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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Vita, plastic omnium (defi)

Auteur Sujet: Vita, plastic omnium (defi)  (Lu 1318 fois)

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Vita, plastic omnium (defi)
« le: 26 Juin 2013 à 12:29:06 »
Azuranonyme m'a défié de conter l'histoire d'un sac qui fera tout pour éviter la décheterie.
Voici le résultat :)



Comme la globalité des objets manufacturés, le Sac avait une existence, et une conscience, toutes deux définies par l'environnement humain qui l'avait conçu et créé.
Comme ses congénères, il était né enchainé à ses pairs. Puis, on l'avait enroulé, scotché au bout de la spiral, et entreposé sur le rayonnage d'une grande surface.
Comme la plupart des produits du magasin, il passa devant le laser de la caisse, et fut échangé en contrepartie de quelques pièces.

Le Sac était en début de file. Il fut donc rapidement détaché du peloton, avant même d'arriver chez son propriétaire. Il entendit qu'on parlait de lui :
- Ah... bin c'est trop tard en fait, j'en ai plus besoin... merci quand même !
Il perçu alors la poigne l'enserrant au coin se desserrer doucement. A cet instant où on le lâchait au gré du vent, lui apparurent ces idées de liberté qui nous font courir les rues sans raison. Il se jura alors de ne jamais s'arrêter, de s'émanciper de sa fonction afin de contempler le monde sous un œil neuf.

Il roula donc dans les ruelles ; il s'envola au-dessus des toits, les jours de grand vent ; il se calfeutra dans des recoins abrités lorsque la nuit tombait. Il vécut ainsi jusqu'à ce qu'on le ramasse, et quand le moment arriva, il se demanda avec appréhension si on ne le remettait pas sur les rails de son existence révolue. Heureusement pour lui, l'individu ne chercha nullement à se débarrasser de lui en même temps que ses déchets. Ceux-ci n'étaient d'ailleurs pas légion, et pour cause : le sans abri cherchait uniquement un récipient pour transporter ses quelques effets personnels.
Tous deux vécurent ainsi tout le long de l'été, se promenant d'un squat à l'autre. Le mendiant lui apportait d'une manière assez paradoxale une existence de luxe, le destituant de sa fonction au profit d'un usage alors perçu comme plus noble que la contenance brève de détritus.
D'ailleurs, le Sac sentit rapidement les limites de son existence, prévues et calculées dans l'éphémère, le jetable. L'aspect lisse et brillant de son plastique se dégrada. On pouvait alors observer des plis blanchis par le poids des objets qu'il avait véhiculé, et il y avait bien longtemps que son possesseur avait perdu la petite ficelle sensée le nouer à son destin.
C'est ainsi qu'il se prit à rêver d'un avenir de choix, songeant sans cesse à sa réorientation contextuelle. Il se voyait voyager, contenant les plus fabuleux trésors qu'il y avait à transporter.

Hélas, un évènement inattendu se produisit à l'automne. Lui qui était en confiance avec son utilisateur fut atterré un jour de pluie où l'humain vint l'éventrer en trois points pour s'en faire un pardessus étanche à l'eau.
Ses rêves et ses cauchemars s'envolèrent alors qu'il remarquait que plus jamais on aurait à le considérer comme un contenant. Alors il travailla à se complaire de sa nouvelle fonction, et lorsque le temps se faisait aussi gris que lui, il s'attela à transformer les gouttes de chagrin perlant sur son être en un torrent de satisfaction, des larmes de joie.

L'hiver arriva, et avec lui une neige comme on n'en voit que rarement. Idéale pour les batailles de boules, la neige attira bien tôt les skieurs dans les stations.

Le mendiant avait une âme au moins aussi généreuse que toutes celles qui l'avaient maintenu en vie jusqu'à aujourd'hui.
Par une journée ensoleillée, il en vint à se retrouver en haut d'une ruelle peu fréquentée par les usagers de la route, et dont la pente offrait  à une poignée d'enfants une piste de choix pour faire de la luge.
Au travers des cris de joies et des glissades intempestives, le mendiant et le Sac aperçurent un jeune qui ne s'amusait pas.
'- Et bien alors mon petit, tu ne joues pas avec les autres ?' demanda-t-il avec un ton qui se voulait moins effrayant que son accoutrement de lambeaux.
'- J'ai pas de luge et personne ne veut me prêter la sienne...'
Vous devinez la suite : ôtant son poncho improvisé, le mendiant tendit le Sac au gamin qui, d'un léger écarquillement d'yeux, comprit immédiatement la nature du geste. Se satisfaisant du sourire de l'enfant, le mendiant disparu, laissant le Sac à son nouveau propriétaire qui lui insufflait lui aussi une nouvelle vie, à l'opposé de son sanctuaire personnel, une vie de poubelle qu'il ne pourrait jamais assumer.

Il glissa donc, et glissa jusqu'à l'écœurement du môme, qui le ramena finalement chez lui.
'- Qu'est-ce que c'est que cette horreur !', beugla une voix maternelle lorsqu'il eut retrouvé la chaleur de sa maison. 'Cours vite me mettre ça à la poubelle, c'est dégueulasse ! Où as-tu trouvé cette saleté ?'
L'enfant docile s'exécuta sans un mot, et le Sac se retrouva lui-même dans un sac, sous l'évier de la cuisine. Inquiet, il passa la nuit à se questionner sur son avenir, avant que quelqu'un s'empare enfin du sac, le ferme et le jette à la poubelle.
Sentant sa fin proche, coincé dans le ventre de son frère, il attendit les éboueurs et leur camion, qui passèrent quelques jours plus tard.

Les humains qu'il avait rencontré avaient détourné son existence, lui faisant ainsi perdre la confiance en son chemin.
A présent prisonnier, il ne pouvait que redouter, craindre le lieu icône, le temple de son existence. Alors que le camion fonçait jusqu'aux portes de l'enfer, il se prit à vouloir, à espérer l'inattendu qui le ferait choir de son funeste destin.
Qui l'entendit ? Il n'en sut rien. Toujours est-il qu'une secousse fit basculer son conteneur, qui sauta hors de la benne, et hors du pont que celle-ci traversait. A moitié éventré, le sac libéra le Sac, qui se mit à flotter dans l'eau au gré des courants maritimes. Il vogua alors, et ce durant plusieurs jours. Puis, il sentit des coups de bec et se retrouva plié, mâchonné, déglutit. Il s'étira de manière incommode dans l'anatomie d'une tortue de mer, prise de convulsions respiratoires, l'amenant à se gonfler, dégonfler à plusieurs reprises de moins en moins vigoureuses au fur et à mesure qu'il donnait la mort à l'animal.

Il fut repêché quelques jours plus tard, et extrait de son défunt hôte par l'équipage atterré  d'un bateau GreenPeace. Les matelots le roulèrent en boule, et il fut jeté une nouvelle fois à la poubelle.

Son existence touchait à sa fin, songea-t-il en remarquant les haut-le-cœur qu'il soulevait par son odeur cadavérique. Alors il se mit à espérer la mort. Il se remémora les épisodes de sa vie, et emplit d'une satisfaction qu'il ne s'avouait que par l'incongru des multiples usages qu'il avait endossé, il s'endormit avec le bercement du roulis de l'embarcation.

Comme la globalité des objets manufacturés, la Bouteille en plastique recyclé avait une existence définie par l'environnement humain qui l'avait conçue et créée...
« Modifié: 26 Juin 2013 à 20:57:45 par Dot Quote »
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Hors ligne Babataher

  • Troubadour
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Re : Vita, plastic omnium (defi)
« Réponse #1 le: 26 Juin 2013 à 13:35:25 »
Salut,
Bravo, mais un grand bravo pour cette imagination féconde!
Je n'ai pas fait attention aux fautes d'accord de temps( y'en a)
Emporté par l'aventure du bidule j'ai lu avec grand plaisir son histoire.
J'ai noté toutefois, l'absence de la durée de vie du machin.
Était-il biodégradable ou non.
La polémique entre utilisateurs et détracteurs
la commodité fut bien illustré mais les dangers réduits au seul méfait causé à une tortue.
Comme vous avez aussi occulté sa grande famille et surtout les corbeaux noirs qui hantent quelques paysages...
En tout cas un vrai régal, le défi a été relevé, encore une fois bravo et merci.
Au plaisir.
Une phrase n'est bien construite que si elle est écrite de telle manière que personne ne remarque qu'elle a été construite.

Hors ligne Freakazoid

  • Calliopéen
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Re : Vita, plastic omnium (defi)
« Réponse #2 le: 26 Juin 2013 à 14:22:56 »
Je travaille dans les déchets. Je ne sais pas si ça apporte du poids ou pas à ce que je vais dire, mais j'ai vraiment beaucoup aimé. Je me dis que, revu un peu, ça pourrait être une jolie histoire pour les enfants, quand j'organise des animations sur les déchets auprès des écoles. Naturellement, si ça devait se faire, je te demanderai l'autorisation ;) !

Hors ligne azuranonyme

  • Plumelette
  • Messages: 18
  • @azuranonyme
    • ShowYourself
Re : Vita, plastic omnium (defi)
« Réponse #3 le: 26 Juin 2013 à 18:38:26 »
Magnifique histoire rien a redire tu as parfaitement relevé le défie, j'ai faillit lâchez une larme quand le sac ce fait découper pour servir de pardessus. De plus tu l'as écrit en une journée félicitation.
Chaque chose a une place dans ce monde comme chaque Hommes possède sont propre avenir et l'on peux déplacer des choses comme on peu changer sont avenir en se prenant en mains !
Alors ? Qu'attendez-vous? Rendez-vous sur ShowYourself.

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Re : Vita, plastic omnium (defi)
« Réponse #4 le: 26 Juin 2013 à 21:01:34 »
Merci à vous,

B, Je ferai gaffe au temps,
F, Je ferai gaffe aux enfants et au adultes,
A, Je suis ravi de passer la barrière de ton jugement, et j'attends avec impatience ton texte,

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