? Bien sûr. Une personne de son rang, ça ne court pas les rues.

-   Tu n’as pas une mine réjouie pour une épouse de Pharaon.

-   Ton métier, qui m’amène ici, n’est pas sujet à réjouissances.

-      Que veux-tu donc ? » Il semblait soucieux. « Pourquoi Medjès t’a-t-il donné mon adresse ? Je ne veux pas avoir de problème avec les gardes du palais.

-      Je souhaite solliciter ton art.

Ils s’en tinrent ensuite à des chuchotements. Puis l’homme ergota sur de menus détails ; le ton monta.

-  Qui es-tu, au juste ? Pourquoi me demander une telle chose ?

-       Ne pose pas de questions. Obéis-moi.

-       Et pourquoi ne veux-tu pas creuser un hypogée ? Ta sœur ne peut décemment pas être enterrée dans une nécropole !

-   Je le souhaite. Fossoyeur, ne fais pas d’histoires. J’appartiens à un monde, tu appartiens à un autre. Garde cette affaire pour toi, et les cloisons resteront étanches. Comprends-tu ?

-    Je ne sais pas. Si on venait à l’apprendre ?

-       Ma sœur est morte dans la souffrance et la misère, elle venait de ces rues, elle aussi. Prépare la fosse et je viendrai l’y enterrer. Comment avoir accès à la nécropole, à la nuit close ?

-        Je te ferai entrer.

-        J’aimerais y venir la nuit, de temps à autres, apporter des offrandes.

-     Que ne le fais-tu comme tout le monde, de jour !

-   Sortir d’un harem n’est pas chose aisée. Si j’ai fait l’effort de te rendre visite, cette nuit, c’est qu’il…

-       Bien, bien. Entendu. Ta sœur de lait aura toute la provende nécessaire pour son voyage occidental. Mais tu n’as pas le droit d’être ici ; dis-moi… monnayons un peu, veux-tu ?

La concubine avait relevé la tête. Dignement, elle céda au chantage du fossoyeur. Nourrir sa sœur dans l’au-delà semblait nécessiter quelque rétribution charnelle. Elle s’y plia.

-       Anubis conseille tes pas, ma belle…

-        Je te remercie, fossoyeur.

- Et n’oublie pas, le mot de passe change chaque semaine… si tu tiens à la vie éternelle de ta sœur, passe me voir.


Mais elle s’était évanouie dans les flaques d’ombre. En riant. Longtemps, les faubourgs gardèrent son éclat dissonant.

La nuit entendit les paroles du fossoyeur chuchotées à nouveau. Une douce quiétude berçait la nécropole. Le gardien laissa passer l’ombre.

Au matin, un petit attroupement se forma devant un taudis des bas-quartiers. Beaucoup tentèrent d’apercevoir le cadavre du fossoyeur, mais la plupart durent s’en tenir aux ragots : nu et saigné à blanc, disait-on.

Puis la mélopée journalière reprit ; il parvint ce jour-là des émissaires hittites, on n’en sut pas beaucoup plus. Le soir arrivant, les temples bruissaient encore d’activité : c’était la fête d’Opet qui se préparait. Puis, quand les ténèbres se furent installées dans la capitale des Deux-Terres, on entendit d’inquiétants ricanements, qui s’échappaient de temps à autres de la nécropole. Dans une fosse, dans quelque mausolée, quelqu’un ou quelque chose s’agitait. S’affairait sans relâche, frénétique et passionné. Bestial. C’était l’ombre furtive, la concubine endeuillée, c’était le succube du Nil qui épanchait sa voracité purpurine sur les froides dépouilles.



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Re : L'ombre de Thèbes.
« Réponse #1 le: 16 Mai 2008 à 01:31:35 »
Je l'ai lu deux fois ( la première sans musique, la seconde avec )

ben, moi, je trouve pas ça si mal
en plus ça passe bien avec la musique


le fait qu'on sache un peu plus tard qui est son interlocuteur est intéressant, ça éveille la curiosité du lecteur

par contre, c'est dommage de proposer des interventions du narrateur ( enfin surtout une) et de ne pas continuer ensuite, parce que ça fait alors un peu cheveu sur la soupe

- En effet je la suis. Et toi, es-tu celui auquel je pense ?
:-°
curieuse comme réplique...

sinon le seul reproche que j'aurais à te faire c'est que tu laisses du mystère ( c'est ton choix et ça passe quand même) mais en fait tu pourrais très bien continuer ce texte ( je sais pas comment) mais ça pourrait

ça me rappelle un peu la Nécro bien que ce soit pas le même cadre

en gros je suis d'accord avec ce que tu penses de ton texte, mais ça veut dire qu'il faut l'améliore, mais c'est quand même un texte bien ^^

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Re : Re : L'ombre de Thèbes.
« Réponse #2 le: 16 Mai 2008 à 01:35:07 »


Citer
sinon le seul reproche que j'aurais à te faire c'est que tu laisses du mystère ( c'est ton choix et ça passe quand même) mais en fait tu pourrais très bien continuer ce texte ( je sais pas comment) mais ça pourrait


dans quel sens je laisse du mystère ?

merci de cette rapidité de lecture, lol
ah, oui, peut-être que je devrais développer les interventions du narrateur... ^^
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Re : L'ombre de Thèbes.
« Réponse #3 le: 16 Mai 2008 à 01:41:45 »
la fin...
elle part en riant
puis l'autre est retrouvé mort, on voit le lien mais c'est... euh... brutale comme fin... pas à cause du meurtre, hein ? c'est juste que c'est un peu "expédié"
et la dernière phrase est... énigmatique
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Re : L'ombre de Thèbes.
« Réponse #4 le: 16 Mai 2008 à 01:43:33 »


Bah oui mais la concubine n'est autre que le succube, elle n'avait pas de soeur à enterrer, juste quelques morts à violer :mrgreen:
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Re : L'ombre de Thèbes.
« Réponse #5 le: 16 Mai 2008 à 01:48:33 »
ça ne fait que confirmer ce que je dis...
ok ça permet de te justifier mais quand même, c'est énigmatique, ou si tu préfères c'est "trop facile comme fin"
mais c'est pas un reproche, c'est juste que tu peux encore développer :noange:
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Re : L'ombre de Thèbes.
« Réponse #6 le: 16 Mai 2008 à 01:57:22 »

Ok. Sauf que mes efforts ne porteront que sur la manière d'amener la chute... si je change la chute elle-même, mieux vaut écrire un nouveau texte xD
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Re : L'ombre de Thèbes.
« Réponse #7 le: 16 Mai 2008 à 10:21:56 »
Je viens de lire sans la musique, je relirai avec, ce soir.

Pour ce qui est de la chute, moi c'est la chute en elle-même que j'aime pas trop, déjà parce que "urgh" (<= glapissement d'horreur et de dégoût), ensuite parce que très vite j'y ai cru, à cette concubine éplorée mais décidée à tout pour la dignité de la dépouille de sa soeur... Mon imagination s'était envolée là-dessus ^^

A part ça, deux détails qui m'ont fait bizarre:
Citer
elle s’en retourna au palais, se glissa dans une porte dérobée
ça serait pas plutôt "par" une porte dérobée? (ou alors "à travers", si c'est un indice de la nature de succube)

Et
Citer
-   Tu n’as pas une mine réjouie pour une épouse de Pharaon.
Je n'y connais absolument rien, mais est-ce correct que l'épouse du pharaon soit une courtisane du harem au même titre que les autres, d'après l'impression que ça me donne?

Et sinon, justement, j'aime beaucoup ce décor égyptien  ^^
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Re : L'ombre de Thèbes.
« Réponse #8 le: 16 Mai 2008 à 14:25:05 »

J'suis content que le décor te plaise ;)

Ah. En même temps, si tu y as cru et que la chute t'a arraché un "urgh", j'ai gagné mon pari :mrgreen:

Si, bien sûr >< c'est "par", j'ai cherché vingt mille ans la préposition, sans la trouver :-°

Est-ce que j'ai mis courtisane quelque part ? Si oui, c'est une erreur. Par contre, si je me souviens bien, dans le palais de Pharaon il y avait une sorte de harem royal, avec les grandes épouses royales (sauf la première, je pense, qui avait ses appartements) et les concubines plus bas dans le classement, en quelque sorte xD Donc alterner entre les deux termes ne m'a pas semblé gênant...


... et, puisque c'est à partir de l'AT, est-ce que la musique colle avec les descriptions de l'Egypte ? (je me suis inspiré de Kingdom of Heaven pour tout le texte, mais le morceau d'Ibelin est surtout utilisé pour les descriptions du pays)
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Re : L'ombre de Thèbes
« Réponse #9 le: 16 Mai 2008 à 16:39:50 »
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Est-ce que j'ai mis courtisane quelque part ? Si oui, c'est une erreur. Par contre, si je me souviens bien, dans le palais de Pharaon il y avait une sorte de harem royal, avec les grandes épouses royales (sauf la première, je pense, qui avait ses appartements) et les concubines plus bas dans le classement, en quelque sorte xD Donc alterner entre les deux termes ne m'a pas semblé gênant...
Okay, okay, donc je confirme que j'y connais vraiment rien  :D
(non, c'est moi qui ai utilisé "courtisane" pour essayer de mieux exprimer mon opinion)

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... et, puisque c'est à partir de l'AT, est-ce que la musique colle avec les descriptions de l'Egypte ? (je me suis inspiré de Kingdom of Heaven pour tout le texte, mais le morceau d'Ibelin est surtout utilisé pour les descriptions du pays)
Je te dirai ça ce soir ^^ (enfin, si j'y repense  :-° )
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Re : L'ombre de Thèbes
« Réponse #10 le: 16 Mai 2008 à 22:02:26 »
Deuxième version ::)

[en gras, les modifs importantes ou presque, et les ajouts... j'ai pas encore disloqué la syntaxe, Ambre' ;)]




Tapie dans l’herbe haute, une femme pleure. Le vent ne harcèle pas ses voiles, qui tombent légers sur les épis. Au loin, sous les colonnades, des cordes que l’on pince. Le vent a faibli, s’est tu. La chaleur qui écrasait tantôt relâche son étreinte et bientôt se détourne. Là-bas, la silhouette ne bouge pas. Est-ce une dame ? Peut-être pleure-t-elle. On ne sait pas : les blés la cachent.

A l’extérieur du palais, c’est la vie qui murmure. Une voix gutturale dans la touffeur de l’air s’élève : un fellah récite des prières en conduisant l’attelage ; plus loin, au milieu des papyrus et des sycomores, les pêcheurs jettent leurs filets. Des vols d’ibis colorent l’horizon d’une brume rose : tout indique que les dieux sont apaisés. La crue est pour bientôt ; on attend le limon, on attend le moment où la terre viendra ensemencer la terre.

Le soleil se presse vers l’ouest. Tandis qu’il s’apprête à plonger sous la terre combattre les démons, des sandales claquent sur la pierre. C’est l’ombre des blés qui sort du palais. Elle n’est plus vêtue de noir, un capuchon léger dissimule ses traits. Elle s’engage dans les ruelles. Croise un mendiant, lui lance une pièce d’argent. Déjà elle s’éloigne des beaux-quartiers et des rumeurs de fête ; l’ombre s’enfonce toujours plus dans les ruelles sales, furtive et assurée. Dans les faubourgs de Thèbes elle court sans bruit. La nuit s’est coulée dans le fleuve tranquille, elle inonde maintenant les rues. La silhouette s’arrête. Une porte s’entrebâille, elle s’y faufile.


Et la porte se referma sur toi, lecteur.

De cette rencontre, tu ne sus rien. Il fut question de peu de chose en vérité ; quelques mots échangés, un renseignement : une adresse. Est-il besoin d’en connaître davantage ? La silhouette drapée de sombre reparut bientôt dans la ruelle somnolente. On ne la vit pas rôder près des taudis de boue, cette nuit-là ; elle s’en retourna au palais, se glissa dans une porte dérobée et se fondit dans la tâche monumentale d’ombre. Nul mal inconnu, nulle insidieuse gangrène ne viendrait ronger la cité de Pharaon, cette nuit-là. Mais la suivante ?

Il y eut un soir, il y eut un matin, et la cité retrouva son éclat. Les premiers marchands installaient leurs échoppes face à l’horizon ruisselant d’or ; une fraîche brise courait sur le Nil, ridant l’eau calme, tandis que de leur nid quelques felouques s’envolaient déjà. Le palais s’éveillait à peine, sur le grès lumineux s’effilochait l’ombre. De la journée, pas un souvenir, sinon quelques libations et une forte odeur de poisson séché. Déjà ce fut le soir ; la vie lentement s’éteignit sur les berges de l’Orient.


Tout dort. A nouveau, l’ombre s’enfuit du palais, gagne les bas-fonds. Autre soir, autre adresse.

-        Tu es la concubine dont Medjès m’a parlé.
-        En effet je suis celle-là. Et toi, es-tu celui dont il m’a loué la valeur ?

Il aurait dû faire preuve d’un respect tout particulier à son égard. Les miséreux ont du bon sens : se doutait-il de quelque chose ? Bien sûr : que croyait-elle ? Une personne de son rang, ça ne court pas les rues. Elle avait hâte.

-       Tu n’as pas une mine réjouie pour une épouse de Pharaon.
- Ton métier, qui m’amène ici, n’est pas non plus sujet à réjouissances.
-   Que veux-tu donc ? » Il semblait soucieux. « Pourquoi Medjès t’a-t-il donné mon adresse ? Je ne veux pas avoir de problème avec les gardes du palais.
-    Je souhaite solliciter ton art.

La suite t’intéressera peu : des chuchotements de négociateurs zélés, tout au plus. Et, quel qu'intérêt que tu lui trouvasses, je ne désire pas m’épancher là-dessus. En revanche, quand l’homme ergota sur de menus détails, le ton monta.

- Qui es-tu, au juste ? Pourquoi me demander une telle chose ?
-     Ne pose pas de questions. Obéis-moi.
-     Et pourquoi ne veux-tu pas creuser un hypogée ? Ta sœur ne peut décemment pas être enterrée dans une nécropole !
- Je le souhaite. Fossoyeur, ne fais pas d’histoires. J’appartiens à un monde, tu appartiens à un autre. Garde cette affaire pour toi, et les cloisons resteront étanches. Comprends-tu ?
-  Je ne sais pas. Si on venait à l’apprendre ?
-     Ma sœur est morte dans la souffrance et la misère, elle venait de ces rues, elle aussi. Prépare la fosse et je viendrai l’y enterrer. Comment avoir accès à la nécropole, à la nuit close ?
-      Je te ferai entrer.
-      J’aimerais y venir la nuit, de temps à autres, apporter des offrandes.
-   Que ne le fais-tu comme tout le monde, de jour !
- Sortir d’un harem n’est pas chose aisée. Si j’ai fait l’effort de te rendre visite, cette nuit, c’est qu’il…
-     Bien, bien. Entendu. Ta sœur de lait aura toute la provende nécessaire pour son voyage occidental. Mais tu n’as pas le droit d’être ici ; dis-moi… monnayons un peu, veux-tu ?

La concubine avait relevé la tête. Dignement, elle céda au chantage du fossoyeur. Nourrir sa sœur dans l’au-delà semblait nécessiter quelque rétribution charnelle. Elle s’y plia.

-       Anubis conseille tes pas, ma belle…
-      Je te remercie, fossoyeur.
-       Et n’oublie pas, le mot de passe change chaque semaine… si tu tiens à la vie éternelle de ta sœur, passe me voir.

Mais elle s’était évanouie dans les flaques d’ombre. En riant. Longtemps, les faubourgs gardèrent son éclat dissonant.

La nuit entendit les paroles du fossoyeur chuchotées à nouveau. Une douce quiétude berçait la nécropole. Le gardien laissa passer l’ombre.

Le fossoyeur avait refermé sa porte, mais il entendait toujours l’éclat singulier du rire de la visiteuse. Peut-être qu’elle avait aimé ça, après tout. Les nobles, ça vous prend l’air digne mais ça n’en pense pas moins. Ah, elle reviendrait vite, et sa sœur ne serait plus sa seule motivation ! Bientôt, elle ne penserait plus à cette histoire de mot de passe, elle oublierait la tombe, elle oublierait jusqu’aux murs de la nécropole qui protégeaient sa sœur. Mais avait-elle vraiment une sœur à enterrer ? ou désirait-elle simplement une aventure ? En tout cas, elle cachait bien son jeu.

Mais il ne fallait pas qu’elle lui attire d’ennuis. Une épouse royale, c’est recommandé qu’elle soit dans ses petits papiers, beaucoup moins dans son lit. D’un autre côté, c’était idiot de perdre une relation si belle. Et si douée. Pharaon n’avait pas mauvais goût ; après tout, une concubine, ce n’était rien d’autre qu’une pute de luxe. Il déciderait plus tard, ce n’était pas pressé. Autant profiter de la vie, Osiris viendrait bien assez tôt.

Il ferma les yeux en repensant à la belle. Le sommeil approchant l’attendrissait ; pauvre fille. Prise dans la tourmente, prise dans les désirs des hommes. Mais c’était son destin : les réjouir. Elle servait à ça, les dieux l’avaient consigné quelque part. C’était une femme, elle saurait assumer sa tâche. Et elle avait plutôt eu de la chance, de quoi se plaindrait-elle ! Elle devait bien prendre du plaisir à baiser Pharaon. Et lui-même n’était pas repoussant. Elle n’avait pas d’armes, n’en avait pas besoin. Cette pute, elle avait gloussé de plaisir en partant. Elle savait y faire, oui. C’était une vraie chanceuse, quand on pensait à ces miséreuses persécutées aux frontières ou dans les mines. Une chanceuse, donc une soumise.


Au matin, un petit attroupement se forma devant un taudis des bas-quartiers. Beaucoup tentèrent d’apercevoir son cadavre, mais la plupart durent s’en tenir aux ragots : nu et saigné à blanc, disait-on. Mutilé, chuchotaient certains.

Puis la mélopée journalière reprit ; il parvint ce jour-là des émissaires hittites, on n’en sut pas beaucoup plus. Le soir arrivant, les temples bruissaient encore d’activité : c’était la fête d’Opet qui se préparait. Puis, quand les ténèbres se furent installées dans la capitale des Deux-Terres, on entendit d’inquiétants ricanements, qui s’échappaient de temps à autres de la nécropole. Dans une fosse, dans quelque mausolée, quelqu’un ou quelque chose s’agitait. S’affairait sans relâche, frénétique et passionné. Les criaillements se répétèrent la nuit durant, leur écho s’attardait longtemps au-dessus des maisons. Au petit matin, pourtant, le silence avait rétabli son empire. Mais le bruit revint les nuits suivantes, quelque part entre le rire et la plainte, fendillant la quiétude de la cité. C’était l’ombre furtive, la concubine endeuillée, c’était le succube du Nil qui sur les froides dépouilles épanchait sa voracité de mort et de sang.




***

Le mot "quiétude" revient deux fois, je vais trouver autre chose en même temps que je distordrai le phrasé :mrgreen:

J'ai pensé que donner la parole au fossoyeur épaissirait un peu l'intrigue, tout en amenant, d'une certaine manière, la chute.


Est-ce que c'est mieux ?
« Modifié: 16 Mai 2008 à 22:25:07 par Loredan »
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Re : L'ombre de Thèbes
« Réponse #11 le: 16 Mai 2008 à 22:50:10 »
c'est beaucoup mieux Lo'
la fin est mieux et tu as rajouté des remarques du narrateur :P

le seul truc que je te reproche c'est le voc: "pute" passe mais "baiser" passe moins
je sais que c'est ça, mais bon, tu veux vraiment pas trouver mieux ?
(tu sais comment je suis pour ça, cette remarque est purement subjective)

Au matin, un petit attroupement se forma devant un taudis des bas-quartiers. Beaucoup tentèrent d’apercevoir son cadavre, mais la plupart durent s’en tenir aux ragots : nu et saigné à blanc, disait-on. Mutilé, chuchotaient certains.
dans la première version, on savait qui était tué, pas là...
le "son" est bizarre au niveau de la syntaxe parce qu'on voit guère à quoi il se rattache
pourquoi pas tout simplement "le" ?

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Re : L'ombre de Thèbes
« Réponse #12 le: 16 Mai 2008 à 22:56:09 »


J'crois que je vais carrément préciser l'identité du cadavre ^^


Pour "baiser", vraiment j'insiste : c'est comme ça que parle le fossoyeur, qui est... de basse extraction. Il ne faut pas qu'il parle comme un noble, comme un nomarque de Pharaon ; il ne faut même pas qu'il soit modéré dans ses propos. Il parle crûment :-° mais c'est ce qui fait son charme (ou pas xD)... c'est ce qui fait sa cohérence, en tout cas.

En fait, je trouve la deuxième remarque du narrateur un peu lourde... et pas simplement pour "trouvasses". Mais bon, tant mieux si ça passe !

Content que la 2ème version te semble meilleure ;)
Une troisième suivra peut-être, si Ambre' trouve que le style est trop BSB :D pourtant, j'ai essayé de faire des phrases courtes, qui vont droit au but, quand l'ombre quitte le palais... j'ai essayé quelques images pseudo-poétiques xD mais si c'est toujours trop BSB, je ferai des efforts.
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Re : L'ombre de Thèbes
« Réponse #13 le: 17 Mai 2008 à 09:56:44 »
Pareil que ernya, je trouve que ça s'amélioe nettement, cette façon d'amener la chute rétablit le rythme, et les petites modifs changent légèrement l'atmosphère, la rendant encore plus mystérieuse, un peu plus dans le ton véritable du texte, c'est très bien  ^^

Sinon, moi aussi je trouve que "baiser" c'est pas top, surtout juste avant "pharaon" en fait...
Of course it is happening inside your head, but why on earth should that mean that it is not real ?
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Re : L'ombre de Thèbes
« Réponse #14 le: 17 Mai 2008 à 13:25:59 »

Hi hi :mrgreen:

Ouais, s'il y avait quelque chose à redire sur "baiser", c'est pas trop que ce n'est pas un terme littéraire ou que c'est mal venu dans les pensées du fossoyeur : c'est que c'est un blasphème énorme. Comme si on avait inventé le personnage de Trichelieu au Moyen-Age, comme si aujourd'hui un journal publiait le top ten des filles qu'Allah aimerait se faire ><

Mais bon, j'imagine que, comme dans toute société de cette époque, c'est une idéalisation des relations humaines qui nous est parvenus... donc les miséreux n'aimaient pas tant que ça leur souverain, et entre quatre murs ils se permettaient de dire (encore plus de penser) certaines choses qui ne figurent pas dans les bas-reliefs xD

Voilà pour "baiser".

Sinon, ça me fait plaisir que l'amélioration soit perceptible :)
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