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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » De profundis clamavi

Auteur Sujet: De profundis clamavi  (Lu 3766 fois)

Pytchook

  • Invité
De profundis clamavi
« le: 24 Novembre 2007 à 18:09:41 »

[Avant de poster mon essai, je tiens avant tout à vous saluer. Ce que je poste pourrait peut-être vous paraitre une grande brique -je dis ça car je suis parfois moi-même démotivé à lire un long post lorsque j'en vois un- mais j'espère que certains auront le courage de lire ;). N'hésitez surtout pas à donner votre avis et émettre des critiques! En vous remerciant d'avance, je vais faire un petit tour du forum...]



                                                                                                                                             De profundis clamavi



Il est tard.
La pluie s'est mise à tomber. Le bruit des gouttes qui tombent sur mes carreaux accompagnent le grondement du tonnerre.
Ce bruit, je l'ai toujours aimé. Il y a quelque chose de relaxant derrière cela; peut-être de la musique? Ou peut-être le sentiment de se sentir chez soi, à l'abri des caprices de la nature, tandis que d'autres sont en train de crever dans la rue.
Qui sait?
Les hommes sont comme ça.
Il n'empêche que ma feuille est toujours blanche...

Oh toi, sombre lune qui pèse sur le monde
Comprends-tu les humains, ignobles créatures ?
Ici sévit l’enfer qui à chaque seconde
Trace en mon cœur lassé d’innombrables ratures


La pluie vient de cesser. Je l'aimais, ce bruit. Maintenant, je me retrouve seul avec mes pensées brouillées. Plus rien ne trouble le lourd silence qui s'est imposé. Le gars, sans abri, lui, il doit être ravi. Et toi, Marie, tu t'en fous.

Bien sûr que tu t'en fous.

Après une demi-heure, je n'ai réussis qu'à sortir quatre alexandrins de ma plume. Il faut que je passe à autre chose, je m'y remettrai plus tard.
Tient, si je me connecte à internet, peut-être vais-je pouvoir échanger une conversation avec l'une ou l'autre personne qui s'y trouve aussi? Allons voir.

Personne, personne sauf elle. Elle et sa photo qui s'affiche à côté de son prénom. Pour sûr, elle est derrière l'écran de son ordinateur, comme avant, mais elle ne me parle plus.

J'avais à peine seize ans lorsque je lui ai parlé pour la première fois. C'était sur ce salon internet que l'on avait nommé "Le Fantastique", un endroit où se déroulait chaque soir ces jeux de rôle dans lesquels je vivais l'histoire d'un personnage que j'avais inventé. En réalité, il s'agissait plutôt de la projection de ma propre personnalité, celle que tous les jeunes adolescents cherchent à affirmer.
Après quelques soirées, comme nous nous entendions bien, nous avions commencés à nous parler hors du salon, à deux, sans s'appeler par nos pseudonymes. Elle dessinait, j'écrivais, nous nous échangions nos créations, et peu à peu nos conversations tardives devaient rituelles.
Et tardives, elles l'étaient! Car elle habitait Québec, et comme je vivais en Belgique, six heures décalaient nos journées. Ainsi, elle faisait l'effort de venir le plus tôt possible après ses cours, et moi celui de veiller tard la nuit (ce qui me valait des cernes creusées sous mes yeux le lendemain matin).
Puis vint cette soirée, cette soirée où la raison -non pas inexistante mais ignorée!- n'eût en aucun moment habité mon cœur. Non, d'ailleurs, tout ce qui l'habitait, c'était elle. Et c'est précisément cela que je lui ai dit.

Le 19 juillet de l'année suivante, je partais en avion, seul, pour l'aéroport de Montréal. L'avion était bondé. Certains passagers portaient des écouteurs et regardaient un film sur le petit écran incrusté dans l'arrière de chaque siège. D'autres dormaient; et d'autres encore suaient et soupiraient en silence à chaque secousse un peu trop brutale de ce qui pour eux n'était autre qu'un potentiel cercueil volant.
Mais ni le film ni les turbulences n'avaient d'effet sur moi; seul son image et sa voix tentaient de prendre forme dans mon esprit.
Toute cette imagination qui se brouillait et qui m'envoutait prit fin lorsque je passais la porte et que je vis sa sœur, sa mère et une de ses amies qui m'attendaient parmi la cohue.
Tout ce monde, toute cette agitation, et toute mon angoisse! C'est comme si le tourbillon intérieur que je ressentais pendant le voyage s'était en une fraction de seconde extériorisé, me laissant face à moi-même et à la réalité. Ce qui me troublait surtout, alors que j'avançais, c'était de ne pas voir celle pour qui j'étais venu. Soudainement, je senti quelqu'un me prendre dans ses bras, je ne l'avais même pas vu venir. C'était elle. Je n'ai ni vu son visage, ni sa silhouette, je n'ai pas senti ses lèvres me faire la bise, non, la première chose que j'ai eu de sa part, c'était son étreinte, amoureuse.



Cet été-là, le mois que j'ai partagé avec elle fut un des plus beaux mois de ma courte existence. J'aimais véritablement pour la première fois; et ce qui rendait cette chose magique, c'est que dans ma folie je pouvais résolument imaginer qu'elle vivait cela aussi passionnément que moi.
Mais comme toutes les choses sont éphémères, il fallu que je rentre à Bruxelles.
C'est ce jour là, le 15 août en début d'après-midi, que cette relation perdit toute la candeur qu'elle possédait.
Je me souviens...À quel point nous étions terrassés, anéantis.
Nous devions nous lever un peu plus tôt pour nous préparer, ce matin là. Le soleil s'était déjà levé, il passait entre les rideaux de sa chambre. À mon réveil, elle était blottie contre moi, je l'ai serré dans mes bras, elle s'est réveillée aussi. Puis nous avons pleuré. Car entre le moment où je la quittais et celui de nos retrouvailles, quatre longs mois se seraient écoulés. Quatre mois interminables, où je ne ressentirai plus ni sa peau ni son étreinte, où je ne verrai plus ni ses yeux, ni son sourire. Plus rien, sinon des mots. Des mots qui s'affichent sur un écran.
Les heures de cette matinée passaient comme les minutes, tout allait trop vite. Jusqu'à l'instant fatidique, où je dus prendre mes bagages et les mettre dans le coffre. J'avais l'impression qu'ils pesaient des tonnes.
Tandis que nous allions vers l'aéroport -ce même aéroport qui m'avait amené à elle!- comme le condamné vers l'endroit de son exécution, sa mère conduisait la voiture en portant des lunettes de soleil afin de masquer les larmes qui s'échappaient de ses yeux.
Et le silence régnait, ce même silence lourd, celui-là seul qui puisse exister dans les pires tragédies humaines.

Et cette scène maudite, elle eût lieu plusieurs fois, puisque nous nous sommes revus à Noël, à Pâques, aux vacances d'été suivantes...Si souvent, trop souvent, tellement que nous ne pouvions plus le supporter. Je suis donc allé vivre un an chez elle; en ayant comme objectif de pouvoir repartir pour la Belgique à la fin de cette année, et vivre ensemble là-bas, mariés. Mariés, oui, comme je vous le dis. La folie de l'amour n'a pas de limites, croyez-moi. La folie de l'amour...Ou l'ignorance de la jeunesse? La fougue? Disons qu'il s'agissait des deux à la fois. Pour mes parents, vouloir se marier pour quelque raison que ce soit à 18 et 16 ans, ce n'était pas de la folie, ce n'était pas de l'ignorance, c'était de la folle ignorance.
Je me souviens de toutes ces discussions que j'avais eues avec mon père, et toutes les séquelles qui en sont restées. Il me parlait avec la raison, et moi je lui répondais avec le cœur. Mais il n'y avait rien à faire. Sa position était toute ancrée, immuable.
Si bien qu'ils refusèrent, à la fin de cette même année, de nous aider à réaliser nos espoirs. Aucune aide financière, refus catégorique d'accepter Marie dans la maison, ainsi que d'en avoir la moindre responsabilité.
Encore une fois abattus par cette terrible nouvelle, nous nous disputions plus souvent, et je repartis seul. Et cette fois, je savais qu'il était probable que nous ne nous revoyions plus.

À nouveau séparé l'un de l'autre, c'était le retour à une vie morne et dépourvue d'intérêt qui s'offrait à mes yeux. Un retour à la ville, polluée, avec les jeunes bandes de délinquants qui trainent dans les rues. Une vie loin de toi, platonique. C'est sans doute ce retour forcé à une situation insupportable qui a provoqué notre rupture.

C'était il y a un an à présent, peut-être même jour pour jour.
Mais jamais je ne t'ai oublié.
Oh, certes, il y eût cette fille, Maïté. Au premier abord, elle te ressemblai. Elle jouait du piano, elle était timide. Elle avait ces yeux et ce sourire qui me touchent.
Cependant, je n'ai jamais pu trouver en ses yeux les repères que je cherchais dans les tiens. Je ne faisais que courir désespérément derrière ton fantôme, celui dont j'ai oublié les défauts, celui qui habite mes souvenirs.
Aujourd'hui, c'est une véritable nostalgie qui s'est emparée de mes pensées. Serai-t-il possible que je sois retombé amoureux? Je me le demande, je n'en sais rien.
Plusieurs fois, la nuit, je rêve de te revoir. Une fois nous nous retrouvions encore à Cuba, comme à l'époque, où nous y étions allé avec ta famille. Sur la plage, avec un soleil de feu, nous étions à nouveau ensemble, comme avant. Une autre fois, j'ai vécu à nouveau le dernier soir de la période de Noël avant que tu t'en ailles. T'en rappelles-tu? Nous étions allé au cinéma voir un film nommé "Joyeux Noël" , celui dans lequel est chantée la musique "Bist du bei mir". Quelle ironie, n'est-ce-pas?

Mais peu importe. Toi, Marie, tu t'en fous, n'est-ce-pas?

Bien sûr que tu t'en fous.


Comme je me souviens, Marie, de ce temps-là
Où mon cœur s’emballait, tel un vieux carillon
En pensant au bonheur de retrouver tes bras
De plonger dans tes yeux, et d’embrasser ton front !

Comme j’étais heureux, Marie, je m’en rappelle
Et les dires méfiants, ce qu’ils étaient profus
Et si insignifiants ! Car c’était ton appel
Qui me guidait, lui-seul, dans les sentiers abrupts

Et quand nous étions deux, mes lèvres sur les tiennes
Oh oui Marie, crois moi, comme je m’en souviens
De cette tendresse qui comblait notre peine
De mon âme endormie caressée par ta main

Tout cela, aujourd’hui, je m’en souviens encore
Il est des feux ardents qui lorsqu’ils sont éteints
Malgré ceci, cela, auront brulés si fort
Que le sol à jamais s’en trouvera empreint








Hors ligne Loup

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Re : De profundis clamavi
« Réponse #1 le: 24 Novembre 2007 à 18:18:04 »
Très beau !! Vraiment. Le style, peut-être un peu simple, mais c'est ce qui donne sa beauté ...

Il est des feux ardents qui lorsqu’ils sont éteints
Malgré ceci, cela, auront brulés si fort
Que le sol à jamais s’en trouvera empreint

J'ai beaucoup aimé ces phrases !!

Sinon, j'ai l'impression que c'est un peu autobiographique, est-ce qu'une impression ?

Bravo ^^ ! ... Le titre en latin, il veut dire quoi ??

PS : tu pourrais te présenter sur le forum "Présentations" ... merci ! ;)
Un mot est un oiseau au milieu d'une page. C'est l'infini.

Pytchook

  • Invité
Re : De profundis clamavi
« Réponse #2 le: 24 Novembre 2007 à 18:22:07 »
"Sinon, j'ai l'impression que c'est un peu autobiographique"---> Ça sent tellement le vécu?  ;) . Ce n'est pas qu'une impression!

De profundis clamavi: "Des profondeurs, je crie vers toi".
Il faut d'ailleurs lire le poème de Baudelaire (qui porte le même titre) -enfin, c'est plutôt ce que j'ai écris qui porte le même titre que le poème de Baudelaire  ^^-.
Merci pour ton avis Loup :)

Hors ligne Leia Tortoise

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Re : De profundis clamavi
« Réponse #3 le: 28 Novembre 2007 à 17:00:57 »
J'ai bien aimé aussi, c'est vrai que c'est long mais à la lecture je ne m'en suis pas rendue compte, on est captivés!
Of course it is happening inside your head, but why on earth should that mean that it is not real ?
- Dumbledore -
*
Books ! Best weapons in the world.
- Doctor Who -

Azraelle

  • Invité
Re : De profundis clamavi
« Réponse #4 le: 30 Novembre 2007 à 02:27:41 »
je ne m'en fou pas,
d'ailleurs, je n'ai rien oublié

Marie

Hors ligne Loup

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Re : De profundis clamavi
« Réponse #5 le: 30 Novembre 2007 à 13:28:42 »
Azraelle => vrai ou pas ??

En tout cas, c'est assez étrange cette rencontre ... j'attends la suite.

Cette histoire ets vraie finalement. C'est vrai qu'elle avait un air "autobiographique".
Un mot est un oiseau au milieu d'une page. C'est l'infini.

Pytchook

  • Invité
Re : De profundis clamavi
« Réponse #6 le: 30 Novembre 2007 à 14:26:07 »
Loup-> La suite? Tu la vis en même temps que moi, la suite...

 


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