Le premier, le tout premier corps, je l’ai vu glisser de la gouttière d’en face, tout doucement, on aurait dit un petit bout de merde
Le temps n’était pas à l’orage. Le zinc resplendissait.
Le premier, le tout premier corps, je l’ai vu glisser de la gouttière d’en face, tout doucement, on aurait dit un petit bout de merde. Le temps n’était pas à l’orage. Le zinc resplendissait. Comme un bout de merde, accroché de toutes ses selles au rebord de la cuvette, qu’un jet d’eau persévérant finit par faire glisser dans les profondeurs. Un centimètre après l’autre, il s’est laissé appeler par le vide, qui dans ma rue, rue Arxeles de Maior, n’est pourtant pas bien redoutable, du haut d’une gouttière du deuxième étage. C’est un quartier populaire, bas de plafond. Le corps s’est écrasé sur le trottoir, quel bruit a-t-il fait ?
Le premier, le tout premier corps, je l’ai vu glisser de la gouttière d’en face, tout doucement, on aurait dit un petit bout de merde. Le temps n’était pas à l’orage. Le zinc resplendissait. Un centimètre après l’autre, il s’est laissé appeler par le vide, qui dans ma rue, rue Arxeles de Maior aux immeubles bas et populaires, n’est pourtant pas bien redoutable. Comme si un jet d'eau, invisible et persévérant, avait fini par le chasser de la gouttière en direction des profondeurs. C’était au deuxième étage, entre les plantes grasses et les cordes à linge. Le corps s’est écrasé sur le trottoir, quel bruit a-t-il fait ?
Le premier, le tout premier corps, je l’ai vu glisser de la gouttière d’en face, tout doucement, on aurait dit un petit bout de merde.=> Je trouverais ça plus percutant si tu mettais un point à la place de la dernière virgule.
Le temps n’était pas à l’orage. Le zinc resplendissait=> ici, vu que c'est la même idée sur les deux phrases, je les aurais au contraire regroupées en remplaçant le point par une virgule.
Un centimètre après l’autre, il s’est laissé appeler par le vide, qui dans ma rue=> juste une remarque perso : je l'entends après le "qui" la virgule et pas avant
C’était au deuxième étage, entre les plantes grasses et les cordes à linge.=> je suis perdue : qu'est-ce qui était au 2ème étage ? Le corps ? Le jet d'eau ? Autre chose ??
J’étais dans les slips de Mauricio=> :viviane: :viviane: cette phrase a TELLEMENT d'interprétations possibles :D :D
des post-its=> post-it (le mot est invariable)
Un ficus s’échappait de l’entrejambe du slip bleu.=> mais... mais :D :D
Le corps de la gouttière était tombé dans le slip à rayures, il l’avait traversé mollement de haut en bas, sans un bruit, sans une tache.=> idem :D :D
c’est, je ne sais pas=> j'aurais remplacé la virgule par des points de suspension
Olfactivement on a rarement commis pire.=> p'tite virgule après "olfactivement" ? et :viviane: (quand même une répétition assez visible "commet"/"commis" en peu de phrases)
confectionné sous une déchetterie=> sous ou dans ??
Je n’ai pas le droit de fumer le jeudi sur le balcon, il a peur que ça entre dans les tissus. Dans les membranes, dans la chair de ses slips.=>il est fétichiste de ses slips ? :D
J’avais besoin de fumer quand même, et je me pissais dessus=> pas de virgule devant un "et" qui fait déjà office de virgule
à la merci des cris, des corps qui tombent et des frelons=> :coeur:
je voulais que ce soit lisse et définitif, quand je dirais=> pas de virgule
J’ai fini cette deuxième cigarette, satisfaite=> je ne ressens pas la virgule
c’est dans le regard que tout passerait=> pour la concordance des temps : "ce serait" ?
Des choses en sortaient, et pendaient=> pas de virgule devant un "et" qui fait déjà office de virgule
J’ai compté les immeubles, n° 36, n° 38, n° 40. Je, te, quitte. Je dirais son prénom au début ou à la fin ? Le corps était au n° 40.=> je ne comprends pas trop ce qu'il se passe là (pourquoi elle compte les immeubles ?)
mon reflet me lance des regards compliqués=> "complexes" plutôt que "compliqués" ? (le mot me fait tiquer, il ne me semble pas tout à fait juste)
Filtre j’ai-vraiment-essayé, filtre on-le-savait-non-?, filtre c’est-mieux-pour-nous-deux=> :D
pour être aussi lâche que ces gars-là, qui habitent=> pas de virgule (ce "qui" introduit une relative déterminative (qui détermine son antécédent "ces gars-là"), du coup, pas de virgule)
un drapeau à 5,95=> tu parles du prix ?? (il manque une unité derrière 5,95 pour que ce soit pleinement compréhensible)
et je tire la chasse, je m’évacue.=> cette métaphore filée de la cuvette des toilettes tout de même :D :D
abats-choux-fleurs=> pour que ce soit plus compréhensible, j'aurais bien mis au singulier ("abats-chou-fleur" (là, j'avais compris abats/choux/fleurs et pas abats/choux-fleurs))
Demain sera le plein été=> "ce" sera ?
J’ai honte, parce que ce n’est pas un temps à rompre.=> le "parce que" me semble de trop (la phrase serait plus percutante sans, à mon avis)
Je n’ai rien=> sur moi ? (rien quoi ?)
dans les quartiers populaires surtout ce sera très performant=> je tique sur ce bout de phrase... je crois qu'il manque des virgules... ou alors c'est l'ordre des mots ? bref, je tique...
que mon rouge tenait le coup=> rouge à lèvres ?
Les hématomes sont les marques de frustration d’un ciel incapable d’orages.=> :coeur:
Presque docile, si je devais parler d’un âne=> roh, c'est moche :D
au contact avec le sol=> "du" plutôt que "avec le" ?
mes couleurs mal blushées d’ouragan force 4=> roooh :D
je reste longtemps à reprendre mon souffle, au loin le soleil commence à se coucher=> j'aurais remplacé la virgule par un point
le corps oui. Décidément ce premier paragraphe, quelle plaieCiterC’était au deuxième étage, entre les plantes grasses et les cordes à linge.=> je suis perdue : qu'est-ce qui était au 2ème étage ? Le corps ? Le jet d'eau ? Autre chose ??
Je vais en zigouiller un.CiterOlfactivement on a rarement commis pire.=> p'tite virgule après "olfactivement" ? et :viviane: (quand même une répétition assez visible "commet"/"commis" en peu de phrases)
j'imaginais l'atelier de pâtisserie sous la déchetterie, est-ce que ça fait trébucher la lecture ?Citerconfectionné sous une déchetterie=> sous ou dans ??
On ne peut pas considérer ça comme une oralité ? ça me semble plus fluide et plus oral de laisser "c'est"...Citerc’est dans le regard que tout passerait=> pour la concordance des temps : "ce serait" ?
Je me doutais que ce serait pas super clair... elle voit ce corps à un balcon, et du coup elle compte les immeubles pour identifier au balcon de quel numéro c'est. Càd : elle voit le n° 36 au loin, et ensuite elle compte les immeubles jusqu'à celui du corps. Tu vois ?CiterJ’ai compté les immeubles, n° 36, n° 38, n° 40. Je, te, quitte. Je dirais son prénom au début ou à la fin ? Le corps était au n° 40.=> je ne comprends pas trop ce qu'il se passe là (pourquoi elle compte les immeubles ?)
J'aime bien cet usage de "compliqués", même sonorement, en fait. Complexe me semble trop scientifiques, trop décomposable. Compliqué me semble plus un embrouillamini dont on n'a que l'intuition. Hm...(?)Citermon reflet me lance des regards compliqués=> "complexes" plutôt que "compliqués" ? (le mot me fait tiquer, il ne me semble pas tout à fait juste)
Alors, déjà je ne voulais pas géolocaliser trop cette ville, ce que j'aurais contribué à faire en en donnant la monnaie. Et puis surtout, si j'avais dit cette histoire, ou si maintenant je la lis, je veux vraiment prononcer : "un drapeau à cinq quatre-vint-quinze", et pas "cinq euros quatre-vingt-quinze" ou peu importe la monnaie. Je trouvais que ça allait vraiment bien avec le ton un peu oralisé de la narratrice... Qu'est-ce qu'on s'imagine, avec cette absence de sigle monétaire ? qu'est-ce qu'on comprend ? (Léilwën : "Rien. :huhu:")Citerun drapeau à 5,95=> tu parles du prix ?? (il manque une unité derrière 5,95 pour que ce soit pleinement compréhensible)
oui, sous-entendu "sur ma tête", un eu explicité ensuite par "cheveux au vent". Je crois que je voulais que ça puisse être entendu d'une façon beaucoup plus vaste, existentielle. C'est pour ça que j'y suis allé sur la pointe des pieds. (Enfin des doigts...) Ça te semble vraiment trop sous-entendu ?CiterJe n’ai rien=> sur moi ? (rien quoi ?)
Oui. Trop sous-entendu ?... Parce que j'aime bien "rouge" seulement...Citerque mon rouge tenait le coup=> rouge à lèvres ?
Donc là je sais pas si c'est très clair, au vu de ton avis général. L'idée c'est quand même qu'elle a des bleus sur la gueule. Je devrais trouver un moyen de rendre ça plus clair ici ? Je veux pas non plus trop "mâcher" le texte... :-\ Je veux rester dans sa tête à elle, où bien sûr elle n'a pas à tout expliciter pour elle-même.Citermes couleurs mal blushées d’ouragan force 4=> roooh :D
Et je me sens quiche parce que je n'ai pas compris ce que sont les corps :-XJe ne veux pas donner une explication unilatérale, estampillée "la vérité de l'auteur", hm. Mais l'idée principale c'est quand même que :
Du coup, j'attends ta réponse pour te faire un retour global parce que là, je suis juste perplexe en mode : mais qu'est-ce que je viens de lire ? c'est quoi cette histoire de corps ? c'est quoi ce truc malaisant qui doit sans doute être clair pour tout le monde mais que je n'ai pas compris ?
je ne reprends pas tout tout, parce que je me dis que ça va te barber...C'est mal me connaître >:D (comment ça on ne se connaît pas ? :mrgreen:)
Je suis d'accord avec plein de choses que tu relèves. Y a juste des choses, je pense qu'on peut appeler ça des dirps, des divergences idéologiques relatives à la ponctuation. Mais pas partout, y a des endroits où je te rejoins et vais faire des changements. Simplement, parfois, je crois que c'est bien de se servir de la ponctuation pour transmettre... le ton, les pauses, les silences que j'aurais eu si j'avais dit cette histoire au lieu de l'écrire. C'est un outil de grammaire mais aussi un outil de rythme, et par exemple "qui sortent, et pendent" j'entends vraiment la pause, la pliure dans cette phrase, même si comme tu le rappelles c'est grammaticalement un peu douteux.Oui oui, je n'ai fait que relever (et comme je le signalais, je suis très grammar-nazi, à cheval sur les règles etc., j'en ai conscience... Ceci étant, dans ton texte, je "sens" que les choses ne sont pas faites au hasard (je vois bien que tu connais les règles de ponctuation parce que celle-ci est loin d'être anarchique dans ton texte !), du coup si tu me dis "là, je veux laisser cette virgule parce que ça exprime quelque chose pour moi, c'est volontaire de ma part", je suis ok avec ça ;)
J'ai vu que tu riais dans les slips :mrgreen: rassure-moi, c'était pas un rire de nervosité devant l'absurdité de ce que tu lisais ? je veux dire, ce passage est quand même compréhensible et rationnel ? (le fait qu'elle fume devant les slips qui sèchent, du coup quand elle regarde sa rue, il y a les slips au premier plan, et que si fatiguée elle regarde la scène en 2D ça fait des collages absurdes)=> oui, oui, ça, j'avais bien compris, c'était un rire de "mais WAT ?! :D" parce que cette obsession pour les slips était délirante ::)
j'imaginais l'atelier de pâtisserie sous la déchetterie, est-ce que ça fait trébucher la lecture ?=>parce que je ne m'étais pas DU TOUT imaginé un atelier à pâtisserie (techniquement, je voyais la narratrice dans sa cuisine en train de confectionner un flan) et que ça me paraît super-saugrenu d'imaginer qu'on puisse implanter un truc sous une décharge (j'ai p'têt oublié de prévenir que je suis très "1er degré" aussi... ><)
=> oui... c'est juste que l'usage des temps m'écorchait un peu l'oreille, mais oralement ça doit pouvoir se dire^^CiterOn ne peut pas considérer ça comme une oralité ? ça me semble plus fluide et plus oral de laisser "c'est"...Citerc’est dans le regard que tout passerait=> pour la concordance des temps : "ce serait" ?
=> si tu ne me dis pas qu'elle compte à partir du numéro qu'elle aperçoit au loin, je ne vois pas, non... :mrgreen:CiterJe me doutais que ce serait pas super clair... elle voit ce corps à un balcon, et du coup elle compte les immeubles pour identifier au balcon de quel numéro c'est. Càd : elle voit le n° 36 au loin, et ensuite elle compte les immeubles jusqu'à celui du corps. Tu vois ?CiterJ’ai compté les immeubles, n° 36, n° 38, n° 40. Je, te, quitte. Je dirais son prénom au début ou à la fin ? Le corps était au n° 40.=> je ne comprends pas trop ce qu'il se passe là (pourquoi elle compte les immeubles ?)
=> c'est toi l'auteur.e, tu fais ce que tu veux ;)CiterJ'aime bien cet usage de "compliqués", même sonorement, en fait. Complexe me semble trop scientifiques, trop décomposable. Compliqué me semble plus un embrouillamini dont on n'a que l'intuition. Hm...(?)Citermon reflet me lance des regards compliqués=> "complexes" plutôt que "compliqués" ? (le mot me fait tiquer, il ne me semble pas tout à fait juste)
=> en fait au départ je pensais que tu parlais d'une taille de drapeau, puis je me suis dit que ça ne collait pas et en réfléchissant, je me suis dit que ça devait être le prix (mais comme je te disais, je ne suis pas très douée pour comprendre les sous-entendus)CiterAlors, déjà je ne voulais pas géolocaliser trop cette ville, ce que j'aurais contribué à faire en en donnant la monnaie. Et puis surtout, si j'avais dit cette histoire, ou si maintenant je la lis, je veux vraiment prononcer : "un drapeau à cinq quatre-vint-quinze", et pas "cinq euros quatre-vingt-quinze" ou peu importe la monnaie. Je trouvais que ça allait vraiment bien avec le ton un peu oralisé de la narratrice... Qu'est-ce qu'on s'imagine, avec cette absence de sigle monétaire ? qu'est-ce qu'on comprend ? (Léilwën : "Rien. :huhu:")Citerun drapeau à 5,95=> tu parles du prix ?? (il manque une unité derrière 5,95 pour que ce soit pleinement compréhensible)
=> je suis pas la meilleure personne pour juger de ça (because sous-entendus et moi toussa toussa :D (comment ça je me répète ? :mrgreen:))Citeroui, sous-entendu "sur ma tête", un eu explicit ensuite par "cheveux au vent". Je crois que je voulais que ça puisse être entendu d'une façon beaucoup plus vaste, existentielle. C'est pour ça que j'y suis allé sur la pointe des pieds. (Enfin des doigts...) Ça te semble vraiment trop sous-entendu ?CiterJe n’ai rien=> sur moi ? (rien quoi ?)
=> idem :PCiterOui. Trop sous-entendu ?... Parce que j'aime bien "rouge" seulement...Citerque mon rouge tenait le coup=> rouge à lèvres ?
=> ça suit ce que je disais plus haut, j'avais pas DU TOUT compris ça :( (j'avais compris qu'il criait et s'emportait vite, mais tous les gens violents verbalement ne le sont pas forcément physiquement (et heureusement), du coup j'avais pas compris jusque-là.CiterDonc là je sais pas si c'est très clair, au vu de ton avis général. L'idée c'est quand même qu'elle a des bleus sur la gueule. Je devrais trouver un moyen de rendre ça plus clair ici ? Je veux pas non plus trop "mâcher" le texte... :-\ Je veux rester dans sa tête à elle, où bien sûr elle n'a pas à tout expliciter pour elle-même.Citermes couleurs mal blushées d’ouragan force 4=> roooh :D
Hm... est-ce que ce que je raconte fait un peu sens ?...=> again, je ne suis pas la meilleure personne pour donner un avis sur ça... globalement, vu qu'à aucun moment il n'est dit que les corps ne sont pas physiques, j'avais rien capté (à la fin, je me suis quand même demandé si elle n'avait pas des problèmes d'hallucination). J'arrivais pas à lier le titre au texte non plus (mais maintenant, ça fait plus sens^^).
Et juste une question : ce malaise que tu évoques, j'ai pas compris si tu l'avais ressenti au fil du texte ou au fil des commentaires des lecteurs... ?
Merci ! Et désolé de t'apporter une réponse à laquelle tu devras à nouveau consacrer quelques minutes...=> :mafio: pas de problème, j'adore discuter de ce que j'ai lu avec l'auteur.e, tu me vois comblée^^
- la fin est ouverte, c'est bien ? c'est pas bien ? je sais pas quoi en penser...Permets-moi de cogiter un peu une éventuelle mouture finale (finale pour l'AT en tout cas)... Pour tout dire, j'ai tenté une autre fin aussi, un peu plus longue, mais j'avais l'impression que c'était pour moi soudain très laborieux à écrire, que ça me demandait de gros efforts, j'ai peiné et finalement j'ai laissé tomber, j'ai gardé cette fin... Quant au dernier mot issu de Leti, on pourrait peut-être s'en passer. Je cogiterai !
- faut-il laisser à Leti le dernier mot ?
fini par le chasser de la gouttière en direction des profondeurs. Le corps avait glissé du deuxième étage, entre des plantes grasses et des cordes à linge. Il s’est écrasé sur
et le vidange-de-glacier, c’est, je ne sais pas, abject. La onzième plaie de Moïse. On croirait un petit flan à
plante grimpante rouge. À quelle adresse ? J’ai compté les immeubles, n° 34, n° 36, n° 38. Je, te, quitte. Je dirais son prénom au début ou à la fin ? Le corps était au n° 40.
C’est remarquable comme les corps n’explosent pas sous le choc. Ils devraient barbouiller la chaussée. Mais ils restent en un morceau, comme
globalement, vu qu'à aucun moment il n'est dit que les corps ne sont pas physiquesah oui oui mais, selon moi, ils le sont. C'est en effet un genre d'hallucination, à moins qu'ils existent vraiment (après tout...). En tout cas, ce n'est pas une métaphore de la narratrice. Elle les voient, ils tombent. Et pendant la majeure partie du texte, elle ne fait pas le lien avec sa situation personnelle. Elle ne comprend pas que c'est une "métaphore réalisée" de sa situation à elle. C'est comme ça que je le vois. Elle préfère même faire un genre de "déni de fantastique", genre, elle trouve ça intrigant, mais elle fait un déni de l'irréalité de la chose. Je crois peut-être que c'est ce déni qui finit par céder, aussi ; qui fait qu'elle est obligée de s'avouer le caractère complètement anormal de ce qui est en train de se passer, et, cet aveu entrainant l'autre, le caractèrement complètement anormal (selon une autre norme) de ce qu'elle subit.
En dehors de ça, j'ai du mal à relier au thème de l'AT : je vois bien la tempête, mais pas le thème marin.Parce que "gros temps" ça ne s'applique qu'à du marin ?!
Le premier, le tout premier corps, je l’ai vu glisser de la gouttière d’en face, tout doucement, on aurait dit un petit bout de merde. Le temps n’était pas à l’orage. Le zinc resplendissait. Un centimètre après l’autre, il s’est laissé appeler par le vide, qui dans ma rue, rue Arxeles de Maior aux immeubles bas et populaires, n’est pourtant pas bien redoutable. Comme si un jet d'eau, invisible et persévérant, avait fini par le chasser de la gouttière en direction des profondeurs. Le corps avait glissé du deuxième étage, entre des plantes grasses et des cordes à linge. Il s’est écrasé sur le trottoir, quel bruit a-t-il fait ?yeaaah, j'adore ce début :coeur:
J’étais dans les slips de Mauricio, à ce moment-là. Je fumais. Ils gouttaient sur le sol du balcon et leur triangle échancré dynamisait un peu ma vue du quartier, ça collait des post-it sur les façades noircies. Tout se superposait. Un ficus s’échappait de l’entrejambe du slip bleu. Une minuscule tête de voisin jaillissait du boxer gris, le boxer des grands soirs. Le corps de la gouttière était tombé dans le slip à rayures, il l’avait traversé mollement de haut en bas, sans un bruit, sans une tache.
Chaque jeudi matin, avant de partir vendre ses montres sur le boulevard, Mauricio Algues de Lima commet cette lessive dont l’odeur oscille entre le fesse-de-bébé et le vidange-de-glacier, c’est, je ne sais pas, abject. La onzième plaie de Moïse. On croirait un petit flan à la vanille confectionné sous une déchetterie. Pourtant ça lave, c’est bien blanc, et ça respecte les couleurs aussi. Je n’ai pas le droit de fumer le jeudi sur le balcon, il a peur que ça entre dans les tissus. Dans les membranes, dans la chair de ses slips.je vois pourquoi tu as choisis le présent (anecdote générale) mais je trouve que ça fait bizarre et que ça passerait mieux si tu restait à l'imparfait (sauf pour "je ne sais pas"). Après c'est peut-être une question de goût.
Plus tard. Je suis chez Leti, elle a allumé sa télé. Ils parlent du réchauffement climatique et des manifestations qui continuent à Barrios de Saguer. “Je suis passée là-bas avant-hier, dit Leti, j’avais besoin d’une bonne viande.Alors je ne sais plus du coup... Je crois qu'il faut que tu choisisses à quel temps tu racontes et que tu harmonises avec la concordance des temps qui va bien. Là tu narres au présent. Les deux clopes tu les narrais au passé composé.
Tout le temps j’imagine le trajet de Mauricio, je ne veux pas arriver dans l’appartement après lui, je veux le cueillir à son retour, je prononce comme il faut, je l’embaume de mon regard (on-le-savait-non-?) et je tire la chasse, je m’évacue.virgule après temps / j'aurais plutôt vu "tout ce temps", mais c'est du chipotage !
Et puis ils ferment la fenêtre, les plus gênés tirent le store aussi, et si jamais c’est trop bruyant, parce que les voisins savent, les voisins Vajas, en plus de me voir tous les jours avec mes couleurs mal blushées d’ouragan force 4, ils entendent : si jamais, ils ferment la porte du balcon, ils montent un peu le son de leur télé où crient des manifestants bardés de petits drapeaux vert et jaune, et ils marmonnent “heureusement ça n’est pas tous les jours”.je ne comprends pas les deux points, c'est pas plutôt un point virgule ? ça rend la phrase confuse, j'ai mis du temps à la capter.
j'ai juste un bémol, je comprends que le corps tombe de la gouttière mais c'est tout en haut le long du toit, une gouttière, du coup c'est bizarre qu'ensuite tu dises qu'il a glissé du deuxième étage :\? sauf si c'est la gouttière de côté, mais du coup il passerait pas entre des plantes grasses et des cordes à linge. Mais bon, je vais voir avec la suite...C'est si rare, les gouttières d'étage raccordées au tronc de gouttière principal ? Je vais me renseigner (c'est un sujet de recherches un petit peu bizarre... Mais à coeur vaillant rien d'impossible.)
Je suis arrivée à la fin en gardant le doute : est-ce que c'était Alicia qui avait une dimension fantastique et faisait vraiment pleuvoir des corps quand ses émotions sont au stade tempête ? est-ce que c'était elle qui voyait ça par une sorte de trip psychologique sans conscience que ça existe pas ? avec conscience que ça existe pas ? est-ce que ça n'a rien à voir avec la rupture et les persos et que c'est juste un monde tellement bousillé (ou chelou) qu'il y a des pluies de corps humains ? :oTu égrènes des hypothèses et pour chaque je me dis : "Ah mais oui, super interprétation !". C'est vraiment pas figé dans ma tête...
mais je suis toujours pas sûre de si les corps tombaient réellement ou pas :-[Clairement pour Alicia ils tombent et c'est elle qui nous raconte l'histoire. (C'est peut-être une manière bizarre de voir l'écriture, mais j'ai l'impression qu'elle me la raconte aussi, et que je n'en sais pas plus que toi, même si j'en ai des intuitions).
Ce corps-là restait sur la balustrade d’un balcon, plié en deux.Ce corps-là stagne sur la balustrade d’un balcon, plié en deux.
Modération : messages regroupés - éviter les doublons user de la fonction modifier pour compléter le message précédent. MerciEt ça n'aurait jamais signalé à Milla que je lui demandais son avis...
ça fait une plante grimpante rouge.pas grimpante, du coup, mais tombante...
il y en a déjà plein les résistants, ratatinés entre les bras tendus,bon, depuis le début, j'attends l'indice qui me dira ce que sont ces "corps" ; là tu dis qu'il y en a "plein les résistants"... ça m'aide pas
ils s’écrasent mollement sur le toit des voitures stationnées. Ils portent des hématomesce sont donc de vrais corps humains ?
Oui je m'étais fait la remarque, après coup. Mais j'avais décidé de garder, en mettant ça sur le compte de l'expression de la narratrice, "plante grimpante" venant plus spontanément aux lèvres que "plante tombante", ainsi qu'à l'esprit des lecteurs... Mais c'est changeable, j'attendais de voir et comme personne ne relevait... Tu penses (et les autres, si vous lisez cette question) que la lecture bute + sur "plante grimpante" alors qu'elle tombe, ou sur "plante tombante" qui est moins courant comme expression ?Citerça fait une plante grimpante rouge.pas grimpante, du coup, mais tombante...
Je sais pas si la formulation est compréhensible (la manière dont tu formules ton commentaire me fait douter), ici ça veut dire que certains corps sont tombés sur les statues des résistants, et restent dessus. (?)Citeril y en a déjà plein les résistants, ratatinés entre les bras tendus,bon, depuis le début, j'attends l'indice qui me dira ce que sont ces "corps" ; là tu dis qu'il y en a "plein les résistants"... ça m'aide pas
Ah j'avais pas du tout pensé qu'on pouvait, en effet, comprendre "corps" d'une façon plus neutre...Citerils s’écrasent mollement sur le toit des voitures stationnées. Ils portent des hématomesce sont donc de vrais corps humains ?
Et peut-être faut-il les caractériser un peu plus en tant que corps humainoui ton avis me fait réfléchir. Je suis toujours très anxieux à l'idée d'enfoncer des portes ouvertes, c'est pour ça que je rechigne à préciser les choses, mais je vais essayer de glisser quelques mots supplémentaires qui permettent de clarifier ça. Faut que je réfléchisse juste à quels mots !
en plus, comme y a une ambiance révolutionnaire, je me demandais s'il y avait un rapport (genre le régime facho qui balance des corps).Yippee une nouvelle interprétation ! :D
Ça c'est vraiment compliqué pour moi à accepter. Parce que je suis pas sûr que ce soit des visions. Je suis très très réticent à dé-fantastiser ce récit. Ça m'importe, qu'il y ait aussi une lecture plus "réalisme magique", où ces éléments fantastiques sont admis, sont normalisés dans le discours de la narratrice. Tu vois ce que je veux dire ? Je sais qu'au moins Milla et toi, vous voudriez être fixés à ce niveau-là, mais là j'aurais vraiment l'impression de porter atteinte à ce que j'ai eu envie de faire dans ce texte... mais ça me désole, de pas avoir réussi à vous faire gouter à ce plaisir de lectures multiples et cette absence de certitude :(Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
on dirait un petit bout de merdepas à cause de "merde", mais à cause de "petit bout", qui pour moi ne fait pas image. Un corps, c'est loin d'être un "petit bout", tu comprends. J'aurais plutôt vu "comme une merde", ou "comme une pauvre merde" assez classique.
Mon passage sera donc peut-être un peu du réchauffé...Quoi de meilleur que les dernières parts de pizza froide au réveil ?
je ne pense pas, personnellement, qu'il était indispensable que tu explicites dès le début que tu parlais de corps. Tout simplement parce qu'il peut être du rôle du lecteur d'être un minimum patient, de se dire "on ne sait pas de quoi on parle, c'est donc qu'on me le dira plus tard..."Je comprends... J'avais décidé de suivre les commentaires et de clarifier parce que je ne voulais pas que ça paraisse un texte symboliste, hermétique... Je voulais que les enjeux se dessinent clairement, pour chacun, qu'il y ait le moins possible de brumes. Mais je comprends ta position ! Difficile de dire si tu aurais compris sans clarification, cela dit. Peut-être que ça t'aurait lancé sur de fausses pistes et auraient rendu nébuleuse toute ta compréhension du texte ? On ne le saura jamais...!
- C'est super bien écrit, et tellement intrigant. Je voyais ces corps tomber un peu raides, comme certaines toiles de Magritte où le ciel est rempli de bonshommes à chapeau melon.C'est très touchant de lire ça, merci beaucoup...
à cause de "petit bout", qui pour moi ne fait pas image. Un corps, c'est loin d'être un "petit bout", tu comprends. J'aurais plutôt vu "comme une merde", ou "comme une pauvre merde" assez classique.Je comprends ce que tu dis. Pour moi, l'image porte sur le mouvement et pas sur l'objet en mouvement. Tu vois ce que je veux dire ? C'est le lent (mais en accélération) glissement du corps qui doit être rapproché de celui d'un petit bout de merde. Est-ce qu'il faudrait mieux expliciter l'image, faire en sorte qu'on comprenne davantage à quoi elle se rapport précisément (le mouvement et non l'objet) ? Je vais relire...
Ensuite, et ne me demande pas pourquoi ça me gêne, mais je n'aurais pas dit "la onzième plaie de Moïse", mais "la onzième plaie d'Égypte", parce que Moïse n'y était pas pour grand chose.Alors c'est peut-être un état d'esprit bizarre qui m'a poussé à choisir cette expression : je me suis dit "Alicia dirait ça". Je crois que je le voyais comme l'illusion d'un hispanisme ou d'un lusitanisme. Dans ma tête, Alicia est hispanophone ou lusophone. C'est vraiment un parti pris, une volonté esthétique de reconstituer un univers, comme le nom de sa rue, du quartier des manifestants, de la station de métro...
Moi je n'avais pas compris ce que représentait cette chute de corps, mais tant pis, ça n'enlève vraiment rien à la qualité du récit, ça le rend plus surréaliste encore, sans doute.Tu as eu besoin des commentaires et des réponses, alors ? ou tu as fini par comprendre à la fin du texte ? Ça me gêne, que ce soit si peu clair, mais c'est surement le revers de la médaille de l'application à ne pas y aller avec des gros sabots... Je ne sais pas.
je le vois glisser de la gouttière d’en face, tout doucement, comme glisserait un bout de merde(Répétition volontaire).
Je pense que je préfère ton texte peu explicite pour moi, à une nouvelle version où tu dirais tout.
perso j'aime bien le rendu de "petit bout", qui atténue le mot merde tout en créant un effet d'insignifianceSuper !
Je crois que j'aurais ajouté quelque part qu'il s'agit principalement de corps de femmes, mais aussi quelques hommes ; ou peut-être ajouter à un moment une identification de type "celui de la voisine il y a trois mois" (ou "la femme de ..." ). En bref au cours de la toute fin de la lecture, j'aurais eu envie de pousser un tout mini mini mini mini chouïa plus loin l'interprétation que je m'étais faite... mais qui semble totalement mienne, d'après ce que j'ai lu ensuite dans les commentaires. :-[Premièrement, merci pour tes commentaires c'est super que t'aies pu recevoir le texte de cette manière.
Au final, merci beaucoup pour ce texte (approché sous ce versant surréaliste / métaphorique ; j'avoue que l'interprétation psychiatrique me séduit moins, surtout si elle est explicite).
Je suis dans les slips de Mauricio, à ce moment-là=> je n'aurais pas mis de virgule
Le premier, le tout premier corps, je le vois glisser de la gouttière d’en face, tout doucement, on dirait un petit bout de merde.Boum, ça pose le contexte.
Chaque jeudi matin, avant de partir vendre ses montres sur le boulevard, Mauricio Algues de Lima commet cette lessive dont l’odeur oscille entre le fesse-de-bébé et le vidange-de-glacier, c’est, je ne sais pas, abject. La onzième plaie de Moïse. On croirait un petit flan à la vanille confectionné sous une déchetterie.:D :D
Peu importent les mots, c’est dans le regard que tout passera. Je m’entrainerai dans la salle de bains de Leti. Tes montres, tes slips, tes hurlements. Mes cours, mes clopes et le silence. Pauvre Mauricio.:coeur:
Je compte les immeubles, n° 34, n° 36, n° 38.Je pensais qu'il ne fallait pas d'espace après n°, je viens d'apprendre quelque chose (pardon pour ce relevé assez peu constructif jusque-là...)
Plus tard. Je suis chez Leti, elle a allumé sa télé.Le "plus tard" ne me parait pas forcément utile. Il y a les trois astérisques au-dessus, et la narratrice a déjà dit qu'elle prévoyait d'aller chez Leti.
il y a des tas d’options mais je donnerais tout pour être aussi lâche que ces gars-là, ceux qui habitent les appartements de Barrios. Sans se montrer ils foutent un drapeau à 5,95 et ça leur suffit pour avoir la paix.j'aime bien ce parallèle
Le problème quand je sors de Colégio Real, c’est que les corps se sont mis à tomber pour de bon. Les restaurateurs rentrent les tables, les mères allongent le pas, suivies de garçonnets la gueule dans des chiffons.J'ai froncé les sourcils au début en pensant que c'était une image et en cherchant l'explication dans la suite du paragraphe, mais visiblement, non, c'est bien ça.
c’est le moment où les corps sont censés commencer à crever le plafond, m’ensevelissant encore et encorej'ai du mal à visualiser cette idée d'être enseveli "encore et encore"
Mauricio court à mes côtés, sonné, sa tête bouge dans tous les sens et il dit des trucs noyés dans le vacarme ambiant. “On va par là-bas”, je hurle, ma main toujours fermement arrimée à son poignet. C’est remarquable comme les corps n’explosent pas sous le choc. Ils devraient barbouiller la chaussée. Mais ils restent en un morceau, comme des grosses poupées de coton, ils auraient besoin de vingt chutes, de trente, d’un nombre illimité de chutes. C’est ce qu’ils croient, non ? Et puis ils ferment la fenêtre, les plus gênés tirent le store aussi, et si jamais c’est trop bruyant, parce que les voisins savent, les voisins Vajas, en plus de me voir tous les jours avec mes couleurs mal blushées d’ouragan force 4, ils entendent ; si jamais, ils ferment la porte du balcon, ils montent un peu le son de leur télé où crient des manifestants bardés de petits drapeaux, et ils marmonnent “heureusement ça n’est pas tous les jours”.Bon, là c'est le paragraphe où j'ai eu un peu de mal à suivre. Jusque-là je poursuivais en me disant que ce n'était pas grave si je ne comprenais pas tout, mais ici la narratrice fait beaucoup de sous-entendus que je n'ai pas captés :
Mais il les voit maintenant, il les voit tous à son tour, parce qu’il y a ma main autour de son poignet.Ah !
Nous courons sur les boulevards, nous traversons des carrefours déserts et contournons des monuments couverts de corps.Deux trucs me gênent un peu dans cette phrase :
Mais le bleu, c’est au visage qu’il reste, le bleu azur, l’émouvant caraïbe, le phosphore des mers équatoriales. “Jamais plus tu me tabasses”, je finis par dire en m’arrêtant au milieu des voies.Okay, quand il a été question d'hématomes, j'ai effectivement pensé à cette explication - qu'Alicia soit battue et que ce soit un parallèle - mais comme il y avait très peu d'indices je n'avais pas forcément trouvé de quoi aller plus loin dans cette hypothèse ^^. Je ne sais pas trop quoi en penser, du coup. D'un côté je trouve ça un peu frustrant que le semblant d'explication (puisqu'il y en a une) arrive seulement à la fin et que ça se termine un peu comme ça (je n'ai pas compris ce qu'il arrivait à Mauricio, du coup... est-ce qu'il est toujours vivant ? est-ce qu'elle l'a frappé lui aussi ? est-ce que c'est une espèce de prise de conscience... ??) ; d'un côté je trouve ça un peu frustrant donc, mais d'un autre côté ça me donne envie de relire le texte avec ce nouvel éclairage, donc c'est quand même assez réussi.
je pense qu'on peut appeler ça des dirps, des divergences idéologiques relatives à la ponctuationje garde ça dans un coin pour mon usage personnel si tu veux bien ? :coeur:
Mais je crois pas que ce soit très compliqué de modifier ça ! c'est juste une histoire de pronoms, mais en l'état ça me semble vraiment pas clair.CiterC’est ce qu’ils croient, non ? Et puis ils ferment la fenêtre, les plus gênés tirent le store aussi, et si jamais c’est trop bruyant, parce que les voisins savent, les voisins Vajas, en plus de me voir tous les jours avec mes couleurs mal blushées d’ouragan force 4, ils entendent ; si jamais, ils ferment la porte du balcon, ils montent un peu le son de leur télé où crient des manifestants bardés de petits drapeaux, et ils marmonnent “heureusement ça n’est pas tous les jours”.Bon, là c'est le paragraphe où j'ai eu un peu de mal à suivre. Jusque-là je poursuivais en me disant que ce n'était pas grave si je ne comprenais pas tout, mais ici la narratrice fait beaucoup de sous-entendus que je n'ai pas captés :
"C’est ce qu’ils croient, non ?" -> qui ça "ils" ?
"parce que les voisins savent" -> savent quoi ?
"C’est l’orage qui ne vient pas. Les hématomes sont les marques de frustration d’un ciel incapable d’orages."C'est drôle comme vous percevez ce texte de plein de façons différentes. C'est intéressant ! En écrivant ce passage, je pensais plutôt à l'absence de réaction de l'entourage des victimes, mais ta lecture se tient aussi...
Je pense que cette phrase symbolise toutes les femmes battues qui ne réagissent pas, n'osent pas s'en aller, elles se laissent ensevelir par la mort qui les guette, symbolisée par cette pluie de corps qui tombent...
J'ai suivi tes conseils et je l'ai supprimé. C'est vrai que je le voyais comme une petite articulation logique qui fluidifiait le passage de la première partie (au passé) à la deuxième (au présent), mais maintenant que tout est au présent c'était pas indispensable. Merci !CiterPlus tard. Je suis chez Leti, elle a allumé sa télé.Le "plus tard" ne me parait pas forcément utile. Il y a les trois astérisques au-dessus, et la narratrice a déjà dit qu'elle prévoyait d'aller chez Leti.
Tu as raison, cela dit c'est un moment qui me semble bien pour que le discours d'Alicia ait des approximations. Et en fait, ce qu'elle veut dire, c'est que ce "moment" se répète, de jour en jour, de semaine en semaine. Finalement ce qu'elle veut dire, c'est pas que les corps l'ensevelissent "à qui mieux mieux", ce qui en effet n'aurait pas trop de sens, mais c'est plutôt que les corps l'ensevelissent "à nouveau", que le thème de l'ensevelissement "revient à la charge", "une fois de plus je suis ensevelie". Tu vois ? Presque comme un cauchemar récurrent. Je sais pas, peut-être que je devrais dire "m'ensevelissant une fois de plus", en fait...Citerc’est le moment où les corps sont censés commencer à crever le plafond, m’ensevelissant encore et encorej'ai du mal à visualiser cette idée d'être enseveli "encore et encore"
- on dirait à lire les descriptions que les corps tombent spécialement sur les monuments, les abribus, etc. et pas sur la route ; les deux protagonistes n'ont pas l'air d'être gênés dans leur course, d'avoir à contourner des corps tombés au sol par exemple.oui, c'est vrai ! Pour moi c'était une manière de conserver plusieurs lectures possibles : oui il pleut des corps, mais les personnages continuent de circuler à peu près normalement... et je voulais qu'il soit toujours possible d'ignorer les corps, de faire comme s'il ne se passait rien, comme si y avait pas de problème.
(je n'ai pas compris ce qu'il arrivait à Mauricio, du coup... est-ce qu'il est toujours vivant ? est-ce qu'elle l'a frappé lui aussi ? est-ce que c'est une espèce de prise de conscience... ??)Je me pose toutes ces questions, moi aussi :-[ c'est comme si Alicia lui transmettait sa passivité au moment où elle prend les choses en main ; comme si y avait qu'un poste à pourvoir dans l'action, dans le fait de mener à bien l'histoire. Soit il frappe, soit elle fait front. Mais il semble dangereusement inerte en effet...
(tiens par exemple je viens de comprendre l'image du visage blushé d'orages, très bien vu)ah c'est super que ça soit compréhensible (même si c'est seulement à deuxième lecture) !
(par contre, cette image de chute de corps me donne une énorme impression de déjà-vu, et je n'ai toujours pas réussi à trouver pourquoi :\?)Pas eu l'impression d'avoir pris ça quelque part, mais qui sait ? l'inspiration c'est un concept retors et j'ai toujours peur que ce soit du plagiat inconscient...
fais donc :DCiterje pense qu'on peut appeler ça des dirps, des divergences idéologiques relatives à la ponctuationje garde ça dans un coin pour mon usage personnel si tu veux bien ? :coeur:
Finalement, la seule chose que j'ai trouvé un poil frustrante c'est d'arriver à saisir le thème des violences conjugales dans le texte, alors que j'avais compris assez vite qu'Alicia, elle, savait plus ou moins ce qui se passait. Peut-être que dans le paragraphe que j'ai relevé comme difficile à suivre il y aurait moyen d'ajouter des indices sans dénaturer le texte ? C'est toi qui décides ^^Alors justement moi je considère pas qu'Alicia comprend ce qui se passe, pendant un long moment. Je crois que la prise de conscience se fait peu à peu, d'abord inconsciemment, d'une part elle s'avoue peu à peu qu'il y a des corps qui tombent, mais elle ne s'avoue pas que c'est bizarre ; je crois que le déclic il est quand elle réagit, quand elle se défend et qu'elle sort de l'appartement en passifiant/pacifiant Mauricio. Là tout se met en place dans son esprit à elle. C'est comme ça que je le vois... Pour moi, elle ne cache rien au lecteur, elle n'essaie pas de créer du suspense en retardant l'explication d'un phénomène qu'elle aurait préalablement compris.
Je crois qu'il y a pour moi un trop grand décalage entre le côté très terre-à-terre de la situation de base (une femme veut quitter son compagnon) et l'irréalisme des corps qui tombent.oui, en fait il y a un moment où la situation de base s'approfondit et devient "une femme veut quitter son compagnon parce qu'il la frappe", et c'est ça qui (pour moi) justifie l'intrusion du fantastique, du surnaturel ; leur situation personnelle devient hors-cadre, donc la réalité le devient aussi
Cette course effrénée dans la ville pour fuir les corps qui tombent, avec Mauricio, n'avait pour moi pas beaucoup de sens. Et quand il s'effondre et qu'elle s'assied sur lui en pensant qu'elle ne peut plus le quitter, je trouve ça trop incompréhensible également.En fait, je pensais plutôt au début d'une quête pour mettre fin à l'orage. Pas une fuite pour s'en abriter. Je sais pas si ça répond à tes doutes ? :( Et pour la fin j'avais envie d'une dernière image un peu kitsch aussi, qui permette de redonner un peu de légèreté, et je me suis dit que cette fille, sur une voie rapide déserte, regardant lascivement le soleil se coucher, assise sur le corps de l'homme qui la bat, c'était ce qu'il me fallait !! mais j'ai eu peur de trop forcer le trait, et résultat j'en ai peut-être pas fait assez dans cette dernière description... je sais pas... il faudrait que je renforce/explicite un peu + la dose de kitsch de ce finale, vous pensez ? (adresse à tous les lecteurs !)
(l'incertitude qui me gêne, ça reste le fait que les corps ne soient pas plus rapidement identifiés comme étant des corps humainsJ'ai fait une (toute) petite retouche à ce sujet-là, elle fait partie des modifs ci-dessous, tu me diras si c'est déjà un peu mieux...
Plus tard.Je suis chez Leti, elle a allumé sa télé. Ils parlent du réchauffement climatique et des (...)
Leti a une pile de journaux sur son bureau, elle découpe des coupons de réduction. “Ce matin à Arxeles, c’était pas des drapeaux, c’était des corps”, je dis à Leti. Elle marque une pause. Elle attend. “Deux filles qui arboraient des bleus. Une qui pendouillait à la gouttière d’en face. Et une autre coincée sur le balcon d’après.” Elle a toujours les doigts pris dans les poignées des ciseaux, et elle me dit (...)
(...) Ça continue de tomber, il y en a déjà plein les résistants, ratatinés entre les bras tendus, les baïonettes et les drapeaux de fonte. Surtout des femmes, mais quelques hommes aussi, avec les mêmes parures maussades, dépressionnaires, en certains endroits du corps. Le feu passe au vert. (...)
(...)Mais ils restent en un morceau, comme des grosses poupées de coton, ils auraient besoin de vingt chutes, de trente, d’un nombre illimité de chutes. C’est ce qu'on dit chez les Vajas et chez tous les autres voisins, c'est ce qu’ils pensent, d'ailleurs l'orage ils s'en préservent. Ils ferment la fenêtre, les plus gênés tirent le store aussi, et si jamais c’est trop bruyant, parce que tout l'immeuble sait et toute la ville, en plus de me voir tous les jours avec mes couleurs mal blushées d’ouragan force 4, ils entendent ; si jamais les étouffements (de corps, de cri) sont mal maitrisés, ils ferment la porte du balcon, ils montent un peu le son de leur télé où crient des manifestants bardés de petits drapeaux, et ils marmonnent “heureusement ça n’est pas tous les jours”.
(...) je hurle à nouveau : “Tu les vois maintenant ? Tu comprends qu’il faut arrêter cet orage ?” J’en ai le ventre retourné, parce qu’il est très beau, Mauricio, quand il prend cet air, incompréhensif, rincé.
Le premier, le tout premier corps, je le vois glisser de la gouttière d’en face, tout doucement, on dirait un petit bout de merde.ça accroche bien comme première phrase
Un centimètre après l’autre, il se laisse appeler par le vide, qui dans ma rue, rue Arxeles de Maior aux immeubles bas et populaires, n’est pourtant pas bien redoutable.Là par contre, un poil moins car soucis de compréhension : le "il", grammaticalement, se rapporte au zinc et non au corps, et la suite "qui dans ma rue, rue Arxeles de Maior aux immeubles bas et populaires, n’est pourtant pas bien redoutable.", avec la coupure de "rue Arxeles de Maior aux immeubles bas et populaires,", n'est pas totalement fluide
On croirait un petit flan à la vanille confectionné sous une déchetterie.XD
Je n’ai pas le droit de fumer le jeudi sur le balcon, il a peur que ça entre dans les tissus.
Bientôt on canalisera nos sueurs et on pourra naviguer dessus,
Surtout des femmes, mais quelques hommes aussi, avec les mêmes parures maussades, dépressionnaires, en certains endroits du corps. Le feu passe au vert.
Vu la description du déluge, je trouve bizarre qu'ils aient l'air de circuler sans encombre dans la rue. Y'a une ellipse entre quand ils sortent et quand ils arrivent sur la place, et je trouve leur trajet difficile à imaginer, il semble trop facile... (à moins que ce ne soit voulu, puisqu'à part elle, personne ne les voit ? ... mais après ils commencent à enjamber...)Oui c'est difficile à rendre... Pour moi, c'est un déluge, mais un peu comme dans un rêve (en toute logique les corps devraient rendre les rues impraticables mais non, ou pas pour l'héroïne du rêve en tout cas), ou un peu comme si les corps étaient des apparitions. Donc elle les voient, ils tombent, mais elle (et peut-être elle seule ?) peut passer à travers. Ce qui ne veut pas dire que visuellement ce ne sont pas des obstacles (et que donc par réflexe elle cherche quand même à les éviter).
Oooooh la chute. Vraiment cool.:coeur:
(Du coup je me gausse en voyant Lo répondre à Mout qui est devenu Lo, et ce plusieurs fois mdr)Le sentiment d'une telle perte de temps, à chaque fois que je me décidais à le faire :mrgreen:
En comparaison, quand je lisais Porphyre j'étais dans une optique "ok je lève mon incrédulité et je prends tout comme argent comptant et je me laisse porter" et dans ce voyage onirique, à aucun moment j'avais pied. Là, avec la même démarche de crédulité assumée, j'ai le sentiment à la fin d'être arrivée à bonne destination.C'est sûr que les deux textes ne sont vraiment pas mus par la même démarche, mais c'est probablement vrai aussi que celui-ci est en fin de compte plus maitrisé :/
Oui c'est difficile à rendre... Pour moi, c'est un déluge, mais un peu comme dans un rêve (en toute logique les corps devraient rendre les rues impraticables mais non, ou pas pour l'héroïne du rêve en tout cas), ou un peu comme si les corps étaient des apparitions. Donc elle les voient, ils tombent, mais elle (et peut-être elle seule ?) peut passer à travers. Ce qui ne veut pas dire que visuellement ce ne sont pas des obstacles (et que donc par réflexe elle cherche quand même à les éviter).
Dans ma tête, c'est un peu une combinaison illogique de plusieurs hypothèses. Ce qui me semble plutôt pas gênant (?) dans la mesure où j'assume un certain penchant onirique à cette histoire. Mais je devrais peut-être rendre ma vision des choses (qu'il est possible qu'elle passe à travers les corps, par exemple) un peu plus explicite...
En la relisant, je me dis qu'une partie de la problématique du texte c'est la verbalisation. En relisant la fin, je pense que oui, le coucher de soleil et l'accalmie viennent du fait qu'Alicia s'adresse enfin à Mauricio à voix haute (et peu importe l'état de Mauricio à ce moment-là). Il faut qu'elle s'entende verbaliser.
C'est sûr que les deux textes ne sont vraiment pas mus par la même démarche, mais c'est probablement vrai aussi que celui-ci est en fin de compte plus maitrisé :/