- Vous repentez-vous ?
- Et de quoi devrais-je me repentir ?
- Vil sodomite ! Non content de profaner la divine création de vos actes contre nature, vous osez poser telle question !
- Je suis comme le Seigneur m’a fait. Et si mes penchants vous sont odieux, c’est au créateur que vous devriez en demander comptes.
- Hérésie et blasphème ! Le Tout puissant donne le choix aux hommes, celui du bien et du mal et c’est de la manière la plus sale et honteuse que vous avez choisi de vous donner au malin. Votre unique chance de salut est dans la sincère repentance de vos actes.
- Je ne puis !
- Ce sera donc le bûcher !
- Et quand bien même, mon sort est joué d’avance. Devrais-je me renier en plus d’abandonner la vie ? J’ai certes eu commerce avec des hommes, avec plus grande félicité qu’avec femelles. Si je n’avais trouvé partenaires pour ces étreintes, dont maints tonsurés, je pourrai bien croire à la déviation dont vous m’accusez. Mais un crime d’amour autant partagé ne peut être tout à fait fruit du pêché, voilà ma conviction. Mes pauvres membres que vos gens ont tourmentés, mes mains frêles de musicien que voilà brisées, tout mon être vous refuse le droit de me juger en lieu et place d’un Dieu d’amour. Grâce à vous je n’ai plus peur, la mort m’est sort enviable à présent. Une vie à se cacher, à travestir ses sens, à redouter la dénonciation est par trop pénible. Je rends mon âme à qui la réclame, en confiance.
- Votre esprit bat la campagne, vous n’entendez rien au sacré. La Sainte Eglise est seule et vraie interprète de la parole divine. Vos crimes contre l’ordre voulu par Dieu, contre les hommes, sont impardonnables. Le repentir vous aurait assuré un étranglement rapide avant crémation, mais votre attitude fâcheuse vous en retire le bénéfice. La dernière souffrance vous vaudra j’espère, au moins une pensée de contrition.
Le juge ecclésiastique agita la main
- Emmenez-le !
Rien ne l’agaçait d’avantage que ces imprudents. Celui-ci au moins avait contenance, et même belle allure. Fort belle allure…
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