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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La Dénonciation

Auteur Sujet: La Dénonciation  (Lu 1603 fois)

Hors ligne Aliénor Oarystis

  • Plumelette
  • Messages: 13
La Dénonciation
« le: 28 mars 2013 à 20:23:40 »
Bonsoir !

Petit délire tout juste pondu par votre servante, dites-moi ce que vous en pensez !

Besos,
Ali.



«Monsieur Le Commissaire,

   
      Il y a des choses trop horribles pour être dites, c'est pourquoi j'ai décidé de vous écrire. Vous rencontrer, Monsieur le Commissaire, m'est impossible. Et pourtant, j'ai peur que le mal soit déjà fait lorsque vous lirez cette lettre. Je m'explique. Henry et Sylvia Sideau habitent au 37 rue de Nevers, ici même. Lui est ingénieur informatique chez Orange, elle, a longtemps travaillé en temps que professeur de musique, jusqu'à ce qu'elle décide de suivre une nouvelle formation, celle de musicothérapeute. Mariés depuis environ huit ans, il ont deux enfants, Louis et Gabriel. Le travail de monsieur le prend beaucoup, mais il adore ses fils et essaye de passer un maximum de temps avec eux.
Parfois, sa femme se sent délaissée. Elle a du mal à gérer sa vie depuis la reprise de ses études. Elle a l'impression que ses neurones ont filé dans les doigts du temps, à force de n'avoir pour objectif que ceux qui font la vie d'un professeur de musique lambda : intéresser les élèves, leur faire apprendre des morceaux de cet horrible instrument qu'est la flûte à bec, et oui c'est bien, tu l'as joué sans fausses notes ! Par contre la prochaine fois essaye de ne pas trop cracher dans la flûte lorsque tu souffles. Il faut faire le bruit d'une mouche, bzzz.
   Alors  voilà, elle se retrouve tout d'un coup avec l'emploi du temps déstabilisant d'une étudiante de vingt ans, ce qui ne fait que lui rappeler qu'elle, elle ne les a plus. Il se passe quelque chose d'étrange chez Sylvia Sideau depuis qu'elle a tout ce temps libre alors que les enfants sont à l'école (Louis vient de faire sa rentrée en CP, et Gabriel n'est qu'en maternelle pour l'instant, ah, la belle vie!). Elle se met à penser. Elle pense à ces années écoulées depuis son mariage, elle se demande bien où elles sont passées ! Elle pense à ce qui la maintenait en vie lorsqu'elle était encore jeune : l'espoir en un avenir meilleur. Sylvia était en effet une jeune fille pleine d'idéaux, sur laquelle la dure réalité de la vie avait bien peu d'emprise. Certes, elle avait connu des difficultés, comme on dit, elle avait « eu des problèmes ». Mais Henry, son cher mari, voyait bien que toutes ces vieilles histoires étaient bel et bien du passé ! (ouf) ! Vous l'aurez compris Monsieur le Commissaire, Sylvia ne s'était jamais totalement renfermée sur elle-même puisqu'elle avait eu la force de parler avec Henry, son double, son amour, son alter ego, celui qui lui apportait la stabilité dont elle manquait jusque-là. Et ça l'avait aidée ! Oh oui, ça l'avait aidée... Ainsi elle avait pu (se) construire une vie digne de ce nom.

  Peut-être devrais-je m'arrêter là... Je vois bien que je ne fais que tourner autour du pot, et vous allez vous désintéresser de ma lettre, Monsieur le Commissaire. C'est que, même s'il ne s'agit que de les écrire, ces choses horribles dont je dois vous faire part sont réellement horribles. Et je suis une personne qui tient en horreur les choses horribles, alors les écrire... Vous imaginez bien ! Enfin, voilà, les enfants Sideau sont en danger je crois. Et ce n'est pas leur père qui va les sauver, c'est pourquoi je fais appel à vous.
  A force de penser, Sylvia Sideau en arrive peu à peu à la conclusion que ce qu'elle a fait de sa vie jusque-là, ce n'était qu'ignorer ce qu'elle était profondément. Son être véritable n'a rien à voir avec la femme, épouse et mère qu'elle donne à voir. Elle est un monstre. Quelqu'un qui hait les autres, les méprise, ne leur veut que du mal, et prend un plaisir pervers à imaginer les sévices qu'il pourrait leur infliger. Partant de là, Sylvia réalise qu'elle ne sera jamais véritablement heureuse tant qu'elle n'acceptera pas de se regarder telle qu'elle est ! Et de se montrer ainsi au reste du monde. Alors elle se souvient de cette pulsion qui l'habitait déjà étant toute petite, ces envies de transpercer quelque chose de tendre, avec quelque chose de dur. La jeune Sylvia avait très vite compris qu'étant une femme, ce désir ne pourrait se réaliser comme il se réalise souvent lorsqu'un homme viole une femme. (C'est depuis ce temps qu'elle est féministe, il n'y a pas de justice dans ce bas monde !). Il lui fallait trouver quelque chose d'autre, et à dire vrai elle n'a pas tardé à l'imaginer. Quoi de plus tendre que le ventre encore tout gonflé de mignonnerie d'un enfant ? Quoi de plus dur qu'un beau couteau de cuisine bien aiguisé ? Il est certain que l'ustensile trouverait là un usage beaucoup plus noble qu'en coupant du saucisson (Sylvia n'était malgré tout pas égoïste, elle pensait aussi à la gloire des autres). Ce fameux couteau serait retiré délicatement du ventre de l'enfant par le médecin légiste, placé avec attention dans un sac plastifié pour être ensuite analysé et révéler que oui ! Il était bien l'arme du crime ! Madame Sideau s'imaginait déjà rendant cet honneur au couteau que lui avait offert sa tante lors de son mariage, accompagné d'un petit mot de son oncle par alliance (toujours spirituel) « Pour qu'Henry ait de quoi couper le cordon ombilical de votre prochain marmot ! ». D'ailleurs Henry avait trouvé ça de mauvais goût, il prenait la paternité (même potentielle) très au sérieux. En y repensant, Sylvia trouve cela très ironique, et se dit que c'est le sort qui a destiné ce couteau à transpercer le ventre de ses enfants à défaut d'avoir pu couper le lien qui les attachait encore à elle.

  Monsieur le Commissaire, j'espère que vous me prenez au sérieux, bien que mon histoire vous semble la plus farfelue qui soit, elle est véridique ! Sylvia Sideau est en train de fomenter l'assassinat de ses deux enfants. Elle avait hésité entre eux ou des anciens élèves, mais il faut avouer que les collégiens ont le ventre moins adorablement gonflé de mignonnerie que les petits. Et puis, même si elle a du mal à l'admettre, elle trouve ça plutôt chouette de faire ce sale coup à Henry, son double, son amour, son alter ego.
  Il faut que vous l'arrêtiez ! Il faut que vous empêchiez cette femme de détruire sa propre famille pour des pulsions enfantines retrouvées après un peu trop d'introspection ! Je vous en prie Monsieur le Commissaire, le sort de ces enfants est entre vos mains...

Votre dévouée,

Sylvia Sideau

PS : Arrêtez-moi avant que les garçons ne rentrent de l'école s'il vous plaît, je ne veux pas qu'ils voient ça. »





« Chère Madame Sideau,

   Nous accusons réception de votre courrier de ce lundi 24 mai, et sommes navrés de vous annoncer que nous ne pouvons donner suite à votre requête. En effet, le délit d'intention n'existe pas, et nous ne sommes pas en mesure d'arrêter quelqu'un sur la base de suppositions. Quand bien même nous le ferions, la présomption de culpabilité future et éventuelle n'est pas suffisante pour condamner un individu lors d'un procès. Si vous le souhaitez, nous pouvons transmettre votre dossier au service d'assistance sociale, mais étant donné leur manque de moyens, nous ne pouvons vous garantir qu'ils viendront vous visiter.

Avec toutes nos plus sincères salutations,

L'équipe du Commissaire Poutoux »
« Modifié: 02 avril 2013 à 11:29:23 par Aliénor Oarystis »

Hors ligne Kath

  • Prophète
  • Messages: 953
  • Eternelle tête en l'air
Re : La Dénonciation
« Réponse #1 le: 28 mars 2013 à 21:49:43 »
Alors là tu m'achèves. "L'équipe du commissaire Poutoux"!! :D

bon, plus sérieusement, j'avais deviné assez tôt qui était l'auteur de la lettre, mais ça n'enlève en rien à son atrocité.
Je suis trop fatiguée pour relever les fautes, j'ai vu quelques maladresses:
Citer
Elle a du mal à gérer sa vie depuis sa reprise d'études
:depuis la reprise de ses études, ça sonne mieux.
Mais je ne relèverai pas tout ce soir, j'ai encore du boulot sur un autre forum  :-¬?

J'aime beaucoup tes histoires, j'y trouve une bonne dose si ce n'est d'originalité, en tout cas de poèsie.
Relectrice-Correctrice pro, et fière et enthousiaste correctrice du Mout'!

Hors ligne umbrella

  • Plumelette
  • Messages: 13
Re : La Dénonciation
« Réponse #2 le: 28 mars 2013 à 21:57:43 »
Comme quoi les études c'est dangereux.

Tout de même quelques critiques ?

Je me suis demandée en lisant ton texte, pourquoi il était si important que ce soit une lettre plutôt qu'un dialogue. Aux vues du nombre de digression, et du stress manifeste qui transparaît dans la lettre, un simple dialogue avec le commissaire eut été plus naturel.
Je comprends qu'au début du texte tu signifies qu'elle ne serait pas capable de le prononcer, et que la réponse par écrit du commissaire rende le détachement de la police par rapport à cette affaire plus palpable, mais je maintiens que tu aurais pu tout à fait garder ces aspects-là en utilisant un dialogue plutôt que des lettres.

Je passe sur cette idée, c'était juste un constat, je ne vais tout de même pas te faire réécrire ce texte.

La folie du personnage est amusante, quelques phrases font sourire et sortir un peu du texte (notamment le passage où elle parle de la gloire du couteau).


writterG

  • Invité
Re : La Dénonciation
« Réponse #3 le: 28 mars 2013 à 23:15:59 »
Hello, heureux de lire un autre de tes textes :)

J'ai trouvé cette lecture sympathique, le passage sur la flute ma fait sourir- bien que beaucoup utilisé- et le commissaire Poutou aussi bien sur, mais hélas je n'est pas ressentit l'horreur de ce qu'elle projetait de faire, vu le nombre de fois ou est répéter "horrible". Suis-je insensible, lol, le fait de s'en prendre à ses enfant c'est sur que c'est horrible mais ça ne m'a pas fait plus que ça, en tout cas c'est mon ressenti

Ensuite "et essaye au maximum de passer du temps avec eux."  Moi j'aurais mis plutôt : essaye de passer un maximum de temps avec eux.

Voila, à plus.

Hors ligne Aliénor Oarystis

  • Plumelette
  • Messages: 13
Re : La Dénonciation
« Réponse #4 le: 02 avril 2013 à 11:35:37 »
Merci de vos commentaires !
J'ai corrigé deux/trois phrases bancales, dont celles que vous m'avez citées.

Umbrella, je pense que si je mettais cette histoire sous forme d'un dialogue je perdrais trop de ce que je voulais à l'origine. On saurait directement qui est la femme qui parle, on aurait les réactions en direct du commissaire, la femme ne pourrait pas se laisser aller à autant de digressions et de folie puisqu'elle parlerait d'elle-même (il est plus facile de dire la vérité quand on parle de quelqu'un d'autre...) ect. Enfin, que gagnerait-on à en faire un dialogue ?

Hors ligne Rhiannon

  • Tabellion
  • Messages: 21
    • La Flamme du Phoenix
Re : La Dénonciation
« Réponse #5 le: 05 avril 2013 à 17:54:25 »
Récit sympathique. Pas mal écrit, qui se lit facilement, intéressant. J'ai deviné très vite qui était l'auteur, mais c'est sûrement voulu.
Sinon, le commissaire Poutoux m'a tuée. Enfin, son nom. Sans compter la réponse de l'équipe : quels gendarmes/policiers normalement constitués et ayant un minimum de conscience professionnelle feraient ça ? Même si c'est plutôt comique, ce n'est pas réaliste.
Mais globalement, j'ai bien aimé ce texte.
Si on ne croit en rien, pas la peine de se lever le matin. Je ne crois en rien et je sais pourquoi je me lève. Et toi ?

cook

  • Invité
Re : La Dénonciation
« Réponse #6 le: 05 avril 2013 à 20:15:00 »
Je trouve ton texte très agréable a lire, la réponse du commissaire très original, ainsi que l'auteur de la première lettre.
Seul bémol que je pourrai trouver ce serai le temps que met le texte a démarrer .... Tu écris même "vous allez vous désintéressé de ma lettre". J'ai bien peur d'être un peu d'accord avec toi.
Sinon très bon texte

 


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