Hello Fleuve, petit com
Je trouve y'a une espèce de banalité triste dans ton texte, y'a quelque chose de très sec, simple, délavé. L'évocation du marché, de la vieille populace française et de ses vicissitude, des pigeons sur la place et des femmes comme des fleurs, me fait penser à un texte d'une vieille tradition montmartrienne, avec ce quelque chose de mis à jour par l'évocation de la misère locative, des prescription médicale, du droitardisme supposé, et le portrait n'est pas une fête ou une célébration, mais un bout d'aigreur et de misanthropie.
Content que ça aille droit au but et que ça ne passe pas par quatre chemin, et qu'il y ait une espèce de punchline à chaque phrase. Par contre du coup ça donne un truc un peu décousu, un regard qui balaye, qui ne s'attarde sur rien, survole tout et reste en surface ; on peine à trouver l'intention de ce balayage de caméra. J'avoue la comparaison femme/fleur, même avec tous les effort du monde, même avec la métaphore la plus filée, la plus complexe, la plus précise, la plus scientifique, je trouve ça immédiatement trop daté, ça me catégorise un texte et son auteur avec, mais pas grave, c'est un détail.
Je suis pas convaincu de la métaphore des pigeons, qui "s'évaporent" comme "des grains de riz" qu'on jette aux mariés, surtout le verbe s'évaporer, je trouve qu'il y a un couac "physique" au niveau de l'image, et c'est étrange cette évocation du mariage, de quelque chose d'un peu joyeux et festif dans un texte où tu t'efforces de rendre la morosité, la banalité, l'exaspération de l'ambiance à chaque ligne, d'autant qu'il s'agit là sans doute (de ta comparaison aux pigeons) d'une image importante, puisque tu consacres une phrase entière à la fabriquer ?
Y'a quelque chose d'un peu essoufflé et ça participe à l'ambiance. C'est comme un texte fatigué par la chaleur, qui économise ses efforts. C'est pas des défauts je trouve parce que du coup on capte assez vite l'état d'esprit et la lourdeur physique où se trouve le narrateur. Je trouve par contre assez rebattu la personnification du soleil (cyclope, bienveillant, etc.). D'ailleurs c'est marrant, les deux images/phrases que je trouve moins réussi sont les plus longues et celles que t'essayes d'élaborer, là où je trouve souvent plus réussi celles concises qui font tout le rythme et maintiennent la tension du texte.
Je pense que ce texte marcherait bien dans un ensemble plus vaste ou diaristique. On voit poindre une histoire de relation, peut-être finie, peut-être en pause ; y'a un début d'auto dérision, avec l'histoire qu'il est content de sa trouvaille, avec son humour de droitard ("pas assez de gauche" etc.) ; mine de rien c'est des détails qui pourraient rendre le perso attachant par son honnêteté, son "désarroi" - ça comblerait toute l'antipathie du monde. "Délire architectural flagrant", j'aime bien la formule, elle m'a fait sourire.
où un type louche se défonçant à coup de prescriptions medicales habite.
Un peu lourd niveau formulation ce "habite" en bout de course de la phrase, je l'aurais peut-être mis juste après "où" :
où habite un type louche se défonçant à coup de prescriptions medicales.
Remarque dans l'ensemble ça fait lourd aussi je trouve, et peut-être même plus lourd que la formulation d'avant

J'y voit quelque fois des faibles échos aux portraits affreux des pauvres et des prolétaires de Céline qui ne leur épargne aucun vice et qui en fait de parfaits monstres, attachants quelque fois, à voir si c'est ton intention ?
Cool en tout cas comme mise en bouche ! Hésite pas à me contredire, à me renvoyer chier, à demander des précisions, etc., j'suis dispo pour de l'échange et tout
