Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

03 Juillet 2026 à 18:43:59
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La colocation

Auteur Sujet: La colocation  (Lu 2709 fois)

Hors ligne Celiora

  • Tabellion
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    • Booky-boop
La colocation
« le: 26 Mai 2013 à 14:58:36 »
Il faut que vous sachiez que, moi, à la base, je dessine, je n'écris pas. J'adore dessiner des petites BD. Ainsi, les répétitions, la ponctuation (et même la conjugaison) n'ont pas vraiment d'importance...C'est donc la première fois que je tente de me forcer à écrire quelque chose "correctement". ... j'espère que ça vous plaira, n'hésitez pas à me faire remarquer tous les petits soucis du texte, je suis là pour ça !

ps: comme d'habitude ce texte n'a pas encore de fin ... ;).



Le ciel était finalement clair. Le souvenir des longues semaines de pluie venait d’être effacé par un unique rayon de soleil. Elle le voyait, là, au-dessus de sa fenêtre. Le soleil.
Elle se leva d’un bond et mécaniquement, enfila ses chaussons et se dirigea vers la cuisine. Cafetière, petite cuillère, café, feu, tasse, biscuits. Dès qu’elle entendit le café chanter dans la moka, elle éteignit le gaz et s’assit devant les montagnes. Une mer de toit  précédait une longue ligne de sommets. Cet appartement pouvait bien tomber en miettes, ce n’était pas important. Tant qu’elle verrait les montagnes, elle continuerait à payer la somme astronomique que lui demander mensuellement le propriétaire. L’odeur du café s’était infiltrée dans chaque recoin de la cuisine, une douce lumière dorée rentrait par la fenêtre qui laissait s’exposer un ciel encore rosé.
Des bruits dans le couloir lui rappelèrent qu’elle n’était pas seule. Elle partageait l’appartement avec un fantôme, ou plutôt, c’était l’idée qu’elle s’en était faite. Ania était sa colocataire russe. Elle l’avait aperçue les premières semaines mais très vite, elle ne s’était plus montrée. Une présence était là pourtant, elle en était sûre. La jeune enfant occupait bien l’appartement. Son manteau trônait à l’entrée, la vaisselle remplissait l’évier puis disparaissait dans la journée. De plus, le loyer était payé tous les mois.
Les tuyaux d’eau commencèrent à vibrer dans les murs fins. Le calme ambiant était rompu.
Elle n’était jamais allée frapper à sa porte. Finalement, ce silence, c’était précisément ce qu’elle voulait, non ? Puisque ça n’avait pas l’air de déranger la jeune slave, pourquoi changer la routine qui s’était installée dans le petit appartement du huitième étage de l’immeuble jaune ? Malgré sa propre argumentation, elle restait indécise sur la question. Après tout, ce n’était pas bien normal de ne rien connaître de la personne avec qui on vit tous les jours. Ce soir, elle tenterait de lui parler, de l’inviter à manger une pizza. ou au moins à boire un café.
C’est sur cette pensée qu’elle engouffra le dernier bout de biscuit dans sa bouche étroite, puis elle s’éloigna des montagnes pour aller se préparer. En passant dans le couloir, elle entendit l’eau couler dans la douche. A 7 :12 Ania sortirait et ce serait son tour.

A 7 :45, elle sorti, douchée, habillée, parfumée.
« Eh! Vous ! »
Elle sursauta. C’était la concierge au visage de poule.
« Oui, vous! Vous direz à vot’ copain d’arrêter de j’ter le papier dans la poubelle mixte! J’en ai marre d’avoir à vérifier tout t'après son passage ! »
Elle la regarda confuse. Un creux se fendit entre ses yeux
« Mm », elle hésita.  «Je pense que vous vous trompez sur la personne. »
-   Vou z’habitez bien au huitième-étage-escalier-B  avec un grand brun ?
La ride entre ses yeux s’accentua.
-   Oui, huitième étage. Oui, escalier B. Mais pas de grand brun chez moi. Pourtant, j’aimerais bien. » Plaisanta-t-elle pour alléger la tension imprimée sur la face d’oiseau de la concierge. « Moi, j’habite avec une petite blonde. Vous savez, Ania ?je vous l’ai présenté quand elle a emménagé ? »
Cette fois-ci, la petite ride de perplexité vint se creuser sur le visage rond. Elle admit s’en souvenir, observa la jeune femme puis rentra dans le local vitré qui lui était attribué sans ajouter un mot. Elle partit à son tour.

En rentrant en fin d’après-midi, elle vu de la lumière passer à travers la porte de la chambre d’Ania. Elle resta un moment devant. Il n’en provenait aucun son. Elle voulut parler de l’anecdote du matin avec la concierge. Mais comment engager la conversation? Et comment se serait-elle comporter? Auraient-elles discuté sur la pas de la porte, comme des voisines, et non pas comme des colocataires?
Trop de questions. Elle renonça à sa première idée puis se dirigea vers sa chambre. Elle avait décidé d’aller dîner avec des amies. Elle se changea, se maquilla, et au moment où elle allait sortir de l’appartement, elle entendit une toux rauque. Elle rangea une mèche indisciplinée derrière son oreille et sortit.
Quand l’ascenseur atteignît le cinquième étage, un homme, jeune, dont quelques mèches de cheveux noirs ombraient le front, entra, des poubelles à la main.  Elle comprit tout de suite. Ça ne pouvait être que lui. Elle habitait dans une zone résidentielle de Milan. Son immeuble n’était habité que par des couples à la retraite, les jeunes n’étaient donc pas choses courantes. Elle sourit.
« Seriez-vous le grand brun qui ne fait pas le tri sélectif ? »
Le jeune homme la regarda avec un air de lassitude.
« La grosse dinde vous a parlé de moi ? Si elle mettait autant de bonne volonté à empêcher les voleurs de rentrer dans la cour, cet immeuble serait un paradis ! »
Son sourire fit un ricochet sur le visage du jeune homme et forma de légères fossettes.
« Luca, cinquième étage. Enchanté.
-   Marine, huitème étage. De même.»
Les portes s’ouvrirent dans un long grincement et ils sortirent l’un après l’autre pour se séparer au bout du couloir, de fort bonne humeur.

Vers 3 :00 du matin, Marine chancela jusqu’à sa porte. Elle mit quelque seconde à trouver ses clefs mais cela lui sembla être une éternité. Elle était seule, plongée dans l’escalier sombre, le vent sifflait dans les couloirs. Le cliquetis des clefs raisonnait dans tout l’immeuble. Elle inséra une clef dans la serrure. Ce n’était pas celle-ci. Elle avait abusé sur le vin blanc. Elle le savait pourtant. Trois verres maximum. Elle s’était promise plus d’une fois de ne plus recommencer, de s’arrêter au troisième verre même sous la force et la menace. Pas celle-ci non plus. Cependant, le sourire de Luca se cognait encore contre les parois de son esprit et cette douce douleur l’avait suivi toute la soirée, accompagnant sa main jusqu’au verre de vin. Peut-être l’autre? Finalement, elle tourna la clef dans la serrure, l’esprit confus.
Quand elle vit que de la lumière passait toujours sous la porte de sa colocataire, elle s'immobilisa. Pourquoi est-elle toujours debout à cette heure-ci ? L’alcool lui avait donné du courage pour braver sa timidité, elle frappa donc à la porte. Rien. Elle recommença. Rien.
Pendant un instant elle hésita. Elle allait abandonner une nouvelle fois quand sa main se dirigea naturellement vers la poignée et l’actionna. Elle entrait de nouveau depuis des mois d’absence dans la chambre voisine. Elle était vide. La lumière jaunâtre éclairait le papier-peint défraîchit. Le lit était fait et trois livres dansaient sur le bureau. L’ombre des meubles s’agrandissait peu à peu, les rayures des rideaux s’enlaçaient, se tordaient, s’approchaient. Elle ferma la porte.
Où était-elle? Pourquoi laisser la lumière allumée? Elle connait pourtant le prix de l’énergie. Quelle idiote !
Marine eu une de ces pensées dont seul un certain taux d’alcoolémie dans le sang fait comprendre la logique : elle ferma le verrou de la porte d’entrée. Elle savait qu’Ania avait la clef de la serrure centrale, mais pas celle du verrou. Ainsi, elle serait bien obligée de sonner et d’engager la conversation. « Bien fait pour toi le fantôme. » dit-elle à mi-voix. D’un clignement de paupière, elle arriva dans son lit. La pièce tournait autour d’elle. Elle tentait néanmoins de garder l’esprit clair. La chambre était-elle seulement rangée ou totalement vide ? Elle n’arrivait pas à s’en souvenir. Des détails aperçus il y a quelque minute, peut-être quelques heures, n’avait plus aucune réalité désormais. Le manteau de sa colocataire était-il dans l’entrée? L’avait-elle réellement vu pendu dans l’entrée cette semaine ? Elle aurait voulu aller vérifier de nouveau. Depuis quand Ania ne s’était plus montrée? Elle se força à ouvrir les yeux, à se redresser.
Elle s’écroula et s’endormit aussitôt.
« Modifié: 26 Mai 2013 à 20:13:24 par Celiora »

Hors ligne Papillote

  • Aède
  • Messages: 158
Re : La colocation
« Réponse #1 le: 26 Mai 2013 à 15:03:07 »
Je ne corrige rien; LA SUITE LA SUITE!!!!!!!

Hors ligne Celiora

  • Tabellion
  • Messages: 24
    • Booky-boop
Re : La colocation
« Réponse #2 le: 26 Mai 2013 à 16:37:08 »
ah bah non c'est pas juste !ahah, j'ai bien lu les règles des "textes courts" avant de poster, et il y a bien écrit qu'on peut mettre des textes incomplets B) !

Hors ligne LaetitiaG

  • Tabellion
  • Messages: 45
Re : La colocation
« Réponse #3 le: 26 Mai 2013 à 17:45:31 »
Bonjour! en ce qui me concerne, j'aurais quelques remarques :-) :

- "Une mer de toit  précédait une longue ligne de sommets" : Une formulation qui sonne mal à mes oreilles, peut être il faudrait tourné cette phrase autrement.
- "que lui demander" : que lui demandait
-  "une douce lumière dorée rentrait par la fenêtre qui laissait s’exposer un ciel encore rosé" : pareil ici, formulation qui me gène et implicite pour moi...
- "Des bruits dans le couloir lui rappelèrent" : pourquoi employé le passé simple?
- "La jeune enfant occupait bien l’appartement": il s'agit bien d'Ania c'est sa? pourquoi pas ne pas mettre " la jeune enfant occupait bel et bien l'appartement", bon après sa reste personnel...
- "Les tuyaux d’eau commencèrent" : Pourquoi ne pas employer l'imparfait ici?
- "Rien. Elle recommença. Rien" : répétition gênante
- "trois livres dansaient sur le bureau" : pourquoi le terme " dansaient "? les livres ne bougent pas non?

Tu commence généralement tes phrases par elle : " elle savait ", " elle était " etc et une dernière chose, je trouve qu'il y a trop de phrases courte, essai de faire des phrases plus longue.
Sinon j'ai eu du mal à suivre l'histoire mais j'ai compris de quoi il s'agissait.
En règle général ton vocabulaire est assez diversifié et tu t'exprime assez bien :-)

Hors ligne Celiora

  • Tabellion
  • Messages: 24
    • Booky-boop
Re : La colocation
« Réponse #4 le: 26 Mai 2013 à 20:38:41 »
Merci Leatitia pour ta critique !Pour une bonne partie des points je suis d'accord avec toi, j'avais d'ailleurs remarqué moi-même le fait que mes phrases soient trop courtes (et je les ai même rallongé avant de poster !je te laisse imaginer ce que ça pouvait être précédemment.)

La seule chose que je ne comprend pas c'est pour l'utilisation du passé simple. L'imparfait, c'est une description, c'est quelque chose qui dure dans le temps. Le passé simple, c'est une action courte. Ainsi,que ce soit pour l'histoire des tuyaux ou de "rappelèrent" ...je n 'arrive pas à me faire à mettre un imparfait. j'ai tenté, remonté mes phrases dans tous les sens, mais je trouve que ça change le rythme.

Pour la mer de toit, je comprend que ça puisse gêner..mais moi, c'est toujours l'impression que ça m'a fait quand j'habitais à milan. Je viens de voir que tu étais corses, alors la mer, pour toi, ça doit représenté autre chose !

En tout cas merci!je vais tenter d'améliorer un peu le tout !

Hors ligne Loïc

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 8 764
  • Prout
Re : La colocation
« Réponse #5 le: 26 Mai 2013 à 23:58:31 »
Citer
Une mer de toit

Toits

Citer
que lui demander

demandait

Citer
une douce lumière dorée rentrait

entrait suffit

Citer
Vous savez, Ania ?je

Espace et majuscule

Citer
elle vu

Vit ;)

Citer
quelque seconde

Avec des s

Citer
Elle avait abusé sur le vin blanc.

trop forcé sur, abusé avec/du

Citer
Elle entrait de nouveau depuis des mois d’absence dans la chambre voisine.

Après plutôt que depuis

Citer
défraîchit

Sans t

Citer
Marine eu

Eut

C'est dommage de ne le donner que maintenant, tu aurais dû l'utiliser dès le début

Citer
Elle tentait

J'aurais vu un passé simple

Citer
Des détails aperçus il y a

Il y a rend mal
Quelques minutes auparavant ou autres fonctionneraient mieux

Il y a du bon, l'idée est intéressante et je lirai la suite avec plaisir. Par contre il y a beaucoup à retravailler sur la forme: quelques lourdeurs, l'ambiance qui ne passe pas tout à fait (sur la fin surtout, même si j'ai reconnu quelques situations dues à la suralcolémie).
"We think you're dumb and we hate you too"
Alestorm

"Les Grandes Histoires sont celles que l'on a déjà entendues et que l'on n'aspire qu'à réentendre.
Celles dans lesquelles on peut entrer à tout moment et s'installer à son aise."
Arundhati Roy

Hors ligne LaetitiaG

  • Tabellion
  • Messages: 45
Re : La colocation
« Réponse #6 le: 27 Mai 2013 à 09:21:12 »
Je t'en prie Celiora! oui en ce qui concerne les temps, c'est quelques fois personnel...
Effectivement je suis corse mais c'est ton histoire, tu formule à ta manière mais fait quand même attention à certain termes

Hors ligne tim gab

  • Calame Supersonique
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  • le fantome du forum.
Re : La colocation
« Réponse #7 le: 27 Mai 2013 à 14:58:36 »
Un début d'histoire qui se laisse lire sans problème. 
Je lirais la suite avec joie si tu la postes.
"I am the bone of my sword
Steel is my body and fire is my blood
I have created over a thousand blades
Unknown to death
Nor known to life
Have withstood pain to create many weapons
Yet those hands will never hold anything
So, as I pray, Unlimited Blade Works."


archer FSN

Hors ligne western

  • Aède
  • Messages: 221
Re : La colocation
« Réponse #8 le: 28 Mai 2013 à 02:17:51 »
je suis frappé par la surabondance du visuel.
ça m'a l'air compliqué, le positionnement dans l'espace.

Hors ligne Celiora

  • Tabellion
  • Messages: 24
    • Booky-boop
Re : La colocation
« Réponse #9 le: 31 Mai 2013 à 21:33:01 »
Salut les jeun'z !
Aloooors, j'ai tenté de continuer malgré mes cours. J'ai essayé de prendre en compte vos commentaires même si certain m'ont paru un peu flous. Je voulais corriger certain points mais je remarque que j'ai tellement lu mon texte que je n'arrive pas à avoir de recul dessus, c'est pourquoi je le poste maintenant: Avant tout, je vous laisse connaître mes doutes:
J'ai peur que pour une nouvelle, j'ai trop détaillé certains points. En réalité, je jongle entre l'impression de ne pas laisser le lecteur connaître assez le personnage, et au contraire trop fournir d'information.
Je voulais faire passer l'idée que Marine vit par habitude et répète les mêmes gestes un peu tout le temps. Mais je ne suis pas sûre que ça se sente réellement ?
Je suis une m***e pour les dialogues...ça se voit ?!

BON...
Je vous laisse découvrir la nouvelle version, la version V2 beta:

Le ciel était finalement clair. Le souvenir des longues semaines de pluie venait d’être effacé par un unique rayon de soleil qu’elle voyait, là, au-dessus de sa fenêtre.
Elle se leva d’un bond et mécaniquement, enfila ses chaussons et se dirigea vers la cuisine. Cafetière, petite cuillère, café, feu, tasse, biscuits. Dès qu’elle entendit le café chanter dans la moka, elle éteignit le gaz et s’essaya devant les montagnes. Une mer de toits  précédait une longue ligne de sommets. Cet appartement pouvait bien tomber en miettes, ce n’était pas important. Tant qu’elle verrait les montagnes, elle continuerait à payer la somme astronomique que lui demander mensuellement le propriétaire. L’odeur du café s’était infiltrée dans chaque recoin de la cuisine, une douce lumière dorée entrait par la fenêtre et le goût sucré des biscuits réveillait lentement la jeune fille
Des bruits dans le couloir lui rappelèrent qu’elle n’était pas seule. Elle partageait l’appartement avec un fantôme, ou plutôt, c’était l’idée qu’elle s’en était faite. Ania était sa colocataire russe. Elle l’avait aperçue les premières semaines mais très vite, elle ne s’était plus montrée. Elle donnait la preuve de sa présence chaque jour : son manteau  qui trônait à l’entrée ou la vaisselle  qui remplissait l’évier puis disparaissait dans la journée. De plus, le loyer était payé tous les mois.
Les tuyaux d’eau commencèrent à vibrer dans les murs fins. Le calme ambiant était rompu.
Elle n’était jamais allée frapper à sa porte. Finalement, ce silence, c’était précisément ce qu’elle voulait, non ? Puisque ça n’avait pas l’air de déranger la jeune slave, elle se demandait pourquoi changer la routine qui s’était installée dans le petit appartement du huitième étage. Malgré sa propre argumentation, elle restait indécise sur la question. Après tout, ce n’était pas bien normal de ne rien connaître de la personne avec qui on vit tous les jours. Ce soir, elle tenterait de lui parler, de l’inviter à manger une pizza. Au moins à boire un café !
C’est sur cette pensée qu’elle engouffra le dernier bout de biscuit dans sa bouche étroite, puis elle s’éloigna des montagnes pour aller se préparer. En passant dans le couloir, elle entendit l’eau couler dans la douche. A 7 :12 Ania sortirait et ce serait son tour.

A 7 :45, elle sorti, douchée, habillée, parfumée.
« Eh! Vous ! »
Elle sursauta. C’était la concierge au visage de poule.
« Oui, vous! Vous direz à vot’ copain d’arrêter de j’ter le papier dans la poubelle mixte !j’en ai marre d’avoir à vérifier tout après son passage ! »
Elle la regarda confuse. Un creux se fendit entre ses yeux
« Mm », elle hésita.  «Je pense que vous vous trompez sur la personne. »
-   Vou z’habitez bien au huitième-étage-escalier-B  avec un grand brun ?
La ride entre ses yeux s’accentua.
-   Oui, huitième étage. Oui, escalier B. Mais pas de grand brun chez moi. Pourtant, j’aimerais bien. » Plaisanta-t-elle pour alléger la tension imprimée sur la face d’oiseau de la concierge. « Moi,c’est Marine, vous vous souvenez? J’habite avec une petite blonde. Vous savez, Ania? Je vous l’ai présenté quand elle a emménagé.»
Cette fois-ci, la petite ride de perplexité vint se creuser sur le visage rond. Elle admit s’en souvenir, observa la jeune femme puis rentra dans le local vitré qui lui était attribué sans ajouter un mot. Marine partit à son tour. Le soleil éclairait déjà le béton et la seule idée d’aller s’enfermer dans un bureau l’énervait. Depuis qu’elle avait trouvé ce travail, la jeune fille était sans cesse fatiguée. Son corps n’avançait que par habitude et cela la frustrait terriblement, l’empêchant d’avoir une vie sociale plus épanouie. C’était justement pourquoi elle avait voulu vivre en colocation, pour éviter la solitude. Comme Marine s’était réjouie au départ d’avoir trouvé une charmante russe de son âge, il y’avait tant de chose à connaître sur ce pays et ses habitants ! Alors qu’elle traversait la rue, elle tourna son regard vers la fenêtre d’Ania. Les volets étaient fermés.

*

En rentrant en fin d’après-midi, Marine vit de la lumière passer à travers la porte de la chambre d’Ania. Elle resta un moment devant la porte. Il n’en provenait aucun son. Elle voulut parler de l’anecdote du matin avec la concierge cependant elle ne savait ni comment engager la conversation, ni comment se comporter. Auraient-elles discuté sur la pas de la porte, comme des voisines, et non pas comme des colocataires?
Trop de questions. Renonçant à sa première idée, elle se dirigea vers sa chambre. Elle avait décidé d’aller dîner avec des collègues, cela lui changerait les idées. Coiffée et maquillée, elle allait sortir de l’appartement, quand elle entendit une toux rauque. Elle rangea une mèche indisciplinée derrière son oreille et sortit.
Quand l’ascenseur atteignît le cinquième étage, un homme, jeune, dont quelques mèches de cheveux noirs ombraient le front, entra, des poubelles à la main.  Elle comprit tout de suite. Elle comprit tout de suite que ça ne pouvait être que lui. L’immeuble était situé dans une zone résidentielle de Milan et  n’était habité que par des couples à la retraite, les jeunes n’étaient donc pas choses courantes. Elle sourit.
« Seriez-vous le grand brun qui ne fait pas le tri sélectif ? »
Le jeune homme la regarda avec un air de lassitude.
« La grosse dinde vous a parlé de moi ? Si elle mettait autant de bonne volonté à empêcher les voleurs de rentrer dans la cour, cet immeuble serait un paradis ! »
Son sourire fit un ricochet sur le visage du garçon et forma de légères fossettes.
« Luca, cinquième étage. Enchanté de vous connaître.
-   Marine, huitième étage.  C’est un plaisir»
Les portes s’ouvrirent dans un long grincement et ils sortirent l’un après l’autre pour se séparer au bout du couloir, de fort bonne humeur.

Vers 3 :00 du matin, Marine chancela jusqu’à sa porte. Ses talons lui faisaient horriblement mal et ses gestes n’étaient pas aussi précis qu’elle l’aurait souhaité. Elle mit quelque seconde à trouver ses clefs mais cela lui sembla être une éternité. Elle était seule, plongée dans l’escalier sombre, le vent sifflait dans les couloirs. Le cliquetis des clefs raisonnait dans tout l’immeuble. Elle inséra une clef dans la serrure. Ce n’était pas celle-ci. Elle avait abusé sur le vin blanc. Elle le savait pourtant. Trois verres maximum. Pas celle-ci non plus. Elle s’était promise plus d’une fois de ne plus recommencer, de s’arrêter au troisième verre même sous la force et la menace. Peut-être l’autre? Cependant, le sourire de Luca se cognait encore contre les parois de son esprit et cette douce douleur l’avait suivi toute la soirée, accompagnant sa main jusqu’au verre de vin. Finalement, elle tourna la clef dans la serrure, l’esprit confus.
Quand Marine vit que de la lumière passait toujours sous la porte de sa colocataire, elle s’immobilisa. Pourquoi Ania est-elle toujours debout à cette heure-ci ? L’alcool lui avait donné du courage pour braver sa timidité, elle frappa donc à la porte. Rien. Elle recommença. Rien.
Pendant un instant elle hésita. Elle allait abandonner une nouvelle fois quand sa main se dirigea naturellement vers la poignée et l’actionna. Elle entrait de nouveau après des mois d’absence dans la chambre voisine. Elle était vide. La lumière jaunâtre éclairait le papier-peint défraichi. Ses talons claquaient contre le parquet de la pièce. Elle les ôta d’un geste et la brusque descente de 10cm lui causa un léger vertige. Elle s’assit sur le lit. Le lit était fait et trois livres dansaient sur le bureau. Leurs lettres en cyrillique détendaient leur courbe pour se replier de nouveau.  L’ombre des meubles s’agrandissait peu à peu, les rayures des rideaux s’enlaçaient, se tordaient, s’approchaient. Elle sortit et ferma la porte derrière elle.
Où était-elle? Pourquoi laisser la lumière allumée? Elle connait pourtant le prix de l’énergie. Quelle idiote !
Elle ferma le verrou de la porte d’entrée d’un seul geste. Ania avait la clef de la serrure centrale, mais pas celle du verrou. Ainsi, elle serait bien obligée de sonner et d’engager la conversation. « Bien fait pour toi le fantôme. » dit-elle à mi-voix. D’un clignement de paupière, elle arriva dans son lit. Le monde tournait autour d’elle néanmoins elle tentait de garder l’esprit clair. La chambre était-elle seulement rangée ou totalement vide ? Elle n’arrivait pas à s’en souvenir. Des détails aperçus quelque minute auparavant, peut-être quelques heures, n’avaient plus aucune réalité désormais. Le manteau de sa colocataire était-il dans l’entrée? L’avait-elle réellement vu pendu dans l’entrée cette semaine ? Elle aurait voulu aller vérifier de nouveau. Depuis quand Ania ne s’était plus montrée? Elle se força à ouvrir les yeux, à se redresser.
Elle s’écroula et s’endormit aussitôt.

**

Le réveil fut difficile et pendant longtemps ses jambes cherchèrent le chemin vers le parquet sans avoir le courage de se mettre debout. Néanmoins, un bruit la réveilla en un éclair. C’était des bruits de pas qui se dirigeaient de la salle de bain à la chambre d’Ania. Marine aurait été incapable de dire précisément la couleur des yeux d’Ania et même d’imiter son accent de l’est, cependant elle connaissait ses pas par cœur. Ils étaient d’une légèreté impressionnante. Marine se souvenait d’un matin où Ania déménageait peu à peu ses cartons/ses affaires dans la nouvelle chambre. Les deux jeunes filles avaient discuté un moment dans le couloir, c’était l’une de leur rare conversation. Ania lui avait dit avoir fait de la dance et par la suite, en entendant le frôlement des pieds de sa colocataire contre le carrelage, elle s’était habituée à les assimiler à des pas chassés. L’idée de cette petite blonde ne se déplaçant qu’avec de petits sauts sur le côté la fit sourire jusqu’à ce qu’elle se souvienne de la veille. Qu’en était-il du verrou?
Le doute s’immisça dans son esprit que les évènements de la nuit se soient bien produits. Les pas se dirigèrent de nouveau de la chambre voisine à la salle de bain et bientôt les tuyaux commencèrent leur tintamarre quotidien. Marine se leva d’un seul mouvement, ce qu’elle regretta aussitôt. La migraine qui s’en suit lui fit prendre conscience que cette fois-ci, elle le promettait, c’était la dernière fois qu’elle franchirait le seuil fatidique des trois verres. Elle frotta nerveusement son crâne et le soulagement espéré ne lui parvint pas. Des yeux la fixaient. Deux grosses pupilles cernées de violet la contemplaient. C’était les siennes qui se reflétaient dans le miroir fixé au mur. « oddio ». Ce spectacle avait un message évident : elle n’était plus l’adolescente vivace qu’elle pensait encore être. Marine se détourna du miroir.
Son oreille collée à la porte de sa chambre lui confirmait qu’Ania était toujours dans la salle de bain. Elle se dirigea sur la pointe des pieds jusqu’à la porte d’entrée. Le verrou était encore fermé.
Ania pouvait avoir la clef du verrou et être revenue dans la nuit sans la réveiller. Marine réfléchit quelque seconde, mais elle le savait, c’était impossible. Elle était la seule à avoir la clef du verrou. Il n’en existait aucun double. Elle avait elle-même fait poser ce verrou peu après son installation dans l’appartement à la suite des nombreux cambriolages qui avaient eu lieu dans le quartier. Elle l’ouvra et le ferma afin de vérifier qu’il était bien fixé. Des pas approchaient. Lourds, rapides. L’eau coulait toujours dans la salle de bain. Ça ne venait pas de l’appartement, mais c’était tout près. Dans les escaliers de l’immeuble peut-être ? Marine regarda dans le judas puis fit un bond en arrière. Il y avait quelqu’un. La sonnette retentit.
Après que le premier choc fut passé, elle regarda de nouveau dans le judas. C’était le voisin de la veille, Luca, l’ennemi de la concierge.
Elle hésita une seconde avant d’ouvrir car elle venait de se rendre compte qu’elle portait encore la petite robe noir de la veille mais finalement, elle entrebâilla la porte. Il était là, bronzé, grand, ses mèches brunes coiffés vers l’arrière. Il lui plaisait.
«  Bonjour ! Excusez-moi de vous dérangez à cette heure-ci ! » En entendant ces mots, Marine se rendit compte qu’elle n’avait aucune idée de l’heure qu’il pouvait être. Elle ouvrit de grands yeux étonnés « Bonjour »
-   Je suis Luca, le garçon de l’ascenseur, vous vous souvenez de l’ascenseur ? » Elle acquiesça en souriant « Je suis un peu embarrassé mais…voilà, je viens d’emménager à Milan et je ne connais encore personne, alors hier, quand j’ai vu que vous étiez…jeune ! Je me suis dit que je ne pouvais passer à côté d’une telle occasion pour connaître quelqu’un. Puisque c’est Samedi et qu’il fait extrêmement beau, j’ai pensé que je pourrais vous inviter à manger pour faire connaissance ?»
Le sourire de la jeune fille s’élargit « Luca, vous avez eu une merveilleuse idée. Je serais ravie de faire votre connaissance autour d’un bon repas…mais, je viens de me réveiller et je ne suis pas prête à sortir du tout… ». La déception figea les traits du garçon. « Oh !mais ça ne veut pas dire que je refuse !si vous me donnez une petite demi-heure, je devrais pouvoir me préparer !
-   Une demi-heure de fille ou de gare ?
-   …trois quart d’heure dans ce cas-là. Affirma-t-elle en fronçant les sourcils, l’air faussement offensée.
-   Parfait ! A tout à l’heure alors ! » Il sourit en dévoilant de petite dent blanche bien alignée.
Elle le salua et referma la porte, sous le charme. Les tuyaux résonnèrent de nouveau. Ania avait fermé l’eau. Marina concocta alors un plan pour voir finalement le visage de sa délicieuse colocataire et mettre fin à ce mystère absurde .Elle allait préparer du café en attendant que la jeune russe sorte de la salle de bain. Une fois dans le couloir, elle l’interpellerait pour la saluer et lui proposerait une tasse. Dans le cas où la réponse serait négative, elle l’inviterait à se joindre au repas avec le nouveau voisin. Au contraire, si elle était positive, elle lui parlerait de l’anecdote de la veille, puis l’inviterait à manger une pizza pour le dîner. Elle se mit à faire le café, fière d’avoir trouvé une solution simple et efficace.
Elle espérait franchement que la réponse soit positive. L’idée de partager un beau brun avec une charmante blonde au corps longiligne ne l’enchantait guerre. De plus elle n’était pas sûre que son petit accent francophone réussisse à rivaliser avec un bonnet C. Alors qu’elle était plongée dans ces réflexions quelque chose attira son attention. C’était une petite barre de bois sombre accrochée au mur, des symboles y étaient taillés. Avant son arrivée dans l’appartement, le propriétaire lui avait expliqué que les lieux avaient été habité par un garçon juif qui, soucieux de son bien-être spirituel, avait fixé de petites amulettes sur toutes les portes afin de le protéger des esprits malins. Au début, Marine avait été très troublée par ces petits objets sur chaque porte. Seule la porte de la salle de bain avait été épargnée et si la présence des amulettes l’avait gêné, comprendre leur absence pour une seule pièce de la maison l’avait dérangé d’autant plus. Cependant, elle n’y faisait plus attention depuis des mois. Ils avaient été cloués au mur et elle n’avait pas voulu les enlever afin de ne pas laisser une marque de leur passage. De plus, elle ne croyait absolument pas en ces croyances qu’elle trouvait étranges et illogiques, elle pensait donc n’avoir aucune raison de les retirer. Néanmoins, en la regardant elle ne put s’empêcher de penser à la chambre allumée d’Ania et à l’histoire du verrou.
Marine était une fille rationnelle. Ces longues études d’économétrie lui avaient formaté le cerveau et elle avait pris l’habitude de ne formuler que des hypothèses qui se voulaient logique et mathématique. Les choses ne pouvaient donc avoir qu’une seule et unique solution : elle était bien trop saoule pour regarder convenablement la chambre et elle était sûre que celle-ci était seulement très bien rangée. Elle prit ceci comme une caractéristique russe. Elle avait toujours imaginé les peuples de l’est comme des gens très ordonnés. Pour l’histoire du verrou, il était évident qu’Ania avait un double, quel que soit la manière dont elle l’ait trouvé. Mais cette solution ne la satisfaisait pas. Quelque chose n’allait pas. C’était certain. Il lui manquait un élément, quelque chose qui aurait donné un sens à toute cette histoire, qui aurait lié les événements entre eux.
Il y eu alors un long sifflement. La cafetière soufflait aussi fort qu’elle en était capable et du café commençait à sortir de tous les orifices de la machine. Marine et éteignit le gaz et se précipita sur la cafetière moka. Sa main se brûla au contact de l’objet et elle le laissa tomber sur le sol. Le métal raisonna dans la pièce. Le café s’était répandu sur le carrelage, lui brûlant les chevilles et les orteils. Un juron lui échappa et elle s’assit brusquement sur une chaise, prenant ses pieds entre les mains. Des larmes coulaient sur son visage bien que la douleur ait été plus rapide qu’intense. Quand la surprise fut passée, elle prit une éponge afin de réparer les dégâts qu’elle venait de faire. Alors qu’elle était accroupie sur le sol et qu’elle tentait tant bien que mal de nettoyer  le café qui s’était glissé sous la gazinière, elle entendit la porte de la salle de bain s’ouvrir, trois ou quatre pas-chassés, et alors qu’elle faisait volte-face le plus rapidement possible, la porte de la chambre de sa colocataire claqua. Elle se laissa tomber en arrière de déception et resta quelque seconde, les fesses à terre en fermant les yeux, essayant de poser ses brûlures sur les carreaux froids. Il lui était insupportable de vivre avec quelqu’un sans jamais le voir. Cette petite idiote aurait au moins pu avoir la politesse de la saluer. Elle était sûre qu’Ania avait entendu le fracas de la cafetière. La moindre des choses n’était-elle pas de s’en inquiéter ? Marine voulu laisse le café dans l’état où il était mais l’odeur lui était insupportable et des relents d’alcool lui venaient à la gorge. Finalement, dans un accès de rage, elle se mit à frotter le carrelage de ses deux mains et après une dizaine de minute, personne n’aurait pu savoir ce qui s’était passé.
A travers la fenêtre, les nuages ne laissaient plus passer de lumière, les montagnes étaient voilés par un épais brouillard. Il allait de nouveau pleuvoir.


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Re : La colocation
« Réponse #10 le: 18 Décembre 2015 à 00:11:13 »
Argh, je suis tombée sur ce texte grâce à l'aléatoire. Malgré quelques fautes et maladresses, c'est bien sympa et mystérieux, et je pleure ce mystère qui ne sera sans doute jamais résolu  :'(

Si jamais tu repasses par ici, poste la suite ! Et je ferai un commentaire plus détaillé  :)
Et s'ils prenaient ta mère comme otage ou ton frère,
Dit un père béret basque à un jeune blouson d'cuir
Et si c'était ton fils qu'était couché par terre,
Le nez dans sa misère,
Répond l'jeune pour finir

- Renaud, les charognards -

 


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