L’ami
A terme que choisir... vivre sobre ou mourir,
Ou vivre au pied des gargouilles vilaines
Ce que tous les autres scandaient de désir,
Ou mourir à l’automne suivant sous le chêne.
Quelle peinture sauriez-vous dessiner maître ?
Comme hommage posthume, comme lettre d’adieu ?
De teintes noires, et d’ombrages champêtres ?
Ou de larmes suintant une foi de Matthieu ?
Au regard de celles qui vous font l’éloge,
Vous êtes l’ami, et l’apôtre, aussi le valet,
Au service de cette vanité tu dis que j’abroge,
Ces putains sans cœur, fans des bas quolibets.
Vos chagrins s’écrivent sur votre visage,
Un peu de malheur et tonne de tourments
Quelque fois une joie se montre en ombrage
Pour cacher deux facettes : paix, embrasement.
Je vous ai vu pleurer une fois en riant,
En chantant, en disant des calembours inédits
Et perdre du coup votre flegme mystifiant
A jamais à l’honneur de ces dames pourries.
Poupées maudites qui squattent vos faiblesses,
Elles sont le juge et l’arbitre et la voisine jalouse
Elles sont là maquillées de couleurs traitresses,
Elles sont là tuons les, comme de vulgaires grouses.
On ne les voit plus. Stop. Taisons leur récit,
Parlons-en de vous ! L’ami à sept branches,
Des hivers de spleens et d’automnes maudits
Des romans dévorés et des pulls sans manches.
Que dirai-je de cette toile que je n’ose profaner
D’un crachat sur le front ou d’une vue sans relâche,
Elle est belle de couleurs et d’images naufragées,
Elle dit tout sur vous, sans que cela ne vous fâche !
Continuez donc à colorier votre vie mon ami,
J’en ferai de même en vous couchant sur ces lignes,
Portant tantôt un béret puis une kippa du pays
A la main le chapelet, celui qui compte vos signes.
Nous ne disons jamais au revoir à l’ami,
Il est là proche à l’affût de nos souhaits,
Résistant aux ragots des couloirs infinis
Patientant sagement et me peignant en paix !
Alors au revoir l’ami, au règne des idoles
Notre dôme se fait large plein de clémence
Mais aussi du regard qui précède le viol,
Les vaincre en paix, en violence, et silence.