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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Quand un mineur remonte

Auteur Sujet: Quand un mineur remonte  (Lu 1017 fois)

Franck B

  • Invité
Quand un mineur remonte
« le: 02 Juin 2013 à 09:22:12 »
Parfois, dans ma gare de départ, vers une prospection hasardeuse, j'aime à imaginer rencontrer de belles personnes dans l'un de ses trains. Baignant dans une atmosphère stérile où le mauvais goût est absolument écarté, nous discuterions. Tout le wagon discuterait, la rame entière bourdonnerait. Et dans ce brouhaha, je te verrais. Une lumière, un indicateur. Un direct. Au fond de ma voiture, en queue de train, tu serais placée là, pièce que l'on ne manipule pas. Seule face à cinq places inoccupées. Les bras croisés, le regard oblique planté sur le couloir. Je m'approcherais, gauche. Jusqu'à. Mais, je suis là, pas bien assis, le dos rond, les bras croisés, le regard direct droit devant. Mes pieds. Ils s'accrochent. Il ne se passe rien. Aucun indicateur, aucun passage de niveau. Mes frères de fond, où êtes-vous ?
Attention au départ.
Nous nous en allons.

Parfois, aux Galeries, j'aime à imaginer rencontrer de belles personnes et j'en rencontre effectivement lorsque j’en franchis les portes. Une petite musique d’ambiance m’accueille. Je me dirige vers l’espace Homme. Comme c’est curieux, à destination, elles se précipitent aussitôt sur moi. Nous entamons alors la conversation. L'une des vendeuses s'enquiert de mes désirs, pendant que les autres se dispersent. Pris au dépourvu par autant d'intérêt, je tarde à répondre. D'autres clients entrent, elles reforment la troupe accueillante. La gentille dame persiste à vouloir satisfaire mes désirs. J'hésite, je ne retrouve pas mes habitudes vestimentaires dans cette échoppe. Elle insiste. Le Vichy est passé ; du goût du jour daté. L'uni m'irait à merveille, un bleu pers, sans aucun doute. Dans la cabine de déshabillage, je monte un spectacle. Je donne dans le ton. A chaque sortie de coulisse, elle s'exclame, à la limite des applaudissements. Comme cette coupe met en valeur votre silhouette, comme cette couleur souligne votre teint, etc., … Ma dame d'atour, ne soyez pas aussi catégorique dans votre avis, de la nuance, je vous gratifie. Je vais réfléchir. Ma grossièreté bel et mal tapis, héritée de là les butent ? – Dame oui !
Changement de cap.
Je n'achète pas.

Parfois, entre les murs d'une énième entreprise, en mission, j'aime à imaginer rencontrer de belles personnes parce que le professionnalisme épure. Chaque nouvelle expérience m'amène aussi sec à me demander si la prochaine sera aussi ennuyeuse et à oublier que je vais encore me faire carotte. Les gens m'accueillent avec cette indifférence inhérente à mon statut si peu enviable de saltimbanque permanent des lendemains incertains. J'entre, la façade a joué son rôle ; impressionnante et prévisible. Je me présente, on vient me chercher, « vous faîtes vite et bien », devant un énième plan de travail, je planche. Dix minutes se sont écoulées. Moi, le manipulateur de marteaux, je dois trier vis et écrous selon leur pas dans les tréfonds mystérieux de mes bacs. Autour de ma peine, les salariés de l'entreprise se retrouvent pour discuter entre eux du film de la veille. L’occasion de maintenir un lien social biaisé. Une histoire de militaire qui se rebelle contre sa hiérarchie et part en guerre contre le capitaine qui aurait violé et tué sa femme. Malgré des preuves accablantes, la grande muette protège son officier. En fait, il ne s’agissait aucunement d’un viol. La dame était consentante. Elle offrait ses charmes à qui y tombait. Dés lors, un sanglant affrontement souille la caméra à un rythme savamment calculé. La première victime étant l’épouse. Puis la caserne entière. La dame avait du charme. Durant les cinq dernières minutes, les gros plans s'attardent, alternativement, sur les deux protagonistes. Souffrance, regret, bang, balle, bing, arghhh. Les collègues se séparent non sans un certain émoi après avoir narré cette violence filmée. Chez nous la solidarité tenait de la plus élémentaire des fonctions vitales. Mes bacs, plus profond que des bassins olympiques, paraissent vides tant les tas alentours, plus haut que les terrils de ma région sinistrée, paraissent inatteignables. On ne me parle pas. La journée se termine. « Vous auriez pu faire un bac de plus. »

J'essaierai demain.
Au revoir monsieur.

Souvent, je me demande à quoi je sers. Quel est le mobile de ma présence ici ou là, demain et maintenant. Que serait la Terre sans moi dessus ? La même…

On dit qu'on a tous une présence utile
Mais moi…
Je n’avance pas
Je ne sers à rien
Je n’apporte rien à la société
J’ai eu une vie
J’ai eu un travail qui me tenaillait le cœur sans doute mais qui me procurait la certitude de vivre
Je n’ai pas fondé de famille
Je me sentais si bien en dessous, moi le bourge descendu bien bas !


Hors ligne Milora

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Re : Quand un mineur remonte
« Réponse #1 le: 02 Juin 2013 à 11:28:46 »
Salut,
C'est bien de la poésie, ou tu veux que je déplace dans les textes courts ?
Et n'oublie pas de référencer ton texte dans l'index des titres, stp ! ;) Merci d'avance.
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Kerena

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Re : Quand un mineur remonte
« Réponse #2 le: 02 Juin 2013 à 13:16:06 »
Et puis il faudrait aller te présenter dans la section correspondante, aussi...  :-¬?
Je crois qu'il y a dans le coeur des hommes une place créée pour l'émerveillement, une place endormie qui attend de s'épanouir ~ Les Aventuriers de la mer


Hors ligne Milora

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Re : Quand un mineur remonte
« Réponse #3 le: 02 Juin 2013 à 14:25:12 »
Ah oui, tiens. Effectivement, la première étape c'est la section des présentations ! ;)
Je verrouille ce fil d'ici là !
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

 


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