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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Mais que deviennent les amours d'antan ?

Auteur Sujet: Mais que deviennent les amours d'antan ?  (Lu 15322 fois)

Hors ligne ernya

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Mais que deviennent les amours d'antan ?
« le: 23 Février 2009 à 18:10:35 »
Nouveau texte!
Alors, vous verrez, rien de révolutionnaire, j'ai simplement essayé de développer un peu pour une fois et d'avoir des personnages. J'avais pensé à un autre titre bien plus simple mais il vous aurait tout de suite dit de quoi ça parlait donc bon.
ça fait environ une dizaine de pages word donc je vais le poster en trois fois
Autant vous prévenir tout de suite, j'ai eu du mal avec les points de vue et le narrateur, donc faites bien attention aux blancs typographiques, ça doit aider (c'est pas non plus très compliqué) mais si jamais ça coince vraiment, dites-le moi, j'expérimente, lol
Bonne lecture!






Lorsqu’elle rentra, elle le retrouva affalé sur son bureau. L’encre était renversée et des monceaux de papiers traînaient un peu partout. Elle en ramassa un et lut le début d’une lettre de rupture.
-Charmant. C’est pour qui ?
-A ton avis, répliqua-t-il.
Elle haussa les épaules comme si cette question ne la concernait pas.
-As-tu besoin d’inspiration ? demanda-t-elle en l’enlaçant.
Il la repoussa, écoeuré.
-Tu es saoule.
-Non, pas encore.
-Chienne !
-Comment ! Tu écris des inepties dénuées de la moindre brindille de charme et de style et tu oses m’insulter, moi !
Elle s’était dressée, fulminante. Furieux, il se leva aussi et ils se contemplèrent, attendant tous deux que l'autre se jette en première ligne. Finalement, elle lui rit au nez. Lorsqu’il s’énervait, il avait toujours un léger tressaillement au niveau de la joue. Mortifié, il rougit et dans un mouvement brusque, il prit son chapeau et sa veste, et sortit. Elle lui cria qu’il pleuvait, mais il ne revint pas. Elle haussa les épaules et ramassa les papiers froissés pour les jeter au feu. Il reviendrait ivre d’amour. Ils revenaient toujours.
Et il revint en effet, mais lorsqu’il la vit, étalée sur son lit, il se représenta Eve et le serpent, et, dans un repentir qui n’avait rien de chrétien, il se précipita sur elle et la fit dégringoler de son piédestal. Elle se répandit en cris et en menaces, il lui jeta ses volants et ses bas au visage pour qu’elle débarrasse le plancher. Elle se rhabilla, prit un temps infini, savoura chacune des secondes de son impatience. Elle était joueuse et croyait avoir la main. Mais ce fut celle de l’homme qui l’agrippa par ses belles boucles brunes et qui l'envoya sans ménagement au trottoir.


Elle était là, misérable, recroquevillée dans un coin de rue, ses fesses posées sur un vieux carton humide. Elle semblait pâle, mais peut-être était-ce simplement dû à cette poudre blanche qui ternissait son visage.
Il la regarda longuement. Quelque peu effrayé – elle semblait étrangère. Mais sous ses volants déchirés, il put admirer des jambes fines, des jambes qui le fascinaient. La chaleur s’empara de lui, il se sentit suer ; elle tourna la tête vers lui.
La couleur de ses yeux était indéfinissable : la violence des mers déchaînées, la feuille qui s’ouvre à la lumière, la couleur du soleil couchant, tout cela, il croyait le voir. Mais au milieu de ce déferlement d’images, au fond, dans les infimes recoins de ces pupilles, il y avait autre chose qui oscillait entre la détresse et la fierté.
Intrigué, il resta un petit moment les bras ballants avant d’ordonner : « Dis-moi ton nom ». Elle eut un bref sourire et répondit doucement « je n’en ai point », mais elle ajouta aussitôt, presque contre son gré, «  je n’en ai que trop » et ses yeux se baissèrent comme vaincus. Il ne comprit pas, comment aurait-il pu ? Mais la première réponse lui plut.
-Viens.
Il avait voulu prendre un ton déterminé mais sa voix se fit suppliante.
Elle ne sembla pas réagir. Une bourrasque s’engouffra, elle frissonna, prit enfin conscience qu’elle avait froid. Il lui fallait de la chaleur, rapidement ; elle dépérissait.
Elle se leva, il sourit.
Il la conduisit dans une petite ruelle. Il monta l’escalier craquetant, qui sentait curieusement les forêts des voyages d’autrefois, vers une petite mansarde, une de celles où elle avait souvent vécu.
Elle se figea devant un vieux monsieur et planta profondément ses yeux dans les siens. Il cilla, et, rassurée, elle laissa son regard vagabonder ; il s’attarda sur la miche de pain posée sur la table. Cela lui rappela les journées d’antan. Depuis, c’étaient toujours ces plaisirs, ce vin rouge infect ou parfois, chez les plus favorisés par la fortune, des gâteaux crémeux. Mais une miche de pain ! C’était la simplicité, le retour à une vie digne de ce nom. Une vie détestable.
Le garçon lui tendit une part qu’elle dévora et le vieillard grommela. Un silence s’installa. Un silence pesant. Le vieil homme s'en lassa le premier et elle ne put retenir un soupir de satisfaction lorsqu’il referma la porte derrière lui.
-Il n’est pas méchant. Juste un peu grognon, tenta de la rassurer le jeune garçon.
 Elle ne répondit pas et chercha du regard où pouvaient se cacher les vieux livres poussiéreux qu’elle se plaisait à feuilleter.
-Que lis-tu ? demanda-t-elle finalement, ne trouvant rien.
Il la jaugea, perplexe.
-Les livres des autres n’ont rien à m’apprendre.
Un prétentieux. Cela ne la changerait guère.
Il lui indiqua d’un mouvement évasif la couche non loin et lui dit, comme si c’était une raison, que le vieux était sorti.
Elle sourit.

Mais que deviennent les amours d’antan ? Elles fondent comme neige au soleil, auréolées de reflets pourpres et se transforment en torrents.


Musette, musette, serais-tu donc en train de courir à ta perte ? Tu aimes batifoler et dominer et voilà que tu quémandes des bouts de pain devant un gamin. Tu l’aimais donc ce poète qui a eu la grandeur d’oser flanquer à la porte ma chère musette ? Quelle tristesse ! Allons,  Musette, viens enfin t’étendre sur ma couche, le poignard soigneusement dissimulé sous l’étoffe de ta poitrine. Nous jouterons bien plus ardemment qu'avec ton paladin !

Lorsqu’elle s’éveilla le lendemain, elle vit l'adolescent à ses côtés qui la regardait en souriant. Il était bien jeune. Mais il était beau, et c’était bien la seule raison qui avait pu la pousser à suivre ce jouvenceau. Seulement il lui manquait ces mains noircies d’encre, ces yeux fatigués des pages déchirées de rage, ce bouillonnement intérieur qui les rendait tantôt inertes, tantôt fougueux. Lui n’avait rien de tout cela, il était désirant.
Ah ! Comme elle le regrettait son poète. Lui seul aurait su instiller en elle ses germes de désir, lui seul aurait su la tenir dans des bras faussement virils.
Mais ce n’était qu’un enfant. Un joli minois, sournois, émoustillé. Il la faisait sourire de pitié. Et pourtant, réduite à cette bienveillance intéressée, elle lui autorisait une caresse, un volant. Mais son cœur et son esprit fuyaient déjà dans un certain coin de Paris.


Elle le vit, rayonnant de bonheur, dans les bras d’une femme qu’il n’aimait pas, qu’il ne pouvait aimer. Docile mais naïve, que pouvait-elle lui donner ? Tout chez elle respirait la médiocrité. Quoi ? Le talent détruit par la première paysanne dépenaillée venue ? Son poète jouissant entre ces chairs veineuses ?
Blêmissante, elle s’en alla loin de la rue maudite, ses volants voltigeant impétueusement derrière elle. Elle dévala les marches boisées et fracassa la porte contre le mur. Le jeune garçon, surpris, se hâta de ranger le sac rebondi sous la latte du lit. Ses yeux s’effrayèrent en la voyant aussi ivre de colère.
-Que se passe-t-il ?
-M’es-tu dévouée ? haleta-t-elle.
Il la regarda avec un air hébété. Puis, reprenant le courage qu’elle attendait, il affirma, bombant le torse :
-Je le suis.
-Je veux que tu me venges. Je veux que tu laves dans des marées écumantes mon honneur et mon affront.
Il ne sembla pas comprendre ; elle lui expliquerait en temps voulu, elle préparait déjà les différents actes de son plan.

suite
« Modifié: 04 Janvier 2016 à 17:36:52 par ernya »
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Re : Mais que deviennent les amoures d'antan ?
« Réponse #1 le: 23 Février 2009 à 19:06:07 »

Bonsoir,

---------------------------

Citer
il prit son chapeau et sa veste et sortit.

Je suggère une virgule après "et sa veste".

Citer
Il reviendrait ivre d’amour. Ils reviennent tous.

Explications sur le choix du temps ?

Citer
il se représenta Eve et le serpent

 :)  (pourquoi ?)

Citer
Un silence s’installa. Un silence pesant.

Répétition. (voulu je suppose...)

Citer
Juste un peu grognon, tenta de la rassurer le jeune garçon

"de rassurer le jeune garçon"  - pourquoi un "la" avant rassurer...

Citer
Mais que deviennent les amoures d’antan ?

"amours" (mais avec un "e" qui c'est, ça existe peut-être  :noange:)

Citer
Musette, musette, serais-tu donc en train de courir à ta perte ?

Miroir, miroir  :)

Citer
Tu n’est qu’une pâle figure destinée à errer derrière ces fantoches

"tu n'es..."

Citer
Allons, cessons ce combat frigide et viens enfin t’étendre sur ma couche, le poignard soigneusement dissimulé sous l’étoffe de ta poitrine.

Ce deuxième "allons", je l'aime pas trop !

Citer
son cerveau enflammé ourdissait déjà l’anathème.

Tu peux m'expliquer ?

---------------------------

Dis-moi, t'aime beaucoup les histoires sur les muses et les poètes  :)

Il y a quelques passages flous pour ce début mais j'attends la chouite pour avoir une meilleure impression sur ton texte.

Bonne continuation !
Les Oeuvres d'Art ont quelque chose d'infiniment solitaire, et rien n'est aussi peu capable de les atteindre que la critique.

Seul l'amour peut les saisir, les tenir, et peut être équitable envers elles.

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Re : Mais que deviennent les amoures d'antan ?
« Réponse #2 le: 23 Février 2009 à 19:28:20 »

Ah cool je lirai ça, là j'dois filer ; juste, oui au pluriel ça reste "amours", c'est que l'adjectif qui les qualifie qui est à mettre au féminin pluriel.

(je le sais parce que j'ai eu un zéro une fois au scrabble en jouant ça. Amoures. xD bref.)
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Re : Mais que deviennent les amoures d'antan ?
« Réponse #3 le: 23 Février 2009 à 19:43:31 »
Citer
il prit son chapeau et sa veste et sortit.
Je suggère une virgule après "et sa veste".
hum... mouip, je sais pas, peut-être, je vais voir

Citer
Il reviendrait ivre d’amour. Ils reviennent tous.
Explications sur le choix du temps ?
le premier avec le conditionnel, c'est la supposition de musette, le deuxième c'est du présent de vérité générale: en gros puisque les poètes reviennent à chaque fois auprès d'elle, celui-ci fera de même

Citer
il se représenta Eve et le serpent
:)  (pourquoi ?)
ah ça... il la craint, il craint son emprise, ce n'est qu'une image :P

Citer
Un silence s’installa. Un silence pesant.
Répétition. (voulu je suppose...)
oui

Citer
Juste un peu grognon, tenta de la rassurer le jeune garçon
"de rassurer le jeune garçon"  - pourquoi un "la" avant rassurer...
euh oui... je sais plus  ><
on rassure quelqu'un... bref... je vais vérifier et peut-être changer la phrase

Citer
Mais que deviennent les amoures d’antan ?
"amours" (mais avec un "e" qui c'est, ça existe peut-être  :noange:)
oui, vieille écriture, j'utilise les deux, mais là je parle des amours de musette, c'est pour ça

Citer
Tu n’est qu’une pâle figure destinée à errer derrière ces fantoches
"tu n'es..."
oups!

Citer
Allons, cessons ce combat frigide et viens enfin t’étendre sur ma couche, le poignard soigneusement dissimulé sous l’étoffe de ta poitrine.
Ce deuxième "allons", je l'aime pas trop !
je vais y réfléchir

Citer
son cerveau enflammé ourdissait déjà l’anathème.
Tu peux m'expliquer ?
hum... problème de voc ? l'anathème, c'est en gros la malédiction, en fait là, c'est le "complot" qu'elle veut mettre en place, que tu comprendras( j'espère!) dans la suite ;)

Dis-moi, t'aime beaucoup les histoires sur les muses et les poètes  :)
oui, c'est pour ça que je disais que ça n'avait rien de révolutionnaire :D
et oui, j'adore l'image du couple poète-muse

Il y a quelques passages flous pour ce début mais j'attends la chouite pour avoir une meilleure impression sur ton texte.
alors oui, tout n'est pas super clair, si jamais c'est vraiment incompréhensible, n'hésite pas à me le dire, mais autant te prévenir, c'est souvent quelque peu elliptique chez moi :P



merci d'avoir lu! je posterai la suite un peu plus tard^^


Lo':oui prends ton temps
t'es sûr ?
lol
bon, bon
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Re : Mais que deviennent les amours d'antan ?
« Réponse #4 le: 23 Février 2009 à 20:59:04 »
Citer
si jamais c'est vraiment incompréhensible, n'hésite pas à me le dire, mais autant te prévenir, c'est souvent quelque peu elliptique chez moi

Il n'y a pas de soucis. De toute manière quand un texte est incompréhensible, je le dis "haut et fort"  :)

Et puis concernant tes textes, je ne pense pas que ce soit souvent "elliptique" comme tu dis. Tu écris de très belles choses. Par exemple le texte ou tu crées un dialogue entre un auteur et un personnage de livre, j'ai beaucoup aimé. Donc ne te dévalorise pas, un auteur ne peut se permettre ceci.
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Seul l'amour peut les saisir, les tenir, et peut être équitable envers elles.

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Re : Mais que deviennent les amours d'antan ?
« Réponse #5 le: 24 Février 2009 à 01:03:51 »
Citer
et qui la flanqua sans ménagement au trottoir.
au? pas "sur le" ?


Citer
il put admirer des jambes fines, des jambes qui le fascinaient, l’émoustillaient
j'trouve que émoustiller va pas trop ici, c'est pas vraiment dans le ton du passage.


Citer
L’éclair de lucidité, l’hérissement ; elle prit enfin conscience qu’elle avait froid. Il lui fallait de la chaleur et rapidement ; elle dépérissait.
le hérissement, non? à vérifier. Le "et rapidement" accroche un peu (pinaillamment parlant) à la lecture.


Citer
Depuis, c’étaient toujours ces plaisirs, ce vin rouge infecte
infect


Citer
Heureusement, le premier qui s’en lassa fut le vieil homme
un peu lourd comme formulation j'trouve


Citer
Mais que deviennent les amours d’antan ? Elles fondent comme neige au soleil, auréolées de reflets pourpres et se transforment en torrents.
joli, et... je sais plus pourquoi j'ai relevé. Ah, si : ça me fait penser à la Complainte des Rohirrim... "ils ont passé comme la pluie sur les montagnes, comme le vent dans les prairies"...


Citer
Musette, musette, serais-tu donc en train de courir à ta perte ?
j'aime bien le côté mi-comptine mi-oraison lol


Citer
voilà que tu quémandes des trognons de pain
trognons? pas plutôt quignons ? (et du coup ça fait un peu bizarre avec quémandes, point de vue sonorités)


Citer
Vois-tu ta poésie est vaine
une virgule après "vois-tu", j'pense


Citer
gloups                      cessons ce combat frigide



Citer
lui seul aurait su la tenir dans des bras faussement viriles.
virils


Citer
Un joli minois, sournois et émoustillé
là ça passe bien mieux, c'est bien dans l'esprit du passage, "émoustillé" (tu peux peut-être enlever le "et" pour que ça fasse pas trop répétition, "et é". Enfin c'est une... suggestion)


Citer
son cerveau enflammé ourdissait déjà l’anathème.
lol ça fait un peu "mot du jour" !


**

donc globalement j'aime vraiment beaucoup, c'est super bien écrit, à la fois soutenu et fluide, et le premier paragraphe est top, surtout quand on sait déjà de quoi il est question (enfin au niveau des personnages).
J'aime bien le titre aussi.
Pour les points de vue narratifs ça ne me gêne pas mais c'est peut-être parce que j'ai pas encore tout saisi, on verra dans la suite...

'oilà ! la suite ?

(edit : juste le passage qui commence avec "musette" que j'aime pas trop [le passage, pas "musette"]... enfin si, mais moins ; disons qu'il est un peu [trop?] dans la lignée de tes précédents textes sur le sujet, j'aime pas trop ce ton-là.)
« Modifié: 24 Février 2009 à 01:05:40 par Loredan »
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Re : Re : Mais que deviennent les amours d'antan ?
« Réponse #6 le: 24 Février 2009 à 01:28:59 »
Citer
et qui la flanqua sans ménagement au trottoir.
au? pas "sur le" ?
lol, je l'attendais celle-là! :mrgreen:
oui donc j'ai hésité et j'ai opté pour "au" pour l'éventuelle connotation que ça ferait germer dans vos esprits, mais peut-être aussi parce que dans mes premeirs jets, il y avait plus de précisions sur d'où venait la Muse
donc "au trottoir" pour  faire référence à l'expression "faire le trottoir" en fait :-[
mais si ça passe vraiment pas, je change

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il put admirer des jambes fines, des jambes qui le fascinaient, l’émoustillaient
j'trouve que émoustiller va pas trop ici, c'est pas vraiment dans le ton du passage.
oui, peut-être, je devais être influencée par notre extrait de l'an dernier de Boule de Suif :-¬?

Citer
L’éclair de lucidité, l’hérissement ; elle prit enfin conscience qu’elle avait froid. Il lui fallait de la chaleur et rapidement ; elle dépérissait.
le hérissement, non? à vérifier. Le "et rapidement" accroche un peu (pinaillamment parlant) à la lecture.
si j'enlève le "et" ça passe ?
et sinon je sais pas pour le "l'" ou "le"

Citer
Heureusement, le premier qui s’en lassa fut le vieil homme
un peu lourd comme formulation j'trouve
ouip

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voilà que tu quémandes des trognons de pain
trognons? pas plutôt quignons ? (et du coup ça fait un peu bizarre avec quémandes, point de vue sonorités)
oui, pas faux, je dis ça à l'oral mais ça se dit sûrement pas  ><

Citer
Vois-tu ta poésie est vaine
une virgule après "vois-tu", j'pense
ok

Citer
Un joli minois, sournois et émoustillé
là ça passe bien mieux, c'est bien dans l'esprit du passage, "émoustillé" (tu peux peut-être enlever le "et" pour que ça fasse pas trop répétition, "et é". Enfin c'est une... suggestion)
je prends!

Citer
son cerveau enflammé ourdissait déjà l’anathème.
lol ça fait un peu "mot du jour" !
lol, ben nan, anathème, ça se dit :-¬?
et puis venant de toi :-¬? :mrgreen:


pour tout ce qui est des fautes :-[ et même trois fois :-[

sinon je suis contente que ça te plaise ! :)
j'espère qu'à la fin, vous me direz que justement c'est pas comme mes autres textes de muse, enfin on verra bien

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Re : Mais que deviennent les amours d'antan ?
« Réponse #7 le: 24 Février 2009 à 02:08:16 »


Citation de: ernya
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et qui la flanqua sans ménagement au trottoir.
au? pas "sur le" ?
lol, je l'attendais celle-là! :mrgreen:
oui donc j'ai hésité et j'ai opté pour "au" pour l'éventuelle connotation que ça ferait germer dans vos esprits, mais peut-être aussi parce que dans mes premiers jets, il y avait plus de précisions sur d'où venait la Muse
donc "au trottoir" pour  faire référence à l'expression "faire le trottoir" en fait :-[
mais si ça passe vraiment pas, je change
oui ça m'a effleuré l'esprit, enfin je me suis pas fait la remarque explicitement, mais j'ai "senti la connotation sans en déterminer la provenance" on va dire (comme ça arrive souvent quand on -je- lit un texte xD). Comme tu veux.




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L’éclair de lucidité, l’hérissement ; elle prit enfin conscience qu’elle avait froid. Il lui fallait de la chaleur et rapidement ; elle dépérissait.
le hérissement, non? à vérifier. Le "et rapidement" accroche un peu (pinaillamment parlant) à la lecture.
si j'enlève le "et" ça passe ?
et sinon je sais pas pour le "l'" ou "le"
j'ai vérifié, la phonétique met une apostrophe donc c'est aspiré, donc "le". Ouais pour supprimer le "et" ça va mieux après.


Citer
Citation de: Loredan
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son cerveau enflammé ourdissait déjà l’anathème.
lol ça fait un peu "mot du jour" !
lol, ben nan, anathème, ça se dit :-¬?
et puis venant de toi :-¬? :mrgreen:
je le sentais venir lol, oui oui ça se dit, mais "ourdir" est un verbe assez précieux, genre plus orienté tragédie racinienne, et la place du "déjà" renforce l'idée de la tournure précieuse ; du coup avec "anathème" ça fait un peu trop je trouve. Mais c'est personnel peut-être.




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Re : Mais que deviennent les amours d'antan ?
« Réponse #8 le: 24 Février 2009 à 03:10:15 »
Elle se rendit au café où il allait souvent. Il y était. Elle commanda un verre d’absinthe et s’assit, effrontément, sous les yeux du poète. Un éclair d’inquiétude. Nerveux, il attrapa son journal et fit mine de le lire, mais c’était impossible. Il ne pouvait oublier sa présence. Finalement, il se leva et se rapprocha d’elle.
-Déjà lassée ? On revient à ses anciennes amours ? Je ne te croyais pas aussi faible.
-Ne comprends-tu donc point que c’est moi qui décide ? Tu es mien, comme tous les autres. Méfie-toi de cette femme pour qui tu as tant d’estime, c’est elle qui te fera chuter.
Elle se leva et sortit. Magistrale mais le coeur haletant.

Mais que deviennent les amours d’antan ? Elles fondent comme neige au soleil, auréolées de reflets pourpres et se transforment en torrents.

Failli. Il avait osé faillir. Excédée, elle avait giflé le jouvenceau, elle s’était répandue en récriminations jusqu’à ce que sa voix vacille. Désormais lasse, elle s’était assise, une coupe à la main et regardait, morose, ce rejeton d’homme contrit dans son coin. Son plan échouait et sa peau dépérissait. Avide de baisers, condamnée à siroter ce vin crasseux tandis que l'autre, là-bas, le défaisait. Mais tout au fond, un coin sombre de sa tête méditait. Il fallait trouver le moyen d’écraser cette vile femelle qui osait se mettre en son chemin.


Ah ! Musette ! Tu m’apportes bien du souci. Pourquoi faut-il toujours que tu fasses ta mauvaise tête ? Tu veux jouer, n’est-ce pas ? Ce jeu sera cruel, ma douce. Je le broierai, ton petit cœur de glace, et c’est à genoux que tu viendras à Cupidon, je t’en fais le serment. Ce poète-là, tu l’aimes donc au point de le perdre, de te perdre ? Sans ton cher et tendre, la poésie en pâtira et tu le sais bien mieux que moi. Que fera Phébus étincelant ? Crois-tu que ta vie ici-bas te protège des foudres célestes ?


Lorsqu’elle s’éveilla, la paysanne ne put comprendre pourquoi elle avait osé gifler le jeune galant qu’elle avait rencontré la veille. Il avait été entreprenant et ses mains qui avaient voulu la déshabiller, n’étaient-elles pas blanches ? Lorsque l’on a de si belles mains, on ne peut être qu’un ange. Et, il était jeune ; le poète, lui, avait déjà vécu les vicissitudes de la jeunesse. Il fallait toujours qu’il écrive, le soir, à la lumière d’une bougie tremblante, des pages noircies d’encre. Elles parlent de toi, ma douce, lui disait-il en l’embrasant sur le front comme l’on fait à une enfant. Il y avait aussi ses colères. Des colères d’écrivain. Cela ne la concernait pas. Mais lui, il avait quelque chose d’attachant, un petit air de fripon sous son visage d’enfant. Il faudrait le revoir. Contempler de nouveau ces cheveux fauves comme les broussailles, ces petits yeux vifs et ces longues enjambées tressaillantes.


Musette parcourut en vain tous les cafés et les ponts des désespérés à la recherche d’un poète en peine. Elle en vit et elle s’éloigna rapidement, les lèvres pincées, ses yeux cherchant toujours le même. Et, pendant des jours, la malheureuse aux peines muettes traîna ses voiles sales et déchirés derrière elle. Elle ne répondit à aucune supplique, regarda froidement ces échevelés qui, la plume rêche et crissante, inondaient leurs feuillets de purin. Chaque soir, elle hurlait sourdement, étouffant des sanglots qui auraient voulu jaillir en torrents. Elle assistait, impuissante, à la lente dégradation de sa chair : ses yeux perdaient de leur éclat, son corps se raidissait, parcouru de tremblements et ses pas se faisaient eux-mêmes incertains et hagards, perdus dans les allées de sa tristesse.


Elle l’avait retrouvé. Fuyant comme un voleur. Elle l’avait suivi jusque que devant la mansarde. Elle avait entendu cette voix de femme. Une rivale dont il fallait qu’elle se débarrasse. Jamais elle n’avait été aussi jalouse, jamais ce sentiment de rage intestine n’avait été aussi violent. Un fol amour la poussait, guidait ses pas dans les rues parisiennes. Elle n’avait jamais eu de chance. Paris était pour elle l’espoir d’une vie meilleure, une vie rythmée par les douceurs de l’amour dont on l’avait tant bercée. Et, à peine arrivée, un poète s’attachait à elle, elle, une paysanne. Et il y avait aussi ce jeune garçon, ce noble redresseur de torts. Jamais elle ne pourrait être plus heureuse. Mais il fallait que cette vipère existe ! Qu’elle tente de lui voler ceux qu’elle aimait. Elle avait bien trop pâti pour souffrir une telle fortune. Fortune ! Elle se mit à ricaner. Le remède se dessinait sous ses yeux. Il suffisait de l’accuser. Elle vivait chez le jeune garçon, chez le voleur. Il faudrait jouer serré, se servir du butin du garçon pour faire tomber la garce. Débarrassée d’elle, il lui serait facile de conquérir ce jeune cœur.


Ne faisant plus confiance aux talents de séduction du garçon, la muse le suivait dans chacune de ses entreprises, et, à chaque nouvelle rencontre, les flots de sa colère se faisaient plus impétueux, menaçaient de franchir les portes branlantes de sa raison. Le garçon mettait de la bonne volonté, mais quelque chose la laissait perplexe. Comment des yeux de paysanne pouvaient-ils luire avec autant d’éclat ? Comment avait-elle pu accepter aussi facilement la morale parisienne et tous ses vices ?
Ses yeux noirs scrutèrent profondément la jeune fille comme s’ils avaient voulu la dépecer. Et elle comprit. Elle ne put retenir un hurlement qui n’avait rien d’humain et s’enfuit. Lui ! Il avait osé ! Il avait bafoué toutes les règles et avait voulu la piéger, elle !
Pendant des heures, elle chercha, manigança dans son coin. Elle trouva enfin dans les recoins les plus sombres de la capitale le poison qui lui fallait. Elle attendit le moment propice. C’était une belle journée pluvieuse et jamais elle n’avait vu son garçon plus prêt à l’aider dans ses machinations diaboliques - mais cela lui avait coûté des caresses bien plus intimes. Elle avait tout préparé dans les moindres détails. Elle avait même écrit une fausse annonce au poète en prenant le nom d’un de ses amis - qu’elle ne pouvait souffrir– le priant de le rejoindre pour une joute poétique au café de la rue Hautefeuille. Elle voulait qu’il voit cela, qu’il souffre. Seule la souffrance est belle.
La jeune paysanne et le garçon parlaient gaiement lorsque le poète entra dans le café. La fille buvait des yeux celui pour qui son cœur s’enflammait. Elle buvait, ivre, jusqu’à la lie et la coupe et son amant. Les douleurs devinrent alors insoutenables et elle ne put retenir le flot de sang bouillant. Il y eut des cris et elle s’effondra, crachant un liquide noir. Le poète devint comme fou et dans un même mouvement voulu se jeter sur son aimée et sur son assassin ; tandis qu’au-dehors, ruisselante, la muse se délectait de ses hurlements de douleur. Comme ils étaient poignants, les déchirements de son âme. Elle ferma les yeux afin de pouvoir se repaître de cette douce mélodie.
On s’affaira autour d’elle, il y eut des bruits de lutte, mais le long râle ne faiblissait pas.
Lorsqu’elle rouvrit les yeux, on emmenait, les poings liés et beuglant, le jeune voleur. Elle sourit et s’élança d’un pas enjoué vers la butte de Montmartre, défier le gardien des amours heureuses.


suite et fin
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Re : Mais que deviennent les amours d'antan ?
« Réponse #9 le: 24 Février 2009 à 13:38:53 »

Bonjour,

---------------------

Citer
Elle commanda un verre d’absinthe et s’assit, effrontément, sous les yeux du poète.

L'absinthe, pourquoi ? parce que...  :)

Citer
On revient à ses anciennes amoures ?


J'aime pas trop la tournure dont tu le dis.

Citer
Failli. Il avait osé faillir.


Pourquoi commencer ce paragraphe ainsi ?

Citer
Tu t’éloignes de ton devoir, Muse, tu souilles ton honneur dans une fange plus noire que le venin de ton cœur.

Pauvre muse, dans la fange...  :)

Citer
Elle ne répondit à aucune supplique, regarda froidement ces échevelés qui, la plume rêche et crissante, inondaient leurs feuillets de purin.


Peux-tu m'expliquer ce passage ?

---------------------

Cette partie est bien mieux, bien qu'un moment j'ai eu un peu de mal à voir si tu parles du poète ou de la muse car tu parles d'un autre homme et d'une autre femme, j'ai peut-être pas bien compris, je vais le relire. Sinon je me demande s'il y a du vécu dans tes textes entre la muse et le poète ?   :) 


Les Oeuvres d'Art ont quelque chose d'infiniment solitaire, et rien n'est aussi peu capable de les atteindre que la critique.

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Re : Re : Mais que deviennent les amours d'antan ?
« Réponse #10 le: 24 Février 2009 à 14:23:31 »
Citer
Elle commanda un verre d’absinthe et s’assit, effrontément, sous les yeux du poète.

L'absinthe, pourquoi ? parce que...  :)
parce que :mrgreen:
lol, bon, déjà parce que j'adore l'absinthe ( niveau couleur, j'ai jamais essayé, lol!) et ensuite parce que ça rentre un peu dans le côté provocation
en fait c'est pas déterminant pour le récit quoi! :D

Citer
On revient à ses anciennes amoures ?


J'aime pas trop la tournure dont tu le dis.
déjà, j'ai corrigé puisqu'il n'y a pas de "e"
quant à la formulation, c'est de la provocation, enfin, il se moque d'elle et de son "inconstance"

Citer
Failli. Il avait osé faillir.

Pourquoi commencer ce paragraphe ainsi ?
parce qu'il faut commencer :mrgreen:
ça commence dans la précipitation (brièveté et incompréhension pour le lecteur) parce que c'est du discours indirect libre
si tu veux c'est pour la rapidité, pour arriver directement à ce que pense la Muse
( je sais pas comment expliquer en fait)

Citer
Elle ne répondit à aucune supplique, regarda froidement ces échevelés qui, la plume rêche et crissante, inondaient leurs feuillets de purin.


Peux-tu m'expliquer ce passage ?
les écheveulés ce sont les poètes dont elle se moque parce qu'il n'y arrivent pas donc il s'arrachent les cheveux :mrgreen:
et le "purin" c'est une image, pour elle, c'est abject ce qu'ils écrivent

Cette partie est bien mieux, bien qu'un moment j'ai eu un peu de mal à voir si tu parles du poète ou de la muse car tu parles d'un autre homme et d'une autre femme, j'ai peut-être pas bien compris, je vais le relire. Sinon je me demande s'il y a du vécu dans tes textes entre la muse et le poète ?   :) 
oui, c'est justement à ça dont je pensais pour les points de vue
il y a Cupidon, musette, et une autre femme "la paysanne" comme points de vue dans cet extrait
et il y a trois hommes: Cupidon, le jeune garçon voleur qui l'a rencontrée sur le carton et le poète
voilà, j'espère que ça s'éclaire



du vécu?  ???
ben non, lol, je ne suis pas muse et encore moins poète :mrgreen:
donc non pas de vécu, diverses inspirations livresques sans doute ^^



merci de suivre^^
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Re : Mais que deviennent les amours d'antan ?
« Réponse #11 le: 24 Février 2009 à 14:56:25 »


Je passe vite fait, sinon j'aurai pas mon train xD

Citer
Je le broierai ton petit cœur de glace
une virgule qui manque

Citer
Comme ils étaient poignants les déchirements de son âme.
pareil


l'image du feu d'artifice est un peu en-dessous du reste du texte. Pour le reste j'aime toujours, mais j'ai dû le lire un peu vite et entrecoupé, donc j'aurais + aimé en conditions normales ! je relirai tout avant d'attaquer la fin.
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Re : Mais que deviennent les amours d'antan ?
« Réponse #12 le: 24 Février 2009 à 15:20:55 »
ok, je corrige

hm...mouais, je sais pas trop pour le feu d'artifice, peut-être
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Re : Mais que deviennent les amours d'antan ?
« Réponse #13 le: 24 Février 2009 à 18:37:08 »
(suite et fin.... la fin... j'en suis pas satisfaite)




Son poète, désespéré, se morfondait nuits et jours. Il avait cessé d’écrire la moindre ligne, ses larmes se mêlant sans cesse à l’encre noirâtre. Il était si beau, si torturé. Jamais elle n’avait vu de regard si poignant, de sanglots si mélodieux. Et pourtant, elle attendait, la douleur n’était pas assez grande ou bien peut-être l’était-elle trop. Il fallait qu’elle attende que la rage transperce de part en part ce corps chéri et alors, la poésie pourrait s’y lover langoureusement.
Chaque jour, elle observait les différents signes, se délectait de chaque larme, de chaque coup de poing dans la glace et de chaque goutte de sang qu’il faisait perler.
Elle attendit de longues semaines durant lesquelles son cœur ne cessa de s’échauffer, de s’imaginer déjà la caresse de son corps tremblant, sa main effleurant doucement sa poitrine et le doux baiser sur ses lèvres atrocement salées.
Et un jour, ne pouvant plus museler les élans de son cœur aboyant, elle pénétra dans la pièce, à l’aube, et s’approcha du lit sur lequel il s’est jeté la veille au soir. Elle resta assise auprès de lui, s’imprégnant de sa vue, respirant l’odeur légère de fatigue et de sueur qu’il dégageait.
Il s’éveilla. Durant un moment il parut être émerveillé de cette vue matinale, mais très vite il la vit et se leva furieusement. Elle lui sourit timidement et voulut toucher son visage. Il repoussa sa main avec violence et chercha avec quoi il pourrait frapper ces yeux d’une douceur révoltante. Ne trouvant rien, il retrouva sa voix et l’insulta de tous les noms. Et elle continua de sourire. Odieusement.
Elle se rapprocha, l’obligeant à reculer. Mais lorsqu’il heurta le mur, elle s’arrêta, parut soudainement renfrognée et sans mot dire, s’en retourna.

Cupidon remua le ciel, tempêta, et réussit, sans grande peine, à rallier Phébus à sa cause. Il sut attiser avec talent la colère divine, ranimer la haine contre sa musette qui avait eu le si beau rôle durant toutes ces années. Il n’eut guère besoin de plaider  – cela n’ayant jamais été son fort- les faits parlaient pour lui. On pleurnicha sur la mort tragique de la pauvre paysanne dont on ne s’était point soucié, on se révolta devant les cernes du poète et devant la décomposition d’un tel talent.
Jamais on ne l'avait autant soutenu. Il allait l'obtenir sa musette, de force.


Mais que deviennent les amours d’antan ? Elles fondent comme neige au soleil, auréolées de reflets pourpres et se transforment en torrents.


Le pauvre garçon dut faire face à l’atroce vérité. Cette vile femme l’avait berné, trompé et jeté en prison à sa place. Elle avait assassiné de sang froid la jeune paysanne et c’est lui qui écopait de sa peine. Il supplia, fit des promesses, donna toutes les adresses qu’il connaissait pour qu’on la retrouve mais c’était peine perdue et il le savait, il n’avait jamais réussi à la poursuivre, cette femme qu’il avait aimée. Il savait que la maréchaussée ne pourrait lui mettre la main dessus. Et il restait un voleur, ils avaient trouvé tous les maigres restes de ses larcins. Peut-être que le vieux le sortirait de ce trou piteux, peut-être. Le vieux aussi, il était parti. Il avait été sage, il avait senti l’arrivée de la tempête. Et pourtant, elle était alors si belle et semblait si seule, si démunie. Elle n’avait pas même un nom, comment pouvait-on se souvenir d’elle ? Pourquoi s’en soucier, maintenant ? Cela n’avait plus d’importance.


Le poète répondit avec lassitude aux questions empressées des agents. Il avoua qu’il la connaissait ou du moins qu’il avait cru la connaître. Mais il se refusa à évoquer une quelconque liaison. Comment aurait-il pu s’attacher à une pareille femme ? Il leur parla très peu en réalité, d’une voix monocorde, encore pâteuse du goût de la lie. Il poussa quelques exclamations de désespoir, mais ses traits tirés parlaient pour lui : il semblait au bord de l’épuisement et sombrait lentement vers la folie.
Lorsqu'enfin ils se retirèrent, le mot de fou effleurait leurs lèvres. Il l’entendit ou crut l’entendre et il se mit lui-même à le répéter tout bas. Il commençait même à le croire et presque à s’en réjouir.


C’était un véritable rassemblement, beaucoup de monde était venu. Au centre, superbe et enflammé, se tenait Phébus. Sa voix vibrait de colère. Musette n'en menait pas large. Il se rapprocha pas à pas et à chaque nouvelle enjambée, c’était un cri, un reproche, une sentence de plus qui glaçait ses oreilles. L’arrêt fut irrévocable : l’éloquence devait se joindre à l’amour. Cupidon souriait de toutes ses dents. Il avait gagné son combat, elle devait céder et oublier toutes les jouissances du monde terrestre. Elle implora du regard une éventuelle clémence, voulut persuader Phébus de l’imminence d’une poésie dont il pourrait être fier, mais rien n’y fit. Déshonorée et effondrée, elle fut laissée seule avec Cupidon. Se délectant de son humiliation, il s’amusa à lui arracher un à un les voiles dont elle se parait. Elle s’efforça de rester digne, mais lorsqu’il ne lui en resta plus qu’un, elle le serra fortement contre sa poitrine. Cupidon fronça les sourcils, outré d’une telle résistance ; il se mit à lui évoquer sa gloire et tout ce qu' elle avait perdu. Elle ne répondit rien, serrant les dents, pressant son voile. Furieux, il ramena brutalement une de ses mèches en arrière et lui susurra à l’oreille les réjouissances qu’il prévoyait. Elle se retint de lui cracher au visage mais son regard noir remplit cet office. Il la dénuda totalement et la poussa sur le marbre dur et froid. Elle frémit, hoqueta, ferma les yeux ; se rendit.

Épuisé d’une si belle victoire, Cupidon ne tarda pas à s’assoupir. Se dégageant de lui, elle se rhabilla et aperçut en contrebas, derrière les nuages, le monde, le sien. Elle surprit une larme sur sa joue, qu’elle essuya vivement. Cela ne devait plus avoir d’importance. Mais lorsque son regard se posa de nouveau sur le jeune dieu étendu, un frisson la parcourut. Elle aurait voulu frapper ce corps gisant, lacérer ce visage au rictus insoutenable. Son regard retourna vers le monde et elle s’y rendit.
Dans une course éperdue, elle se jeta dans les rues parisiennes, trébuchant de nombreuses fois sur les dalles ruisselantes. Elle courut à en perdre haleine, le cœur déchiré de fatigue et de peur. Elle bondit sur la porte ; il ouvrit et ils se firent face. Avant qu’il n’ait pu faire le moindre geste, elle se précipita sur lui ; il recula. Elle tomba à terre. Son corps était parcouru de tremblements incontrôlables, elle lui fit pitié. Il s’approcha d’elle et tenta de la réchauffer en la frictionnant à une vieille couverture qui traînait sur le plancher depuis des jours. Mais lorsqu’elle voulut le remercier et qu’elle leva les yeux vers lui, il la gifla sèchement.


Mais que deviennent les amours d’antan ? Elles fondent comme neige au soleil, auréolées de reflets pourpres et se transforment en torrents.


Il ne s’étonna pas de découvrir l’absence de musette à son réveil. Il n’en attendait pas moins d’elle. Et elle était si prévisible qu’elle ne pouvait être que chez son poète.
Il sourit. La soirée s’annonçait sous d’heureux auspices, musette reviendrait enflammée ; il lui accorderait le premier coup et lui répondrait sur le même ton. Elle finirait par se prendre au jeu et s’attendrirait devant la grâce des anges.
Le poète ne serait plus qu’un pantin entre ses mains, un être d’élection à qui elle soufflerait la quintessence du langage des vallons d’Ascra. Elle ne passerait plus ses nuits à veiller sur la flamme évanescente, elle irait se blottir dans la douce chaleur de ses plumes blanches. Et, parfois, elle en arracherait une pour le poète le plus méritant et alors l’écriture sera vraie car rutilante.


Elle attendit. Les yeux du poète étaient noirs, comme ils l’avaient toujours été. Ils reflétaient un voile de colère derrière des flots de tristesse et de faiblesse. Elle soutint ce regard, le corps tendu d’attente, les lèvres frémissantes.
Le poète se releva et alla passer la tête par la fenêtre, comme pour attraper une goulée d’air frais après la noyade qui menaçait ses yeux. Elle vit ses épaules s’affaisser mais les sanglots ne vinrent pas.
Elle se releva et s’approcha de la table de travail. Elle lut les quelques lignes qu’il avait jetées et son cœur se serra : l’écriture serpentine n’aurait pu être plus déchirante.  Son poète avait su arriver au sommet du désespoir et des chants douloureux sans son aide. Il était véritablement digne d’elle, digne de son âme et de ses vers. Qu’importe ce que dirait Phébus ou Cupidon, la preuve de sa gloire se tenait là, sur cette misérable table bancale.


Il attendit longuement sa musette, mais elle ne vint pas. Elle ne quitta pas son poète. La jalousie mêlée à la démence fiévreuse s’empara de lui et il bondit retrouver le beau cithariste. Mais Phébus refusa d’entendre parler de la moindre vengeance. Il lui chanta les vers dont la Muse s’était déjà éprise et lui affirma qu’il en était fier. L’éloquence s’était jointe à la douleur mais aussi à l’amour. Cupidon n’y était certes pour rien, mais Phébus ne pouvait que s’en réjouir.
Clôture.


Elle s’approcha du poète et osa poser sa main sur son bras. Elle était glacée, glacée d’effroi et d’espoir. Il ne sembla pas réagir ou du moins, il ne la repoussa pas. Elle posa alors, avec une douceur infinie, sa joue contre sa chemise ; enfouissant son nez dans le creux de son épaule. Il ne fit aucun mouvement, mais elle sentit son cœur s’accélérer. Ils restèrent ainsi durant de longues minutes jusqu’à ce que le poète se dégage brusquement pour refermer la fenêtre. Des gouttes perlaient sur son visage, traçant de longues traces sinueuses sur ses tempes. Elle ne pouvait le quitter des yeux, le cœur pétri d’angoisse et d’espérance. Mais il semblait calme, apaisé et lorsqu’il se résolut à relever ses yeux, elle vit un sourire s’y dessiner en creux.

« Modifié: 10 Juillet 2012 à 21:35:42 par ernya »
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Re : Mais que deviennent les amours d'antan ?
« Réponse #14 le: 24 Février 2009 à 19:20:35 »

Bonsoir,

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Citer
Son poète, désespéré, se morfondait nuits et jours. Il avait cessé d’écrire la moindre ligne, ses larmes se mêlant sans cesse à l’encre noirâtre. Il était si beau, si torturé. Jamais elle n’avait vu de regard si poignant, de sanglots si mélodieux.


Très beau début, peut-être parce que je suis dans cet état là en ce moment.

Citer
Il fallait qu’elle attende que la rage transperce de parts en parts ce corps chéri et alors, la poésie pourrait s’y lover langoureusement.


C'est pas la première fois que je dis ça mais le mot "lover" dans un texte pour moi ne passe pas trop, ça déforme un peu la phrase...enfin faut voir.

Citer
Chaque jour, elle observait les différents signes, se délectait de chaque larme, de chaque coup de poing dans la glace et de chaque goutte de sang qu’il faisait perler.

Explication pour la fin. "qu'il faisait perler", c'est pas strange ceci ?

Citer
Et un jour, ne pouvant plus museler les élans de son cœur aboyant, elle pénétra dans la pièce, à l’aube, et s’approcha du lit sur lequel il s’est jeté la veille au soir.

Tu commences par "un jour" puis beaucoup plus loin tu dis "à l'aube", centre un peu mieux tes mots.

Citer
Il remua réellement le ciel

Pourquoi tu écris "réellement" ? je comprends vraiment pas pourquoi tu places ce mot "ici".

Citer
Le pauvre garçon dut faire face à l’atroce vérité.

Revoir la forme je pense, surtout pour cette introduction à ce paragraphe.

 
Citer
Peut-être que le vieux le sortirait de ce trou piteux, peut-être.

C'est qui le vieux ? (celui de Kaamelot dont parle Perceval, non sérieusement ?)

Citer
il se mit à lui évoquer sa gloire et tout ce que elle, elle avait perdu.


"ce que elle, elle avait"  (pas beau ce double "elle")

Citer
Il ne s’étonna pas de découvrir l’absence de musette à son réveil. Il n’en attendait pas moins d’elle. Et elle était si prévisible qu’elle ne pouvait être que chez son poète. Le poète… C’était lui qu’il aurait dû frapper et non pas cette pauvre jeune femme. Tout aurait été bien plus simple. Oui, mais le jeu aurait été moins amusant et la colère de Phébus moins éclatante.


Le jeu ? c'est vraiment cruel  :'(

Citer
Le poète ne serait plus qu’un pantin entre ses mains, un être d’élection

Un être d'élection ? ya pas mieux ?

Citer
Mais il semblait calme, apaisé et lorsqu’il se résolut à relever ses yeux, elle vit un sourire s’y dessiner en creux.


"en creux" ?  ><  (je vois pas...)

--------------------

Pour cette partie il y a je pense beaucoup de choses à revoir.

La description du combat entre les personnages, je la trouve pas réussie, mais bon ceci est et restera "mon avis". D'autres aimeront peut-être. Je regrette la fraîcheur de ta deuxième partie que l'on ne retrouve pas beaucoup ici. A méditer.
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