Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

02 Mai 2026 à 02:44:31
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Ptula

Auteur Sujet: Ptula  (Lu 3793 fois)

Hors ligne Ambriel

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Ptula
« le: 17 Avril 2013 à 12:56:17 »
Salutations !
Voilà un texte que j'ai fini il y a un bout de temps, et commencé il y a bien plus longtemps (genre j'ai mis presque un an à m'y remettre et le finir)
Il est lié à un autre texte que je posterai plus tard (si ça vous intéresse), qui explique la fin de celui-ci (qui en elle-même est assez en queue de poisson sinon)
Ah par contre il est super long en fait, je le sépare en deux parties.




   Son souffle s'apaisa et il se rendormit. Je détournai la tête et observai la nuit, si belle, autour de moi. La fête du Printemps battait son plein, ici comme ailleurs. Tous les membres de la caravane étaient rassemblés autour du grand feu de joie et dansaient au rythme des flûtes et des tambours. Les tout-petits couraient et riaient à perdre haleine, tournoyant près des flammes. Ils se gardaient bien d'y poser un pied ou d'y tomber. Les nomades savaient éduquer leurs enfants. La vie n'était pas des plus faciles, et sans règles on ne s'en sortait jamais. Désœuvré, mon regard se posa sur Ptula par habitude. Elle se tenait à l'écart, les yeux baissés. Cela ne me surprit pas outre mesure. Il se passa alors une chose étonnante : un garçon dont je ne voyais que le dos s'inclina devant elle en lui présentant sa main. Même de là où je me trouvais, je pus lire la surprise et une sorte de ravissement dans ses yeux. Elle posa sa main, fragile, sur celle qu'on lui tendait et se laissa entraîner. Je détournai le regard, sentant mon cœur se serrer légèrement.

*

   J'émergeai doucement de la sombre mélasse de l'inconscience. Des bribes de songe me dansaient devant les yeux. De la musique parvenait à mes oreilles. Flûtes en tous genres, tambours, instruments à cordes... la mélodie me paraissait familière. Familière et bizarrement rassurante. Je ne parvenais pourtant pas à me rappeler... tant pis. Je me laissai bercer un moment puis ouvris les yeux. Le petit se tenait assis à mes côtés. Il était torse nu et maigrelet, comme toujours. Ses cheveux, qui tenaient plus de la crinière au demeurant, s'ébouriffaient et s’emmêlaient dans son dos jusqu'au sol. Un vrai sauvageon. Pourtant, quand il tourna la tête vers moi, son visage éclairé par les flammes était d'une finesse et d'une douceur étonnantes.
   « Ah, tu es réveillé ? Comment te sens-tu ? »
   Je balbutiai quelques mots et lui fis comprendre que j'avais soif. Quelle humiliation ! Mon propre petit-fils, que j'avais vu faire ses premiers pas, tuer son premier lapin, était réduit à s'occuper de moi tandis que toute la troupe dansait et riait. J'avais honte. Honte de dépérir ainsi, de m'attarder. Si seulement j'étais mort au combat ou à la chasse ! Mort subitement, glorieusement. Pas décrépi, allongé sur une paillasse, toussant et crachant comme je le fais aujourd'hui. Mais qu'y pouvais-je ? Les suicidés et les assassinés connaissent après la mort une destinée bien pire encore que les malades et les vieillards.

*

   Le vieux s'était encore réveillé, avait bu puis s'était rendormi. Il ne parlait presque plus, à présent, mais j'avais lu la tristesse dans ses yeux. Cela faisait des jours que son état s'aggravait petit à petit. Il valait mieux pour lui qu'il meure rapidement. Ce n'était pas bon de dépérir comme ça ; et je pourrai enfin reprendre une activité normale. Cela faisait un moment que je m'étais fait à sa mort. Mes larmes avaient déjà été versées. La tâche de veiller sur le vieux pendant sa maladie m'était revenue par tradition : quand un vieillard était malade, le veilleur était le membre de sa famille le plus âgé mais sans obligation familiale, et appartenant à la plus jeune génération. En l’occurrence, dans notre famille, le petit-fils le plus âgé des non-mariés : moi. Et cela me prenait tout mon temps. Sans cela, j'aurais peut-être même déjà pu commencer à courtiser Ptula. Cette perspective me paraissait de plus en plus lointaine et invraisemblable, au fur et à mesure que le temps passait. Ce qui venait de se passer confirmait mes doutes.
   Je cherchai une nouvelle fois sa silhouette dans la foule et l'aperçus, rayonnante, à danser avec l'autre. Malgré son inexpérience, elle était d'une grâce discrète. Son visage, à la lueur des flammes, me paraissait d'une beauté exotique. Je crus un instant croiser son regard, mais elle le détourna sans montrer qu'elle m'avait vu. Sans doute avait-elle mieux à faire, de toute façon. Le fait que nous étions amis d'enfance ne m'autorisait pas plus qu'un autre à tenter de gagner son cœur. Et je n'étais qu'un piètre chasseur, maladroit de mes deux mains. Pas doué d'un instrument non plus. Ma mère me disait que j'avais une voix plutôt jolie, mais je ne parvenais à chanter correctement que seul, ou en présence d'une personne de confiance. Ce qui ne ferait pas de moi un chanteur non plus. Les bêtes m'aimaient bien, en général. Pourtant Elard, celui qui s'occupait des chevaux de trait, avait mis fin à mon apprentissage dès le troisième jour. Selon lui, j'étais trop maladroit, trop prudent, pas assez autoritaire et j'avais trop peu confiance en moi pour m'occuper correctement des bêtes. Car le berger, comme on l'appelait, ne s'occupait pas seulement de nourrir et soigner. Il devait également élever et dresser les chevaux, et savoir commercer.
   Je n'avais donc à peu près aucun projet d'avenir devant moi, à part devenir homme à tout faire ou piètre chasseur de la caravane. Je pouvais aussi quitter le clan pour de bon et vivre ma vie par moi-même. Cette idée m'effrayait au plus haut point. Je restai un moment à contempler Ptula, comme je n'avais rien de mieux à faire.

*

   C'était bien la première fois que je dansais lors d'une fête du Printemps. La danse traditionnelle était tellement difficile, je m'y emmêlais tout le temps. Ce soir pourtant, j'avais l'impression de m'en sortir plutôt bien. Je voyais à peine ce qui se passait autour de moi, absorbée par les pas et mon partenaire. La fameuse euphorie des danseurs du Printemps commençait doucement à me gagner, moi aussi. Erin m'avait invitée à danser, moi ! Je ne pouvais m'empêcher de lui jeter un coup d’œil de temps en temps. Je l'avais toujours trouvé intimidant, à cause de son regard froid et de son air distant. On aurait dit qu'il ne vous estimait pas digne de lui adresser la parole. D'ailleurs, les rares fois où j'avais tenté d'engager la conversation, il m'avait simplement regardée d'un air indifférent et … était parti. Que lui était-il passé par la tête, pour m'inviter à danser ce soir ? Et moi, pour avoir accepté ? Bien sûr, cela ne s'était jamais fait de refuser. Mais Erin... était-ce l'objet d'un pari ? Plus absorbée dans mes pensées que dans la danse, je fis un faux pas et perdis le rythme. Erin soupira et s'arrangea pour que je me reprenne sans problème. La joie simple qui m'habitait quelques instants plus tôt m'avait soudain quittée. Je me concentrai pour ne plus faire d'erreurs.

*

   Je réussis enfin à apercevoir le profil de celui qui dansait avec Ptula et n'en crus pas mes yeux : Erin. Lui, qui paraissait mépriser presque tous les gens de son âge depuis qu'on était petits, danser avec ma Ptula ? C'était du gâchis pur et simple. Elle méritait bien mieux que cet espèce de...
   « Luys, mon petit, écoute un peu par ici, fit une voix chevrotante près de moi.
- Oui, grand-père ?
- Je crois que c'est la fin. Je m'en vais. Tu es en âge de te marier, à présent, c'est pourquoi ma roulotte et tout ce qu'elle contient te revient. Ainsi que les ânes, Ciboulette et Cresson.
- J'accepte ta décision et te remercie d'avoir vécu, ainsi que d'avoir enfanté mon père. »
   C'étaient les mots traditionnels. Le vieux soupira et ferma les yeux.
   « Je vais retrouver ta grand-mère... » fit-il avec un léger sourire.
   Et il mourut. Je murmurai les quelques mots censés aider son âme à quitter son foyer et trouver le chemin de l'Ailleurs, fermai les yeux et réfléchis un moment à tout ce qu'il avait été pour moi, le remerciant de ce qu'il m'avait appris. Mon second deuil accompli, je me levai et réfléchis. Le vieux était mort, et je disposais d'une roulotte complète, ainsi que des deux ânes qui la tiraient. Mes parents ne seraient que trop contents de pouvoir se débarrasser de moi, car je n'avais pour ainsi dire aucun avenir dans la caravane. Je repensai soudain à cette chose lointaine, presque une légende : la ville. Et si j'abandonnais purement et simplement ma vie de nomade et partais chercher une vie meilleure en ville ? Bien sûr, ce serait renier toute ma culture, et me faire mal voir par tous les nomades de la terre. Mais qu'importe ! Je jetai encore un œil à Ptula, qui avait fini de danser et se tenait droite et impassible dans les rangs des spectateurs.
   Tant qu'à tout renier, autant tout tenter avant. Je me dirigeai vers elle d'un pas décidé, oubliant presque le grand-père devenu cadavre qui refroidissait derrière moi. Je sentais un grand calme indifférent et déterminé m'envahir. Arrivé derrière Ptula, je lui tapotai l'épaule. Elle se retourna et sourit en me reconnaissant :
   « Tiens, Luys ! Tu n'es pas avec ton grand-père ? »
   J'estimai qu'un silence était la réponse la plus éloquente.
   « Oh, fit-elle.
- C'est mieux pour lui. Il est parti en paix. Il m'a légué sa roulotte.
- C'est une bonne chose.
- Ptula... m'accompagnerais-tu si je quittais la caravane pour aller vivre en ville ?
- Quitter la caravane ? Aller vivre en ville ? Mais tu es fou !
- Non, juste désespéré. Alors ?
- Mais pourquoi moi ?
- Parce que je t'aime, articulai-je en sentant mon cœur faire un espèce de bond bizarre tout en se serrant dans ma poitrine.
- Oh. »
   Je me tenais stupidement devant elle et m'étais rarement senti si mal. Pourquoi, pourquoi avait-il fallut que je le lui dise ? Quelle folie m'était passée par la tête d'aller la voir ?
   Soudain, comme lorsqu'on était enfants, elle me prit par la main et m'attira loin de la foule. Lorsque nous fûmes seuls, elle me lâcha et me regarda d'un œil qui me sembla gêné.
   « Je me sens incapable de quitter la caravane. C'est toute ma vie, ici, et...
- Ce n'est pas grave, je n'aurais pas dû te demander ça, je n'aurais pas dû te dire ça. Jamais.
- Luys... je t'aime beaucoup, mais jamais je ne pourrai te considérer comme un amant. Tu es comme mon frère. Je... pardonne-moi. »
   Je ne parvins pas à répondre. Il n'y avait rien à répondre, de toute façon. J'étais incapable de lui en vouloir, et incapable de lui pardonner.
   « Luys... tu es certain de vouloir partir ? Pourquoi quitter la caravane ? Tu crois que tu seras plus heureux, à errer seul je ne sais où ?
- Si tu venais, je ne serais pas seul, rétorquai-je d'un ton boudeur.
- Je ne peux pas quitter ma vie entière pour l'inconnu. Je ne peux pas vivre sans la caravane.
- Et je ne peux pas vivre avec. C'est ici que nos chemins se séparent, c'est ça ? » fis-je amèrement.
   Elle me prit dans ses bras et enfouit sa tête au creux de mon épaule. Je la repoussai en ayant l'impression de me repousser moi-même, secouai la tête et m'éloignai. Parvenu à la roulotte du vieux, je harnachai rapidement Ciboulette et Cresson, me juchai à la place du conducteur et partis en m'interdisant de regarder en arrière.

[suite plus tard]
« Modifié: 22 Juin 2016 à 23:44:46 par Ambriel »
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Hors ligne Kerena

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Re : Ptula
« Réponse #1 le: 17 Avril 2013 à 13:47:55 »
Citer
Luys... je t'aime beaucoup, mais jamais je ne pourrai te considérer comme un amant. Tu es comme mon frère. Je... pardonne-moi.

Friendzoned  :huhu:

Mh, c'est bien tout ça, c'est bien ! On a pas souvent des récits qui sentent la poussière, les chevaux et le feu de bois. J'aime beaucoup l'ambiance et j'ai hâte de savoir ce que ce pauvre narrateur va devenir.

J'attends la suite =)
Je crois qu'il y a dans le coeur des hommes une place créée pour l'émerveillement, une place endormie qui attend de s'épanouir ~ Les Aventuriers de la mer


Hors ligne Ambriel

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Re : Ptula
« Réponse #2 le: 17 Avril 2013 à 18:08:17 »
Hiii un commentaire *__* Super rapide en plus (j'suis plus du tout habituée à en avoir, et ça fait toujours aussi bizarre XD)

Ben, merci beaucoup  :coeur: je trouve ça classe que ça sente la poussière, les chevaux et le feu de bois ! Parce que ce texte provient quand même du premier paragraphe, que j'avais écrit au hasard juste pour décrire une scène ^^

Citer
Citer
Luys... je t'aime beaucoup, mais jamais je ne pourrai te considérer comme un amant. Tu es comme mon frère. Je... pardonne-moi.

Friendzoned  :huhu:

Ouii je sais XD j'y ai trop pensé en l'écrivant, je trouvais ça presque drôle u_u mais j'ai essayé de faire en sorte que ça reste un peu sérieux et crédible quand même ^^

Merci pour ton passage ! Je posterai la suite dans un ou deux jours je pense ^^
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Hors ligne Rain

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Re : Ptula
« Réponse #3 le: 17 Avril 2013 à 18:45:40 »
Relu ! Je commenterai pas tout de suite, déjà parce que je t'ai déjà commenté plein de fois donc ça peut attendre un p'tit peu  :-¬? Et ensuite parce que c'est mal, je devrais travailler et pas commencer à lire des textes, donc je retourne à mon dossier.

Mais mais mais ! C'est chouette chouette chouette que tu décides enfin de publier Ekin et Ptula, parce qu'ils le méritent amplement, et que ce sont deux de mes textes préférés venant de toi, avec Tout ce temps passé. Ce serait triste que les gens ne puissent pas les lire  :huhu:

(J'ai le plus grand mal à ne pas ouvrir les fichiers d'Ekin et de Ptula pour les relire en entier avant tout le monde, d'ailleurs. Mais faut que je travaille. Je ferai ça plus tard.)

(D'ailleurs, ça n'a pas grand chose à voir, mais l'autre jour en faisant une recherche d'un fichier sur mon disque dur, Merle m'a renvoyé vers Les baskets rouges... t'en es où de celui-là ?  :-¬?)
Perdu

Hors ligne Kath

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Re : Ptula
« Réponse #4 le: 17 Avril 2013 à 21:04:39 »
Hey!! J'ai vachement bien aimé, mais j'ai du mal à savoir qui est le personnage principal. Pour moi c'est Luys, puisque c'est sentiments qui sont le plus développés, mais j'ai comme un doute :o
En tout cas l'histoire est bien sympa, j'aime bien l'ambiance, j'ai envie de lire la suite.
Mais luys devrait peut-être dire à quelqu'un d'autre que le grand-père est mort, partir comme ça sans le dire à personne, ça ressemble trop à une fuite, à mon avis.
Relectrice-Correctrice pro, et fière et enthousiaste correctrice du Mout'!

Hors ligne Ambriel

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Re : Ptula
« Réponse #5 le: 17 Avril 2013 à 21:38:57 »
Rain : merci  :) (et euh les baskets rouges est.... comment dire... dans les choux ?  :mrgreen: mais peut-être que je le reprendrai un jour, qui sait ^^)

Kath : Ouah, deux comms positifs c'est trop cool !
Oui Luys est bien le perso principal, on n'est que dans sa tête après. Et pour le grand-père, ça fait un peu fuite effectivement, mais après ce qui venait de se passer il avait pas trop envie de rester ^^ (il a pas trop réfléchi sur le coup, surtout) Mais Ptula va s'en charger, t'inquiètes XD (c'est une brave fille, au fond  :mrgreen:)

Merci en tout cas ça fait plaisir ^^
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Hors ligne Ambriel

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Re : Ptula
« Réponse #6 le: 19 Avril 2013 à 13:31:33 »
Bon euh, désolée du double post mais je viens mettre la suite ^^  voilà !



*

   Je regardai la roulotte disparaître dans la nuit. Je me sentais presque nauséeuse tant je m'en voulais et tant son départ me coûtait. Je souhaitai mentalement à Luys un bon voyage, puis me détournai et partis prévenir ses parents des départs du grand-père et du fils. Il n'y avait plus que ça à faire.

*

   Ptula me parlait. Elle me racontait sa journée, riait, disait qu'elle était si heureuse de m'avoir près d'elle. Je savais parfaitement qu'elle était restée au camp et que je n'entendais qu'une chimère, pourtant je refusai de lui dire de se taire. Au contraire, je l'encourageai à parler, je lui posai des questions. Je n'entendais sa voix que depuis quelques heures. Ma roulotte avançait depuis trois jours déjà. Trois jours de solitude à penser sans arrêt à elle. En plissant un peu les yeux, je parvenais presque à la distinguer à mes côtés. J'y arrivais même de mieux en mieux. Elle portait son habituel pantalon de toile brune et une tunique jaune. Ses cheveux lui tombaient tout le temps devant les yeux, et elle les repoussait inlassablement. J'arrêtai les ânes et la regardai dans les yeux. Elle me sourit.
   « Pardonne-moi, Luys. J'ai été stupide de te dire ça. Je t'ai menti. Ça fait un bon moment que je t'aime, tu sais. »
   Elle se rapprocha de moi et essuya une larme qui roulait le long de ma joue. Celle-ci termina son chemin sur mon menton. Elle fut suivie par des centaines d'autres, et Ptula m'embrassa. Ses lèvres étaient glacées, et sa langue plus encore. Je posai une main sur sa nuque, sous ses cheveux, là où c'était brûlant. Je caressai son dos de mon autre main, tout doucement. Elle était si fragile en cet instant, j'avais peur de la briser en l'effleurant un peu trop fort. Alors je la laissai faire ce qu'elle voulait. Je perdis toute notion du temps.
   Je me réveillai à l'aube. Seul, évidemment. Hésitant entre la fureur, le dégoût de moi-même ou la tristesse, je choisi de m'interdire d'éprouver toute émotion et ordonnai aux ânes d'avancer. J'aurais dû aller les voir, leur parler un peu et les nourrir. J'y pensai vaguement mais n’eus pas idée de m'exécuter. J'attendis toute la journée le retour de Ptula. Elle vint à la tombée de la nuit, vêtue comme la veille. Je la saluai et lui reprochai de m'avoir fait attendre. Elle s'excusa en prétextant qu'elle préférait vivre la nuit, que la lumière du soleil l'affaiblissait. Je lui dis que ça n'était pas grave, et nous parlâmes de tout et de rien, comme nous en avions l'habitude. Entendre sa voix me rassérénait. Je lui jetais parfois des regards en coin, mais elle me surprenait à chaque fois et me souriait d'un air un peu moqueur. Elle déclara avoir froid et se colla contre moi. Nous gardâmes le silence un moment, si bien qu'elle finit par s'endormir sur mon épaule. Je continuai de guider les ânes droit devant, contemplant la plaine à la lueur de la lune, frémissant à chaque souffle dans mon cou. Au bout de la plaine, là-bas, il y avait la ville. Ptula et moi y serions bien.
   Nous voyageâmes ainsi de nombreux jours, dont je perdis le compte. Je somnolais la journée en attendant Ptula. Un soir, elle était arrivée en me demandant si je m'étais occupé de Ciboulette et Cresson. Comme j'avais penché la tête sur le côté sans répondre, elle s'en était chargée. Depuis ce jour, elle s'occupait d'eux chaque soir, et nous les laissions se reposer jusqu'au lendemain. Du coup, nous dormions dans la roulotte. C'était beaucoup plus confortable, je devais bien l'avouer. A l'intérieur il faisait noir, cependant, car nous ne pensions jamais à allumer la lampe à huile.
   Je m'abandonnais volontairement à mes hallucinations, si bien que je finis par avoir de plus en plus de mal à distinguer le réel de l'imaginaire.
   J'aurais aimé que le voyage dure toujours. Cependant, un soir, nous parvînmes aux portes d'une ville. Elle apparut presque devant nos yeux, là où il n'y avait que la plaine quelques heures plus tôt. Elle était exactement telle que je l'avais toujours imaginée, telle qu'elles étaient décrites dans les livres : de grands murs de pierre l'entouraient et des gardes en armure se tenaient de chaque côté de l'immense arche qui permettait d'y entrer et d'en sortir. Nous saluâmes les gardes et entrâmes dans la cité. Ptula à mes côtés ne disait pas un mot. Elle se contentait d'observer, aussi émerveillée que moi, ce nouvel univers qui s'offrait à nous.
   Nous nous trouvions dans une rue pavée, bordée de bâtiments immenses et bondée de monde. Des enfants se couraient après en riant, des mendiants en haillons étaient assis à même le sol et personne ne semblait se soucier d'eux. Notre charrette peinait à se frayer un chemin car les gens ne s'écartaient pas toujours de notre passage. Cependant elle avançait toujours sans cahot, sans être dérangée par les pavés. Soudain, un garde nous héla :
   « Hey, vous là bas, dans la charrette ! Il est interdit de faire entrer des véhicules en ville, sauf en cas de livraison de marchandises ou de jour de marché. Veuillez déposer votre charrette aux écuries, hors de la ville.
- Très bien, pardon, nous ne savions pas ! répondit Ptula.
- Vous ne saviez pas ? Mais vous venez d'où, ma parole ?
- De la plaine, déclarai-je. »
   Nous fîmes donc demi-tour et ressortîmes de la ville. En effet, à l'est, deux bâtiments se dressaient. Je ne les avais pas remarqués tout à l'heure. Nous laissâmes la charrette dans celui qu'on nous indiqua, en laissant quelques piécettes. Il faisait bon à l'intérieur, comme si le soleil nous réchauffait toujours de ses rayons. Ensuite, nous regagnâmes la ville. En passant, je m'adressai à un garde en faction :
   « Bonjour, excusez-moi mais nous sommes nouveaux en ville. Savez-vous où nous pourrions nous loger et trouver du travail ? Et de la nourriture ?
- Ben, ça dépend de ce que vous savez faire. Allez donc voir Lunna à l'auberge du Gnome Dansant, elle saura p'têtre vous dépanner.
- Merci monsieur, au revoir ! »
   Ptula me prit la main et nous franchîmes une nouvelle fois les portes de la ville.

   Nous y sommes bien.
« Modifié: 28 Avril 2013 à 22:11:50 par ambriel »
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Hors ligne Snow

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Re : Ptula
« Réponse #7 le: 19 Avril 2013 à 13:35:55 »
salut !
Ce n'est pas le genre de roman que je lirais d'habitude (ou de texte) mais j'ai bien aimé le style, ça se lit tranquillement, la cigarette au bec. On est tout de même emporté par l'histoire et on a envie de savoir la suite petit à petit (que j'ai terminé de lire également). Je pense que tu peux encore progresser dans les dialogues qui restent un peut trop académiques et qui ne collent pas (encore) assez à l'ambiance que nous dépeint le personnage principal.
Faut se lâcher un peu plus je crois également dans la profondeur psychologique de ton personnage narrateur.

Bonne continuation, je suivrais l'histoire en tout cas. J'attends (encore) la suite.
« Modifié: 19 Avril 2013 à 13:37:27 par Snow »
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Hors ligne Ambriel

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Re : Ptula
« Réponse #8 le: 20 Avril 2013 à 19:10:54 »
Salut ! Je réponds un peu en retard...

Pas ton genre de texte ? Tu peux me préciser pourquoi ? ^^
Sinon, contente que ça se lise bien tout de même. Pour les dialogues, je les voulais un peu sérieux, après peut-être que c'est trop poussé en effet mais ça a l'air d'avoir choqué que toi... tu peux me donner un exemple ?
Pour la profondeur psychologique, c'est pas une question de se lâcher, c'est surtout que j'ai jamais su faire des personnages potables ^^
Et il n'y a pas de suite à proprement parler... la fin s'explique dans un autre texte, que je posterai sans doute (si quelqu'un le réclame quoi XD)

Merci de ton commentaire !
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Hors ligne Rain

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Re : Ptula
« Réponse #9 le: 20 Avril 2013 à 21:12:51 »
Mais quelqu'un le réclame depuis un moment, cet autre texte  :huhu:.

[/flood]
Perdu

Hors ligne Snow

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Re : Ptula
« Réponse #10 le: 22 Avril 2013 à 08:17:51 »
Citer
Pas ton genre de texte ? Tu peux me préciser pourquoi ?
J'apprécie les romans noirs, la science fiction et l'univers cyber punk. Du coup c'est assez éloigné de ce que je lis d'habitude.

Pour les dialogues :

 « Pardonne-moi, Luys. J'ai été stupide de te dire ça. Je t'ai menti. Ça fait un bon moment que je t'aime, tu sais. »

Moi j'aurais bien écrit : "Je te demande pardon Luys, la stupidité a prit le dessus, le mensonge en est sort vainqueur, et cela fait une éternité que je t'aime de toute mon âme, de tout mon cœur"

Après ça dépend de beaucoup de choses. "Pardonnes moi" remets le choix du pardon sur Luys. "Je te demande pardon" fait assumer la responsabilité des choses à celui ou celle qui le dit. Etc ...
Je pense qu'il faut réfléchir un peu plus les dialogues, les faire un peu moins académique, cela donnera une profondeur à ton personnage, un peu de poésie "Le mensonge en sort vainqueur et cela fait une éternité que je t'aime de toute mon âme (au choix), de tout mon cœur".
On aime pas quelqu'un comme on aimerait une tomate, une pomme ou autre. Faut se lâcher :)

Snow.

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Re : Ptula
« Réponse #11 le: 22 Avril 2013 à 08:53:51 »
Moi je lirai et je commenterai quand le texte sera complet  :mrgreen:
"Les seuls beaux yeux sont ceux qui vous regardent avec tendresse" (Coco Chanel)

Hors ligne Ned Leztneik

  • Calame Supersonique
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  • Ressentir ou jouer ? C'est vous qui voyez !
    • La page de Ned
Re : Ptula
« Réponse #12 le: 22 Avril 2013 à 09:30:30 »
idem  :noange:
Il est dit parfois que toutes les guerres ne sont que des guerres de religion. Alors dites-moi le nom de ce Dieu qui les autorise à tuer l'amour. (apologue d'Alegranza)
----------
http://www.facebook.com/NedLeztneik

Hors ligne Ambriel

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 497
Re : Ptula
« Réponse #13 le: 22 Avril 2013 à 11:09:04 »
Euh vous êtes mignons mais le texte EST complet, là XD. La fin s'explique juste dans un autre, mais en soit il se termine de lui-même. Mais je vais poster Ekin si ça peut vous faire plaisir  :P (par contre il est super long donc soit vous vous accrochez, soit je le poste en au moins 3 parties (12 pages word))

Sinon pour les dialogues que tu me proposes Snow, je n'aime pas du tout  :-[ (désolée, c'est juste mon avis hein) Je trouve la phrase que tu proposes pas crédible du tout.
De plus, pour cet exemple précis, j'ai deux réticences :
- la phrase "Ca fait longtemps/un bon moment que je t'aime, tu sais." j'y tiens et je ne l'enlèverai sous aucun prétexte ^^ (rapport à un rêve que j'ai fait il y a quelques mois)
- C'est Luys qui invente ce qu'elle dit donc il entend ce qu'il veut entendre, bien dit ou non
« Modifié: 22 Avril 2013 à 11:12:57 par ambriel »
Et s'ils prenaient ta mère comme otage ou ton frère,
Dit un père béret basque à un jeune blouson d'cuir
Et si c'était ton fils qu'était couché par terre,
Le nez dans sa misère,
Répond l'jeune pour finir

- Renaud, les charognards -

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Re : Ptula
« Réponse #14 le: 22 Avril 2013 à 11:18:55 »
A ta convenance et tout à ton honneur. Chacun son style et ses avis. Si tu le sens bien comme ça, alors c'est good ;)

Snow.
Ni Dieu Ni Maitre.

 


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