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04 Juillet 2026 à 14:45:13
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Elle attend sa fille

Auteur Sujet: Elle attend sa fille  (Lu 1396 fois)

Hors ligne nanettevitamines

  • Tabellion
  • Messages: 42
Elle attend sa fille
« le: 22 Septembre 2013 à 07:57:12 »
Bonjour, voici le numéro 20 de mon recueil sur la maternité. Avec ses 3 700 caractères cela en fait un des plus longs.
Je vous le propose à la lecture et comme beaucoup d'entre vous sont odieusement jeunes j'espère qu'il aura des vertus pédagogiques (au moins)  :-[

   Elle attend, dans la pénombre, assise sur son lit. L'oreiller est calé contre le mur glacé.
Elle attend dans la nuit, elle attend depuis de longues minutes.
Elle a dit « D'accord ». 
Elle a dit « Oui, c'est les vacances. D'accord »
Elle n'a jamais pensé « D'accord ». Elle l' a dit parce qu'à, un moment, il n'y a plus que ça à dire : « D'accord ».
Elle a parlé de confiance. Elle a rappelé les limites.
Sa fille est sortie, belle, toute parée de ses seize ans, de sa grâce naturelle avec juste un peu de mascara et de gloss.
Depuis la fenêtre, elle l'a regardé relever ses cheveux, rire avec ses amis.
« C'est bien de son âge. »
« D'accord. »
L'heure est passée, le portable ne répond pas. Elle a beau savoir, la musique trop forte, le vacarme des rires, des cris et du désir.
Elle a beau savoir qu'elle a raison d'avoir confiance en son enfant.
Elle frémit, seule encore éveillée dans la maison.
Elle regarde les chiffres rouges du radio-réveil, comme elle le faisait, il y a seize ans, entre chaque contraction, seule éveillée dans la maison.
Elle fait des paris, comme ceux de l'enfance.
Si je ferme les yeux une minute pleine, elle va ouvrir la porte.
A la troisième voiture que j'entends passer dans la rue, elle sera là.
Je compte jusqu'à 120, très lentement, sans me tromper et elle sera là.
Rien n'y fait.
Des larmes amères coulent jusque dans son cou, sans bruit.
Soudain, elle se souvient.
C'était l'été, la fin du bac français.
Sa mère, à elle, avait dit « D'accord ». 
Elle avait dit « Oui, c'est les vacances. D'accord »
Elle non plus n'avait jamais pensé « D'accord ». Elle l' avait dit parce qu'à, un moment, il n'y a plus que ça à dire : « D'accord ».
Elle aussi avait négocié. Elle avait parlé de confiance. Elle avait rappelé les limites.
Peut-être l'avait-elle regardé s'éloigner dans la rue, arranger ses cheveux ?
Qu'elle était maquillée à l'époque, qu'elle semblait excentrique !
Bien plus rebelle que sa fille, bien plus fragile aussi.
Puis ça avait été la boîte, son tumulte.
La musique trop forte, le vacarme des rires, des cris et du désir.
Elle avait oublié, simplement, oublié l'heure. 
Elle n'y avait plus prêté attention : l'été de ses seize ans !
Elle était rentrée à l'aube. Elle n'avait rien fait de mal si ce n'est embrasser un garçon qui sentait la bière et la transpiration.
Elle avait juste oublié l'heure. Juste oublié l'heure.
Quand elle avait poussé le portail métallique, elle avait tout de suite vu le salon éclairé.
L'aube était encore si fragile.
Tout en haut de l'allée, elle avait vu, derrière la baie vitrée, sa mère, dans un vieux pyjama, les cheveux défaits. Elle fumait en passant l'aspirateur.
Elle avait l'air si concentrée, elle regardait intensément chaque fibre de la moquette blanche. Même de si loin, on voyait la rage qui l'animait, elle écrasait la poussière, les miettes et les poils du vieux labrador.
Elle avait dû dormir sur le canapé : un plaid écossais y était roulé.
Le téléphone tout à côté et son répertoire rouge était ouvert, près du combiné.
Elle avait soudain compris ce qu'elle avait fait.
Elle avait oublié l'heure.
Cela n'avait pas le même sens pour elles.
Toute la nuit sa mère était restée éveillée.  L'oreiller calé contre le mur glacé.
N'y tenant plus, elle avait appelé la police, les hôpitaux. Elle avait sorti de leur sommeil tous les parents de ses amis.
Dans l'allée, dans cette aube fragile, la honte la saisit.

Cette nuit, seule éveillée dans la maison, elle est ses seize ans, elle est ses quarante.
Elle est cette femme, elle est cette fille.
Entre la honte et l'angoisse.
L'oreiller calé contre le mur glacé.

Elle entend, enfin, le bruit de la clé dans la serrure.

Hors ligne Sixte

  • Troubadour
  • Messages: 362
Re : Elle attend sa fille
« Réponse #1 le: 22 Septembre 2013 à 11:41:11 »
Hello,

Du coup, comme j'ai lu le premier, ça m'a donné envie de continuer avec celui-là.  ^^

Pareil que l'autre, ton style est très fluide, sans accrocs, ça se lit bien

Citer
Dans l'allée, dans cette aube fragile, la honte la saisit.
l'avait saisie, non ? tu racontais au p q p, avant

Citer
Cette nuit, seule éveillée dans la maison, elle est ses seize ans, elle est ses quarante.
j'ai dû relire la phrase, la formulation est chelou (enfin, j'imagine que c'est exprès  :mrgreen: mais je ne la trouve pas très jolie)

je trouve que les retours à la ligne passent mieux dans celui-ci, mais pareil, il y a des endroits où je ne vois pas trop l'intérêt, et où ça donne une écriture un peu hachée, genre :
Citer
Elle avait oublié l'heure.
Cela n'avait pas le même sens pour elles.

Sinon, sur le fond, il me fait assez penser à l'autre (et pas seulement parce que c'est le même thème), ça décrit une mère très peu indépendante de sa fille, ça ne me parle pas vraiment... Après, c'est peut-être parce que je suis odieusement jeune  :P Si elle flippe tant que ça à l'idée que sa fille ne rentre pas à l'heure, autant ne pas lui en donner, comme ça, elle est sûre de ne pas s'inquiéter  :huhu:

Ah, et sinon, j'aime bien l'image de l'oreiller calé contre le mur glacé, et le fait que tu la répètes plusieurs fois.  ^^
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Hors ligne Musyne

  • Prophète
  • Messages: 638
Re : Elle attend sa fille
« Réponse #2 le: 22 Septembre 2013 à 14:10:15 »
Bonjour Nanette,

J'aime bien le style de ces textes que tu prépares pour ton recueil, ce "elle" qui représente tant de mères, à la fois désincarné et si personnel. Ça a vraiment son charme. J'aime moins le titre de celui-ci, qui est peut-être trop terre à terre par rapport à ton style presque poétique.

Mes petits points relevés :

Citer
Elle l' a dit parce qu'à, un moment, il n'y a plus que ça à dire
Il y a une virgule en trop (la première) et je trouve la phrase un peu lourde, trop de "que" : tu peux alléger ?

Citer
de sa grâce naturelle avec juste un peu de mascara et de gloss.
De sa grâce naturelle relevée par/réhaussée par, autre... "avec juste" c'est pas gracieux, je trouve  :P

Citer
elle l'a regardé
Elle l'a regardée

Citer
Elle aussi avait négocié.
J'enlèverais le "aussi".

Citer
l'avait-elle regardé
Regardée

Citer
Elle avait oublié, simplement, oublié l'heure. 
J'enlèverais la seconde virgule, pour plus de fluidité.

Citer
Elle entend, enfin, le bruit de la clé dans la serrure.
Alors, question de sensibilité perso, mais j'enlèverais la dernière phrase. Je resterai sur l'attente, parce que c'est ce sentiment qui fait ton texte.

J'ai lu l'autre aussi, sans pour autant poster en réponse car tu avais déjà pas mal de bons conseils et de relectures, mais sincèrement, c'est vraiment sympa :)

Hors ligne Aquarelle

  • Aède
  • Messages: 233
Re : Elle attend sa fille
« Réponse #3 le: 22 Septembre 2013 à 21:44:29 »
Bonsoir !

Le texte se lit facilement et retranscrit plutôt bien le sentiment d'attente et l'inversion des rôles.
Après je n'ai pas non plus accroché plus que ça, disons que ma lecture a été agréable mais ne m'a pas non plus beaucoup touchée. Mais ça doit être une question de goûts et impressions personnels.

Hors ligne Moyen Moyen

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 184
  • Appelez-moi Moy
    • Expericulum
Re : Elle attend sa fille
« Réponse #4 le: 23 Septembre 2013 à 10:36:04 »
Bonjour,

C'est le premier texte que je lis de toi et je l'ai trouvé très bien.
J'aime l'équilibre de ton écriture tout à la fois poétique et factuelle, légère et pertinente.

Ca me parle aussi même si je suis un père... d'ailleurs on se demande où il est lui pendant ce temps là?

J'aurais bien aimé que tu pousses plus loin l'analogie avec ce qu'on imagine être la nuit de l'accouchement.

Mais c'est bien comme ça aussi, c'est un beau texte, bravo.
Si tu veux tout savoir, moi aussi.
Jette-lui la pierre dans le doute.
Les grandes choses sont celles qui ne s'achètent pas.

Hors ligne nanettevitamines

  • Tabellion
  • Messages: 42
Re : Elle attend sa fille
« Réponse #5 le: 23 Septembre 2013 à 14:29:43 »
Salut Aquarelle,

Je comprends tout à fait ton impression. Je me coupe d'une grande partie du lectorat en abordant ce thème et la forme aussi renforcé ce défaut !
Merci de ta lecture.

Moyen moyen, tu soulignes là une limite du texte et du recueil. J'ai pris un parti, celui de me centrer sur la mère à l'exclusion de tout autre personnage. Le père est relégué à un rôle de figurant quand il apparaît. C'est bien loin de ma conception de la parentalite
 ! J'ai peur que cela empêche le recueil de fonctionner. Je m'interroge ...

Hors ligne Moyen Moyen

  • Grand Encrier Cosmique
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  • Appelez-moi Moy
    • Expericulum
Re : Re : Elle attend sa fille
« Réponse #6 le: 23 Septembre 2013 à 15:05:53 »
J'ai peur que cela empêche le recueil de fonctionner. Je m'interroge ...

 :o Ah non ça n'est pas à ce point!

C'est juste mon ressenti et l'expression d'une susceptibilité mal placée.

Tu sais quand j'entends en réunion parent/prof les mères de familles se marrer avec l'instit de mon fils au sujet de tout ces pères incapables de cuire un oeuf ou de faire une lessive.. Je sais bien que cette généralisation est plus que fondée mais elle me heurte et j'en conçois une certaine amertume.

Du coup je suis à l'affût mais ne va surtout pas inclure un père dans ton recueil pour "faire plaisir à tout le monde"... Même si "figurant" c'est dur quand même   :D
Si tu veux tout savoir, moi aussi.
Jette-lui la pierre dans le doute.
Les grandes choses sont celles qui ne s'achètent pas.

Hors ligne nanettevitamines

  • Tabellion
  • Messages: 42
Re : Elle attend sa fille
« Réponse #7 le: 23 Septembre 2013 à 18:40:26 »
Je suis tout à fait d'accord avec toi. Je suis prof, je sais le peu de cas qu'on fait des pères et la pression considérable qu'on fait porter aux mères qui seraient mieux secondées voire "allégées" si on laissait la liberté aux hommes 'être père.
Ps Il(s) en a (ont) de la chance ce (ces) petits !

 


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