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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateur: Claudius) » Epidémie

Auteur Sujet: Epidémie  (Lu 1821 fois)

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Epidémie
« le: 09 mars 2013 à 13:26:02 »
Une espèce de prose poétique autour du thème de la peste et de l'épidémie sur lesquelles je travail pas mal ces derniers temps. Une tentative pour retranscrire une ambiance (et je pense à Gionio et j'ai limite honte d'avoir écrit ça... :D )

#1

Ville-gangrène. Elle qui nie l’aurore et ses poussières. Elle qui porte à sa face blême les vapeurs éclatées des charniers. Cœur presque-mort des rues et des places ; fontaines sèches et sources taries ; unique meurtrissure étendue sur le fleuve. Ville aux ponts levés où le siège est porté jusqu’au corps même de ceux qui vont mourir. La nuit, c’est une grande peau d’ombre qui tombe sur les fenêtres, et, dans les chambres muettes, derrière les façades atones et grises de la cité, on comble les placards et les lits de cadavres et de morts. Ville sans recours. Silhouettes passantes, essuyées de soleil, d’attente et de fuite. Ils cherchent une passe, un trou, une fêlure, un espace infime dans les murs ; mais les autres ont tout fermé et personne ne peut sortir. Entassement de corps ; abrutissant de lumière, le jour écrase l’air vicié et oblige les bouches à la respiration. Ville sans refuge et sans ciel. Corridor interminable de visages qui s’entassent jusqu’aux nuages secs. Il ne reste rien que ce bouleversant silence que personne ne brise. Ville-peste où tu vois que l’espoir est mué en attente. Multitude étouffée. De proche en proche des mugissements discrets font trembler les parois de l’avenue désertée. Souveraine tranquillité des horloges et des cadrans solaires. Et le jour décline et tu sais que personne ne viendra. Tu sais que tu ne bougeras plus. Rougeur sanguine sur les tôles. « Au revoir » liquide et phosphoré adressé aux passeurs. Personne ne songe plus à appeler au secours et c’est aphone que l’on tombera. Ville où les vivants sont las de bouger encore, où les cloches ne sonnent plus par fatigue de n’appeler personne, où les peaux sont sèches et écarlates et où la tombe est un rêve que l’on fait en dormant. Ville aux paupières closes exposant ses viscères ; de fond en comble creusée par la maladie, elle s’épuise, s’endort et répète, encore et encore : « oubli ».
« Modifié: 09 mars 2013 à 13:36:43 par Hément »
"Personne ne sait quand tombera le crépuscule et la vie n’est pas un problème qui puisse être résolu en divisant la lumière par l’obscurité et les jours par les nuits, c’est un voyage imprévisible entre des lieux qui n’existent pas." Stig Dagerman.

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Re : Epidémie
« Réponse #1 le: 09 mars 2013 à 13:35:20 »
Une espèce de prose poétique autour du thème de la peste et de l'épidémie sur lesquelles je travail pas mal ces derniers temps. Une tentative pour retranscrire une ambiance (et je pense à Gionio et j'ai limite honte d'avoir écrit ça... :D )

#1

Ville-gangrène. Elle qui nie l’aurore et ses poussières. Elle qui porte à sa face blême les vapeurs éclatées des charniers. Cœur presque-mort des rues et des places ; fontaines sèches et sources taries ; unique meurtrissure étendue sur le fleuve. Ville aux ponts levés où le siège est porté jusqu’au corps même de ceux qui vont mourir. La nuit, c’est une grande peau d’ombre qui tombe sur les fenêtres, et, dans les chambres muettes, derrière les façades atones et grises de la cité, on comble les placards et les lits de cadavres et de morts. Ville sans recours. Silhouettes passantes, essuyées de soleil, d’attente et de fuite. Ils cherchent une passe, un trou, une fêlure, un espace infime dans les murs ; mais les autres ont tout fermé et personne ne peut sortir. Entassement de corps ; abrutissant de lumière, le jour écrase l’air vicié et oblige les bouches à la respiration. Ville sans refuge et sans ciel. Corridor interminable de visages qui s’entassent jusqu’aux nuages secs. Il ne reste rien que ce bouleversant silence que personne ne brise. Ville-peste où tu vois que l’espoir est mué en attente. Multitude étouffée. De proche en proche des mugissements discrets font trembler les parois de l’avenue désertée. Souveraine tranquillité des horloges et des cadrans solaires. Et le jour décline et tu sais que personne ne viendra, et tu sais que tu ne bougeras plus. Rougeur sanguine sur les tôles. « Au revoir » liquide et phosphoré adressé aux passeurs. Personne ne songe plus à appeler au secours et c’est aphone que l’on tombera. Ville où les vivants sont las de bouger encore, où les cloches ne sonnent plus par fatigue de n’appeler personne, où les peaux sont sèches et écarlates et où la tombe est un rêve que l’on fait en dormant. Ville aux paupières closes exposant ses viscères ; de fond en comble creusée par la maladie, elle s’épuise, s’endort et répète, encore et encore : « oubli ».
Lecture jouissive. Le texte est court, mais ça fait son effet.
Le début m'éclate "Ville-gangrène...". Les deux trois phrases suivantes nous mettent déjà dans l'ambiance.
La suite s'enchaine fluide, et les coups de claques n'en finissent plus. Ca transpire vraiment la mort et la maladie.
La chute est tout simplement magnifique. Tu as maitrisé ton texte du début à la fin.
Juste ceci: "Et le jour décline et tu sais que personne ne viendra, et tu sais que tu ne bougeras plus". Moi, j'aurais mis un point après le verbe "viendra" , après le point, j'aurais enlevé le "et" parce que ça enlève à ce passage toute sa puissance.
Voilà.

« Modifié: 09 mars 2013 à 13:55:04 par Mnemosyne »
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Re : Epidémie
« Réponse #2 le: 09 mars 2013 à 13:38:53 »
Merci pour le commentaire. Je suis assez d'accord avec ta correction (même si les deux formulations me plaisent : l'enchaînement des "et" peut parfois donner une forme de pesanteur à la phrase qui me plait) ! Le thème de la catabase m'intrigue et j'aimerais vraiment réussir à le retranscrire dans une forme d'écriture : une espèce de dégradation étouffante du sens et de la manière de l'exprimer (c'est ce qui est magnifique dans le Hussard sur le toit selon moi).
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Re : Re : Epidémie
« Réponse #3 le: 09 mars 2013 à 13:41:21 »
Merci pour le commentaire. Je suis assez d'accord avec ta correction (même si les deux formulations me plaisent : l'enchaînement des "et" peut parfois donner une forme de pesanteur à la phrase qui me plait) !
Oui, je sais, je fais parfois pareil:)

Mais là, tu peu mettre deux "et" au début ça fera normalement l'effet de pesanteur que tu cherches.
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Re : Epidémie
« Réponse #4 le: 09 mars 2013 à 13:43:05 »
En relisant avec ta correction, ça me plait vraiment finalement : merci !
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Re : Re : Epidémie
« Réponse #5 le: 09 mars 2013 à 13:46:07 »
En relisant avec ta correction, ça me plait vraiment finalement : merci !
Là c'est parfait.
J'aime beaucoup ton style et les thèmes que tu abordes. C'est surement subjectif mais c'est comme ça.
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