Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Gros Lo le 23 Décembre 2019 à 00:58:12

Titre: Les hématomes
Posté par: Gros Lo le 23 Décembre 2019 à 00:58:12
(Ce fil est un peu bizarre parce qu'il était, à l'origine, une participation à l'AT du Mammouth. Entre autres, c'est pour ça que parfois je me commente moi-même, puis que je réponds à mes commentaires...)

*

Les hématomes







Le premier, le tout premier corps, je le vois glisser de la gouttière d’en face, tout doucement, on dirait un petit bout de merde. Le temps n'est pas à l’orage. Le zinc resplendit. Un centimètre après l’autre, il se laisse appeler par le vide, qui dans ma rue, rue Arxeles de Maior aux immeubles bas et populaires, n’est pourtant pas bien redoutable. Comme si un jet d'eau, invisible et persévérant, finissait par le chasser de la gouttière en direction des profondeurs. Ça y est, il a glissé du deuxième étage, entre des plantes grasses et des cordes à linge. Il s’est écrasé sur le trottoir. Quel bruit a-t-il fait ?

Je suis dans les slips de Mauricio, à ce moment-là. Je fume. Ils gouttent sur le sol du balcon et leur triangle échancré dynamise un peu ma vue du quartier, ça colle des post-it sur les façades noircies. Tout se superpose. Un ficus s’échappe de l’entrejambe du slip bleu. Une minuscule tête de voisin jaillit du boxer gris, le boxer des grands soirs. Le corps de la gouttière est tombé dans le slip à rayures, il l’a traversé mollement de haut en bas, sans un bruit, sans une tache.

Chaque jeudi matin, avant de partir vendre ses montres sur le boulevard, Mauricio Algues de Lima commet cette lessive dont l’odeur oscille entre le fesse-de-bébé et le vidange-de-glacier, c’est, je ne sais pas, abject. La onzième plaie de Moïse. On croirait un petit flan à la vanille confectionné sous une déchetterie. Pourtant ça lave, c’est bien blanc, et ça respecte les couleurs aussi. Je n’ai pas le droit de fumer le jeudi sur le balcon, il a peur que ça entre dans les tissus. Dans les membranes, dans la chair de ses slips.

J’ai eu besoin de fumer quand même, et je me pisse dessus à l’idée qu’à 18 h Mauricio foncera sur le balcon et enfouira son nez dans ses slips, puis hurlera mon nom. Alicia, putain, tu es une salope, une vraie salope. Je l’entendrai de l’étage du dessous. Je donne des cours au petit des Vajas et les fenêtres restent ouvertes, parce que dans les rues populaires c’est trop exigu pour le vent, alors on vit les fenêtres ouvertes, dans les odeurs de tout le monde, à la merci des cris, des corps qui tombent et des frelons.

Je fume une deuxième cigarette parce que ce qui s'est passé sur la gouttière d’en face m’a distraite. Le marteau-piqueur fait légèrement trembler les slips. Le bleu surtout, au polyester sensible. Ma fumée s’égare dans leur labyrinthe. Je manipule des phrases, je veux que ce soit lisse et définitif quand je dirai : Mauricio, je te quitte. Je mettrai du rouge à lèvres, mes affaires seront déjà chez Leti, je n’attendrai pas qu’il hurle mon prénom, il ne sera pas encore sur le balcon que je dirai ça.

Je finis cette deuxième cigarette, satisfaite. Peu importent les mots, c’est dans le regard que tout passera. Je m’entrainerai dans la salle de bains de Leti. Tes montres, tes slips, tes hurlements. Mes cours, mes clopes et le silence. Pauvre Mauricio. C’est quand je me lève vers le cendrier que j’en remarque un deuxième. Ce corps-là végète sur la balustrade d’un balcon, plié en deux. Des choses en sortent, et pendent, ça fait une plante grimpante rouge. À quelle adresse ? Je compte les immeubles, n° 34, n° 36, n° 38. Je, te, quitte. Je dirai son prénom au début ou à la fin ? Le corps est au n° 40.

***

Je suis chez Leti, elle a allumé sa télé. Ils parlent du réchauffement climatique et des manifestations qui continuent à Barrios de Saguer. “Je suis passée là-bas avant-hier, dit Leti, j’avais besoin d’une bonne viande. Il y a des drapeaux jaune et vert partout aux fenêtres, en soutien aux manifestants.” Je suis devant le miroir, mon reflet me lance des regards compliqués, des séries entières de regards. Filtre j’ai-vraiment-essayé, filtre on-le-savait-non-?, filtre c’est-mieux-pour-nous-deux, il y a des tas d’options mais je donnerais tout pour être aussi lâche que ces gars-là, ceux qui habitent les appartements de Barrios. Sans se montrer ils foutent un drapeau à 5,95 et ça leur suffit pour avoir la paix.

Leti a une pile de journaux sur son bureau, elle découpe des coupons de réduction. “Ce matin à Arxeles, c’était pas des drapeaux, c’était des corps”, je dis à Leti. Elle marque une pause. Elle attend. “Deux filles qui arboraient des bleus. Une qui pendouillait à la gouttière d’en face. Et une autre coincée sur le balcon d’après.” Elle a toujours les doigts pris dans les poignées des ciseaux, et elle me dit en les agitant : “Qu’est-ce que tu continues d’habiter Arxeles, ma pauvre fille”, elle les ouvre et les ferme, les ciseaux claquent. “Je n’habite plus”, je réponds. “Je le quitte.”

Je prends le métro parce qu’il est déjà 17 h 15, mais il y a un accident et je dois faire un long détour. Tout le temps j’imagine le trajet de Mauricio, je ne veux pas arriver dans l’appartement après lui, je veux le cueillir à son retour, je prononce comme il faut, je l’embaume de mon regard (on-le-savait-non-?) et je tire la chasse, je m’évacue. Je disparais dans la cage d’escalier pour toujours, elle est traversée d’horribles tentacules de toutes les odeurs des pauvres de la terre, lessive bébé-poubelle, déjeuner abats-chou-fleur, mais mon corps est intouchable. À 17 h 50 je finis par sortir de la bouche de métro, à Colégio Real, c’est assez loin d’Arxeles, compter 20 minutes à pied. Pour me rassurer, je me dis que Mauricio aussi est bloqué dans les transports.

Le problème quand je sors de Colégio Real, c’est que les corps se sont mis à tomber pour de bon. Les restaurateurs rentrent les tables, les mères allongent le pas, suivies de garçonnets la gueule dans des chiffons. Le ciel n’est pas menaçant. Demain sera le plein été, mathématiquement. Il y aura autant de jours d’été avant qu’après. Entre le solstice et l’équinoxe c’est le partage des eaux. J’ai honte, ce n’est pas un temps à rompre. Une fille méritante choisirait l’arrière-saison. Elle s’étendrait dans les feuilles jaunes des pelouses du jardin botanique pour une dernière photo, ou resterait sur le balcon, un jour sans lessive, à laisser le soleil embellir son visage. Il est 17 h 55 et j’avance dans le quartier en dépit des corps qui tombent. Je n’ai rien, je suis cheveux au vent.

Feu rouge de la place où ils ont déplacé les statues d’anciens résistants. Il n’y a plus un chat. J’attends sous l’abribus pour me protéger des corps. Le goudron renvoie une chaleur féroce. Je sens des chenaux de sueur se mettre à sillonner mon dos. C’est tout un réseau, qui semble soudain mis en exploitation pour pallier la saturation des transports publics. Bientôt on canalisera nos sueurs et on pourra naviguer dessus, dans les quartiers populaires surtout ce sera très performant. Je regarde le plafond vitré de l’abribus. Si un corps passe au travers, je serai crucifiée d’éclats. Ça continue de tomber, il y en a déjà plein les résistants, ratatinés entre les bras tendus, les baïonettes et les drapeaux de fonte. Surtout des femmes, mais quelques hommes aussi, avec les mêmes parures maussades, dépressionnaires, en certains endroits du corps. Le feu passe au vert.

Je me dépêche d’arriver à la porte de l’immeuble. La rue est longue. J’ai sorti le miroir de poche de Leti pour vérifier que mon rouge tenait le coup. La chute des corps s’intensifie, ils s’écrasent mollement sur le toit des voitures stationnées. Ils portent des hématomes. C’est l’orage qui ne vient pas. Les hématomes sont les marques de frustration d’un ciel incapable d’orages. Putain de corps qui me rate de deux mètres ! Tu me touches pas, je te jure, tu me touches pas, sinon je te piétine, sinon je te renvoie dans les airs. Plus jamais tu me touches.

***

Mauricio passe la porte, il a les mains dans les poches, ses cheveux blonds rentrés sous son col. Je commence à parler mais il n’entend pas, parce qu’il y a dehors tous ces putains de corps qui tombent de plus belle, sur les toits, sur les voitures, sur les pare-brises, Mauricio, je, te, quitte, ma bouche peut bien s’ouvrir autant qu’elle peut, rien ne sort du rouge et Mauricio commence à fureter sur le balcon, ses oreilles me sont inaccessibles, derrière ses slips tombent les corps en rafales, il est là, un peu penché, est-ce que c’est sec ? est-ce qu’ils sentent le tabac ?

Mauricio est soudain à l’intérieur, il est tout près de moi et hurle quelque chose d’incompréhensible, c’est le moment où les corps sont censés commencer à crever le plafond, m’ensevelissant encore et encore. Prise de panique, j’attrape le poignet de Mauricio et je m’engouffre sur le palier. Des chocs sourds proviennent du dernier étage. Je crois qu’il est surpris, Mauricio, de ma soudaine assurance. Presque docile, si je devais parler d’un âne. Parce que si on reste calfeutrés dans nos appartements, les corps tomberont toujours, encore et toujours, bleus et mous. Nous descendons les escaliers au pas de course. Comme prévu, les tentacules de choux-fleurs et de ventres de porc se déploient autour de nos visages, si tu crois que j’ai encore de quoi vomir aujourd’hui ? Nous sortons de l’immeuble, sous le déluge.

Mauricio court à mes côtés, sonné, sa tête bouge dans tous les sens et il dit des trucs noyés dans le vacarme ambiant. “On va par là-bas”, je hurle, ma main toujours fermement arrimée à son poignet. C’est remarquable comme les corps n’explosent pas sous le choc. Ils devraient barbouiller la chaussée. Mais ils restent en un morceau, comme des grosses poupées de coton, ils auraient besoin de vingt chutes, de trente, d’un nombre illimité de chutes. C’est ce qu'on dit chez les Vajas et chez tous les autres voisins, c'est ce qu’ils pensent, d'ailleurs l'orage ils s'en préservent. Ils ferment la fenêtre, les plus gênés tirent le store aussi, et si jamais c’est trop bruyant, parce que tout l'immeuble sait et toute la ville, en plus de me voir tous les jours avec mes couleurs mal blushées d’ouragan force 4, ils entendent ; si jamais les étouffements (de corps, de cri) sont mal maitrisés, ils ferment la porte du balcon, ils montent un peu le son de leur télé où crient des manifestants bardés de petits drapeaux, et ils marmonnent “heureusement ça n’est pas tous les jours”.

Nous atteignons la place déserte. Le soleil est encore haut et les corps sur les statues de fonte commencent à dégager une odeur de grillades. Le plafond de l’abribus est réduit en miettes. Et j’en ai un autre à tracter, un poids de charogne, Mauricio est lent et lourd, il continue d’ahaner des phrases inexorablement couvertes par le bruit des corps qui tombent. Mais il les voit maintenant, il les voit tous à son tour, parce qu’il y a ma main autour de son poignet. Nous remontons le boulevard et je hurle à nouveau : “Tu les vois maintenant ? Tu comprends qu’il faut arrêter cet orage ?” J’en ai le ventre retourné, parce qu’il est très beau, Mauricio, quand il prend cet air, incompréhensif, rincé.

Nous courons sur les boulevards, nous traversons des carrefours déserts et contournons des monuments couverts de corps. D’autres continuent de tomber, et à mesure qu’on gagne les terrains vagues en bordure de la voie rapide, ils lèvent des gerbes de poussière. Et si c’était la fameuse tempête du siècle évoquée tous les ans par les présentateurs météo ? Je commence à m’habituer aux visages blancs des corps tombés, à leurs gueules ravagées d’orage. Je me dis que ça ne peut plus durer, qu’il faut une accalmie. On ne va pas me faire le coup de la grève et des drapeaux.

Sur la voie rapide il n’y a pas une voiture. Mauricio pèse de plus en plus lourd derrière moi, parfois il se prend les pieds dans un corps. Je crois bien qu’il a arrêté de parler. J’ai la peau luisante et je sens des rivières me couler jusqu’à la raie des fesses. C’est l’océan primordial. Mais le bleu, c’est au visage qu’il reste, le bleu azur, l’émouvant caraïbe, le phosphore des mers équatoriales. “Jamais plus tu me tabasses”, je finis par dire en m’arrêtant au milieu des voies. J’ai un souffle de cancéreuse. Je lâche le poignet de Mauricio, qui se vautre sur l’asphalte. Je jette un coup d’oeil autour de nous. La chute des corps s’est atténuée. Je m’assieds sur Mauricio et je reste longtemps à reprendre mon souffle, au loin le soleil commence à se coucher, j’entortille des mèches de ses cheveux blonds autour de mes doigts, c’est trop tard pour te quitter, je me dis. Pauvre fille, disait Leti, pauvre fille.


Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Henri_Vargroas le 23 Décembre 2019 à 17:13:59
Complétement à la ramasse du début à la fin.  :/ je ne comprends pas la moitié de ce que je lis  :???:,  l'autre moitié est faite de pseudo certitude que j'essaye vainement de faire coller à mon vécu   ::) ... mais finalement que dalle. Je n'accroche pas à l'histoire, je ne comprends rien et pourtant ... j'ai aimé le texte.  :)

Ca se lit bien ... mais je comprends rien. :mrgreen:

J'ai déjà lu ce genre de texte, ça me mets mal à l'aise, ça m'impacte, et je ne comprends pas trop pourquoi. Je ne vois qu'un début d'explication : ce texte touche quelque chose en moi qui ne s'exprime que très rarement, et du coup je suis content de voir que d'autre que moi y arrive.  :relou:

Donc merci pour la surprise de découvrir ça en moi, c'est ça qui fait que j'aime bien ce texte meme si je le relirais pas.  :-¬?
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Gros Lo le 23 Décembre 2019 à 17:53:36
Bonjour Henri ! Ce n'est pas une bonne nouvelle, ce que tu me dis... Je pensais vraiment que le texte était clair. Est-ce que tu penses que je devrais clarifier le début, notamment quand il y a "le premier", puis "le deuxième" ? l'idée c'est que :
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Je suis vraiment gêné parce que je ne pensais pas avoir été obscur. Volontairement fantastique oui, dans le sens où je joue sur deux "tableaux" de réalité, mais pas obscur.

J'espère que tu reviendras voir ma réponse en tout cas. À bientôt ?
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Henri_Vargroas le 23 Décembre 2019 à 19:09:57
Je comprends mieux, change le début n utilise pas de métaphores pour le premier corps.

J ai relu avec cette info, c est plus clair. Du coup je relirais si tu modifies ton texte.  :P

Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Gros Lo le 23 Décembre 2019 à 19:12:51
Oh, pour l'instant j'y tiens, à mon petit bout de merde dans la cuvette ;) Mais ok, j'hésite à mettre un spoiler explicatif au début du texte, ou à carrément ajouter "corps" comme je proposais. Je pense que je vais l'ajouter !
Merci pour ton retour et génial si jamais tu reviens (:
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Henri_Vargroas le 23 Décembre 2019 à 20:57:02
En fait c'est cette phrase qui m'a perdu :
Citer
Le premier, le tout premier corps, je l’ai vu glisser de la gouttière d’en face, tout doucement, on aurait dit un petit bout de merde

comme tu parles de slips après, je me suis perdu dans un délire scatologique.  :-¬?

pi ça aussi, j'ai pas compris ce que c'était
Citer
Le temps n’était pas à l’orage. Le zinc resplendissait.

du coup je me suis dis que c'était des chiottes en zinc, alors que pour moi un zinc c'est le bar sur lequel tu poses ta bière ...
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Gros Lo le 24 Décembre 2019 à 11:48:16
Ah oui en effet, non il n'y avait pas de caca filé !

Pour le zinc, c'est celui des gouttières...!
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Nolia le 26 Décembre 2019 à 12:21:50
Oh my god. Tous ces corps qui tombent du ciel ... c'est une histoire terrible ! Gros malaise. Donc écriture efficace ! Et puis la différence entre cette pluie de cadavres et le personnage de Mauricio, pitoyablement comique, c'est vraiment bien vu.
En revanche,  j'ai eu du mal à entrer dans l'histoire car cette analogie avec la merde qui glisse le long de la cuvette, si elle est bien trouvée, elle est très déroutante. D'autant que je ne comprend pas cette phrase : un bout de merde accroché de toutes ses selles. Soit c'est de la poésie, et je n'ai rien à y redire, soit ça ne veut rien dire, puisque les "selles" c'est un joli mot pour dire merde. Donc un bout de merde accroché de toute sa merde ? Je ne comprends pas l'objectif visé  :/
Et puis, j'avoue que j'ai fait une lecture à contresens du 2ème paragraphe (la première fois que je l'ai lu). J'en ris rétrospectivement. J'ai cru à une histoire de partouze ! La tête du voisin qui sort du boxer ... faut dire qu'il y a de quoi se poser des questions. MAIS, en relisant toute l'histoire, je vois que c'est peut-être le paragraphe où il y a les meilleures trouvailles (les post-it, etc.). On est sur le toit avec le linge qui sèche, et la perspective derrière. Rien à dire !
Bravo pour l'ambiance. C'est pas gai, mais très percutant...
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Opercule le 27 Décembre 2019 à 13:51:55
Hallo,

c'est vrai que ton histoire de petite merde ça jette un peu le trouble sur cette histoire. Tu peux parler de cadavre en plus de corps, si ça va pour toi, pour éviter les répétitions et les malentendus.
Cette histoire est assez forte, oui, et juste assez fantastique comme tu voulais, mais à cause de la merde il y a une latence avant d'entrer dedans, on n'est pas très sûr de ce qu'on lit, comme on n'est pas au courant que le personnage principal est une femme, et que Mauricio est son petit ami.
Mais j'ai apprécié, j'ai fini par rentré dans le jeu
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Gros Lo le 29 Décembre 2019 à 12:05:56
Merci Nolia et Opercule de votre lecture ! J'ai décidé de réduire un peu ce petit bout d'excrément, sur vos conseils avisés.
(Nolia, oui c'était voulu pour "selles", mais finalement j'ai supprimé, ça me semblait pas indispensable comme morceau de phrase !)

Avant :

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Le premier, le tout premier corps, je l’ai vu glisser de la gouttière d’en face, tout doucement, on aurait dit un petit bout de merde. Le temps n’était pas à l’orage. Le zinc resplendissait. Comme un bout de merde, accroché de toutes ses selles au rebord de la cuvette, qu’un jet d’eau persévérant finit par faire glisser dans les profondeurs. Un centimètre après l’autre, il s’est laissé appeler par le vide, qui dans ma rue, rue Arxeles de Maior, n’est pourtant pas bien redoutable, du haut d’une gouttière du deuxième étage. C’est un quartier populaire, bas de plafond. Le corps s’est écrasé sur le trottoir, quel bruit a-t-il fait ?

Après :

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Le premier, le tout premier corps, je l’ai vu glisser de la gouttière d’en face, tout doucement, on aurait dit un petit bout de merde. Le temps n’était pas à l’orage. Le zinc resplendissait. Un centimètre après l’autre, il s’est laissé appeler par le vide, qui dans ma rue, rue Arxeles de Maior aux immeubles bas et populaires, n’est pourtant pas bien redoutable. Comme si un jet d'eau, invisible et persévérant, avait fini par le chasser de la gouttière en direction des profondeurs. C’était au deuxième étage, entre les plantes grasses et les cordes à linge. Le corps s’est écrasé sur le trottoir, quel bruit a-t-il fait ?

Vous trouvez ça mieux ?
J'ai modifié le texte aussi. J'espère que ça mettra moins de confusion scatologique dans l'esprit des lecteurs suivants !
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Nolia le 29 Décembre 2019 à 12:13:58
C'est beaucoup mieux, à mon humble avis. Bien plus percutant. L'image est tout aussi forte ainsi. Super ! :)
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Léilwën le 31 Décembre 2019 à 01:10:52
Coucou coucou Mout,

Pour info, je pinaille beaucoup ;)

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Le premier, le tout premier corps, je l’ai vu glisser de la gouttière d’en face, tout doucement, on aurait dit un petit bout de merde.
=> Je trouverais ça plus percutant si tu mettais un point à la place de la dernière virgule.
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Le temps n’était pas à l’orage. Le zinc resplendissait
=> ici, vu que c'est la même idée sur les deux phrases, je les aurais au contraire regroupées en remplaçant le point par une virgule.
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Un centimètre après l’autre, il s’est laissé appeler par le vide, qui dans ma rue
=> juste une remarque perso : je l'entends après le "qui" la virgule et pas avant
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C’était au deuxième étage, entre les plantes grasses et les cordes à linge.
=> je suis perdue : qu'est-ce qui était au 2ème étage ? Le corps ? Le jet d'eau ? Autre chose ??
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J’étais dans les slips de Mauricio
=> :viviane: :viviane: cette phrase a TELLEMENT d'interprétations possibles :D :D
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des post-its
=> post-it (le mot est invariable)
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Un ficus s’échappait de l’entrejambe du slip bleu.
=> mais... mais :D :D
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Le corps de la gouttière était tombé dans le slip à rayures, il l’avait traversé mollement de haut en bas, sans un bruit, sans une tache.
=> idem :D :D
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c’est, je ne sais pas
=> j'aurais remplacé la virgule par des points de suspension
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Olfactivement on a rarement commis pire.
=> p'tite virgule après "olfactivement" ? et :viviane: (quand même une répétition assez visible "commet"/"commis" en peu de phrases)
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confectionné sous une déchetterie
=> sous ou dans ??
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Je n’ai pas le droit de fumer le jeudi sur le balcon, il a peur que ça entre dans les tissus. Dans les membranes, dans la chair de ses slips.
=>il est fétichiste de ses slips ? :D
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J’avais besoin de fumer quand même, et je me pissais dessus
=> pas de virgule devant un "et" qui fait déjà office de virgule
Citer
à la merci des cris, des corps qui tombent et des frelons
=> :coeur:
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je voulais que ce soit lisse et définitif, quand je dirais
=> pas de virgule
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J’ai fini cette deuxième cigarette, satisfaite
=> je ne ressens pas la virgule
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c’est dans le regard que tout passerait
=> pour la concordance des temps : "ce serait" ?
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Des choses en sortaient, et pendaient
=> pas de virgule devant un "et" qui fait déjà office de virgule
Citer
J’ai compté les immeubles, n° 36, n° 38, n° 40. Je, te, quitte. Je dirais son prénom au début ou à la fin ? Le corps était au n° 40.
=> je ne comprends pas trop ce qu'il se passe là (pourquoi elle compte les immeubles ?)
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mon reflet me lance des regards compliqués
=> "complexes" plutôt que "compliqués" ? (le mot me fait tiquer, il ne me semble pas tout à fait juste)
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Filtre j’ai-vraiment-essayé, filtre on-le-savait-non-?, filtre c’est-mieux-pour-nous-deux
=> :D
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pour être aussi lâche que ces gars-là, qui habitent
=> pas de virgule (ce "qui" introduit une relative déterminative (qui détermine son antécédent "ces gars-là"), du coup, pas de virgule)
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un drapeau à 5,95
=> tu parles du prix ?? (il manque une unité derrière 5,95 pour que ce soit pleinement compréhensible)
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et je tire la chasse, je m’évacue.
=> cette métaphore filée de la cuvette des toilettes tout de même :D :D
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abats-choux-fleurs
=> pour que ce soit plus compréhensible, j'aurais bien mis au singulier ("abats-chou-fleur" (là, j'avais compris abats/choux/fleurs et pas abats/choux-fleurs))
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Demain sera le plein été
=> "ce" sera ?
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J’ai honte, parce que ce n’est pas un temps à rompre.
=> le "parce que" me semble de trop (la phrase serait plus percutante sans, à mon avis)
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Je n’ai rien
=> sur moi ? (rien quoi ?)
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dans les quartiers populaires surtout ce sera très performant
=> je tique sur ce bout de phrase... je crois qu'il manque des virgules... ou alors c'est l'ordre des mots ? bref, je tique...
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que mon rouge tenait le coup
=> rouge à lèvres ?
Citer
Les hématomes sont les marques de frustration d’un ciel incapable d’orages.
=> :coeur:
Citer
Presque docile, si je devais parler d’un âne
=> roh, c'est moche :D
Citer
au contact avec le sol
=> "du" plutôt que "avec le" ?
Citer
mes couleurs mal blushées d’ouragan force 4
=> roooh :D
Citer
je reste longtemps à reprendre mon souffle, au loin le soleil commence à se coucher
=> j'aurais remplacé la virgule par un point

Et je me sens quiche parce que je n'ai pas compris ce que sont les corps :-X

Du coup, j'attends ta réponse pour te faire un retour global parce que là, je suis juste perplexe en mode : mais qu'est-ce que je viens de lire ? c'est quoi cette histoire de corps ? c'est quoi ce truc malaisant qui doit sans doute être clair pour tout le monde mais que je n'ai pas compris ?
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Gros Lo le 31 Décembre 2019 à 10:23:43
Moi j'ai à peu près aimé !
J'ai la flemme de tout bien faire comme Léli-chou :coeur:
Mais cette histoire de merde, quand même... j'aime bien les trucs scatos hein franchement :mrgreen: Mais euh ?
Déso je suis hyper relax mais en même temps après le comm de Léli...

edit : Non j'abuse. Un peu plus en détail :
- la merde dans la deuxième version me semble convenablement remoulée
- la fin est ouverte, c'est bien ? c'est pas bien ? je sais pas quoi en penser...
- faut-il laisser à Leti le dernier mot ?

Euh du coup je sais pas si tu verras ces quelques annotations supplémentaires hm. Je peux même pas t'envoyer de mp, cher Mout...
En même temps c'est pas le commentaire du siècle.
Bon, merci pour ce texte !
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Gros Lo le 31 Décembre 2019 à 10:27:14
Bonjour Léilwën !

je ne reprends pas tout tout, parce que je me dis que ça va te barber... Je suis d'accord avec plein de choses que tu relèves. Y a juste des choses, je pense qu'on peut appeler ça des dirps, des divergences idéologiques relatives à la ponctuation. Mais pas partout, y a des endroits où je te rejoins et vais faire des changements. Simplement, parfois, je crois que c'est bien de se servir de la ponctuation pour transmettre... le ton, les pauses, les silences que j'aurais eu si j'avais dit cette histoire au lieu de l'écrire. C'est un outil de grammaire mais aussi un outil de rythme, et par exemple "qui sortent, et pendent" j'entends vraiment la pause, la pliure dans cette phrase, même si comme tu le rappelles c'est grammaticalement un peu douteux.
Pour le reste :

Citer
C’était au deuxième étage, entre les plantes grasses et les cordes à linge.
=> je suis perdue : qu'est-ce qui était au 2ème étage ? Le corps ? Le jet d'eau ? Autre chose ??
le corps oui. Décidément ce premier paragraphe, quelle plaie
J'ai vu que tu riais dans les slips :mrgreen: rassure-moi, c'était pas un rire de nervosité devant l'absurdité de ce que tu lisais ? je veux dire, ce passage est quand même compréhensible et rationnel ? (le fait qu'elle fume devant les slips qui sèchent, du coup quand elle regarde sa rue, il y a les slips au premier plan, et que si fatiguée elle regarde la scène en 2D ça fait des collages absurdes)

Citer
Citer
Olfactivement on a rarement commis pire.
=> p'tite virgule après "olfactivement" ? et :viviane: (quand même une répétition assez visible "commet"/"commis" en peu de phrases)
Je vais en zigouiller un.

Citer
Citer
confectionné sous une déchetterie
=> sous ou dans ??
j'imaginais l'atelier de pâtisserie sous la déchetterie, est-ce que ça fait trébucher la lecture ?

(je cite pas tout mais y a quand même des questions de ponctuation sur lesquelles je te rejoins hein)

Citer
Citer
c’est dans le regard que tout passerait
=> pour la concordance des temps : "ce serait" ?
On ne peut pas considérer ça comme une oralité ? ça me semble plus fluide et plus oral de laisser "c'est"...

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J’ai compté les immeubles, n° 36, n° 38, n° 40. Je, te, quitte. Je dirais son prénom au début ou à la fin ? Le corps était au n° 40.
=> je ne comprends pas trop ce qu'il se passe là (pourquoi elle compte les immeubles ?)
Je me doutais que ce serait pas super clair... elle voit ce corps à un balcon, et du coup elle compte les immeubles pour identifier au balcon de quel numéro c'est. Càd : elle voit le n° 36 au loin, et ensuite elle compte les immeubles jusqu'à celui du corps. Tu vois ?

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mon reflet me lance des regards compliqués
=> "complexes" plutôt que "compliqués" ? (le mot me fait tiquer, il ne me semble pas tout à fait juste)
J'aime bien cet usage de "compliqués", même sonorement, en fait. Complexe me semble trop scientifiques, trop décomposable. Compliqué me semble plus un embrouillamini dont on n'a que l'intuition. Hm...(?)

Mais ça me touche déjà pas mal de voir tes petits smileys loquaces de temps en temps.

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un drapeau à 5,95
=> tu parles du prix ?? (il manque une unité derrière 5,95 pour que ce soit pleinement compréhensible)
Alors, déjà je ne voulais pas géolocaliser trop cette ville, ce que j'aurais contribué à faire en en donnant la monnaie. Et puis surtout, si j'avais dit cette histoire, ou si maintenant je la lis, je veux vraiment prononcer : "un drapeau à cinq quatre-vint-quinze", et pas "cinq euros quatre-vingt-quinze" ou peu importe la monnaie. Je trouvais que ça allait vraiment bien avec le ton un peu oralisé de la narratrice... Qu'est-ce qu'on s'imagine, avec cette absence de sigle monétaire ? qu'est-ce qu'on comprend ? (Léilwën : "Rien. :huhu:")

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Je n’ai rien
=> sur moi ? (rien quoi ?)
oui, sous-entendu "sur ma tête", un eu explicité ensuite par "cheveux au vent". Je crois que je voulais que ça puisse être entendu d'une façon beaucoup plus vaste, existentielle. C'est pour ça que j'y suis allé sur la pointe des pieds. (Enfin des doigts...) Ça te semble vraiment trop sous-entendu ?

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que mon rouge tenait le coup
=> rouge à lèvres ?
Oui. Trop sous-entendu ?... Parce que j'aime bien "rouge" seulement...

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mes couleurs mal blushées d’ouragan force 4
=> roooh :D
Donc là je sais pas si c'est très clair, au vu de ton avis général. L'idée c'est quand même qu'elle a des bleus sur la gueule. Je devrais trouver un moyen de rendre ça plus clair ici ? Je veux pas non plus trop "mâcher" le texte... :-\ Je veux rester dans sa tête à elle, où bien sûr elle n'a pas à tout expliciter pour elle-même.

Citer
Et je me sens quiche parce que je n'ai pas compris ce que sont les corps :-X

Du coup, j'attends ta réponse pour te faire un retour global parce que là, je suis juste perplexe en mode : mais qu'est-ce que je viens de lire ? c'est quoi cette histoire de corps ? c'est quoi ce truc malaisant qui doit sans doute être clair pour tout le monde mais que je n'ai pas compris ?
Je ne veux pas donner une explication unilatérale, estampillée "la vérité de l'auteur", hm. Mais l'idée principale c'est quand même que :
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Hm... est-ce que ce que je raconte fait un peu sens ?...
Et juste une question : ce malaise que tu évoques, j'ai pas compris si tu l'avais ressenti au fil du texte ou au fil des commentaires des lecteurs... ?

Merci beaucoup pour ta lecture et ton relevé détaillé Léilwën, c'est vraiment très, comment dire ? généreux de ta part, en fait. Merci ! Et désolé de t'apporter une réponse à laquelle tu devras à nouveau consacrer quelques minutes...
Je ferai les corrections dans l'heure !

Et merci Lo de ce passage même rapide !
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Léilwën le 31 Décembre 2019 à 12:51:31
Coucou Mout !

Tout d'abord, je ne sais pas si tu l'as vu, mais Lo a modifié son commentaire juste au-dessus (au cas où tu ne l'aurais pas vu).

je ne reprends pas tout tout, parce que je me dis que ça va te barber...
C'est mal me connaître >:D (comment ça on ne se connaît pas ? :mrgreen:)
Je suis d'accord avec plein de choses que tu relèves. Y a juste des choses, je pense qu'on peut appeler ça des dirps, des divergences idéologiques relatives à la ponctuation. Mais pas partout, y a des endroits où je te rejoins et vais faire des changements. Simplement, parfois, je crois que c'est bien de se servir de la ponctuation pour transmettre... le ton, les pauses, les silences que j'aurais eu si j'avais dit cette histoire au lieu de l'écrire. C'est un outil de grammaire mais aussi un outil de rythme, et par exemple "qui sortent, et pendent" j'entends vraiment la pause, la pliure dans cette phrase, même si comme tu le rappelles c'est grammaticalement un peu douteux.
Oui oui, je n'ai fait que relever (et comme je le signalais, je suis très grammar-nazi, à cheval sur les règles etc., j'en ai conscience... Ceci étant, dans ton texte, je "sens" que les choses ne sont pas faites au hasard (je vois bien que tu connais les règles de ponctuation parce que celle-ci est loin d'être anarchique dans ton texte !), du coup si tu me dis "là, je veux laisser cette virgule parce que ça exprime quelque chose pour moi, c'est volontaire de ma part", je suis ok avec ça ;)
J'ai vu que tu riais dans les slips :mrgreen: rassure-moi, c'était pas un rire de nervosité devant l'absurdité de ce que tu lisais ? je veux dire, ce passage est quand même compréhensible et rationnel ? (le fait qu'elle fume devant les slips qui sèchent, du coup quand elle regarde sa rue, il y a les slips au premier plan, et que si fatiguée elle regarde la scène en 2D ça fait des collages absurdes)
=> oui, oui, ça, j'avais bien compris, c'était un rire de "mais WAT ?! :D" parce que cette obsession pour les slips était délirante ::)
j'imaginais l'atelier de pâtisserie sous la déchetterie, est-ce que ça fait trébucher la lecture ?
=>parce que je ne m'étais pas DU TOUT imaginé un atelier à pâtisserie (techniquement, je voyais la narratrice dans sa cuisine en train de confectionner un flan) et que ça me paraît super-saugrenu d'imaginer qu'on puisse implanter un truc sous une décharge (j'ai p'têt oublié de prévenir que je suis très "1er degré" aussi... ><)
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c’est dans le regard que tout passerait
=> pour la concordance des temps : "ce serait" ?
On ne peut pas considérer ça comme une oralité ? ça me semble plus fluide et plus oral de laisser "c'est"...
=> oui... c'est juste que l'usage des temps m'écorchait un peu l'oreille, mais oralement ça doit pouvoir se dire^^
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J’ai compté les immeubles, n° 36, n° 38, n° 40. Je, te, quitte. Je dirais son prénom au début ou à la fin ? Le corps était au n° 40.
=> je ne comprends pas trop ce qu'il se passe là (pourquoi elle compte les immeubles ?)
Je me doutais que ce serait pas super clair... elle voit ce corps à un balcon, et du coup elle compte les immeubles pour identifier au balcon de quel numéro c'est. Càd : elle voit le n° 36 au loin, et ensuite elle compte les immeubles jusqu'à celui du corps. Tu vois ?
=> si tu ne me dis pas qu'elle compte à partir du numéro qu'elle aperçoit au loin, je ne vois pas, non... :mrgreen:

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mon reflet me lance des regards compliqués
=> "complexes" plutôt que "compliqués" ? (le mot me fait tiquer, il ne me semble pas tout à fait juste)
J'aime bien cet usage de "compliqués", même sonorement, en fait. Complexe me semble trop scientifiques, trop décomposable. Compliqué me semble plus un embrouillamini dont on n'a que l'intuition. Hm...(?)
=> c'est toi l'auteur.e, tu fais ce que tu veux ;)

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un drapeau à 5,95
=> tu parles du prix ?? (il manque une unité derrière 5,95 pour que ce soit pleinement compréhensible)
Alors, déjà je ne voulais pas géolocaliser trop cette ville, ce que j'aurais contribué à faire en en donnant la monnaie. Et puis surtout, si j'avais dit cette histoire, ou si maintenant je la lis, je veux vraiment prononcer : "un drapeau à cinq quatre-vint-quinze", et pas "cinq euros quatre-vingt-quinze" ou peu importe la monnaie. Je trouvais que ça allait vraiment bien avec le ton un peu oralisé de la narratrice... Qu'est-ce qu'on s'imagine, avec cette absence de sigle monétaire ? qu'est-ce qu'on comprend ? (Léilwën : "Rien. :huhu:")
=> en fait au départ je pensais que tu parlais d'une taille de drapeau, puis je me suis dit que ça ne collait pas et en réfléchissant, je me suis dit que ça devait être le prix (mais comme je te disais, je ne suis pas très douée pour comprendre les sous-entendus)

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Je n’ai rien
=> sur moi ? (rien quoi ?)
oui, sous-entendu "sur ma tête", un eu explicit ensuite par "cheveux au vent". Je crois que je voulais que ça puisse être entendu d'une façon beaucoup plus vaste, existentielle. C'est pour ça que j'y suis allé sur la pointe des pieds. (Enfin des doigts...) Ça te semble vraiment trop sous-entendu ?
=> je suis pas la meilleure personne pour juger de ça (because sous-entendus et moi toussa toussa :D (comment ça je me répète ? :mrgreen:))

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que mon rouge tenait le coup
=> rouge à lèvres ?
Oui. Trop sous-entendu ?... Parce que j'aime bien "rouge" seulement...
=> idem :P

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mes couleurs mal blushées d’ouragan force 4
=> roooh :D
Donc là je sais pas si c'est très clair, au vu de ton avis général. L'idée c'est quand même qu'elle a des bleus sur la gueule. Je devrais trouver un moyen de rendre ça plus clair ici ? Je veux pas non plus trop "mâcher" le texte... :-\ Je veux rester dans sa tête à elle, où bien sûr elle n'a pas à tout expliciter pour elle-même.
=> ça suit ce que je disais plus haut, j'avais pas DU TOUT compris ça :( (j'avais compris qu'il criait et s'emportait vite, mais tous les gens violents verbalement ne le sont pas forcément physiquement (et heureusement), du coup j'avais pas compris jusque-là.

Hm... est-ce que ce que je raconte fait un peu sens ?...
Et juste une question : ce malaise que tu évoques, j'ai pas compris si tu l'avais ressenti au fil du texte ou au fil des commentaires des lecteurs... ?
=> again, je ne suis pas la meilleure personne pour donner un avis sur ça... globalement, vu qu'à aucun moment il n'est dit que les corps ne sont pas physiques, j'avais rien capté (à la fin, je me suis quand même demandé si elle n'avait pas des problèmes d'hallucination). J'arrivais pas à lier le titre au texte non plus (mais maintenant, ça fait plus sens^^).
J'ai effectivement lu les commentaires pour essayer de mieux comprendre, mais ce n'était pas très explicité non plus... Non, le malaise venait du fait que je sentais qu'il y avait des non-dits, mais j'étais incapable de mettre le doigt dessus '-'

Merci ! Et désolé de t'apporter une réponse à laquelle tu devras à nouveau consacrer quelques minutes...
=> :mafio: pas de problème, j'adore discuter de ce que j'ai lu avec l'auteur.e, tu me vois comblée^^

Du coup, pour mon avis général : c'est l'un des textes les mieux écrits que j'ai lus jusqu'à présent. Les phrases sont claires et fluides,  le "style" est personnalisé, il y a des trucs qui font mouche. J'ai beaucoup souri (voire ri) devant certaines absurdités du texte, tout en sentant que c'était un rire qui devait être jaune.
Globalement, pour une lectrice comme moi qui ne comprend que ce qui est écrit clairement (ou qui est très fortement suggéré), c'est trop implicite pour que je comprenne le problème de fond (il faudrait par exemple mentionner clairement dans le texte la douleur ou les bleus ou le fait que la colère a des répercussions physiques... bref, ce genre de choses, pour que je tilte).
En dehors de ça, j'ai du mal à relier au thème de l'AT : je vois bien la tempête, mais pas le thème marin.

Merci pour la lecture, la réponse à mon commentaire et les explications ! :)
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Gros Lo le 31 Décembre 2019 à 14:01:03
Merci Léilwën de me faire remarquer, j'avais pas vu le message de Lo !
Lo :
Cool de savoir que la merde est rognée selon tes critères ! C'est rare (et peut-être sujet à fantasmes ?), une merde épurée...

- la fin est ouverte, c'est bien ? c'est pas bien ? je sais pas quoi en penser...
- faut-il laisser à Leti le dernier mot ?
Permets-moi de cogiter un peu une éventuelle mouture finale (finale pour l'AT en tout cas)... Pour tout dire, j'ai tenté une autre fin aussi, un peu plus longue, mais j'avais l'impression que c'était pour moi soudain très laborieux à écrire, que ça me demandait de gros efforts, j'ai peiné et finalement j'ai laissé tomber, j'ai gardé cette fin... Quant au dernier mot issu de Leti, on pourrait peut-être s'en passer. Je cogiterai !

*****

Léilwën :
Je commence te relever quelques changements (je ne te relève pas les modifs de ponctuation, pluriel et autres ; seulement les trucs un peu plus visibles) :

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fini par le chasser de la gouttière en direction des profondeurs. Le corps avait glissé du deuxième étage, entre des plantes grasses et des cordes à linge. Il s’est écrasé sur
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et le vidange-de-glacier, c’est, je ne sais pas, abject. La onzième plaie de Moïse. On croirait un petit flan à
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plante grimpante rouge. À quelle adresse ? J’ai compté les immeubles, n° 34, n° 36, n° 38. Je, te, quitte. Je dirais son prénom au début ou à la fin ? Le corps était au n° 40.
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C’est remarquable comme les corps n’explosent pas sous le choc. Ils devraient barbouiller la chaussée. Mais ils restent en un morceau, comme

Ensuite :

Je crois que dans une version pré-AT j'avais une phrase un peu différente et elle parlait d'une boulangerie installée sous la déchetterie, d'où ce vestige...!

Ah oui je vois, "un drapeau à 5,95" tu avais d'abord compris ça comme "un drapeau de 5 x 95" (?) Je pense que je vais garder, à moins que quelqu'un d'autre tique...

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globalement, vu qu'à aucun moment il n'est dit que les corps ne sont pas physiques
ah oui oui mais, selon moi, ils le sont. C'est en effet un genre d'hallucination, à moins qu'ils existent vraiment (après tout...). En tout cas, ce n'est pas une métaphore de la narratrice. Elle les voient, ils tombent. Et pendant la majeure partie du texte, elle ne fait pas le lien avec sa situation personnelle. Elle ne comprend pas que c'est une "métaphore réalisée" de sa situation à elle. C'est comme ça que je le vois. Elle préfère même faire un genre de "déni de fantastique", genre, elle trouve ça intrigant, mais elle fait un déni de l'irréalité de la chose. Je crois peut-être que c'est ce déni qui finit par céder, aussi ; qui fait qu'elle est obligée de s'avouer le caractère complètement anormal de ce qui est en train de se passer, et, cet aveu entrainant l'autre, le caractèrement complètement anormal (selon une autre norme) de ce qu'elle subit.
(Je sais pas si ça tient sur ses pattes ; j'écris vraiment à l'instinct, donc c'est seulement maintenant devant tes interrogations que j'essaie de réfléchir à ce que mon texte veut dire...)
En tout cas je vais essayer d'expliciter un petit peu cette histoire alors. C'est quand même le coeur du texte...

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En dehors de ça, j'ai du mal à relier au thème de l'AT : je vois bien la tempête, mais pas le thème marin.
Parce que "gros temps" ça ne s'applique qu'à du marin ?!
(*Mout fait une sortie de piste*)

Merci beaucoup de ton retour à tiroirs ! et aussi des compliments par-ci par-là !!
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Milla le 02 Janvier 2020 à 22:45:08
Salut !

au fil de la lecture...
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Le premier, le tout premier corps, je l’ai vu glisser de la gouttière d’en face, tout doucement, on aurait dit un petit bout de merde. Le temps n’était pas à l’orage. Le zinc resplendissait. Un centimètre après l’autre, il s’est laissé appeler par le vide, qui dans ma rue, rue Arxeles de Maior aux immeubles bas et populaires, n’est pourtant pas bien redoutable. Comme si un jet d'eau, invisible et persévérant, avait fini par le chasser de la gouttière en direction des profondeurs. Le corps avait glissé du deuxième étage, entre des plantes grasses et des cordes à linge. Il s’est écrasé sur le trottoir, quel bruit a-t-il fait ?

J’étais dans les slips de Mauricio, à ce moment-là. Je fumais. Ils gouttaient sur le sol du balcon et leur triangle échancré dynamisait un peu ma vue du quartier, ça collait des post-it sur les façades noircies. Tout se superposait. Un ficus s’échappait de l’entrejambe du slip bleu. Une minuscule tête de voisin jaillissait du boxer gris, le boxer des grands soirs. Le corps de la gouttière était tombé dans le slip à rayures, il l’avait traversé mollement de haut en bas, sans un bruit, sans une tache.
yeaaah, j'adore ce début  :coeur:
j'ai juste un bémol, je comprends que le corps tombe de la gouttière mais c'est tout en haut le long du toit, une gouttière, du coup c'est bizarre qu'ensuite tu dises qu'il a glissé du deuxième étage :\? sauf si c'est la gouttière de côté, mais du coup il passerait pas entre des plantes grasses et des cordes à linge. Mais bon, je vais voir avec la suite...

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Chaque jeudi matin, avant de partir vendre ses montres sur le boulevard, Mauricio Algues de Lima commet cette lessive dont l’odeur oscille entre le fesse-de-bébé et le vidange-de-glacier, c’est, je ne sais pas, abject. La onzième plaie de Moïse. On croirait un petit flan à la vanille confectionné sous une déchetterie. Pourtant ça lave, c’est bien blanc, et ça respecte les couleurs aussi. Je n’ai pas le droit de fumer le jeudi sur le balcon, il a peur que ça entre dans les tissus. Dans les membranes, dans la chair de ses slips.
je vois pourquoi tu as choisis le présent (anecdote générale) mais je trouve que ça fait bizarre et que ça passerait mieux si tu restait à l'imparfait (sauf pour "je ne sais pas"). Après c'est peut-être une question de goût.

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Plus tard. Je suis chez Leti, elle a allumé sa télé. Ils parlent du réchauffement climatique et des manifestations qui continuent à Barrios de Saguer. “Je suis passée là-bas avant-hier, dit Leti, j’avais besoin d’une bonne viande.
Alors je ne sais plus du coup... Je crois qu'il faut que tu choisisses à quel temps tu racontes et que tu harmonises avec la concordance des temps qui va bien. Là tu narres au présent. Les deux clopes tu les narrais au passé composé.

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Tout le temps j’imagine le trajet de Mauricio, je ne veux pas arriver dans l’appartement après lui, je veux le cueillir à son retour, je prononce comme il faut, je l’embaume de mon regard (on-le-savait-non-?) et je tire la chasse, je m’évacue.
virgule après temps / j'aurais plutôt vu "tout ce temps", mais c'est du chipotage !

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Et puis ils ferment la fenêtre, les plus gênés tirent le store aussi, et si jamais c’est trop bruyant, parce que les voisins savent, les voisins Vajas, en plus de me voir tous les jours avec mes couleurs mal blushées d’ouragan force 4, ils entendent : si jamais, ils ferment la porte du balcon, ils montent un peu le son de leur télé où crient des manifestants bardés de petits drapeaux vert et jaune, et ils marmonnent “heureusement ça n’est pas tous les jours”.
je ne comprends pas les deux points, c'est pas plutôt un point virgule ? ça rend la phrase confuse, j'ai mis du temps à la capter.

hop, tout lu !
sur le global...
alors tout d'abord sur la forme, j'ai adoré l'écriture. C'est prenant, rythmé, percutant, ça marche vraiment très très bien. (et fichtre, ce que ça fait du bien  :coeur: :coeur:) Y a une vraie plume avec une façon d'amener les chose qui sort du mille fois vue, et autant de soin porté au décor qu'aux émotions et vécu des persos, c'est très chouette.
sur l'histoire, tout ce qui tourne directement autour du projet de rupture marche super bien, j'ai trouvé ça très fin et réaliste. Pas simple aussi d'aborder la violence conjugal sans en faire trop ou pas assez, là y a une histoire assez neutre de jugement de la part de l'auteur, juste un tableau de la complexité des ressentis, des décisions, etc. et ça m'a semblé assez juste.
Pour tout ce qui tourne autour des corps qui tombent, j'ai trouvé ça super prenant, du glauque qui tire + vers l'intrigant que le choquant (ce qui me va bien perso) et je me suis beaucoup questionnée tout le long. Je suis arrivée à la fin en gardant le doute : est-ce que c'était Alicia qui avait une dimension fantastique et faisait vraiment pleuvoir des corps quand ses émotions sont au stade tempête ? est-ce que c'était elle qui voyait ça par une sorte de trip psychologique sans conscience que ça existe pas ? avec conscience que ça existe pas ? est-ce que ça n'a rien à voir avec la rupture et les persos et que c'est juste un monde tellement bousillé (ou chelou) qu'il y a des pluies de corps humains ?  :o bref, j'ai pas réussi à être sûre de ce que je devais comprendre et ça m'a laissé un peu frustrée. J'étais contente de trouver la réponse dans les commentaires du texte, mais je suis toujours pas sûre de si les corps tombaient réellement ou pas  :-[ (vu que les autres gens voient pas, je suppose que c'est elle qui trippe et imagine y compris le toit de l'abribus éclaté ? mais elle a conscience qu'elle trippe ou pas ?) En tout cas, je crois que ça tient à rien du tout pour que ce soit clair avec certitude pour le lecteur. Le passage où Alicia dit à Mauricio "tu les vois maintenant les corps ?" est le moment clef à mon avis (celui où j'ai vraiment eu envie de comprendre tout à fait et où les questions ci-dessus m'assaillaient  :D) Je pense qu'en une phrase tu peux lever le doute et nous permettre de lier complétement cette pluie humaine à la souffrance d'Alicia.

Sinon, ayant survolé les comm j'ai vu qu'il y avait une histoire de truc scato  :D là en tout cas ça m'a pas choqué donc tu as sans doute mieux dosé  ^^

Merci pour ce chouette texte !  :coeur: et pour ta participation !

Milla
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Gros Lo le 03 Janvier 2020 à 10:57:01
j'ai juste un bémol, je comprends que le corps tombe de la gouttière mais c'est tout en haut le long du toit, une gouttière, du coup c'est bizarre qu'ensuite tu dises qu'il a glissé du deuxième étage :\? sauf si c'est la gouttière de côté, mais du coup il passerait pas entre des plantes grasses et des cordes à linge. Mais bon, je vais voir avec la suite...
C'est si rare, les gouttières d'étage raccordées au tronc de gouttière principal ? Je vais me renseigner (c'est un sujet de recherches un petit peu bizarre... Mais à coeur vaillant rien d'impossible.)

Au sujet du présent, je voulais pour camper l'ambiance au début cette légère distanciation que permet l'emploi du passé. Et à partir de l'après-midi chez Leti je ne vois plus ça qu'au présent, pour le motif inverse : nez de + en + dans le guidon... Mais c'est vrai que ce présent de vérité générale, dans le paragraphe des slips (y a plus qu'à l'appeler comme ça...), met peut-être un peu à mal mon... désordre organisé... Je vais essayer d'envoyer les slips au passé mais y arriverai-je ?...

Pour "tout le temps", je l'entends comme un "continuously", j'ai du mal à mettre une virgule après où à le préciser en "tout ce temps". Est-ce que je suis psychorigide ? :(

Ok pour les deux points.

Oh bon c'est vraiment génial ce que tu dis, ça m'enthousiasme que tu aies ressenti ça comme ça, que tu lui trouves ces qualités...

Citer
Je suis arrivée à la fin en gardant le doute : est-ce que c'était Alicia qui avait une dimension fantastique et faisait vraiment pleuvoir des corps quand ses émotions sont au stade tempête ? est-ce que c'était elle qui voyait ça par une sorte de trip psychologique sans conscience que ça existe pas ? avec conscience que ça existe pas ? est-ce que ça n'a rien à voir avec la rupture et les persos et que c'est juste un monde tellement bousillé (ou chelou) qu'il y a des pluies de corps humains ?  :o
Tu égrènes des hypothèses et pour chaque je me dis : "Ah mais oui, super interprétation !". C'est vraiment pas figé dans ma tête...

Citer
mais je suis toujours pas sûre de si les corps tombaient réellement ou pas  :-[
Clairement pour Alicia ils tombent et c'est elle qui nous raconte l'histoire. (C'est peut-être une manière bizarre de voir l'écriture, mais j'ai l'impression qu'elle me la raconte aussi, et que je n'en sais pas plus que toi, même si j'en ai des intuitions).
D'une certaine manière, j'ai envie de penser que c'est tout ce qui importe. (Pour elle ils tombent, et elle nous le raconte.) Qu'est-ce qui l'attend, Alicia, au sortir de ce récit ? ces questions : est-ce que son entourage va prendre sa parole en considération ? la minimiser ? la rogner, la remettre en cause sur certains aspects ? Du coup c'est peut-être bien que le lecteur aussi comprenne à quel point c'est facile de se comporter comme ça, remettre en question, minimiser (ici le fantastique).
Qu'est-ce que tu en penses ?
Ou est-ce que c'est du bullshit interprétatif et je devrais fixer un sens ?
Ou me dépatouiller pour au moins guider le lecteur vers cette mise en perspective-là, qu'il comprenne que s'il lui reste des doutes c'est pour lui faire comprendre à quel point c'est facile de mettre une parole en doute ? Ou c'est du bullshit ?

J'attends ta vision des choses en tout cas. Parce que ça me tente, d'éclaircir un tout petit peu au moment dont tu parles, et en même temps je voudrais pas esquinter cette mise en perspective (remise en question, minimisation, à la fois de l'entourage et du lecteur, dans la réalité comme dans la fiction). À moins qu'elle soit pas pertinente.

Merci beaucoup Milla !
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Milla le 03 Janvier 2020 à 11:17:50
Hey !

j'ai l'impression d'en dévoiler bcp alors je mets en spoiler :

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


voilà voilà, j'espère que ça t'aidera ! tout cela demeure un avis subjectif et tout ;)
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Gros Lo le 03 Janvier 2020 à 11:46:15
En fait ça me fend le coeur de devoir choisir une interprétation aux dépens des autres... Mais c'est peut-être une faiblesse de ma part. J'aime bien la mayonnaise mais j'adore le mille-feuilles :(

Mais je vais réfléchir à une petite explicitation au moment dont tu parles, et quand j'aurai une idée je regarderai si ça remet en cause les autres interprétations ou si ça explicite sans trop abimer les autres.



Je n'arrive pas à expliciter sans que ça aiguille définitivement vers une version plutôt qu'une autre.

En revanche, je peux te proposer cette version des premiers paragraphes. Milla, et aussi les autres, est-ce que l'abandon du passé abime un peu l'ambiance ? ou vous trouvez ça pareil/mieux ?

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Modération : messages regroupés - éviter les doublons user de la fonction modifier pour compléter le message précédent. Merci
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Milla le 05 Janvier 2020 à 16:19:03
ah oui, c'est vraiment super bien ce passage au présent, j'adore !
Par contre pas convaincue par restait, mais par le verbe "rester" tout court en fait...
Citer
Ce corps-là restait sur la balustrade d’un balcon, plié en deux.
Ce corps-là stagne sur la balustrade d’un balcon, plié en deux.
Ce corps-là croupit sur la balustrade d’un balcon, plié en deux.
Ce corps-là végète sur la balustrade d’un balcon, plié en deux.
Ce corps-là s'éternise sur la balustrade d’un balcon, plié en deux.
?
Le présent me paraît plus cohérent en tout cas !
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Gros Lo le 05 Janvier 2020 à 18:30:50
Si je peux me permettre :

Ce corps-là oscille sur la balustrade d’un balcon, plié en deux. ?

"osciller" pour l'alliance de mouvement et d'inertie. Mais en fait j'aime bien le "végète" de Milla parce que ça rebondit dans "plante grimpante"...

Le présent ça me semble pas mal oui !
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Gros Lo le 05 Janvier 2020 à 18:45:50
Merci à vous deux pour ce zèle à me répondre !

"oscille" bof (sans rancune Lo !), "végète" me plait aussi bien, même si c'est un terme un peu fort. En tout cas c'est super pour le présent, et tu n'en as pas parlé donc j'imagine que le futur simple passe bien aussi. J'attends d'autres avis éventuels avant de tout remplacer dans le premier post mais ça me tente bien !



Modération : messages regroupés - éviter les doublons user de la fonction modifier pour compléter le message précédent. Merci
Et ça n'aurait jamais signalé à Milla que je lui demandais son avis...

Doublon cette fois-ci, pour signaler que j'ai tout harmonisé au présent (et mis "végète !) et je pense que c'est la version bien définitive !

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Suite à ma remarque ci-dessus un peu déplacée : je crois que j'ai usé d'un excès de zèle en regroupant systématiquement, alors que dans ce cas il aurait été judicieux de ne pas intervenir. Mout, je te prie de bien vouloir excuser cet accès de spontanéité.
Claudius.


Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Rémi le 14 Janvier 2020 à 20:51:47
Salut Mout !

Citer
ça fait une plante grimpante rouge.
pas grimpante, du coup, mais tombante...

Citer
il y en a déjà plein les résistants, ratatinés entre les bras tendus,
bon, depuis le début, j'attends l'indice qui me dira ce que sont ces "corps" ; là tu dis qu'il y en a "plein les résistants"... ça m'aide pas

Citer
ils s’écrasent mollement sur le toit des voitures stationnées. Ils portent des hématomes
ce sont donc de vrais corps humains ?
(le "petit bout de merde" au début m'a fait penser à un truc de quelques grammes...)


Très chouette écriture, j'adore ce style où on a une complicité entre l'auteur et le lecteur (par exemple, sur le balcon avec les slips, la façon de causer des odeurs... on comprend très nettement ces trucs qui sont présentés de façon originale), ça marche vraiment bien.
Je viens de lire les commentaires, mon avis est qu'il faut trancher. Perso je trouve ça trop frustrant de me demander "c'est quoi ces corps ?" Et peut-être faut-il les caractériser un peu plus en tant que corps humain, pour qu'au moins on n'ait pas trop le doute que l'on parle bien de corps avec bras jambes tête et hématomes (ils arrivent un peu tard, les hématomes) ; en plus, comme y a une ambiance révolutionnaire, je me demandais s'il y avait un rapport (genre le régime facho qui balance des corps). Bref, mon avis :
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Merci pour la lecture, un texte maruant, assurément.

++
Rémi
Titre: Re : Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Gros Lo le 20 Janvier 2020 à 18:14:17
Citer
ça fait une plante grimpante rouge.
pas grimpante, du coup, mais tombante...
Oui je m'étais fait la remarque, après coup. Mais j'avais décidé de garder, en mettant ça sur le compte de l'expression de la narratrice, "plante grimpante" venant plus spontanément aux lèvres que "plante tombante", ainsi qu'à l'esprit des lecteurs... Mais c'est changeable, j'attendais de voir et comme personne ne relevait... Tu penses (et les autres, si vous lisez cette question) que la lecture bute + sur "plante grimpante" alors qu'elle tombe, ou sur "plante tombante" qui est moins courant comme expression ?

Citer
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il y en a déjà plein les résistants, ratatinés entre les bras tendus,
bon, depuis le début, j'attends l'indice qui me dira ce que sont ces "corps" ; là tu dis qu'il y en a "plein les résistants"... ça m'aide pas
Je sais pas si la formulation est compréhensible (la manière dont tu formules ton commentaire me fait douter), ici ça veut dire que certains corps sont tombés sur les statues des résistants, et restent dessus. (?)

Citer
Citer
ils s’écrasent mollement sur le toit des voitures stationnées. Ils portent des hématomes
ce sont donc de vrais corps humains ?
Ah j'avais pas du tout pensé qu'on pouvait, en effet, comprendre "corps" d'une façon plus neutre...

Citer
Et peut-être faut-il les caractériser un peu plus en tant que corps humain
oui ton avis me fait réfléchir. Je suis toujours très anxieux à l'idée d'enfoncer des portes ouvertes, c'est pour ça que je rechigne à préciser les choses, mais je vais essayer de glisser quelques mots supplémentaires qui permettent de clarifier ça. Faut que je réfléchisse juste à quels mots !

Citer
en plus, comme y a une ambiance révolutionnaire, je me demandais s'il y avait un rapport (genre le régime facho qui balance des corps).
Yippee une nouvelle interprétation ! :D

Citer
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Ça c'est vraiment compliqué pour moi à accepter. Parce que je suis pas sûr que ce soit des visions. Je suis très très réticent à dé-fantastiser ce récit. Ça m'importe, qu'il y ait aussi une lecture plus "réalisme magique", où ces éléments fantastiques sont admis, sont normalisés dans le discours de la narratrice. Tu vois ce que je veux dire ? Je sais qu'au moins Milla et toi, vous voudriez être fixés à ce niveau-là, mais là j'aurais vraiment l'impression de porter atteinte à ce que j'ai eu envie de faire dans ce texte... mais ça me désole, de pas avoir réussi à vous faire gouter à ce plaisir de lectures multiples et cette absence de certitude :(

Merci beaucoup Rémi pour tes compliments (!) et tes remarques !
et pardon...
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: gage le 22 Janvier 2020 à 09:33:54
Cher Mout !!

J'arrive après bien des débats, des commentaires, de vraies discussions... Mon passage sera donc peut-être un peu du réchauffé...

- Ma première réaction, c'est un peu de colère par rapport au tout début du tout début des commentaires : je ne pense pas, personnellement, qu'il était indispensable que tu explicites dès le début que tu parlais de corps. Tout simplement parce qu'il peut être du rôle du lecteur d'être un minimum patient, de se dire "on ne sait pas de quoi on parle, c'est donc qu'on me le dira plus tard..."

- C'est super bien écrit, et tellement intrigant. Je voyais ces corps tomber un peu raides, comme certaines toiles de Magritte où le ciel est rempli de bonshommes à chapeau melon.

Je me permettrai juste deux remarques.

La première a encore trait à ce fameux
Citer
on dirait un petit bout de merde
pas à cause de "merde", mais à cause de "petit bout", qui pour moi ne fait pas image. Un corps, c'est loin d'être un "petit bout", tu comprends. J'aurais plutôt vu "comme une merde", ou "comme une pauvre merde" assez classique.

Ensuite, et ne me demande pas pourquoi ça me gêne, mais je n'aurais pas dit "la onzième plaie de Moïse", mais "la onzième plaie d'Égypte", parce que Moïse n'y était pas pour grand chose.


Voilà, Mout. C'est vraiment du beau texte, de la belle écriture, dynamique, pleine de trouvailles, d'images et d'introspection. Moi je n'avais pas compris ce que représentait cette chute de corps, mais tant pis, ça n'enlève vraiment rien à la qualité du récit, ça le rend plus surréaliste encore, sans doute.

Merci et bonne chance !
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Gros Lo le 22 Janvier 2020 à 15:58:12
Cher Gage !

Mon passage sera donc peut-être un peu du réchauffé...
Quoi de meilleur que les dernières parts de pizza froide au réveil ?

Citer
je ne pense pas, personnellement, qu'il était indispensable que tu explicites dès le début que tu parlais de corps. Tout simplement parce qu'il peut être du rôle du lecteur d'être un minimum patient, de se dire "on ne sait pas de quoi on parle, c'est donc qu'on me le dira plus tard..."
Je comprends... J'avais décidé de suivre les commentaires et de clarifier parce que je ne voulais pas que ça paraisse un texte symboliste, hermétique... Je voulais que les enjeux se dessinent clairement, pour chacun, qu'il y ait le moins possible de brumes. Mais je comprends ta position ! Difficile de dire si tu aurais compris sans clarification, cela dit. Peut-être que ça t'aurait lancé sur de fausses pistes et auraient rendu nébuleuse toute ta compréhension du texte ? On ne le saura jamais...!

Citer
- C'est super bien écrit, et tellement intrigant. Je voyais ces corps tomber un peu raides, comme certaines toiles de Magritte où le ciel est rempli de bonshommes à chapeau melon.
C'est très touchant de lire ça, merci beaucoup...

Ah, sacré petit bout de merde ! :D

Citer
à cause de "petit bout", qui pour moi ne fait pas image. Un corps, c'est loin d'être un "petit bout", tu comprends. J'aurais plutôt vu "comme une merde", ou "comme une pauvre merde" assez classique.
Je comprends ce que tu dis. Pour moi, l'image porte sur le mouvement et pas sur l'objet en mouvement. Tu vois ce que je veux dire ? C'est le lent (mais en accélération) glissement du corps qui doit être rapproché de celui d'un petit bout de merde. Est-ce qu'il faudrait mieux expliciter l'image, faire en sorte qu'on comprenne davantage à quoi elle se rapport précisément (le mouvement et non l'objet) ? Je vais relire...

Citer
Ensuite, et ne me demande pas pourquoi ça me gêne, mais je n'aurais pas dit "la onzième plaie de Moïse", mais "la onzième plaie d'Égypte", parce que Moïse n'y était pas pour grand chose.
Alors c'est peut-être un état d'esprit bizarre qui m'a poussé à choisir cette expression : je me suis dit "Alicia dirait ça". Je crois que je le voyais comme l'illusion d'un hispanisme ou d'un lusitanisme. Dans ma tête, Alicia est hispanophone ou lusophone. C'est vraiment un parti pris, une volonté esthétique de reconstituer un univers, comme le nom de sa rue, du quartier des manifestants, de la station de métro...
La réflexion venant, je me dis que ça peut aussi être vu comme une manifestation de l'inconscient d'Alicia, inconscient qui partout cherche à lier une catastrophe à une figure masculine.
Bon, que penses-tu de tout ça ? La première explication (hispanisme/lusitanisme) est ce qui m'a poussé intuitivement à choisir cette formule, et maintenant je me sens assez convaincu par la seconde explication aussi !

Citer
Moi je n'avais pas compris ce que représentait cette chute de corps, mais tant pis, ça n'enlève vraiment rien à la qualité du récit, ça le rend plus surréaliste encore, sans doute.
Tu as eu besoin des commentaires et des réponses, alors ? ou tu as fini par comprendre à la fin du texte ? Ça me gêne, que ce soit si peu clair, mais c'est surement le revers de la médaille de l'application à ne pas y aller avec des gros sabots... Je ne sais pas.

Merci ! et tes compliments me touchent !
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: gage le 23 Janvier 2020 à 11:31:26
Me revoici, et merci pour tes réponses précises...

Alors je pense que j'aurais simplement dit
Citer
je le vois glisser de la gouttière d’en face, tout doucement, comme glisserait un bout de merde
(Répétition volontaire).

Alors, pour ton explication des sept plaies de Moïse, j'abonde. Et innocemment tu mets le doigt sur un très profond problème de l'écriture dans un forum comme le nôtre.
J'aurais lu ton expression dans un livre de ma médiathèque, et surtout sous la plume de l'un de mes écrivains fétiches, j'aurais compris que l'expression était celle de l'héroïne, et cela aurait complété son portrait. Hélas, et c'est bien une question de préjugé, sous la plume d'un Mout inconnu, je me suis simplement dit ce Mout se goure dans son expression. D'où l'avantage de ces petits débats entre nous. Du coup si c'est un choix d'écrivain, ça ne se discute pas trop.

Alors, et loin de moi l'envie de te perturber. Et je ne suis qu'un lecteur lambda, pas toujours plus réveillé qu'un autre : je n'avais pas précisément associé cette chute de corps à une maltraitance. Cela n'a pas de réelle importance, parce que tel que j'avais peu compris l'intention, le texte fonctionnait quand même. Du moment que certains comprennent, ça veut dire que tu a fait le taf, et qu'on entre dans la sensibilité particulière de chacun.
Je pense que je préfère ton texte peu explicite pour moi, à une nouvelle version où tu dirais tout.

Son charme réside aussi dans son surréalisme.

Bonne suite Mout !
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Milla le 23 Janvier 2020 à 12:03:06
yop !

ça reste subjectif mais perso j'aime bien le rendu de "petit bout", qui atténue le mot merde tout en créant un effet d'insignifiance qui va bien avec le stade du truc : une anecdote qu'elle remarque.
Pour le fait que ça n'évoque pas un corps, ça ne me gêne pas parce que je trouve que la comparaison n'est pas tant avec le corps lui même qu'avec sa position/façon de se tenir.

bonne journée !

Milla
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Ari le 28 Janvier 2020 à 19:46:57
Bonjour Mout,

J'ai beaucoup aimé ton texte, et surtout il m'a beaucoup interpellée.

Je reviendrai soit éditer ce commentaire, soit en poster un autre s'il y a d'autres réponses entre deux, pour vraiment tout commenter dans les détails ; pas pour le plaisir d'être embêtante mais vraiment parce que ce texte m'a fait de l'effet et m'a donné envie de m'y impliquer.

Avant les détails, j'avais surtout envie de te transmettre mon impression générale... En plus des qualités d'écriture déjà soulignées par les autres membres, l'intrigue me plaît vraiment. J'ai d'abord pensé à un texte purement onirique (hum ou cauchemardesque ? mais l'ambiance est bien plus étrange qu'effrayante, à mon sens) ou surréaliste et cet aspect me plaît, je trouverais vraiment dommage de réduire le texte à des hallucinations psy (par super réalistes d'un point de vue psychopathologique, qui plus est), ça me semblerait une façon de faire bien plus courante que la tienne, bien moins originale. Comme Gage, j'aimais ce côté "Magritte". J'ai assez rapidement lâché prise (de façon consentie et agréable ^^ pas "lâché prise" parce que déçue par le texte). Mais finalement j'ai retrouvé un fil conducteur, à travers l'histoire d'Alicia qui se dessine progressivement et ce thème des violences conjugales qui s'impose petit à petit. De l'onirico-surréaliste, je suis passée à une interprétation très métaphorique. Au-delà de sa souffrance à elle, je voyais tous ces corps qui tombent comme s'ils représentaient tous les meurtres résultant de violences conjugales (j'ai du mal avec le mot "féminicide" parce qu'il met de côté la - bien que plus faible - proportion d'hommes qui peuvent aussi en être les victimes). La pluie s'accélère, “Tu les vois maintenant ? Tu comprends qu’il faut arrêter cet orage ?”. "Et si c’était la fameuse tempête du siècle évoquée tous les ans par les présentateurs météo ?". Je crois que j'aurais ajouté quelque part qu'il s'agit principalement de corps de femmes, mais aussi quelques hommes ; ou peut-être ajouter à un moment une identification de type "celui de la voisine il y a trois mois" (ou "la femme de ..." ). En bref au cours de la toute fin de la lecture, j'aurais eu envie de pousser un tout mini mini mini mini chouïa plus loin l'interprétation que je m'étais faite... mais qui semble totalement mienne, d'après ce que j'ai lu ensuite dans les commentaires.  :-[

Au final, merci beaucoup pour ce texte (approché sous ce versant surréaliste / métaphorique ; j'avoue que l'interprétation psychiatrique me séduit moins, surtout si elle est explicite). Et j'espère avoir le temps de repasser pour un commentaire plus constructif et plus détaillé. Bonne soirée !
Titre: Re : Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Gros Lo le 29 Janvier 2020 à 07:13:52
Je pense que je préfère ton texte peu explicite pour moi, à une nouvelle version où tu dirais tout.
perso j'aime bien le rendu de "petit bout", qui atténue le mot merde tout en créant un effet d'insignifiance
Super !

Bonjour Ariane !

Je crois que j'aurais ajouté quelque part qu'il s'agit principalement de corps de femmes, mais aussi quelques hommes ; ou peut-être ajouter à un moment une identification de type "celui de la voisine il y a trois mois" (ou "la femme de ..." ). En bref au cours de la toute fin de la lecture, j'aurais eu envie de pousser un tout mini mini mini mini chouïa plus loin l'interprétation que je m'étais faite... mais qui semble totalement mienne, d'après ce que j'ai lu ensuite dans les commentaires.  :-[

Au final, merci beaucoup pour ce texte (approché sous ce versant surréaliste / métaphorique ; j'avoue que l'interprétation psychiatrique me séduit moins, surtout si elle est explicite).
Premièrement, merci pour tes commentaires c'est super que t'aies pu recevoir le texte de cette manière.
Je comprends oui, et c'est vrai que ce serait bien de préciser ça, parce que moi aussi je m'imagine plutôt des corps féminins. Ca pourrait aussi être une idée, d'identifier l'un des corps comme tu proposes, même si peut-être que je trouverais ça plus intéressant au sein d'un texte plus long, au cours duquel j'aurais eu le temps de présenter d'autres personnages, dont un qu'Alicia verrait tomber à un moment (ce serait un avatar, pas le personnage en soi)... mais je vais réfléchir à tout ça, j'ai pas mal de trucs à faire ces jours-ci mais je vais m'arranger pour porter ces corrections (et les suivantes !) avant la date butoir !

J'ai plein de joie à voir que vous appréciez ce texte. En effet je tiens surtout à son versant surréaliste, donc pas de changement de fond en perspective... Merci beaucoup beaucoup et à bientôt !
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Angieblue le 02 Février 2020 à 18:01:03
Salut,

Ce récit est assez particulier, macabre, obscur et surréaliste. ça m'a un peu retourné le ventre tous ces corps qui tombent comme si c'était normal.
J'ai compris que c'était une sorte de métaphore filée de la violence conjugale, et les descriptions scabreuses laissent transparaître l’écœurement de la narratrice: les odeurs, la sueur etc.

"C’est l’orage qui ne vient pas. Les hématomes sont les marques de frustration d’un ciel incapable d’orages."
Je pense que cette phrase symbolise toutes les femmes battues qui ne réagissent pas, n'osent pas s'en aller, elles se laissent ensevelir par la mort qui les guette, symbolisée par  cette pluie de corps qui tombent...

C'est une écriture assez psychologique, on ressent tout du long une tension, un malaise, l'étouffement et l'agitation d'une situation scabreuse anormale...ça s'accumule. Il y a aussi quelque chose qui relève du registre de l'absurde ou du conte dramatique surréaliste.
Je ne sais pas s'il y a quelque chose que l'on peut rapprocher du style de kubrick...

Enfin, dans le style, c'est plutôt bien écrit et réussi.
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Léilwën le 02 Février 2020 à 18:28:39
Recoucou Mout, je repasse en 2ème lecture ! :)

Citer
Je suis dans les slips de Mauricio, à ce moment-là
=> je n'aurais pas mis de virgule

J'aime bien le texte, je le trouve très amélioré (même s'il était déjà très bien) par rapport à ma première lecture. Et je préfère comme ça, avec le thème de la violence conjugale plus explicité, je trouve que le texte en est plus fort !

À bientôt ! :mafio:
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Elk le 09 Février 2020 à 12:29:06
Salut Mout !

Mes remarques au fil du texte :

Citer
Le premier, le tout premier corps, je le vois glisser de la gouttière d’en face, tout doucement, on dirait un petit bout de merde.
Boum, ça pose le contexte.

Citer
Chaque jeudi matin, avant de partir vendre ses montres sur le boulevard, Mauricio Algues de Lima commet cette lessive dont l’odeur oscille entre le fesse-de-bébé et le vidange-de-glacier, c’est, je ne sais pas, abject. La onzième plaie de Moïse. On croirait un petit flan à la vanille confectionné sous une déchetterie.
:D :D

Citer
Peu importent les mots, c’est dans le regard que tout passera. Je m’entrainerai dans la salle de bains de Leti. Tes montres, tes slips, tes hurlements. Mes cours, mes clopes et le silence. Pauvre Mauricio.
:coeur:

Citer
Je compte les immeubles, n° 34, n° 36, n° 38.
Je pensais qu'il ne fallait pas d'espace après n°, je viens d'apprendre quelque chose (pardon pour ce relevé assez peu constructif jusque-là...)

Citer
Plus tard. Je suis chez Leti, elle a allumé sa télé.
Le "plus tard" ne me parait pas forcément utile. Il y a les trois astérisques au-dessus, et la narratrice a déjà dit qu'elle prévoyait d'aller chez Leti.

Citer
il y a des tas d’options mais je donnerais tout pour être aussi lâche que ces gars-là, ceux qui habitent les appartements de Barrios. Sans se montrer ils foutent un drapeau à 5,95 et ça leur suffit pour avoir la paix.
j'aime bien ce parallèle

Citer
Le problème quand je sors de Colégio Real, c’est que les corps se sont mis à tomber pour de bon. Les restaurateurs rentrent les tables, les mères allongent le pas, suivies de garçonnets la gueule dans des chiffons.
J'ai froncé les sourcils au début en pensant que c'était une image et en cherchant l'explication dans la suite du paragraphe, mais visiblement, non, c'est bien ça.

Citer
c’est le moment où les corps sont censés commencer à crever le plafond, m’ensevelissant encore et encore
j'ai du mal à visualiser cette idée d'être enseveli "encore et encore"

Citer
Mauricio court à mes côtés, sonné, sa tête bouge dans tous les sens et il dit des trucs noyés dans le vacarme ambiant. “On va par là-bas”, je hurle, ma main toujours fermement arrimée à son poignet. C’est remarquable comme les corps n’explosent pas sous le choc. Ils devraient barbouiller la chaussée. Mais ils restent en un morceau, comme des grosses poupées de coton, ils auraient besoin de vingt chutes, de trente, d’un nombre illimité de chutes. C’est ce qu’ils croient, non ? Et puis ils ferment la fenêtre, les plus gênés tirent le store aussi, et si jamais c’est trop bruyant, parce que les voisins savent, les voisins Vajas, en plus de me voir tous les jours avec mes couleurs mal blushées d’ouragan force 4, ils entendent ; si jamais, ils ferment la porte du balcon, ils montent un peu le son de leur télé où crient des manifestants bardés de petits drapeaux, et ils marmonnent “heureusement ça n’est pas tous les jours”.
Bon, là c'est le paragraphe où j'ai eu un peu de mal à suivre. Jusque-là je poursuivais en me disant que ce n'était pas grave si je ne comprenais pas tout, mais ici la narratrice fait beaucoup de sous-entendus que je n'ai pas captés :
"C’est ce qu’ils croient, non ?" -> qui ça "ils" ?
"parce que les voisins savent"  -> savent quoi ?
C'est peut-être normal que ça reste obscur pour le moment mais je me suis demandée si j'avais raté des indices ^^

Citer
Mais il les voit maintenant, il les voit tous à son tour, parce qu’il y a ma main autour de son poignet.
Ah !

Citer
Nous courons sur les boulevards, nous traversons des carrefours déserts et contournons des monuments couverts de corps.
Deux trucs me gênent un peu dans cette phrase :
- je trouve que l'allitération courons/carrefours/contournons/couverts/corps ne sonne pas super bien
- on dirait à lire les descriptions que les corps tombent spécialement sur les monuments, les abribus, etc. et pas sur la route ; les deux protagonistes n'ont pas l'air d'être gênés dans leur course, d'avoir à contourner des corps tombés au sol par exemple.

Citer
Mais le bleu, c’est au visage qu’il reste, le bleu azur, l’émouvant caraïbe, le phosphore des mers équatoriales. “Jamais plus tu me tabasses”, je finis par dire en m’arrêtant au milieu des voies.
Okay, quand il a été question d'hématomes, j'ai effectivement pensé à cette explication - qu'Alicia soit battue et que ce soit un parallèle - mais comme il y avait très peu d'indices je n'avais pas forcément trouvé de quoi aller plus loin dans cette hypothèse ^^. Je ne sais pas trop quoi en penser, du coup. D'un côté je trouve ça un peu frustrant que le semblant d'explication (puisqu'il y en a une) arrive seulement à la fin et que ça se termine un peu comme ça (je n'ai pas compris ce qu'il arrivait à Mauricio, du coup... est-ce qu'il est toujours vivant ? est-ce qu'elle l'a frappé lui aussi ? est-ce que c'est une espèce de prise de conscience... ??) ; d'un côté je trouve ça un peu frustrant donc, mais d'un autre côté ça me donne envie de relire le texte avec ce nouvel éclairage, donc c'est quand même assez réussi.
(tiens par exemple je viens de comprendre l'image du visage blushé d'orages, très bien vu)

Voilà voilà, je n'ai pas relevé grand-chose sur la forme finalement parce que je n'ai pas trouvé grand-chose à redire.

(par contre, cette image de chute de corps me donne une énorme impression de déjà-vu, et je n'ai toujours pas réussi à trouver pourquoi :\?)

Edit : je lis les échanges précédents et
Citer
je pense qu'on peut appeler ça des dirps, des divergences idéologiques relatives à la ponctuation
je garde ça dans un coin pour mon usage personnel si tu veux bien ? :coeur:

En relisant les échanges qui ont eu lieu sur l'interprétation du texte, je me dis que je peux aussi compléter un peu mon ressenti sur quelques points :
La frontière floue entre vision et réel concernant les corps qui tombent ne m'a absolument pas dérangée. En même temps, j'aime beaucoup les textes fantastiques dans ce genre :). Ça ne m'a pas dérangée non plus de rester dans le flou et une part d'incompréhension sur ce qui se passait pendant une bonne partie du texte (peut-être parce qu'il y a quand même beaucoup d'éléments tangibles pour contrebalancer ça). Finalement, la seule chose que j'ai trouvé un poil frustrante c'est d'arriver à saisir le thème des violences conjugales dans le texte, alors que j'avais compris assez vite qu'Alicia, elle, savait plus ou moins ce qui se passait. Peut-être que dans le paragraphe que j'ai relevé comme difficile à suivre il y aurait moyen d'ajouter des indices sans dénaturer le texte ? C'est toi qui décides ^^

A plus Mout, et merci pour ce texte !
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Ocubrea le 09 Février 2020 à 18:42:15
Hello Mout !

Bon, je lis ton texte pour la première fois... Il est bien écrit, c'est fluide, quelques passages bien trouvés mais... désolée, je n'ai pas trop accroché :(

Je crois qu'il y a pour moi un trop grand décalage entre le côté très terre-à-terre de la situation de base (une femme veut quitter son compagnon) et l'irréalisme des corps qui tombent. J'ai mis un certain temps avant de comprendre qu'il s'agissait bel et bien de cadavres (la réaction de ton personnage à ces corps qui tombaient était tellement indifférente que je me disais "peut-être qu'il s'agit d'autre chose ? peut-être existe-t-il une signification au mot "corps" à laquelle je n'ai pas pensé ?").
Par ailleurs, je n'ai pas du tout compris la fin. Cette course effrénée dans la ville pour fuir les corps qui tombent, avec Mauricio, n'avait pour moi pas beaucoup de sens. Et quand il s'effondre et qu'elle s'assied sur lui en pensant qu'elle ne peut plus le quitter, je trouve ça trop incompréhensible également.

Maintenant, je tiens à préciser, il ne s'agit pas ici d'une critique à proprement parler. Le texte est de très bonne qualité, c'est fluide, cohérent dans sa propre logique, il y a des passages qui m'ont fait rire ou grincer des dents... Mais dans l'ensemble j'ai passé mon temps à chercher un message ou une signification cachée là où il n'y en avait pas, et je n'ai donc pas pu profiter du récit.

Voilà, encore désolée, je suis sûre que j'apprécierai plus un des tes prochains textes ! ;) A plus sur le forum !
Titre: Re : Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Gros Lo le 10 Février 2020 à 09:48:00
Salut Mout,

j'ai relu et je trouve ça pas mal, l'emploi du présent dès les premiers paragraphes.
Je rejoins aussi ce que dit Elk sur le morceau de paragraphe assez confus vers la fin :

Citer
C’est ce qu’ils croient, non ? Et puis ils ferment la fenêtre, les plus gênés tirent le store aussi, et si jamais c’est trop bruyant, parce que les voisins savent, les voisins Vajas, en plus de me voir tous les jours avec mes couleurs mal blushées d’ouragan force 4, ils entendent ; si jamais, ils ferment la porte du balcon, ils montent un peu le son de leur télé où crient des manifestants bardés de petits drapeaux, et ils marmonnent “heureusement ça n’est pas tous les jours”.
Bon, là c'est le paragraphe où j'ai eu un peu de mal à suivre. Jusque-là je poursuivais en me disant que ce n'était pas grave si je ne comprenais pas tout, mais ici la narratrice fait beaucoup de sous-entendus que je n'ai pas captés :
"C’est ce qu’ils croient, non ?" -> qui ça "ils" ?
"parce que les voisins savent"  -> savent quoi ?
Mais je crois pas que ce soit très compliqué de modifier ça ! c'est juste une histoire de pronoms, mais en l'état ça me semble vraiment pas clair.

Voilà, merci pour ce texte !
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Rémi le 10 Février 2020 à 20:37:08
Vraiment un chouette texte. De la personnalité dans les rythmes, le choix des mots et bien sûr cette incertitude.
(l'incertitude qui me gêne, ça reste le fait que les corps ne soient pas plus rapidement identifiés comme étant des corps humains, mais bon, j'imagine que la plupart des lecteurs ne sont pas embêtés sur ce point ;))

Merci !
Titre: Re : Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Gros Lo le 11 Février 2020 à 07:45:33
Tellement de lectures, merci beaucoup !

- Angieblue :

"C’est l’orage qui ne vient pas. Les hématomes sont les marques de frustration d’un ciel incapable d’orages."
Je pense que cette phrase symbolise toutes les femmes battues qui ne réagissent pas, n'osent pas s'en aller, elles se laissent ensevelir par la mort qui les guette, symbolisée par  cette pluie de corps qui tombent...
C'est drôle comme vous percevez ce texte de plein de façons différentes. C'est intéressant ! En écrivant ce passage, je pensais plutôt à l'absence de réaction de l'entourage des victimes, mais ta lecture se tient aussi...
Et c'est super que tu aies senti vibrer la corde surréaliste !

- Léilwën :

Super que tu le trouves amélioré ! merci d'être repassée !

- Elk :

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Plus tard. Je suis chez Leti, elle a allumé sa télé.
Le "plus tard" ne me parait pas forcément utile. Il y a les trois astérisques au-dessus, et la narratrice a déjà dit qu'elle prévoyait d'aller chez Leti.
J'ai suivi tes conseils et je l'ai supprimé. C'est vrai que je le voyais comme une petite articulation logique qui fluidifiait le passage de la première partie (au passé) à la deuxième (au présent), mais maintenant que tout est au présent c'était pas indispensable. Merci !

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c’est le moment où les corps sont censés commencer à crever le plafond, m’ensevelissant encore et encore
j'ai du mal à visualiser cette idée d'être enseveli "encore et encore"
Tu as raison, cela dit c'est un moment qui me semble bien pour que le discours d'Alicia ait des approximations. Et en fait, ce qu'elle veut dire, c'est que ce "moment" se répète, de jour en jour, de semaine en semaine. Finalement ce qu'elle veut dire, c'est pas que les corps l'ensevelissent "à qui mieux mieux", ce qui en effet n'aurait pas trop de sens, mais c'est plutôt que les corps l'ensevelissent "à nouveau", que le thème de l'ensevelissement "revient à la charge", "une fois de plus je suis ensevelie". Tu vois ? Presque comme un cauchemar récurrent. Je sais pas, peut-être que je devrais dire "m'ensevelissant une fois de plus", en fait...

Ensuite, le paragraphe que tu trouves obscur, et Lo aussi, je suis hyper d'accord et j'ai changé ça. Je vous détaille toutes les modifs à la fin de ce message !

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- on dirait à lire les descriptions que les corps tombent spécialement sur les monuments, les abribus, etc. et pas sur la route ; les deux protagonistes n'ont pas l'air d'être gênés dans leur course, d'avoir à contourner des corps tombés au sol par exemple.
oui, c'est vrai ! Pour moi c'était une manière de conserver plusieurs lectures possibles : oui il pleut des corps, mais les personnages continuent de circuler à peu près normalement... et je voulais qu'il soit toujours possible d'ignorer les corps, de faire comme s'il ne se passait rien, comme si y avait pas de problème.

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(je n'ai pas compris ce qu'il arrivait à Mauricio, du coup... est-ce qu'il est toujours vivant ? est-ce qu'elle l'a frappé lui aussi ? est-ce que c'est une espèce de prise de conscience... ??)
Je me pose toutes ces questions, moi aussi :-[ c'est comme si Alicia lui transmettait sa passivité au moment où elle prend les choses en main ; comme si y avait qu'un poste à pourvoir dans l'action, dans le fait de mener à bien l'histoire. Soit il frappe, soit elle fait front. Mais il semble dangereusement inerte en effet...

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(tiens par exemple je viens de comprendre l'image du visage blushé d'orages, très bien vu)
ah c'est super que ça soit compréhensible (même si c'est seulement à deuxième lecture) !

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(par contre, cette image de chute de corps me donne une énorme impression de déjà-vu, et je n'ai toujours pas réussi à trouver pourquoi :\?)
Pas eu l'impression d'avoir pris ça quelque part, mais qui sait ? l'inspiration c'est un concept retors et j'ai toujours peur que ce soit du plagiat inconscient...

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je pense qu'on peut appeler ça des dirps, des divergences idéologiques relatives à la ponctuation
je garde ça dans un coin pour mon usage personnel si tu veux bien ? :coeur:
fais donc :D

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Finalement, la seule chose que j'ai trouvé un poil frustrante c'est d'arriver à saisir le thème des violences conjugales dans le texte, alors que j'avais compris assez vite qu'Alicia, elle, savait plus ou moins ce qui se passait. Peut-être que dans le paragraphe que j'ai relevé comme difficile à suivre il y aurait moyen d'ajouter des indices sans dénaturer le texte ? C'est toi qui décides ^^
Alors justement moi je considère pas qu'Alicia comprend ce qui se passe, pendant un long moment. Je crois que la prise de conscience se fait peu à peu, d'abord inconsciemment, d'une part elle s'avoue peu à peu qu'il y a des corps qui tombent, mais elle ne s'avoue pas que c'est bizarre ; je crois que le déclic il est quand elle réagit, quand elle se défend et qu'elle sort de l'appartement en passifiant/pacifiant Mauricio. Là tout se met en place dans son esprit à elle. C'est comme ça que je le vois... Pour moi, elle ne cache rien au lecteur, elle n'essaie pas de créer du suspense en retardant l'explication d'un phénomène qu'elle aurait préalablement compris.

Merci beaucoup pour toutes ces remarques et j'espère que les quelques petites modifs amélioreront un peu les choses.

- Ocubrea

Je crois qu'il y a pour moi un trop grand décalage entre le côté très terre-à-terre de la situation de base (une femme veut quitter son compagnon) et l'irréalisme des corps qui tombent.
oui, en fait il y a un moment où la situation de base s'approfondit et devient "une femme veut quitter son compagnon parce qu'il la frappe", et c'est ça qui (pour moi) justifie l'intrusion du fantastique, du surnaturel ; leur situation personnelle devient hors-cadre, donc la réalité le devient aussi

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Cette course effrénée dans la ville pour fuir les corps qui tombent, avec Mauricio, n'avait pour moi pas beaucoup de sens. Et quand il s'effondre et qu'elle s'assied sur lui en pensant qu'elle ne peut plus le quitter, je trouve ça trop incompréhensible également.
En fait, je pensais plutôt au début d'une quête pour mettre fin à l'orage. Pas une fuite pour s'en abriter. Je sais pas si ça répond à tes doutes ? :( Et pour la fin j'avais envie d'une dernière image un peu kitsch aussi, qui permette de redonner un peu de légèreté, et je me suis dit que cette fille, sur une voie rapide déserte, regardant lascivement le soleil se coucher, assise sur le corps de l'homme qui la bat, c'était ce qu'il me fallait !! mais j'ai eu peur de trop forcer le trait, et résultat j'en ai peut-être pas fait assez dans cette dernière description... je sais pas... il faudrait que je renforce/explicite un peu + la dose de kitsch de ce finale, vous pensez ? (adresse à tous les lecteurs !)

Merci Ocubrea ton avis est important !

- Lo

J'ai modifié le passage dont vous parliez Elk et toi, les modifs sont récapitulées à la fin de ce message. Merci d'être venu relire !

- Rémi

(l'incertitude qui me gêne, ça reste le fait que les corps ne soient pas plus rapidement identifiés comme étant des corps humains
J'ai fait une (toute) petite retouche à ce sujet-là, elle fait partie des modifs ci-dessous, tu me diras si c'est déjà un peu mieux...

***

Bref merci à vous pour toutes ces remarques intéressantes et qui m'aident !

Les dernières modifs :

Plus tard. Je suis chez Leti, elle a allumé sa télé. Ils parlent du réchauffement climatique et des (...)

Leti a une pile de journaux sur son bureau, elle découpe des coupons de réduction. “Ce matin à Arxeles, c’était pas des drapeaux, c’était des corps”, je dis à Leti. Elle marque une pause. Elle attend. “Deux filles qui arboraient des bleus. Une qui pendouillait à la gouttière d’en face. Et une autre coincée sur le balcon d’après.” Elle a toujours les doigts pris dans les poignées des ciseaux, et elle me dit (...)

(...) Ça continue de tomber, il y en a déjà plein les résistants, ratatinés entre les bras tendus, les baïonettes et les drapeaux de fonte. Surtout des femmes, mais quelques hommes aussi, avec les mêmes parures maussades, dépressionnaires, en certains endroits du corps. Le feu passe au vert. (...)

(...)Mais ils restent en un morceau, comme des grosses poupées de coton, ils auraient besoin de vingt chutes, de trente, d’un nombre illimité de chutes. C’est ce qu'on dit chez les Vajas et chez tous les autres voisins, c'est ce qu’ils pensent, d'ailleurs l'orage ils s'en préservent. Ils ferment la fenêtre, les plus gênés tirent le store aussi, et si jamais c’est trop bruyant, parce que tout l'immeuble sait et toute la ville, en plus de me voir tous les jours avec mes couleurs mal blushées d’ouragan force 4, ils entendent ; si jamais les étouffements (de corps, de cri) sont mal maitrisés, ils ferment la porte du balcon, ils montent un peu le son de leur télé où crient des manifestants bardés de petits drapeaux, et ils marmonnent “heureusement ça n’est pas tous les jours”.

(...) je hurle à nouveau : “Tu les vois maintenant ? Tu comprends qu’il faut arrêter cet orage ?” J’en ai le ventre retourné, parce qu’il est très beau, Mauricio, quand il prend cet air, incompréhensif, rincé.
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Kailiana le 14 Février 2020 à 21:20:10
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Le premier, le tout premier corps, je le vois glisser de la gouttière d’en face, tout doucement, on dirait un petit bout de merde.
ça accroche bien comme première phrase
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Un centimètre après l’autre, il se laisse appeler par le vide, qui dans ma rue, rue Arxeles de Maior aux immeubles bas et populaires, n’est pourtant pas bien redoutable.
Là par contre, un poil moins car soucis de compréhension : le "il", grammaticalement, se rapporte au zinc et non au corps, et la suite "qui dans ma rue, rue Arxeles de Maior aux immeubles bas et populaires, n’est pourtant pas bien redoutable.", avec la coupure de "rue Arxeles de Maior aux immeubles bas et populaires,", n'est pas totalement fluide
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On croirait un petit flan à la vanille confectionné sous une déchetterie.
XD

*

Hum... De manière globale le texte m'a laissé indifférente : les images ne sont pas toujours claires, il est difficile de s'y retrouver, et je ne me suis pas attachée aux personnages. Pourtant il y a beaucoup de formulations que j'aime vraiment beaucoup, d'images qui restent (les corps qui tombent, les slips). Mais le tout me laisse une impression brouillonne, comme s'il fallait repasser sur le texte pour que tout soit exactement comme il faut, sans quoi ça tombe à l'eau (ahah). Ce n'est pas la compréhension globale qui m'a gênée, mais plutôt beaucoup de petits trucs par-ci par-là dans les formulations, qui font qu'avoir une image de la scène n'est pas toujours aisé pour moi.
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Verasoie le 09 Novembre 2020 à 12:23:08
*prend sa pelle et déterre*

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Je n’ai pas le droit de fumer le jeudi sur le balcon, il a peur que ça entre dans les tissus.

Exactement la première chose que je me suis dite quand il a mentionné fumer sur le balcon. Arg, le linge qui sèche
(hihi je croyais que le narrateur était un il)

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Bientôt on canalisera nos sueurs et on pourra naviguer dessus,

ça me fait la même image que d'imaginer les passagers du métro comme chacun une ampoule (en termes de chaleur qu'ils génèrent)

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Surtout des femmes, mais quelques hommes aussi, avec les mêmes parures maussades, dépressionnaires, en certains endroits du corps. Le feu passe au vert.

J'pense que comme "les corps" est utilisé pour désigner les cadavres qui tombent du ciel, le fait de l'utiliser dans un autre sens ici (comme un lieu où il y a les bleus) me perturbe un peu, je trouverais ça plus clean s'il était utilisé qu'en un seul sens

Vu la description du déluge, je trouve bizarre qu'ils aient l'air de circuler sans encombre dans la rue. Y'a une ellipse entre quand ils sortent et quand ils arrivent sur la place, et je trouve leur trajet difficile à imaginer, il semble trop facile... (à moins que ce ne soit voulu, puisqu'à part elle, personne ne les voit ? ... mais après ils commencent à enjamber...)



Oooooh la chute. Vraiment cool.

(Je lis les commentaires pour voir si je l'ai interprétée correctement)
(Du coup je me gausse en voyant Lo répondre à Mout qui est devenu Lo, et ce plusieurs fois mdr)

Pour moi c'est important qu'il n'y ait pas de flou dès le début sur le fait que ce qu'elle voit, ce sont des corps (cadavres) avec des bleus. C'est déjà suffisamment déroutant qu'il pleuve des corps, je préfère être déroutée par cette image claire que pas certaine de savoir à quelle image penser x)


J'aime vraiment la fin parce que j'ai l'impression qu'au moment où Alicia lui dit "Jamais plus tu me tabasses", elle a réussi à faire sortir d'elle les corps et que c'est (enfin) à Mauricio de les voir et d'en être affecté. (Disons que j'ai envie d'y croire, quoi, qu'elle arrive à lui ouvrir les yeux comme ça et à ce moment-là.)

Et aussi parce que ça donne la clé de pourquoi il pleut des corps. Pour moi c'est vraiment parlant.
En comparaison, quand je lisais Porphyre j'étais dans une optique "ok je lève mon incrédulité et je prends tout comme argent comptant et je me laisse porter" et dans ce voyage onirique, à aucun moment j'avais pied. Là, avec la même démarche de crédulité assumée, j'ai le sentiment à la fin d'être arrivée à bonne destination.
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: gage le 09 Novembre 2020 à 12:43:16
Petit commentaire inutile en passant :

Je suis super content de relire ce texte à l'occasion de sa remontée.
Je l'avais trouvé très littéraire et profond et intrigant.

J'ai l'occasion de te le redire pour de bon Lo...   :)
Titre: Re : Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Gros Lo le 09 Novembre 2020 à 15:09:17
Ooooh. Hahaha. Le déterrage "une fois que le pseudo a été rétabli" ça fait bizarre, j'ai l'impression que le match est terminé et que les caméras s'invitent dans le vestiaire quand je suis tout nu.

@Vera : Oui je suis d'accord pour ta remarque sur l'emploi de "corps", il faudra que je change ça au cours d'une prochaine relecture, c'est vrai que ça me semble mieux de le laisser macérer dans sa seule acceptation de "cadavre".

Vu la description du déluge, je trouve bizarre qu'ils aient l'air de circuler sans encombre dans la rue. Y'a une ellipse entre quand ils sortent et quand ils arrivent sur la place, et je trouve leur trajet difficile à imaginer, il semble trop facile... (à moins que ce ne soit voulu, puisqu'à part elle, personne ne les voit ? ... mais après ils commencent à enjamber...)
Oui c'est difficile à rendre... Pour moi, c'est un déluge, mais un peu comme dans un rêve (en toute logique les corps devraient rendre les rues impraticables mais non, ou pas pour l'héroïne du rêve en tout cas), ou un peu comme si les corps étaient des apparitions. Donc elle les voient, ils tombent, mais elle (et peut-être elle seule ?) peut passer à travers. Ce qui ne veut pas dire que visuellement ce ne sont pas des obstacles (et que donc par réflexe elle cherche quand même à les éviter).
Dans ma tête, c'est un peu une combinaison illogique de plusieurs hypothèses. Ce qui me semble plutôt pas gênant (?) dans la mesure où j'assume un certain penchant onirique à cette histoire. Mais je devrais peut-être rendre ma vision des choses (qu'il est possible qu'elle passe à travers les corps, par exemple) un peu plus explicite...

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Oooooh la chute. Vraiment cool.
:coeur:

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(Du coup je me gausse en voyant Lo répondre à Mout qui est devenu Lo, et ce plusieurs fois mdr)
Le sentiment d'une telle perte de temps, à chaque fois que je me décidais à le faire :mrgreen:

Je suis très heureux en lisant la manière dont t'as perçu la fin !
En la relisant, je me dis qu'une partie de la problématique du texte c'est la verbalisation. En relisant la fin, je pense que oui, le coucher de soleil et l'accalmie viennent du fait qu'Alicia s'adresse enfin à Mauricio à voix haute (et peu importe l'état de Mauricio à ce moment-là). Il faut qu'elle s'entende verbaliser. Que sa réaction c'était bien mais qu'elle demeurait incomplète tant qu'il n'y avait pas de parole émise, d'affirmation directe. Parce que tout le texte en fait c'est un peu une nébuleuse de non-verbalisation, les corps qui tombent c'est ça aussi : des trucs qu'elle perçoit mais sans chercher à les définir clairement, sans témoigner de leur présence par la parole, sans les épingler au réel grâce à une parole claire. Une sorte de déni de facto
Je suis en train de réfléchir à mon propre texte, ça le fait pas -_-
Tout ça pour dire que je suis heureux que tu apprécies la fin, et que ça m'aide à l'apprécier aussi !

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En comparaison, quand je lisais Porphyre j'étais dans une optique "ok je lève mon incrédulité et je prends tout comme argent comptant et je me laisse porter" et dans ce voyage onirique, à aucun moment j'avais pied. Là, avec la même démarche de crédulité assumée, j'ai le sentiment à la fin d'être arrivée à bonne destination.
C'est sûr que les deux textes ne sont vraiment pas mus par la même démarche, mais c'est probablement vrai aussi que celui-ci est en fin de compte plus maitrisé :/

Merci beaucoup d'être venue par ici (:

@gage : Merci de nouveau, gage ! Ton avis m'importe et en l'occurrence me fait plaisir ^^
Titre: Re : T04 - Les hématomes
Posté par: Verasoie le 10 Novembre 2020 à 16:11:29
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Oui c'est difficile à rendre... Pour moi, c'est un déluge, mais un peu comme dans un rêve (en toute logique les corps devraient rendre les rues impraticables mais non, ou pas pour l'héroïne du rêve en tout cas), ou un peu comme si les corps étaient des apparitions. Donc elle les voient, ils tombent, mais elle (et peut-être elle seule ?) peut passer à travers. Ce qui ne veut pas dire que visuellement ce ne sont pas des obstacles (et que donc par réflexe elle cherche quand même à les éviter).
Dans ma tête, c'est un peu une combinaison illogique de plusieurs hypothèses. Ce qui me semble plutôt pas gênant (?) dans la mesure où j'assume un certain penchant onirique à cette histoire. Mais je devrais peut-être rendre ma vision des choses (qu'il est possible qu'elle passe à travers les corps, par exemple) un peu plus explicite...

Le côté illogique (il pleut des corps mais je marche sans encombre) me parle oui ! En fait à ce moment-là je les croyais complètement réels je crois haha. J'avais accepté leur existence (donc ça m'a paru chelou) et c'est qu'après que j'ai réalisé que ah ben non (du coup ça rend aussi déroutant que dans un rêve donc ça fonctionne si c'était l'intention haha. j'veux dire si j'étais pas en mode lecture-critique-à-l'affût ça m'aurait probablement pas fait tilter)

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En la relisant, je me dis qu'une partie de la problématique du texte c'est la verbalisation. En relisant la fin, je pense que oui, le coucher de soleil et l'accalmie viennent du fait qu'Alicia s'adresse enfin à Mauricio à voix haute (et peu importe l'état de Mauricio à ce moment-là). Il faut qu'elle s'entende verbaliser.

Grave, j'aime bien cette idée. Les mots qu'elle a sont d'une violence qu'on attend pas (en tant que spectateur de la vie d'Alicia) mais qu'elle a clairement intériorisée (au point qu'il pleuve des cadavres dans sa tête). Et du coup la phrase est puissante

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C'est sûr que les deux textes ne sont vraiment pas mus par la même démarche, mais c'est probablement vrai aussi que celui-ci est en fin de compte plus maitrisé :/

Ah mais je disais pas ça pour dire "conclusion, ce texte est mieux que porphyres" hein ! Je me doute que c'est pas la même démarche de base, mais comme (et je m'en suis rendu compte récemment n'est-ce pas) ma démarche de lecture, elle, reste un peu toujours la même, j'en profitais pour essayer de mieux expliciter le souvenir que j'ai de porphyre (cet élément ne commentait donc pas du tout le bon texte mdr. Déso !)
Titre: Re : Les hématomes
Posté par: Gros Lo le 13 Novembre 2020 à 14:56:57
Et moi je sors d'une relecture-correction de porphyre donc je vois tous ses défauts en 4x3 et en couleur, et je saisis toute perche tendue pour les expliciter. :mrgreen: :oxo:

Ça me satisfait vraiment beaucoup, de constater que tu reçois le texte (y compris la fin) de la manière dont je souhaitais qu'il soit reçu (:
Merci d'être venue lire et commenter (et je précise juste en passant que je n'oublie pas ton long compte rendu de lecture de Sourate et que j'y ai déjà répondu en détail... dans ma tête... Faut que je prenne le temps de le faire noir sur blanc, pardon) !