J'ai hésité entre le poème et le texte court. Il y a un morceau, un bout du second paragraphe qui apparaît dans un autre de mes textes. Ceci en est le texte original. J'ai retrouvé ça, je me suis relu, j'ai corrigé deux trois trucs, et je me suis dit que ça valait peut-être le coup d'être partagé.

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Images de temps :
Le temps unique n'existe pas ; ce n'est pas une continuité, pas une marche, un progrès, ces catégories-là ont l'allure de spectres, de projections pratiques, et bien qu'on y trouve une sécurité éphémère, bien qu'on puisse s'y cacher, s'y retrouver, les devenirs ne s'arrêteront pas d'être. Ils surgiront pour crever les bulles. Ils feront mentir un passé qui n'existe que pour nous, ils réduiront le présent en pièces. Notre expérience du temps se résume à cela, appliquer cette continuité rompue à l'infini, et s'alerter des dissonances dans le paysage de nos sens. Le temps s'invente suivant l'étendue de nos changements ; ce seuil indélicat qui ne se reconnaît plus, pour nous, comme tel, comme adéquat. Le temps, ce n'est d'abord que cela, le déclenchement de la reconnaissance. Quand ne se reconnaît-elle plus exactement dans son présent ? Avec quelle sensibilité, quels détails ?
Il y a une myriade de temps, des infinités de vitesses, qui s'ajustent, se compensent, ralentissent ou se pressent, qui produisent ensemble un temps visiblement plus lent que le leur pris séparément. Et nous serions traversés de spasmes, de lumières, de vitesses qui ne feraient que composer la nôtre, plus épaisse. C'est une cacophonie qui s'harmonise, un tumulte qui s'organise. C'est le temps ; c'est nous.