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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Je me suis réveillé au Paradis ch 2 et L'Homme qui... chapitres 8 : Supergol

Auteur Sujet: Je me suis réveillé au Paradis ch 2 et L'Homme qui... chapitres 8 : Supergol  (Lu 11439 fois)

Hors ligne EriG

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Bonjour, je me suis engagé dans un projet qui risque effectivement d'être assez long, imbriquant même plusieurs histoires. J'en ai même mis une partie sur un blog, mais quelle aubaine de trouver un endroit où l'on peut m'aider à me corriger. La cible est jeune ; plutôt adolescente. Alors voilà, ça prendra le temps qu'il faudra, mais :



Les Raves se racontent au Présent, chapitre 1 : Je rêve
Les Raves se racontent au Présent, chapitre 2 : Je fuis
Les Raves se racontent au Présent, chapitre 3 : Je fonds
Les Raves se racontent au Présent, chapitre 4 : Charlotte
L'Homme qui courait après sa Chance, chapitre 1 : Sors de mon auge !
L'Homme qui courait après sa Chance, chapitre 2 : Raconte !
L'Homme qui courait après sa Chance, chapitre 3 : C'est les tornades qui passent !
L'Homme qui courait après sa Chance, chapitre 4 : Viviane
Je me suis réveillé au Paradis, chapitre 1 : Eveil
Les Raves se racontent au Présent, chapitre 5 : Au fond du Rêve
L'Homme qui courait après sa Chance, chapitre 5 : Non ! Pas le Sorcier !
L'Homme qui courait après sa Chance, chapitre 6 : J'ai dit pas le Sorcier !
L'Homme qui courait après sa Chance, chapitre 7 : Rembobinage

L'Homme qui courait après sa Chance, chapitre 8 : Supergol
Je me suis réveillé au Paradis, chapitre 2 : Bienvenue à la Nouvelle Remungol !


Les Raves se racontent au Présent, chapitre 1 : Je rêve


« Dans la lande, un homme est assis sur un rocher, au bord d'un chemin. Il a la tête dans les mains. Une image disparaît dans sa mémoire. »

Pffff ! Nul et archi-nul !

« Mais... mais qui me parle ? »

Quoi ? Tu peux m'entendre ?

« Je deviens fou ! »

Non, tu n'es pas fou ! Disons que tu rêves. Sauf que, moi non plus je ne m'y attendais pas. Voyons voir...

« Mais alors, mais… t'es qui ? »

C’est vrai, tiens… Pfffff ! Rhaaah !
Voilà : je m'appelle Ewan. Je suis quelqu'un qui apparaît dans les rêves.

« Sans Blagues ! »

Je t'assure ! D'ailleurs je vais apparaître dans celui-ci.

« Non !!!! »

Si.

« Pourquoi je t'entends déjà ? »

Aucune idée.

« C'est peut-être lié au cauchemar ! »

Peut-être. Mais, désolé de t'avoir dérangé dans ton rêve !

« Oui, enfin, il a pas l'air de te plaire ! »

Si, non ! Mais… j'en sais rien, moi ! Il est à peine commencé. Seulement voilà : ton type assis sur une pierre...

« Ah, ouais ! C’était ça. Donc… au milieu de la lande... »

Attends !

« Quoi ? »

Freine ton élan !

« Désolé ! Qu'est-ce que j'ai fait ? »

Le gars, assis avec sa tête dans les mains... pour des gens non-avertis, ça peut faire un peu gore. Dis-leur où sont tes mains, sinon, ils vont croire que ta tête est sur tes genoux. Je sais que tu sors d'un cauchemar, mais le gore, là, moi, j'essaie d'arrêter !
Et puis, écoute... un : tu va trop vite ; freine ! Deux : c’est toi qui le vis ; rêve-le de façon plus personnelle, s’il te plaît.

« Ah ! Merci ! »

A ton service ! Dix : efface l'image d'un type assis sur une pierre ; laisse revenir celle que j'y ai mise au départ. Onze : je ne suis plus là ; tu ne m'entends plus. A toi !

Attention...

Les raves se racontent au présent, chapitre 1 : Je rêve !

« Une barre chocolatée, posée en travers de boudins roses. Une bonne grosse barre de chocolat, pleine de caramel, bien appétissante... j’ai faim !
Elle s'estompe.

Lentement.

Une brise fraîche caresse le dos de mes mains. Elles sont pressées contre mon visage. Mes coudes appuient sur mes genoux. Je suis assis, apparemment dehors, sur quelque-chose d'aussi dur que de la pierre. Mes mains sentent la terre. Je relève la tête pour les regarder. Je les vois à peine ; il fait nuit ! Elles sont sales. Elles sont vides.
Pas de chocolat !

Je pousse un soupir de soulagement :

« Haaaaah ! Merci, mon Dieu ! C'est un rêve ! »

Je contemple encore mes mains. J'ai peur que le chocolat ne réapparaisse. Je veux que ce soit un rêve ; je sors à peine d'un cauchemar. Quelle horreur, mais alors... plus moyen de m'en souvenir. De toute façon, je ne veux pas le revivre.

Le ciel est plein d'étoiles.

Je suis au bord d'un sentier couvert de hautes herbes. Assis sur un rocher, les pieds dans une tranchée d’herbe couchée par les roues de nombreux véhicules. Amusé, je dis :

« C’est plus du tout à la mode, les roues ! Si ça se trouve, c’est la même vieille guimbarde qui est passée plein de fois ! » »

Mais… mais… A qui tu parles ?

« Ben, à toi ! Pourquoi ? »

Mais enfin, je te l’ai dit ! Je ne suis plus là !

« Ah ! Heu… désolé, je m’en souvenais plus. »

C’est pas grave. Excuse moi, je… j’ai pas l’habitude. Ecoute... Douze : Je suis là, mais je ne suis pas présent. Vingt : Si tu me parles, je ne te répondrai pas. Vingt-et-un : tu ne t’amuse pas, t’as peur ! A toi !

Tu es assis en pleine nuit, au bord d’un sentier dont l’herbe a été couchée par les voitures. T’as peur, parce que tu viens de faire un cauchemar.

« Désolé ! Pas la peine de s’énerver ! Heu… Donc voilà : il fait nuit. Il fait bon. Le ciel est constellé d’étoiles. Je suis assis, au bord d’un sentier dans la lande. Je viens de vivre un truc abominable, mais pas moyen de m’en souvenir. Et j’entends une voix qui est là, mais qui n’est pas là.

Évidemment, j’ai peur !

J'en tremble encore. Mais ça va mieux, parce que je sais que je rêve. Il peut arriver un lapin blanc avec une montre à gousset, ça ne me fera plus peur.

En face de moi, un champ bordé d’arbres. Dans une torsion du cou, je me retourne. Derrière moi, une forêt. Et ce sentier qui semble ne jamais finir, d’un côté comme de l’autre. J’entends des voix, assez loin, vers ma droite ; quelqu’un arrive, sur le sentier. En écarquillant les yeux, je distingue… un homme, accompagné d’un chien. Un gros chien, genre berger allemand ou danois. Côte à côte, ils avancent d’un bon pas, compte tenu des hautes herbes. L’homme parle tout seul. Je ne distingue pas encore son visage, mais j’entends sa voix, grave et un peu rauque :

« On n’a pas le choix ! On est obligés de le leur rendre.
- Ouais, mais ça me bouffe ! Après ce qu’ils en ont fait… le remettre entre leurs mains ! »

Il s’est carrément répondu tout seul et en changeant de voix ! Moins rauque, plus… humain !

« On peut plus rien, pour lui, reprend la première. Et si tu t’en mêles, ça finira dans la violence. »

Je jurerais que c’est le chien qui a répondu ! Ça ne parle pas, un chien ! Sauf, peut-être, dans les rêves. C’est ça, je rêve !
L’homme s’exclame :

« Quel gâchis ! »

Le chien répond :

« Il pourra toujours servir d’hôte. Mais je te préviens, ça peut donner des résultats inattendus ! »

Et moi, je dis :

« Mais ça ne parle pas un chien ! »

L’homme et son compagnon s’arrêtent. Ils me regardent.

« Tiens, t’es arrivé là, toi ! s’étonne l’inconnu. »

Il vient vers moi. Barbu, chevelu, il porte un long manteau sombre, qui traîne presque dans l’herbe. Il se penche vers moi et demande :

« Ca va, Didi ? Ben qu’esse tu fais là ? »

Je réponds :

« On se connaît ? »

Le chien est resté en retrait. Ce n’est pas un berger allemand, ni un danois. Il a quelque chose du chien de traîneau, mais en plus lisse… moins fourni en poils. Et grand ! L’homme me regarde un instant, puis répond :

« Non ! Oublie… première fois que je te vois. Je t’ai confondu avec un pote.
- Ah ! J’espère que tu vas le retrouver !
- Qui ?
- Mais, ton pote !
- Merci. »

Il semble réfléchir un peu, puis :

« Mais, je crois qu’il a dû retourner au son.
- Le son ?
- Oui, le son. T’es bien venu pour la rêve ? »

Soudain la lumière se fait dans mon esprit :

« Oui ! C’est ça ! Tout à fait ! Je rêve !
- Ça tombe bien, nous aussi.
- Mais, pourquoi tu mets ça au féminin ?
- Quoi ? »

L'inconnu secoue la tête, faisant voler ses cheveux gris. Il doit avoir la quarantaine, bien tassée.

« Laisse tomber, dit-il. Tu rêves. Tu veux te joindre à nous ?
- C’est que… j’attendais ici !
- Tu attendais qui ?
- Je… »

Je secoue la tête à mon tour :

« J’en sais rien !
- Alors viens avec nous ! A l’oreille, je dirais que c’est déjà commencé, mais ils ont pas encore branché toutes les machines. Écoute !»

Je tends l’oreille.
Un battement sourd gronde au loin, vers la gauche.
Il reprend :

« C’est des potes qui posent. Fais moi confiance, ils tâtent. Vingt-deux ans de pratique ! Je suis sûr que t’es venu pour ça.
- Je te dis... je sais pas…
- Viens avec nous ; on retrouvera bien tes potes, à toi !
- Ok, je… je viens. »

Il me prend doucement le bras tandis que je me lève. Le chien s’est approché. Il me lance un regard placide mais qui me fait frissonner ; une double cicatrice lui barre le museau, en travers, passant de chaque côté de l’œil gauche.

« Dis-donc, ton chien, son œil a eu de la chance !
- On peut dire, répond l’homme, amusé. Caresse le un coup, ça va lui plaire ! »

J’avance la main droite pour flatter son museau. Effectivement, ça a l’air de lui plaire ; sa queue s’est mise à remuer.
Je demande :

« C’est quelle race ?
- Il a du husky et du lévrier.
- Ah ! Il lui manquerait presque la parole. Il est grand, dis-donc
- Sa légende personnelle dit qu’il est aussi croisé avec un ours. Mais y’a du loup, là dedans, tu peux me croire ! Donc il est sympa, mais va pas l’énerver.
- D’accord !
- Et puis, ça parle pas, un chien !
- Bien sûr que non, réponds-je ! »

Il me dévisage encore, puis :

« Allez viens ! »

Je m’engage sur le sentier, avec l’homme et son chien.


A suivre...
« Modifié: 02 Mars 2013 à 16:33:00 par EriG »

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Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 2 : Je fuis
« Réponse #1 le: 19 Février 2013 à 23:58:32 »
Bon, eh bien alors... la suite maintenant (qui ne dit mot consent) :


Les Raves se racontent au Présent, chapitre 2 : Je fuis


La nuit est claire, mais il n’y a pas de lune ; juste des constellations étincelantes… je trébuche dans les hautes herbes. Le sentier serpente, doté d’une vie propre. J’essaie de marcher sur l’herbe couchée, mais le sentier ne veut pas de moi. Il m’éjecte hors piste dès que je lève le nez vers les étoiles... la Couronne Boréale ! La constellation en forme de fer à cheval aplati se tient presque au zénith, devant moi. Je me penche en arrière…

Partout, ça vibre.

Sur le sentier, dans les hautes herbes ; le champ et la forêt ont disparu... et ça vibre. Je distingue un étang sur la gauche. Même à l’envers, sa surface vibre, comme si des milliers de poissons minuscules sautaient en rythme. Il fait nuit. C’est champêtre, mais on n’entend aucun oiseau ; juste une vibration énorme, multiple, incroyablement rythmée. Je l’entends non seulement avec mes oreilles, mais aussi avec la moindre parcelle de mon corps. Je suis presque plié en arrière, les yeux dans les étoiles.
Cette grande casserole, dans le ciel… je m'exclame :

« La Grande Ourse ! »

Je compte à partir de ses étoiles… l’Étoile Polaire est juste dans mon dos. Elle surplombe une montagne !

« Donc on va vers le sud, conclue-je en me redressant.
- Au moins, t’as oublié d’être bête ! »

Je sursaute. J’ai les pieds dans l’herbe à côté du sentier, le nez presque dans un bosquet d’ajoncs. Un barbu se tient devant moi ! Grisonnant, chevelu, vêtu d’une espèce de cache poussière sombre. Je lui demande :

« On se connaît ? »

En s’approchant il s’exclame, visiblement contrarié :

« Oh, pardon ! Je t’ai confondu avec un pote !
- Ah ! Désolé !
- Mais, viens, le son, c’est par là.
- Le son ?
- Mais oui, tu rêves !
- Aaahhhh, oui, oui ! C’est ça, je rêve !
- Alors viens, c’est par là ! »

Je le suis… enfin, j’essaie, dans l'herbe couchée. J’avance d’un pas plus que mal assuré. A gauche, l’étang se rapproche. Il va bientôt toucher le sentier. Au-delà, une rangée d’arbres en ombre chinoise sépare l’eau du ciel. En arrière… un animal nous suit ! Un monstre énorme, à quelques pas derrière nous ! Je ne vois que l’ombre d’un… d’un effrayant quadrupède qui trottine le museau dans les hautes herbes.
Peu rassuré, je me redresse et lance :

« J’espère qu’on va le retrouver !
- Qui ? demande l’homme sans se retourner.
- Mais, ton pote !
- Ah ! Merci ! »

Lui marche d'un pas bien assuré dans l'herbe, à croire qu’il a randonné dans le noir toute sa vie. Je dois presque serrer à droite pour éviter de me retrouver les pieds dans l'eau. Le nez dans les ajoncs, je demande :

« Et alors, heu, y'a encore des véhicules qui passent par là ?
- Ouais, répond-il sans s'arrêter. Mais surtout d'anciens modèles.
- Ah bon ?
- Eh ouais. L'eau, c'est pas bon pour les planantes. L'herbe non plus, d'ailleurs...
- Ah ! »

Sur la droite, la lande se fait plus rare. A gauche, le sentier s'écarte de l'eau. Je reprends :

« Vous savez... »

A nouveau, le chemin longe un champ sur la droite ; un terrain envahi de hautes herbes. Les ajoncs ont comme sauté à gauche du sentier. Plus loin, je distingue encore l’étang. Je sens cette présence, derrière moi. Malgré la vibration omniprésente, j'entends trotter dans l'herbe... un frisson me parcourt l'échine.
Je crie :

« Je crois qu'on est suivis par un loup ! »

L'homme se retourne :

« Sans blague ! »

Pliant les genoux, il se penche en avant, sifflant entre deux doigts de chaque main. Puis, tendant les bras :

« Worf ! Allez viens, pépère ! »

L’animal me frôle sur la gauche. Grand, mince, gris, il s’élance vers les mains tendues du barbu. L’homme lui attrape le museau et lui flatte les oreilles.

« Ça, c’est un bon copain, ça. »

Puis, à mon attention :

« Tu vois ! C’est pas un loup, c’est mon chien !
- Ah !
- Houuuuu ! »

Je sursaute ; j’ai entendu ululer une chouette ! Ou alors c’est cette musique. Par dessus les vibrations qui secouent l’eau et l’herbe… droit vers le sud, une clochette chante une mélodie insidieuse. A l’oreille, elle danse avec d’autres sons moins définissables, entre la scie musicale et… peut-être bien oui… des chants d’oiseaux ! Je me sens attiré par cette musique.

« Viens, dit l’homme en se redressant. C’est par là. »

Il reprend sa marche, le chien à ses côtés. Tout en m'efforçant de les suivre, je demande :

« Et alors, heu… il s’appelle Worf ? »

A gauche de l’homme, je vois le chien se raidir. Il trotte toujours, mais l’échine et la queue baissées.

« Ouaip, répond l’inconnu sans ralentir. Pourquoi ? »

J’ai dû rêver. Je jurerais que l'animal comprend mes paroles. Mais oui, c’est ça, je rêve ! Ça ne parle pas, un chien. Indécis, je réponds :

« C’est joli, Worf. Facile à prononcer pour un chien ! »

Tout à coup, le chien se relâche. L’échine bien haute et la queue balayant l’herbe, il revient vers moi. Voilà maintenant qu’il a l’air content ! Il essaie de caler son museau dans mes mains.

« Je crois que tu t’es fait un copain, lance l’homme par dessus son épaule.
- Mais enfin, mais… ah ! Mais alors, je sais pas comment ! »

Le barbu commence à prendre une bonne avance. Mais avec le chien dans les pattes, j’ai du mal à me concentrer sur ma trajectoire. La bête trottine maintenant à ma droite. Une double cicatrice s’est taillé un chemin de part et d’autre de son œil gauche. On dirait presque un masque. Ou alors, il en aurait besoin, comme le fantôme de l’opéra. Je l'imagine portant un loup et jouant de l'orgue...

Flouf !

Je suis encore dans l’herbe ! Non, je suis toujours sur le chemin. On dirait qu’une énorme touffe de hautes herbes s’est soudain dressée devant moi ! »

Gneurk, gneurk, gneurk !

« « C’est pas drôle ! »

Ma voix retentit par dessus la vibration et les musiques. J’ai crié vers les étoiles. J'ai entendu rire une voix, d'où vient-elle ? Quelque-chose s'enfuit, vers la droite. Les herbes bougent, vibrant plus encore que leurs voisines. Elles tracent une trajectoire qui fonce vers une masse sombre, plus loin, grosse comme une voiture… posée dans l’herbe. Il y en a d’autres, apparemment, disséminées dans le champ.
Plus loin, j'aperçois juste quelques dos sombres de tortues immenses qui dépassent d'une brume blanche.

« Eh ! »

Je baisse brusquement la tête. Le chien est assis là, à mes pieds dans l’herbe. Il me regarde. D'une voix rauque, il me dit :

« T’entends des voix ? »

Je relève la tête. J’enjambe la touffe d’herbe ; il faut que je rattrape le barbu.

« Eh ! »

Le chien galoppe à côté de moi. Je peux rattraper l’homme, si je fais attention à ma route.

« Écoute, regarde moi ! »

Je tourne machinalement la tête vers le chien. Il laisse passer un instant, puis s’exclame :

« C’est pas croyable ! »

Je butte sur le sentier.

« Ok, reprend le chien, regarde ta route ! »

Comment a-t-il fait ça ? Fait quoi, d’ailleurs ? Je courais... j'essayais de lui échapper mais... j'ai plongé mon regard dans le sien et une touffe d'herbe m'a fait comme un croche-pattes. C'est pas possible ; je rêve !
Je me suis rapproché du barbu. Il y a une lumière, sur la droite... non ; deux ! Un véhicule s’approche, au loin, c'est ça ! Ce sont des phares !

« Eh ! Je te jure, c’est pas grave !
- Mais t’es un chien, lui réponds-je sans me retourner. »

Il me rattrape.

« Fine observation, mais on s'en fout ; tu rêves ! Et puis, je suis d’espèce canine. Un peu de respect, s’te plaît. »

D’espèce canine !?

« De race, tu veux dire ?
- Quoi ? »

Les phares se rapprochent du sentier, droit devant. J’essaie encore de semer le chien en passant sur l’autre sillon d'herbe couchée, à gauche.

« D’espèce, Monsieur, reprend le chien en traversant le mur végétal au milieu du sentier. Là d’où je viens, ça a été officiellement reconnu, en raison de la diversité des races. »

A la lumière des nouveaux arrivants luisent d’autres phares, éteints, dans la brume. Toutes ces tortues géantes ; ce sont bien des voitures. Ce champ sert de parking. La nouvelle venue passe devant ce qui semble être une camionnette sombre, vers le fond à quatorze heures.

« Moi, continue le chien, c’est à ta place que j’aurais les boules !
- Quoi ? »

Je reviens sur la tranchée de droite, à travers les herbes au milieu du sentier.

« Ben oui, poursuit l’animal en jaillissant du mur d’herbes. Toi, t’es un humain. »

Le barbu est toujours droit devant, à trois ou quatre mètres. Sans m’arrêter, je demande :

« Et alors ?
- Alors ? me poursuit le chien. Tu t’en es peut-être pas rendu compte encore, mais… »

Il se rapproche presque à trotter dans mes jambes :

« Toi, ta race est déjà la dernière représentante de son espèce. Et les tiens trouvent encore les moyens de s’entre-tuer pour des questions de couleurs, de religions et même d’arts de vivre. Warf ! T’es mal barre !
- Ça parle pas, un chien !
- Mais puisque tu rêves ! »

J’accélère le pas, évitant soigneusement touffes d’herbes et mottes de terres. Le chien me poursuit encore :

« Arrête de résister ! C’est moi que ça fatigue, là. Toi, tu dors.
- Quoi ?
- Tu rêves ! Donc tu dors ! Là, t’es dans ton lit. C'est pas la peine de courir ! »

Ça paraît logique. Je ralentis un peu. Il reprend :

« Donc si t’entends des voix ou si tu discutes avec un chien, t’inquiètes, c’est rien, c’est normal. Tu rêves ! »

La nouvelle voiture se rapproche du sentier, droit devant. Elle va se garer à peine à trois mètres de notre route. Gris-clair sous les étoiles, ovoïde, elle évolue à un mètre du sol, sur un lit de ce qui semble être une véritable tornade végétale. En s’alignant à côté d’un autre modèle plus ancien déjà garé là, elle déplie sous elle un train d’atterrissage ; des roues jusque-là horizontales viennent écraser l’herbe. C'est une planante ! Un modèle à coussins d'air ! A lui seul, le véhicule vient de tracer une route herbeuse dans le champ.

« Mais fais gaffe, c'est ton rêve, les autres sont pas forcément au courant, poursuit le chien alors que nous approchons des nouveaux venus. Je serais toi, un chien qui parle ou une voix off dans le décor, j’éviterais d’en parler !
- Si tu veux. »

Je ne fais déjà plus attention au chien. Le barbu a quitté le chemin. Il s'avance vers la voiture. Les portes arrières s'ouvrent vers le haut dans un sifflement pneumatique. De notre côté se déplient des jambes trop fines pour un pantalon de camouflage militaire presque bouffant tellement il est large. Une fille au visage creusé de fatigue pose les pieds dans l'herbe. Elle me voit. Elle porte un gilet à franges en laine kaki, par dessus un t-shirt vert clair. Des bijoux remontent le long de ses tempes, derrière ses yeux. Elle a un autre percing sur la lèvre inférieure. Des dizaines de tresses minuscules quadrillent ses tempes tandis qu'une natte jaillit du haut de son crâne. Un mégot en carton entre les lèvres, elle s'exclame :

« Chéri, tu vas pouvoir demander au monsieur ! J'en ai un qui a une tête à savoir ! »

Les phare du véhicule s’éteignent. Je vois deux ombres à l’avant. De l’autre côté, un type a littéralement bondi du siège arrière. Le gars s’étire en s’extasiant :

« Aaaahhh ! Ces petits chemins herbeux, pour se garer à l’arrache dans un champ et aller au son… ça me manquait, tiens ! »

De l’intérieur, une voix féminine lui répond, assourdie. Je suis trop loin pour comprendre.

« Mais oui, oh ! répond le gars en se retournant. Y’a un chemin, regarde ! On dirait presque qu'il a été tracé pour nous ! »

Il me voit aussi.

« Yo, lance-t-il ! »

Il contourne la voiture pour venir vers moi. Aucun des deux ne fait encore attention au barbu qui s’approche du véhicule. Imberbe, crâne tondu, filiforme, le gars porte un t-shirt camouflage kaki, mais du genre acheté dans une boutique de farces et attrapes. Une grande inscription blanche s’étale sur le devant : Je Suis Écolo ; Je ne Chasse que les Filles. Trop grand pour lui, évidemment ; il nage dedans. A mi-chemin entre la voiture et moi, il s’arrête. Le barbu aussi ; nous formons un triangle presque isocèle.

« Dis donc, reprend le gars en pointant un bras vers le sud. Le vrai son des poches, c’est bien par là ? »

Je ne sais pas quoi lui répondre.

« Ouais, c’est par là, intervient le barbu. »

Surpris, l'autre se tourne vers lui dans un sursaut.

« Ah, cool ! Merci et… heu… dis voir… »

Le chauve déglutit et reprend :

« T’aurais pas, heu… un peu de blanche à faire par hasard ?
- De quoi ?
- Tu sais… de la coke ! Ou même, du MD, des taz, je sais pas !
- De la drogue ?
- Ben ouais !
- Ah, non.
- Ah ! »

Il se tourne à nouveau vers moi :

« Et toi ?
- Heu…
- Lui non plus, reprend le barbu.
- Oh ! »

Le gars laisse passer un instant, puis :

« Mais je suppose qu’au son des poches, ça doit tourner ? T’as rien entendu ?
- Je sais pas ce que tu supposes, mais au son des poches, j’ai entendu tourner que du son.
- Mais alors, y’a que dalle ! s’exclame la fille toujours assise à l’arrière de la voiture. »

A l’avant, la vitre du conducteur descend doucement. Le barbu répond :

« Si, peut-être, au premier son que vous avez vu en haut, avant de quitter la route…
- Ouais, le coupe Crâne Tondu. On a vu, on a failli s’arrêter. Mais eux, c’est pas les poches.
- Non, eux c’est pas les poches, mais c’est free.
- Ah bon, c’est pas free, les poches ?
- Non, c’est pas free, les poches. Les poches, c’est privé. Vient qui veut, mais y’a des règles ! »

Le gars prend un air mi-rebelle, mi-scandalisé :

« Peuh ! Des règles en teuf ?
- Oui, des règles ! Représentants de commerce interdits. Et quoi encore ? Voyons voir… »

Il semble réfléchir à voix haute :

« Traitement de faveur pour les récidivistes, non c’est pas ça… Ah mais oui ! Arrivée sur roues conseillée.
- Ah d’accord ! C’est pour une arrivée en vol plané que tu me chie une pendule ? Sur un parfait inconnu et en teuf ! Mais t’es pas bien, toi ! »

C’est au tour du barbu de se raidir ; je vois se serrer ses poings et sa machoire.

« T’es pas fin, t’es pas fini au Boursin ! poursuit Crâne Tondu. Je pourrais être un gros psychopathe ! Tu sais, y’a des gens, faut pas les mettre en colère ! Tu risques ta peau, là !
- Sans blagues ! »

Un ange passe, puis :

« On le sait que c’est une soirée rétro ! reprend le nouveau venu. Mais même à un tekos de vieux croulants, on peut quand-même arriver avec panache, non ?
- Panache ? »

Je sursaute. Le barbu a presque hurlé, tout en faisant un pas en avant. Crâne Tondu, lui, a reculé de deux pas d'un coup. Il paraît soudain livide, sous les étoiles. L'autre reprend en balayant le paysage du bras :

« T’as vu des spectateurs, là ?
- Et voilà, s’exclame le chauve ! C’est toujours pareil, avec ces réfractaires à la technologie.
- Réfractaire ?
- Ben oui, mais y’a pas de honte ! Faut laisser la place au progrès, Papy ! Regarde moi ce bijou ! poursuit-il en montrant la voiture. Une vraie tornade volante ! Connectée au web, un écran holo derrière chaque siège… il manque plus qu’un sauna et c’est le bonheur ! Du pur supergol ! »

Pour l’heure, la voiture semble déjà abandonnée dans l’herbe. Elle n'a pas l'air neuve : l'aile arrière est cabossée. Les dents serrées, le barbu demande :

« Dis donc ! C’est toi qui l’entretiens, ta caisse ?
- Non, pourquoi ?
- Alors je te conseillerais vivement de l’envoyer en révision après ce week-end. Ta technologie moderne, là, c’est pas encore fait pour le tout-terrain !
- Qu’est-ce que tu me racontes ? Ça va partout, les coussins d’air !
- Sans blagues ! T’as pêché ça où ? »

Le gars hésite encore, puis :

« Beuh, pfff ! Tout le monde le sait !
- Donc c’est un cliché. Tu l’as entendu où ?
- Je sais pas, moi ! Par le vendeur !
- Alors tu t’es fait avoir. »

Un ange passe encore. A l’avant du véhicule, un jeune homme brun, coupé assez court et dégarni des oreilles, semble assister à l’échange avec une attention grandissante. De son t-shirt noir dépasse un bras au biceps bien dessiné agrippé à la portière. Crâne tondu lui jette un regard mal assuré puis reprend à l'intention du barbu :

« Comment ça, je me suis fait avoir ?
- Tu sais sur quoi ça a été développé, les coussins d’air à micro-tornades ?
- Ben, sur des voitures, énonce Crâne Tondu comme pour une évidence !
- Eh non, perdu !
- Sur quoi, alors ?
- Sur des tondeuses ! »

Le chauve écarquille les yeux. Le barbu reprend :

« Des tondeuses à gazon ! Ton bijou, là, en hors piste, non seulement il rase tout ce qui passe dessous, mais il tête encore un dixième de ce qu’il tond ! Donc, je serais toi, j’en ferais désherber le moulin au plus vite, sinon, il tiendra pas une semaine. »

Il s’approche de la voiture, puis :

« C’est même pas dit que t’arrive à repartir, même sur roues ! »

Accroupi dans l’herbe, il tâte le fond de caisse avant. Depuis le siège conducteur, le brun le regarde faire. Il tend le cou par la vitre baissée, les yeux quasi exorbités.

« Va donc désherber un essieu rétractable ! s'exclame le barbu. Toi, mon gars, tu vas raquer en main-d’œuvre.
- Comment ça, je vais raquer, explose le brun depuis son siège ?
- Donc, la caisse est à toi, répond le barbu en levant les yeux vers lui. Laisse-moi deviner : c’est ton pote qui t’a dit que les coussins d’air, ça va partout ? »

Pour toute réponse, le brun lance un regard mauvais vers Crâne Tondu toujours debout dans l’herbe.

« Tu permets ? demande le barbu en se relevant. »

Il dépasse le conducteur et se penche vers la fille :

« Je peux essayer la banquette ?
- Non mais, ça va, répond-elle ! T’es pas chez toi !
- En fait si, ici c’est chez moi. Et il faut que je négocie avec ton pote.
- Négocier quoi ? T’as dis que t’avais rien !
- Les frais sur sa caisse et… oui… peut-être les dégâts causés à mon environnement par ce bijou de technologie moderne. »

Il laisse passer un instant, puis, pointant le nez vers Crâne Tondu :

« C’est ton mec ? »

Aucune réponse.

« Tu vois comme il est tendu, son pote, à ton mec ? Je serais toi, j’irai passer du temps avec mon guignol avant de finir veuve. Vas-y, il t’attend ! »

Serrant les dents, la fille se lève. Elle rejoint le chauve, à mi-chemin entre la voiture et le sentier où je me tiens toujours.

« C’est moi que tu traites de guignol ? réagit Crâne Tondu sans bouger d’un pouce. »

Le barbu émet un sifflement entre ses doigts.

« Viens, Worf ! Viens, appelle-t-il. »

Je sens mes jambes s’animer toutes seules. Elles me font traverser les hautes herbes vers la voiture. A hauteur du couple, une bête à poils gris me dépasse, provoquant un courant d’air. Le chien fourre son museau dans les mains de son maître, tandis que j’arrive à mon tour.

« Tiens ! T’es venu aussi, s’étonne le barbu en me voyant ? »

Il réfléchit un instant, puis :

« Non ! s'exclame-t-il. »

Il me regarde attentivement…

« A toi, dit-il tout à coup !
- Pardon, réponds-je ?
- Non, rien… c’est un jeu. »

Puis, à l’intention du chien :

« Ça va pas, toi, de laisser les gens en roue libre ? »

Je ne comprends rien à ce qui se passe. Le chien plante sur son maître un regard interrogateur. Montrant du doigt une touffe d’herbe entre la voiture et le couple, l’homme s’exclame :

« Garde ! »

Aussitôt, le grand chien va s’asseoir, droit comme un piquet à côté de la touffe d’herbe, la cicatrice tendue vers le couple. Le barbu se relève. Toujours regardant son chien, il tend le doigt vers le couple en disant :

« Les deux, là ; passe pas ! »

Le chien se met à grogner vers eux.

« Tu vois, reprend l’homme à l’intention du chauve, lui, si tu le mets en colère, t’auras des problèmes. La viande, il a arrêté. S’il craque, il restera rien, de toi. Ni de ta copine, d’ailleurs. Pas même vos fringues ! Je dois discuter un peu avec ton pote. En attendant, je vous conseille pas d’approcher. »

Le couple ne bouge pas d'un cil, sauf au niveau des jambes. Mais je n'arrive pas à décider si c'est la musique qui les fait trembler, ou si c'est la peur. Les vibrations contiuent de secouer la terre. Le couple ne quitte pas le chien des yeux. Le barbu se tourne vers moi et dit :

« Toi... »

Il réfléchit encore, puis :

« Pfff ! Attends là, je reviens »

Sur ce, il s'engouffre à l'arrière de la voiture, fermant la portière derrière lui. A l'avant, la vitre du conducteur remonte. Crâne Tondu et sa copine ont toujours les yeux rivés sur le chien. Il a cessé de grogner. Mais la terre, elle, gronde toujours, dans un mélange de clochettes, de voix, de sons qui m'entraînent dans des distorsion inimaginables. J'en ai presque la tête qui tourne. Le volume a monté... de façon tout juste perceptible, mais nettement quand-même.
Peut-être ont-ils branché une nouvelle machine.
Le ciel est plein d'étoiles !
Il fait nuit...
Je rêve...
J'attends...


A suivre...
« Modifié: 21 Février 2013 à 13:16:33 par EriG »

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Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 3 : Je fonds
« Réponse #2 le: 20 Février 2013 à 13:01:43 »
Les Raves se racontent au Présent, chapitre 3 : Je fonds


J'attends, sous les étoiles.
J'attends les pieds dans l'herbe ; le sol tremble. Je ne sens plus mes jambes, mai tout mon corps vibre... boum, boum, boum... Droit devant moi, au delà d'un sentier à l'herbe écrasée par les voitures, par delà un bosquet d'ajoncs une brume infime plane au-dessus d'un étang dont la surface vibre. Vers la droite, par-dessus les battements arythmiques, j'entends danser une guimbarde. Elle mêle son chant de ressort à une voix synthétique qui fluctue comme une flûte à piston. J'aime cette musique. Je connais ! C'est la musique que j'écoute... mais où ?

Sur le sentier, un peu à gauche, un couple attend aussi. Vêtus de vert et de kaki... Ce n'est pas la première fois que j'entends ce style musique mais... comment cela s'appelle-t-il ? Le gars est chauve. Un visage mince, un tee-shirt vert camouflage trop grand pour lui annonçant : Je suis Écolo, je ne chasse que les Filles et un pantalon marron dont l'entrejambe dépasse du tee-shirt.
Mes jambes commencent à danser d'elles-mêmes.
La fille est jolie, quoique maigre. De minuscules tresses blondes quadrillent son crâne autour d'une natte plus grosse. Elle arbore des bijoux plantés dans ses tempes derrière les yeux. Un anneau lui perce également la lèvre inférieure. Elle porte un gilet kaki et un pantalon de camouflage trop grand pour elle.

Ils ont les yeux rivés sur un chien. A mi-chemin entre moi et le sentier, grand, gris, élancé, il monte la garde près d'une touffe d'herbe, la truffe pointée vers le couple.

Mais qu'est-ce que je fais là, moi ?

Je me retourne. A deux pas derrière moi, une voiture grise est posée dans l'herbe.
Par les vitres, je distingue trois ombres à l'intérieur ; deux devant, une derrière... et ce son qui vient du sud ! Il m'enveloppe... Il m'attire... Irrésistiblement.

« Eh ! Pas bouger, toi ! »

C'est le chien qui a parlé ! D'une voix grave, un peu graveleuse, le clebs m'a dit pas bouger, à moi ! Il pointe vers moi une hideuse double cicatrice qui encadre son œil gauche.

« Tu restes là, dit-il encore. »

Je ne bouge plus d'un pouce. Le couple non plus. Le gars au crâne rasé fixe le chien avec une expression de totale stupeur. La fille a l'air à moitié dans les vapes. Elle pose une main sur l'épaule de son compagnon pour ne pas tomber. Le chien les regarde et s'exclame :

« Quoi ? »

Pas de réponse.

« Pourquoi tu me regardes avec ces yeux de merlan frit, aboie le chien ? J'ai une tique sur le front, ou quoi ?
- N... non, réussit à balbutier Crâne Tondu. »
- Me réponds pas, effronté ! aboie l'animal en se redressant sur ses pattes. Ça parle pas, un chien ! »

L'autre fait un bond en arrière, entraînant presque sa copine avec lui.

Un ange passe.

« Toi, si ! Ose le gars.
- Non, je parle pas ! répond le chien en se rasseyant.
- Mais...
- Je parle pas, c'est toi qui m'entends parler ; nuance ! »

Crâne Rasé hésite un instant, puis :

« C'est pareil !
- Tu crois ça ? »

Le chien lève la truffe et hume en direction du couple.

« Tu sais ce que je sens, à chaque fois que tu m'adresses la parole en attendant sincèrement une réponse ? demande le chien d'un ton goguenard. »

Silence. L'animal tend le cou vers eux.

« Je sens ta cervelle qui grille ! poursuit-il, carrément moqueur. »

Il hume encore l'air, faisant des ronds avec sa truffe.

« Mmmmmmmhh ! De la bonne cervelle grillée ! Et juteuse, avec ça ; t'as même pas encore trouvé ta drogue, t'as pas eu le temps de t'assécher.
- Je croyais que t'étais végétarien !
- Me parle pas, sinon, je te bouffe ! »

Apparemment, nous sommes pris en otage par un chien qui parle. Je n'ai pas envie de me faire dévorer. Terrorisé, je fais un pas sur le côté, en direction du son...

« Reste là, toi ! s'exclame le chien. »

Je ne bouge plus. Je ne dis rien, mais je vois et j'entends parler un chien qui menace de dévorer les gens si on a le malheur de lui répondre.

Bom, bom, bom, bom, bom...

Ça cogne vers le sud... ça cogne dans mon crâne... il fait chaud ! Il fait nuit et j'ai l'impression d'être en plein Soleil.
La fille aussi a l'air de crever de chaud. Sa lèvre inférieure est en train de couler vers le sol, entraînée par le poids de l'anneau qui la tire vers le bas. Son œil droit est remonté par rapport à l'autre. Elle a le nez de travers. Elle fond, doucement, inexorablement.
Son mec aussi. L'inscription sur son tee-shirt ondule selon des vagues de plus en plus amples.

Qu'est-ce qui m'arrive ?

Je n'arrive pas à quitter le gars des yeux. Son t-shirt semble trouver de nouveaux plis au passage des vagues. Pendant un instant, il annonce : " Je suis con les filles ". Puis le texte repart dans de nouvelles ondulations, mélangeant les lettres de l'alphabet.

« Eh ! m'interpelle le chien. Ça va ? »

Il renifle vers moi, la truffe en l'air, puis :

« Je te sens transpirer d'ici, tu te sens bien ?
- Beuaarrheu pfffff...»

J'ai la nausée au bord des lèvres. La voix du chien m'arrive comme dans une cathédrale. Pas tout à fait un écho, plus vraiment une réverbération, elle sonne à mi-chemin entre les deux. Sa cicatrice est de plus en plus laide. Sa truffe est en train de couler vers le sol, la langue pendant presque à toucher par terre. Derrière le couple, le bosquet d'ajoncs se liquéfie, lentement.
Laborieusement, j'articule :

« J'ai chaud ! Tout est en train de fondre !
- Assieds-toi, ordonne le chien. Ça ira mieux ! »

Je ne bouge pas... ou presque. Je tangue. Je cherche la musique... Il n'y a plus qu'une vibration discordante, mal rythmée.
Prudemment, j'articule :

« J'ai malade !
- Assis ! Aboie le chien ».

Je plie les genoux jusqu'au sol.

« Ca va mieux ?
- Heuhh, pffrôôô !
- Tu vas pas me faire un malaise, hein ? »

Les hautes herbes ondulent verticalement ! Plus que des vagues, elles font des rouleaux sur lesquels on pourrait presque surfer ! Même les constellations dans le ciel ne sont plus les mêmes. Toutes les étoiles bougent... lentement. Il n'y a plus d'étoiles ; il n'y a plus que des satellites artificiels qui dansent avec la lenteur d'une tortue !

« Respire un grand coup, lance le chien ! Ça va te faire du bien. »

Je prends une grande inspiration.

« Allez, souffle ! »

J'expire. Les étoiles font doucement demi-tour. Encore une inspiration... Le décor commence à reprendre sa place.

« Ça va mieux ? »

La nausée s'est un peu estompée. Je sens une brise rafraîchir mon visage couvert de sueur.

« Un peu.
- Cool ! »

A nouveau, le silence. La musique, les vibrations, l'herbe, l'étang, les étoiles... Je-suis-écolo-je-ne-chasse-que-les-filles dit enfin, s'adressant au chien :

« Et alors, heu... comme ça, t'es végétarien ?
- Purée, mais c'est pas vrai, réagit l'animal ! Y'en a qui ont la tête dure ! Pose pas de questions à un chien, il te répondra pas ; ça parle pas ! »

Le couple échange un regard, apparemment indécis sur la conduite à tenir. Le chien reprend :

« Évidemment, j'ai arrêté la viande. Continue tes conneries et bientôt, tu verras même parler les lapins ! Du coup, j'aurais trop peur de bouffer un pote !
- T'as bien raison, risque Crâne Tondu.
- Ouais, sauf que toi, t'es pas un pote. »

Il renifle vers le type...

« Et ça m'étonnerait que tu le devienne. »

J'interviens :

« Mais alors, moi aussi, j'ai la cervelle qui grille ? »

Surpris, le chien se retourne :

« Non, non ! Heu... t'occupes, toi, tu rêves.
- Ah ! »

Il s'ébroue comme pour chasser des puces, puis à l'intention du couple :

« Dans tout régime, il faut se permettre une incartade de temps en temps. »

Il semble réfléchir un instant...

« Vous savez, reprend-il, on m'a dit de pas vous laisser passer ; on m'a pas dit de vous retenir ! »

Quelques secondes passent.

« Cassez-vous ! aboie le chien. »

Personne ne bouge. L'animal se relève sur ses pattes :

« Allez ! Foutez le camp ! Votre son à vous il est par là, poursuit-il en pointant le museau vers le Nord. Allez vous dépouiller la gueule !
- Mais, on ira plus vite en caisse ! s'exclame Crâne Rasé. »

Le chien fait un bond en avant. Le décor a recommencé à fondre. Les étoiles tombent, lentement, inexorablement... J'ai l'estomac qui remonte. Comment s'appelait-il, ce peintre ?

« C'est très sain, la marche à pied, s'écrie le chien en avançant pas à pas. Tu vas voir, je vais te faire courir, moi ! »

Le couple, lui, commence à reculer. Dans ma tête flottent les montres molles, les toiles fondues de cet artiste peintre dont je n'arrive pas à retrouver le nom.

« C'est notre pote qui nous a amenés, s'insurge Crâne Tondu ! Comment on va rentrer, nous ? »

Salvador Dali !

« Tu fera du stop, répond le chien ! Allez, foutez le camp sinon je vous bouffe !
- On peut pas les laisser...
- Grrrrrrrrr ! »

Le peintre aux montre molles. Je ne vois aucune montre, mais le ciel, l'étang, l'herbe, les gens, le chien... tout est en train de couler comme dans ses toiles. Le couple s'engage timidement sur le sentier, vers le Nord. Le chien les suit, aboyant :

« Allez ! Va vanter ton fromage ailleurs ! Pas de publicités dans les rêves ! »

Le duo accélère... le chien aussi. Alors le couple se met à courir, l'animal à ses trousses... Je vais vomir ! Je les vois disparaître dans une toile de maître où tout est fromage fondu, tout en sombrant dans l'inconscience... »


A suivre...
« Modifié: 20 Février 2013 à 20:45:42 par EriG »

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Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 4 : Charlotte
« Réponse #3 le: 21 Février 2013 à 13:15:05 »
Les Raves se racontent au Présent, chapitre 4 : Charlotte (Interlude)


En d'autres temps, en d'autres lieux...

Charlotte est assise au bord de sa falaise natale. Elle rêve. Elle songe à la vie qu'elle aurait pu connaître avec son prince charmant. Devant elle... sous elle, la mer déroule ses vagues à l'écume blanche. Le vent fouette son visage avec irrégularité, mouillant ses joues d'embruns froids et salés. Elle soupire :

« Une vie juste à deux, sans parasites ! »

Ses jambes pendent dans le vide, les baskets contre la parois... des baskets blanches. Elle porte un jean bleu et un haut rose dont la longue manche droite laisse entrevoir un bracelet cuivré. Ce bijou, il le lui a offert lors de la Saint Valentin. La vie semblait tellement prometteuse avant le retour des casse-pieds ! Un conte de fée où il aurait pu enfin être tout à elle... Mais droit devant, le prince charmant disparaît dans la brume, sous un ciel parfaitement bleu. Le sourire fantôme de l'être aimé se tord en une grimace fatiguée accentuant un regard triste aussi brun que ses cheveux courts. Et puis... plus rien.
Un seul nuage, blanc, s'étire devant le Soleil. On dirait... Juste une trace de neige.

Des goélands jouent à Qui-Pêche-Gagne, au dessus de l'écume. Les oiseaux argentés aux ventres blancs tracent des cercles, plongent... L'un d'entre eux prend de l'altitude. Dans un large cercle, il vient se poser juste à côté de la jeune femme, à sa gauche. Elle le regarde, n'osant bouger de peur qu'il s'envole. D'une main, Charlotte écarte une mêche de ses propres cheveux noirs et murmure :

« Salut, toi ! »

Bien sûr, pas de réponse. La tête grise de l'oiseau bouge par mouvements saccadés, scrutant toutes les directions. Son regard croise celui de la jeune femme.

« Qu'est-ce que t'en dis ? demande-t-elle à l'oiseau. »

Elle se penche un peu pour contempler l'écume, loin sous ses pieds.

« Si je disparais, tu crois qu'il s'en rendra compte ? »

Elle laisse passer quelques secondes, puis :

« Si je saute, là... il sera libre ! »

Le goéland ne la quitte pas des yeux. Charlotte s'emballe :

« Il pourra faire la bringue tous les soirs, si ça le chante. S'envoyer en l'air, de la façon qu'il veut et avec son singe parlant même, si ça l'excite ! Voilà qui serait supergol ! »

Une larme coule le long de sa joue droite. Le goéland déplie ses ailes et s'envole.

« T'as raison ! s'exclame Charlotte en regardant l'oiseau prendre de l'altitude. Je suis pas de bonne compagnie ! »

Elle reste là un moment, à regarder ses pieds balancer dans le vide, les mains appuyées de chaque côté de ses genoux au bord de la falaise. En poussant juste sur ses bras... Elle glisserait, comme un drap tombe du lit. Elle plongerait dans l'écume et se changerait en sirène.

« Si ça marche, tu m'enverras la méthode ! dit une voix féminine sur sa droite. »

Surprise, Charlotte tourne la tête. Son imagination lui joue des tours. Elle a entendu parler, mais il n'y a personne. Juste un chat ; un chat siamois ; Blanc-crème, avec une bouille et des pattes brunes. Il est couché au bord de la falaise, tourné vers le Soleil. A l'horizon, le ciel commence à prendre des teintes orangées au-dessus de la brume. Charlotte regarde autour d'elle... de l'autre côté, le goéland est revenu. Ou alors c'est un de ses congénères ; ils se ressemblent tous. Pas un seul être humain à part elle.

« Je suis là ! »

La voix vient du chat !

« Je suis en train de rêver, c'est ça, demande Charlotte?
- Pas forcément, répond l'animal de sa voix féminine.
- Je discute avec un chat ! Alors je suis folle. Ça y est, tout ça, ça m'a fait perdre la tête.
- Une chatte, s'il te plaît. Et il peut y avoir d'autres raisons pour que tu te retrouve à papoter avec moi.
- Lesquelles ? Ça m'intéresse !
- Eh bien, t'as demandé un conte de fée, le voilà !
- Ok, je suis folle.
- Si tu veux. »

Un instant passe, puis :

« Mais tant qu'on est là, reprend la chatte, raconte moi comment t'as perdu la raison !
- C'est complètement stupide. »

Quelques secondes encore...

« Dis toujours ! insiste la chatte. »

Enfin, Charlotte répond :

« Mon mec se trimbale un boulet au pied depuis l'enfance.
- Et c'est pour ça que tu veux te jeter dans le vide ? Tu n'as qu'à scier la chaîne !
- C'est pas à moi de le faire. »

L'animal tourne la tête vers la jeune femme.

« Qu'est-ce que tu entends par boulet ?
- Un parasite, un traîne-savates, un pique-assiette... un connard ! »

Elle a presque crié le dernier mot. A sa gauche, le goéland s'envole encore.

« Ça va mieux ? demande la siamoise. »

Elle est de nouveau tournée vers le Soleil. L'astre est descendu, presque à toucher la brume devenue rose-orangée. On dirait de la barbe-à-papa étalée sur la mer.

« Un peu, répond Charlotte. Tu sais, il existe des mecs tellement chiants qu'on en arrive à comprendre le meurtre. Incapable de gérer sa vie ; ça vient crier au secours quand ça se retrouve à la rue ; ça squatte ton salon ; ça se permet même d'inviter les potes sans ta permission tous les soirs. S'ils se contentaient de fumer la moquette, encore ! Ça se sert même de ton appart pour faire du biz !
- Du biz ?
- Du business ! Qu'est-ce que tu crois ? C'est un junkie ! Un dealer !
- Et ton mec, il se drogue ?
- Non ! Enfin, il a fumé de l'herbe, dans sa jeunesse. Mais là, il est en train de reprendre le bédo.
- Le bédo ?
- Le haschich ! A cause de son pote.
- Mais flanquez-le dehors !
- Ah, non ! C'est un ami d'enfance ! »

Le Soleil plonge dans la brume. Charlotte écoute le grondement des vagues, le chant des goélands... De temps en temps, les embruns continuent de rafraîchir son visage. La chatte dit enfin :

« Si tu en es à te jeter dans le vide, c'est à toi de mette ton copain devant un choix : son pote ou toi.
- Il choisira la personne qui lui a rien demandé, surtout si c'est lui.
- Alors vas-t-en ! »

Charlotte soupire. Dans un sanglot, elle murmure :

« Je survivrai pas sans mon mec. »

La lumière décroit. Il ne reste que la moitié du Soleil. Le ciel est en feu, du rouge au mauve. La barbapapa flamboie sur l'horizon. Charlotte reprend :

« Et maintenant, son pote veut emmener mon mec en teuf.
- En teuf ?
- En rave-party. Il va y avoir un teknival. Un gros, il paraît.
- Ces fêtes où on dresse des murailles d'enceintes dans les champs et où on danse sur de la musique techno ?
- C'est ça. Et où on se dépouille la tronche à n'importe-quoi jusqu'à se griller la cervelle.
- C'est un peu noir ! T'es déjà allée, en teuf ?
- Jamais. Mais on sait ce qui s'y passe ! Là, j'ai vraiment peur de perdre mon mec.
- Alors vas-y.
- Pardon ? »

Charlotte contemple l'animal, surprise.

« Il ira de toute façon, répond la chatte. Si tu veux pas le perdre, vas-y aussi. Sois son garde-fou.
- J'ai plus la force.
- Tu as plus de force que tu ne crois !
- Sans blague !
- Je ne serais pas là, sinon.
- T'es là parce que je suis folle !
- Tu ne le saurais même pas, si tu étais folle. »

Le Soleil a presque disparu dans la brume. Il reste juste un point rouge, qui s'évanouit à son tour.

« Et puis, reprend la chatte. Ça ne sert à rien de s'en faire une montagne d'avance. Partout, les choses peuvent prendre une tournure miraculeuse, même en teuf !
- Ça fait longtemps que je l'attends, le miracle.
- Justement, attends encore ! C'est rare les miracles. Ce serait dommage que tu saute maintenant alors qu'il y en a peut-être un qui t'attend là bas ! Si ça se trouve, ça ne sera pas du tout comme tu l'imagines !
- Et je me réveillerai au Paradis, c'est ça ?
- Pardon ?
- Non, rien... un bouquin que je suis en train de lire. »

A nouveau, la chatte contemple Charlotte.

« Vas-y, t'as rien à perdre. Et puis, regarde moi ! »

Charlotte tourne la tête vers elle, plongeant dans le regard noir de l'animal comme dans un abysse insondable.

« C'est une chatte qui parle qui te promet un miracle ! Tant qu'à être folle, fonce ! »

Un long silence s'installe. Les goélands ne sont plus que des ombres qui tournoient au-dessus des vagues. Dans le ciel s'allume une étoile, puis deux...

« D'accord, décide enfin Charlotte. Et advienne que pourra ! »

Elle se lève, tourne le dos à la falaise... devant elle se dressent les dunes bretonnes, couvertes d'ajoncs, bordées d'une double palissade en planches disjointes qui l'invitent à prendre le sentier du retour à la vie ordinaire ; à son train-train quotidien de Cendrillon des camés. Une vie à préparer la défonce d'autrui sans consommer elle-même.
Et si j'essayais ? se dit-elle.
Non ; jamais !
Plutôt crever !

Boulot-dépouilloir-dodo.

« Tu viens, demande-t-elle par-dessus son épaule ?
- J'ai à faire, répond la chatte. Mais on se reverra !
- Si tu le dis ! »

Charlotte fait quelques pas sur les rochers.

« Attend ! La rappelle la siamoise. »

La jeune femme se retourne :

« Quoi ?
- Le bouquin que t'es en train de lire... »

La chatte aussi s'est levée. Elle s'éloigne du bord de la falaise, dans une autre direction.

« Je me suis réveillé au Paradis ? demande Charlotte.
- Oui ! »

A son tour la siamoise tourne la tête vers la jeune femme :

« Prends-le avec toi !
- Quoi, en teuf ? Tu crois que j'aurai le temps de lire ?
- Je ne sais pas. Mais prends-le quand-même. »

Pendant un instant, elles se regardent, immobiles.

« Fais-moi confiance, insiste la chatte ! Prends-le ! »

Vers l'Est, le ciel bleu sombre est déjà piqueté d'étoiles. Un miracle, rien que ça ! Un conte de fée... ou un rêve absurde. Charlotte n'est pas encore décidée.

« D'accord, répond-elle quand-même. Je l'emmène.
- Porte toi bien ! »

Charlotte et la chatte siamoise se séparent.
La nuit est tombée...

Un goéland vient se poser sur la falaise.


A suivre...

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Re : Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 4 : Charlotte
« Réponse #4 le: 21 Février 2013 à 21:24:16 »
Heu...

Youhou !... Houhou !... Houhou !... Houhou !...

Y'a quelqu'un ?... A quelqu'un ?... A quelqu'un ?... A quelqu'un ?... :-¬?

Hors ligne Kerena

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Re : Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 4 : Charlotte
« Réponse #5 le: 22 Février 2013 à 00:29:32 »
Non.

Réclamer les commentaires, c'est pas correct. On viendra lire quand on en aura envie.
Je crois qu'il y a dans le coeur des hommes une place créée pour l'émerveillement, une place endormie qui attend de s'épanouir ~ Les Aventuriers de la mer


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Re : Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 4 : Charlotte
« Réponse #6 le: 22 Février 2013 à 01:27:14 »
N'empêche, avoue que c'est marrant, présenté comme ça  ^^ du coup, je n'aurais pas pu le mettre ailleurs, ce serait un peu tombé à plat.

Et puis, je me sentais juste un peu seul, merci d'être venue, ça va mieux. :-¬?
« Modifié: 22 Février 2013 à 01:48:56 par EriG »

Hors ligne Mnemosyne

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Re : Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 4 : Charlotte
« Réponse #7 le: 22 Février 2013 à 01:57:10 »
Bon, j'ai lu et relu, ça ne m'inspire rien.
C'est soporifique.
N'y vois rien de méchant.
Une femme avertie en vaut deux.

"Toute l'écriture est de la cochonnerie (...) Toute la gente littéraire est cochonne", Artaud.

Hors ligne Freakazoid

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Re : Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 4 : Charlotte
« Réponse #8 le: 22 Février 2013 à 09:41:01 »
Oula, on se calme. Le type s'inquiète de ne pas avoir du tout de réponses sur son texte après quasiment une semaine. Quand on est impatient de partager quelque chose, on espère que ce ne sera pas une bouteille à la mer. Donc...



Euh... Enfin bref, zaurez compris l'idée !

Bon alors, comme promis, je viens de lire le texte. J'avoue que c'est pas forcément mon genre de lecture. Je suis plutôt terre à terre donc je suis généralement insensible aux trucs trop abstraits (je suis un peu trop bourrin).
Mais là, j'ai plutôt accroché. J'ai trouvé ça sympa à lire, y a de bonnes pointes d'humour, notamment avec le chien :) ! Et du coup, j'ai quand même bien envie de savoir exactement ce qui arrive à notre protagoniste principal : serait-il le petit copain de Charlotte qui vient de reprendre le bédo ?

Hors ligne EriG

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Bon, j'ai lu et relu, ça ne m'inspire rien.
C'est soporifique.
N'y vois rien de méchant.

T'inquiètes, je n'y vois rien du tout ; tu es la seule dont l'avis ne m'intéresse plus.


Oula, on se calme. Le type s'inquiète de ne pas avoir du tout de réponses sur son texte après quasiment une semaine. Quand on est impatient de partager quelque chose, on espère que ce ne sera pas une bouteille à la mer. Donc...

Bon alors, comme promis, je viens de lire le texte. J'avoue que c'est pas forcément mon genre de lecture. Je suis plutôt terre à terre donc je suis généralement insensible aux trucs trop abstraits (je suis un peu trop bourrin).
Mais là, j'ai plutôt accroché. J'ai trouvé ça sympa à lire, y a de bonnes pointes d'humour, notamment avec le chien :) ! Et du coup, j'ai quand même bien envie de savoir exactement ce qui arrive à notre protagoniste principal : serait-il le petit copain de Charlotte qui vient de reprendre le bédo ?

T'inquiètes aussi, je ne m'inquiétais pas tant que ça de ne voir personne ; j'ai juste vu un truc marrant à mettre là et pas ailleurs. De plus, je savais que tu allais passer aujourd'hui, il fallait donc que je me dépêche de le mettre avant que ça tombe à plat. Par ailleurs, il faut reconnaitre que les milieux littéraires sont toujours aussi prout-prout coincés, voire tristes. Vive la tradition orale, les ménestrels et les troubadours, qui s'efforceront toujours de décoincer les scribes.

Quant-au texte, merci. Il ne s'agit pas tant d'abstractions que du délire d'un narrateur complètement défoncé en teuf. Tu découvriras plus tard qui est Charlotte. Si j'ai réussi à t'accrocher, tant mieux, maintenant, on commence une nouvelle histoire pour détourner l'attention. Au cas où tu te poserais la question, il y a un lien entre les deux (voire même avec une troisième qui apparaîtra ensuite), mais que tu découvriras plus tard.

J'ai prévenu que je démarrais un projet long, donc...
« Modifié: 22 Février 2013 à 12:08:24 par EriG »

Jon Ho

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Re : Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 4 : Charlotte
« Réponse #10 le: 22 Février 2013 à 12:29:46 »
S'il n' a pas grand monde, c'est peut être un signe...  :-¬?
Je trouve ça bizarre cette manie de réclamer des commentaires et t'es pas le seul.
C'est rébarbatif au possible. On a le sentiment du coup d'être des profs à l'école  :mrgreen:

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S'il n' a pas grand monde, c'est peut être un signe...  :-¬?
Je trouve ça bizarre cette manie de réclamer des commentaires et t'es pas le seul.
C'est rébarbatif au possible. On a le sentiment du coup d'être des profs à l'école  :mrgreen:

Comme je viens de le dire,

j'ai juste vu un truc marrant à mettre là et pas ailleurs.

Déridez-vous, un peu, c'est votre attitude y'en a marre qui devient gonflante, quand on veut juste rigoler un peu.

Jon Ho

  • Invité
Re : Je me suis réveillé au Paradis ; Les Raves..., chapitre 4 : Charlotte
« Réponse #12 le: 22 Février 2013 à 12:42:52 »
Apparement t'es un peu le seul à trouver ça drôle, on doit pas avoir le même humour.  :mrgreen:
Et franchement on n'est pas du tout ridés.
Après si tu nous trouve gonflants tu sais cde qu'il te reste à faire ?  ;)

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Apparement t'es un peu le seul à trouver ça drôle, on doit pas avoir le même humour.  :mrgreen:

Ca c'est très fort : parce que toi, tu n'as pas aimé, tous les autres feront évidemment pareil. Logique !  >:D J'ai pourtant bien l'impression que ça a fait rire Freakazoid.

Citer
Après si tu nous trouve gonflants tu sais cde qu'il te reste à faire ?  ;)

C'est aussi vrai dans l'autre sens, camarade !  :-¬?

Et pis non... pars pas ! C'est gentil d'avoir répondu à mon appel  :D !
« Modifié: 22 Février 2013 à 13:26:52 par EriG »

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L'Homme qui courait après sa Chance, Chapitre 1 : Sors de mon Auge !


Un nuage rampe sur le ciel. Blanc, solitaire, il évolue comme une île ; son mouvement se distingue à peine. Sur une toile d'un bleu immaculé, il dessine des portraits. Un loup s'étire jusqu'à devenir un serpent... lentement... puis se tasse, se dote d'une carapace et se change en tortue.

Loin sous ses pattes, un homme rêvasse, allongé dans l'herbe. Étendu sur le dos, les bras en croix... seul son visage bouge. Son regard poursuit le nuage en coton au fil de ses métamorphoses. C'est un regard noir ; ses yeux, ses cheveux, sa barbe, sa fureur... tout est noir. Ses tempes frétillent au rythme des crispations de sa mâchoire. Il est étendu jambes écartées sur un lit d'herbe mêlée de pâquerettes et de fleurs de pissenlits dont l'arôme sucré fait frétiller les moustaches. Braies et chemise déchirées, ses guenilles en lambeaux bruns font tache au milieu de la clairière en fleur.
Il est pieds-nus !

Depuis les arbres, tout autour, l'herbe se met à frémir. Elle trace des sillons vers l'homme étendu dans les fleurs. Asynchrones, les trajectoires traversent des par-terres de boutons d'or, s'arrêtent, repartent et se rapprochent de lui. L'homme est sale, la plante de ses pieds couverte d'une semelle calleuse... Les pâquerettes frétillent entre ses jambes. Il reste immobile. Quelque-chose passe entre ses genoux...
Tout autour de lui, de longues paires d'oreilles se déplient dans l'herbe. L'une après l'autre. Grises, blanches, noires... il y en a de toutes les non-couleur, et même quelques brunes.

Tout à coup, une boule de poils jaillit entre les cuisses de l'homme. Elle atterrit sur son ventre... ou plutôt, elle disparaît dedans. Seules dépassent ses grandes oreilles. L'homme a eu juste un bref sursaut du torse et des jambes. Doucement, il lève la tête vers ces nouveaux appendices qui jaillissent de sa poitrine. Une légère brise vient caresser ses longs cheveux noirs et sa barbe en broussaille.
Longues, grises, l'intérieur molletonné de fourrure blanche... ce sont bien des oreilles. De toutes petites pattes blanches viennent se poser sur les premières côtes de l'homme. Les oreilles montent ; une tête se hisse... un oeil tout noir se plonge dans son regard.

« Ça, rumine l'animal d'une voix accélérée, c'est ce qui s'appelle avoir le ventre creux ! »

L'homme ne voit qu'un museau et des moustaches qui frétillent dans une touffe de poils blancs. Il repose la nuque par-terre. D'une poussée sur ses pattes avant, le lapin saute sur la poitrine de l'homme.

« Salut ! lance-t-il. »

Pas de réponse. Là haut, le nuage dans le ciel est presque au zénith. La carapace de tortue est en train de fondre. Des oreilles de lapin poussent lentement sur sa tête.

« Eh ! Je te parle ! insiste l'animal. »

L'homme relève doucement la tête :

« Laisse-moi, t'existes pas !
- Sympa ! réagit le lapin en penchant la tête sur le côté. »

Sans quitter l'homme des yeux, ils s'écrie :

« Eh, les mecs ! Vous savez la nouvelle ? J'existe pas ! »
   
Tout autour, des têtes de lapins surgissent des hautes herbes et des bouquets de pâquerettes. Des bouilles aux oreilles plus ou moins grandes, grises, noires, brunes... elles ruminent dans leurs moustaches de leur petites voix accélérées :

« Ça alors...
- Quelle impudence !
- C'est pas permis d'être rongé à ce point là !
- Coupons-lui les oreilles ! »

Plusieurs d'entre eux se rapprochent. Un gros mâle noir tend une patte en avant et scande :
   
« On va te caresser le pompon, tu vas voir ! »

L'homme reporte son attention vers le premier lapin sur sa poitrine.

« Qu'est-ce qui se passe, là ?
- C'est marrant, répond l'animal ; j'allais te poser la même question ! »

L'homme réfléchit un instant, puis :

« Comment ça ? »

Le lapin se penche jusqu'à lui toucher le nez du museau. D'une halène chargée de nectar de fleurs, l'animal souffle :

« Qu'est-ce que tu fous allongé dans notre assiette ?
- Réponds, sinon, on change de régime ! menace l'un des autres lapins. »

L'homme balaie la clairière des yeux. Des dizaines de lapins s'approchent, sortant des bois alentours. Les défiant du regard, il s'écrie :

« Allez-y ! »

La forêt répercute son cri dans un écho ténu.

« Ça tombe bien, j'attends la Mort. »

Un ange passe. Là haut, le nuage a dépassé le zénith ; il nage droit vers le Soleil. L'homme s'écrie :

« Allez-y ! Qu'est-ce que vous attendez ? Bouffez-moi ! Dépêchez-vous, avant que le magasin ferme ! Vous avez vu ? La boucherie est en liquidation totale ! »

A nouveau ; l'écho, puis le silence... ou presque. Autour de la clairière, les arbres soufflent leur chant ; le vent se lève. On entend bourdonner les moustiques, mouches et autres insectes volants. Un gros bourdon s'approche, semble décider qu'il n'y a rien à voir et s'en va. Une tourterelle risque un roucoulement, au loin. Le lapin gris se relève. Il prend une grande inspiration, retiens l'air un instant, puis :

« OK ! s'exclame-t-il en expirant. On est partis de la mauvaise patte. »

Il jette un coup d’œil vers ses camarades, puis :

« Écoute, heu... tu sais quoi ? On recommence : Salut ! Moi, c'est Bob.
- Moi aussi ! réagit l'un des autres.
- Moi pareil, je m'appelle Bob ! s'exclame un troisième. »

Soudain tous les lapins chantent en cœur :

« On s'appelle tous Bob ! »

Au bout de quelques secondes, l'homme répond :
   
« Moi, c'est Job !
- C'est joli, Job ! répondent les lapins dans un parfait ensemble.
- Merci.
- Et alors, heu, reprend le premier, qu'est-ce que tu fous dans notre assiette ? Mes co-lapins et moi sommes absolument contrits de te déranger dans ta sieste, mais puisqu'elle promet d'être infinie, on aimerait régler la question maintenant ; t'es en train de pourrir nos fleurs !
- Oh, réagit l'homme en se redressant sur un coude. »

Le lapin se laisse glisser dans l'herbe.

« Désolé, s'excuse Job ! Je savais pas !
- Quoi ! s'étonne le lapin en s'époussetant. »

Un petit nuage de poussière s'échappe de sa fourrure. Il reprend :

« Tu savais pas que les lapins aiment les fleurs ou t'as oublié à quel point tu pues ? »

Levant le bras l'homme renifle sous son aisselle. L'animal continue :

« Tu t'es roulé où, pour être sale à ce point là ? T'as ruiné tout un par-terre ! »

Le lapin inspecte les fleurs écrasées, derrière Job...

« C'est les jardinières qui vont être contentes !
- Les jardinières ?
- Les jardinières, les butineuses, tu les entends pas bourdonner autour de toi ? »

L'homme balaie à nouveau la clairière du regard. Tout autour, de leur danse expressive, des abeilles échangent quelque secrets entre elles. De ci, de là, un gros bourdon déambule de fleur en fleur.

« J'ai marché, répond Job dans un soupir. Longtemps. »

Ramenant ses pieds nus sous lui, il s'assoit en tailleur face au lapin. Ses jambes traînent les lambeaux de ce qui fut un pantalon en toile de lin, encore accrochés comme des franches à un bermuda. Les restes d'une vieille chemise pendent par-dessus ses épaules.
   
« J'ai visité bien des lieux. »

Assis sur son arrière-train, le lapin lui demande :

« C'est bien joli, tout ça, mais pourquoi tu marches ? »

L'homme réfléchit un instant, puis répond :

« Je fuis.
- Tu fuis quoi ?
- La malchance. »

Les autres lapins se sont rapprochés. Ils sont en train de s’asseoir à leur tour, derrière le premier. L'un après l'autre, des plus petits devant aux plus grandes oreilles dans le fond ; un auditoire se compose.

« Vas-y ! l'encourage le premier en se couchant à son tour. Raconte ! Ici, on aime bien les histoires. »


A suivre...
« Modifié: 22 Février 2013 à 14:47:04 par EriG »

 


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