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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateur: Claudius) » Art cruel

Auteur Sujet: Art cruel  (Lu 1607 fois)

Hors ligne Ollin

  • Troubadour
  • Messages: 377
Art cruel
« le: 23 octobre 2011 à 07:41:30 »
Petite explication, puisque ce poème est inspiré d'une expérience récente.
 Je ne me suis pas fait mal depuis un certain temps,
et il y a environ deux jours, je me suis coupé plutôt violemment au pouce.
 C'était une expérience étrange, la douleur était à la fois plaisir et lucidité d'esprit.
J'rajoute que je suis pas spécialement masochiste, d'où un étonnement accru.
Ensuite, j'ai regardé les gouttes sur le carrelage blanc, et ça m'a fait penser à Un roi sans divertissement de Giono,
car la couleur m'a fasciné. J'avais du mal à décrocher le regard du sang, et je me suis dit que j'aimerais bien voir du sang plus souvent.
Enfin, je me suis dit que ça pouvait être une motivation parmi d'autres pour être un sérial killer, mais surtout, ce qui m'a fasciné,
c'est la capacité qu'a la douleur à vous sortir hors du temps, et aussi cette couleur très pure, un peu comme l'équivalent rouge du bleu de Klein.
Bref, du coup, je me suis dit que j'aimerais bien écrire là-dessus et essayer d'explorer cette voie.
J'ai fait ce poème vite fait en étant plutôt fatigué et sans trop d'inspiration, voyez ça comme un premier jet sur le sujet.
Je me demande juste comment je vais pouvoir affiner ma vision de la chose sans avoir à me mutiler, parce que j'ai pas trop trop envie de me mutiler.  :-¬?

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Les dents de la lame, une à une -
Éclair aigu, jouissance lucide -
Murmurent à mes sens acides
Et broient mes angoisses nocturnes.

Cet instant infini et placide
Que même un Dieu ne saurait déranger,
L'intensité électrique et aride
D'une cérémonie aux hurlements muets,

Invocateur de la clarté et du vertige,
Cri dépourvu de bouche,
Puis vint le pourpre et la fascination douce :

Il est si facile de sonner le glas d'un corps,
Quand la couleur de sa vie peint la beauté de sa mort,
Quand la cruauté chante l’œuvre d'art vivante,
Des gouttes de sang, et des entrailles béantes.
« Modifié: 23 octobre 2011 à 08:32:26 par Ollin »
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Hors ligne EveFuture

  • Tabellion
  • Messages: 57
Re : Art cruel
« Réponse #1 le: 23 octobre 2011 à 13:53:43 »
Ouh là là, c'est du lourd que tout nous envoie.
Sérieusement, ton poème est dérangeant et c'est là sa grande qualité. Le jeu des sonorités y est particulièrement retors: l'insistance sur les cassantes crée une sorte de musique stridente: j'ai presque l'impression d'assister à une séance de torture. Et puis il y a les liquides, cette fascination chaude et coulante pour la souffrance. Et là ton poème instille un doute: qui souffre? Toi, comme tu l'expliques avant? Où une autre personne? Il y a un bourreau dans ton texte, une bête placide et besogneuse que l'hémoglobine excite et transforme en artiste de la mort ( très prononcé sur la fin, peut-être un peu trop gore). Beaudelaire aurait-il remplacé la douceur léthargique de l'opium par une drogue plus agressive, faisant entrer dans une transe dionysiaque?
Bref si c'est en-dessous d'une charogne de ce grand poète, je trouve que ton oeuvre est , sincèrement, bien supérieure à un Prévert.
Sur ce, je vais peut-être me lire un Supervielle pour compenser...
"Je crois en la Fortune de l'Humanité, à l'avenir du cyanure..." Cioran

Hors ligne Ollin

  • Troubadour
  • Messages: 377
Re : Art cruel
« Réponse #2 le: 23 octobre 2011 à 17:52:12 »
Que d'enthousiasme. :P
Je m'attendais pas à un commentaire si élogieux, étant donné que moi-même
je suis pas trop satisfait de ce texte qui finalement a du mal à faire passer plein de choses.

Mais au moins il aura été apprécié par quelqu'un.  8)

Par contre, j'aimerais demander aux lecteurs s'ils trouvent pas le titre ridicule (finalement, je le trouve kitsch),
Et s'il n'y a que moi qui en lisant le texte à haute voix n'arrive qu'à prononcer "chrante" ou "chantre" au lieu de "chante" ?  :P

(Sinon, j'adore les The witcher aussi  ;D)

Edit : Sinon, idéalement, ça parle d'abord de la nature étrange de la douleur que m'inflige un couteau, sans en dire réellement plus,
puis la dernière phrase introduit la possibilité de faire ça sur quelqu'un d'autre. 
« Modifié: 23 octobre 2011 à 17:54:25 par Ollin »
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Hors ligne ernya

  • Vortex Intertextuel
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  • Ex-dragonne
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Re : Art cruel
« Réponse #3 le: 24 octobre 2011 à 13:02:39 »

Citer
Cet instant infini et placide
Que même un Dieu ne saurait déranger,
L'intensité électrique et aride
D'une cérémonie aux hurlements muets,

Invocateur de la clarté et du vertige,
Cri dépourvu de bouche,
Puis vint le pourpre et la fascination douce :
là, y a un gros souci de syntaxe : manque un verbe . Tu commences avec un sujet singulier "cet instant infini" puis en vient un second "l'intensité électrique et aride" et après nouvelle strophe, on attend toujours le verbe qui est singulier "vint" et qui se rattache à un sujet totalement différent "le pourpre" donc pour moi ça cloche.

Sinon j'ai bof accroché à ce poème. J'ai un avis complètement opposé à mon prédécesseur en fait.  :mrgreen:
Je trouve ton intro plus intéressante en fait, xD. Là, ça reste assez commun, ça va pas très loin au niveau des images et je ressens rien, ton intro encore une fois était beaucoup plus parlante ! Mais je pense que la prose convient mieux à ce que tu veux faire, y a plus de marge de manoeuvre, moins de sauts d'équilibriste à cause de la versification etc. Là, je sais pas, on perd énormément par rapport à ton intro je trouve. C'est forcément moins personnel et donc un peu moins sincère vu que tu te caches sous des grands mots que tu accumules. Y a beaucoup moins de ressentis bizarrement.
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Hors ligne Ollin

  • Troubadour
  • Messages: 377
Re : Art cruel
« Réponse #4 le: 24 octobre 2011 à 13:31:09 »
Zut, j'pensais que ça passerait le subterfuge du sans verbe.  :-¬?
Et oui, je suis pas satisfait du tout, j'avais l'impression d'avoir plein de trucs à dire,
et rien n'est passé comme je voulais. J'pense que je vais me diriger vers une versification plus longue et libre,
ça colle mieux à ma façon d'écrire.

Je sais être concis, mais pas en poésie malheureusement, je perds trop en essayant de synthétiser, ta critique touche bien mon problème.

Edit : ou alors, tenter de garder une forme en aphorisme, entre la poésie et la prose. C'est peut-être une bonne idée tiens.
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