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12 Juin 2026 à 00:02:00
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » [Lya]

Auteur Sujet: [Lya]  (Lu 4576 fois)

Hors ligne Marygold

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[Lya]
« le: 29 Janvier 2007 à 16:06:24 »
Bon,je transfère aussi ça... mais comme je l'ai déjà dit, ça ne sera pas mis à jour très souvent...
Pour l'instant je me contente d'un titre éponyme (comme l'a dit Umberto Eco, ce sont "les titres les plus respectueux du lecteur") mais il changera peut-être.

I- Le départ

Lya exprima l’eau de ses cheveux à la sortie de sa baignade. Le lac Geylis était encore agréable en ce début d’automne. Bientôt elle y rentrerait à reculons. Mais elle y rentrerait. Elle aimait trop la sensation de l’eau sur son corps pour y renoncer.

- Tu devrais au moins te couvrir.

Kian s’assit à côté d’elle, sur la rive du lac, tandis qu’elle s’allongeait sur un lit d’herbe et de feuilles mortes, laissant les derniers rayons de soleil réchauffer au mieux son corps nu. L’homme lançait de temps à autre un caillou qui ridait la surface de l’eau en s’enfonçant.
- Tu n’aimes pas le calme.
- Je sais.
- C’est pour ça que tu ne te poses jamais ? demanda Lya en tournant la tête vers lui.
Il gratta sa barbe brune striée de blanc en observant la jeune fille. Ses cheveux roux qu’il avait dû lui couper formaient comme une couronne flamboyante autour de son visage fin. La blancheur de sa peau tranchait sur les couleurs chatoyantes dont l’automne habillait la forêt autour d’eux.
- L’inaction n’est pas bonne pour l’homme, déclara Kian d’un ton bourru.
- Parfois cela fait du bien.
- Tu dis ça parce que tu es une femme.
Lya se redressa sur ses coudes, un pli barrait son front.
- Ne dis pas ça ! Peu de femmes t’auraient suivi comme je l’ai fait. Je t’ai laissé choisir notre route, couper mes cheveux, m’habiller en vagabond –
- C’est bon. Il le fallait. Mais il n’empêche, les femmes aiment l’inactivité. Regarde-toi ! Tu restes des heures allongée sur les feuilles ! On dirait que tu le fais exprès pour que les gars te regardent.
- C’est ça qui t’embête ? Que ces morveux se rincent l’œil ?
- Ces morveux ont ton âge, Lorris.
- Je m’appelle Lya ! cracha la jeune fille en se levant.

Elle récupéra sa tunique de laine brune qui lui irritait la peau et l’enfila, chaussa ses bottes de cuir souple et remit sa ceinture où pendait un petit poignard. Elle le toisa, les mains sur les hanches, mais resta silencieuse.
- Tu t’appelles Lorris maintenant, rectifia Kian en contemplant le lac. Tu étais d’accord. Sinon je ne t’aurais pas couper les cheveux.
Son ton était uni et parfaitement distant mais Lya sut qu’il regrettait. Elle passa la main dans ses cheveux courts et s’assit à côté de lui.

- Ce n’est rien, soupira-t-elle.

Ils contemplèrent le lac en silence.

Lya replia ses jambes et les entoura de ses bras. Elle pencha sa tête sur ses genoux en regardant Kian de côté.

- Quand partirons-nous ?
- Bientôt.
- Cela fait des jours que tu me dis ‘bientôt’, Kian, reprocha la jeune fille.
- J’ai encore une affaire à régler avec Calfas. Après nous partirons.
- Tout seuls ?
- Tout seuls. Si je veux te faire passer pour mon fils, il vaut mieux ne pas voyager avec ces voyous qui te tournent un peu trop autour, répondit Kian d’un ton bourru.

Lya éclata de rire. Un rire clair, comme l’eau du lac, qui révélait ses petites dents blanches. Elle ressemblait tant à sa mère ainsi.

- Tant mieux, fit-elle en jouant à présent avec une feuille morte.
Elle en arracha la partie gauche et la froissa. De la partie droite elle fit une multitude de petits bouts qu’elle lança au vent. Plusieurs morceaux s’accrochèrent sur la tunique de Kian. Il regarda la jeune fille tout en s’époussetant. Ses yeux verts, brillants, le fixaient avec intensité. Tout dans ses yeux dénotait sa détermination, une intelligence vive et, enfouie profondément dans ses iris, une douleur brûlante. Elle irait jusqu’au bout. C’était pour cela que Kian l’avait prise avec lui, malgré sa condition de femme.

- Tu sais te battre ? demanda-t-il soudain.
- Tu me l’as déjà demandé, fit Lya. Et ma réponse n’a pas changée.
- Quoi ? Tu n’as pas essayé de t’entraîner depuis ? bougonna Kian.
- Avec qui ? répliqua-t-elle en haussant les épaules. Ces voyous, comme tu les appelles ? Ils ne veulent pas avoir affaire à une femme, sauf pour leur plaisir.
- Tu veux apprendre ?
- De toute façon, je dois. Non ?
- Oui, acquiesça Kian. C’est mieux.

Cette fille était décidément un mystère pour Kian. Quelquefois il avait l’impression de voir en elle une enfant de village, traînant partout, sans pudeur ni coquetterie, et en quelques secondes, au hasard d’une conversation, il retrouvait la noblesse de sa physionomie, l’intelligence et l’éducation d’une fille de seigneur. Kian se leva et la jaugea encore une fois. Avec ses cheveux courts, sa minceur et sa poitrine plate, elle passerait quand même pour un jeune garçon. Si on n’y regardait pas de trop près. L’homme retourna au campement : il fallait qu’il parle à Calfas. La fille avait raison, ils devaient partir sans tarder.


Calfas et ses apprentis avaient croisé leur route une journée seulement après leur départ de Mun Sivas, où Kian avait rencontré Lya. Calfas était voleur depuis une bonne quarantaine d’années. Kian lui-même avait été son élève, avant de le quitter pour explorer le monde. Et devenir Chasseur. Calfas en avait été étonné lorsqu’il l’avait su.

- Toi ? J’peux pas le croire. Tu as toujours été le plus sensible de mes apprentis ! Même les jeunots ont moins de cœur que toi ! Ils n’hésitent pas à voler un orphelin ou violer une pauvre fille, eux ! Et tu es Chasseur ? Franchement, Kian, à d’autres !
- Ça fait vingt ans qu’on ne s’est pas vu, Calfas. Tu sais tout ce qui peut se passer en vingt ans, lui avait calmement répondu Kian.
- Et te pousser à devenir un assassin ? avait grimacé le vieux voleur.

Kian n’avait pas répondu. Non, Calfas ne savait pas. Il ne s’était jamais attaché à rien ni personne. Il parcourait les routes du comté de Sivas, parfois plus loin, sans s’arrêter longtemps, en dormant dans les bois ou des auberges malfamées. Ses apprentis, même, pouvaient bien se faire prendre, voire tuer, il ne les pleurerait pas. Ce n’était donc pas le fait de tuer qui empêchait Calfas d’être un Chasseur. Non, c’était parce que les Chasseurs étaient les hors-la-loi les plus recherchés du royaume – une petite cinquantaine d’hommes, certains plus doués que d’autres, mais les plus grands assassins de Mailend. Or Calfas préférait sa petite existence de voleur de grands chemins plutôt qu’une vie de dangers permanents. Mais il avait du mal à croire Kian, le jeune Kian qui répugnait même à voler une veuve. Il avait vieilli, certes, mais le cœur d’un homme peut-il changer à ce point ?


- Tu as une minute ? demanda Kian en arrivant près du vieil homme qui aiguisait un couteau.
- Je viens, répondit Calfas en posant sa pierre.

Le deux hommes s’éloignèrent du campement où les apprentis voleurs discutaient et s’amusaient entre eux. Ils n’étaient qu’une demi-douzaine mais combien vivront aussi vieux que leur maître ? On est si insouciant à cet âge.

- Je vais partir, dit simplement Kian lorsque Calfas s’immobilisa pour s’adosser à un chêne.
- Tout seul ?
- Avec la petite.
- Tu ne me diras pas qui c’est ?
- Non. Mais je voudrais te demander quelque chose.
- Vas-y, je verrais, répondit le voleur.
- Tu pourrais faire taire tes gamins sur elle ?
- On ne t’a pas vu, on ne l’a pas vu, c’est ça ?
- Oui, acquiesça Kian en le fixant.
- Pourquoi ? Kian haussa un sourcil.
- Tu ne m’as pas cru, hein ? Très bien, fais comme tu veux. Mais jure-moi seulement que vous ne direz rien, ni toi ni tes gars.
- Kian ! soupira Calfas. Toi, un Chasseur… non, j’ai du mal à y croire. Mais je me tairai, et mes gars aussi. Tu as ma parole. Parce que je t’aimais bien.

Kian hocha la tête. Etait-ce un remerciement ou un signe qu’il avait entendu la dernière phrase ? Peu importait.

- Comment s’appelle-t-elle à présent ? demanda Calfas alors que son ancien apprenti s’éloignait déjà.

Kian hésita un instant mais finit par lui répondre :
- Il s’appelle Lorris.
-Très bien, fit seulement le vieux voleur.

Tout deux savait que l’on changeait de nom en entrant dans le monde du vol, du meurtre et des méfaits en tout genre. C’était une règle d’or et personne n’en démordait, même le pire des malfaiteurs. Un moyen de préserver sa famille, ou son anonymat. Un moyen de changer de vie, d’abandonner son ancienne peau. Qui sait ? Chacun avait ses raisons.
Mais si Kian avait décidé de transformer Lya en homme, c’était qu’il savait que leur quête, quelle qu’elle soit, serait brève. Ce genre de subterfuge ne durait jamais longtemps. De toute façon, en règle générale, les femmes ne subsistaient pas longtemps dans ce monde obscur – lorsqu’elles avaient le courage d’y entrer. Lya était-elle courageuse, ou simplement imprudente ?


La soirée passa très vite. Lya prit une maigre collation, en évitant le regards insistants des jeunes hommes autour du feu, et alla s’étendre un peu plus loin près de buissons épineux qui formaient une mince protection contre le vent glacial que la nuit apporterait. Kian la rejoignit quelques minutes plus tard et s’allongea à côté d’elle en utilisant une bûche comme oreiller. Il avait offert son unique couverture à la jeune fille qui n’était pas encore endurcie aux températures plus fraîches de la nuit.

- Nous partons demain, annonça-t-il très bas.
- Bien, murmura-t-elle. Je suppose que ce n’est pas la peine de dire ‘au revoir’ à tes amis ?
- Ce ne sont pas mes amis et non, ce n’est pas la peine. Il nous oublieront plus vite.

Lya ne répondit rien. Elle ferma les yeux et s’endormit aussitôt.
Kian entendait sa respiration régulière et contempla un moment les traits détendus de son visage à moitié dissimulé par la capuche de sa tunique. L’avenir n’était pas brillant : comment survivraient-ils à deux dans les bois de Mailend ? Lui, Chasseur chassé et elle, jeune fille sans défense. Quelle paire ils formaient ! S’ils tenaient une semaine ce serait un exploit !
Kian soupira et se cala plus confortablement sur le sol. Il dormit d’un sommeil léger, l’oreille inconsciemment en alerte.



A l’aube, le Chasseur réveilla Lya, empaqueta un peu de viande séchée et un morceau de pain dans sa couverture, et sans autres préparatifs ils prirent le chemin du comté de Geylis, vers l’ouest. Le lac du même nom, dans lequel Lya s’était baignée tant de fois, le séparait du comté de Sivas d’où ils venaient, mais de nombreuses légendes couraient sur ses eaux profondes, si bien que généralement aucune barque n’y flottait.
Le chemin le plus rapide, et le plus sûr pour deux vagabonds comme eux, était donc la forêt qui suivait le lac. Ils en avaient pour deux jours de marche jusqu’à la limite du comté, trois si un incident se produisait, et les dieux savaient que les incidents étaient fréquents dans les forêts de Mailend ! Après un faudrait quitter la forêt, et prendre plus de risques… mais ils n’en étaient pas encore là, et Kian avait appris depuis longtemps à ne pas faire trop de projets à long terme.
« Modifié: 22 Avril 2009 à 12:29:01 par Marygold »
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II - Exercice
« Réponse #1 le: 29 Janvier 2007 à 16:08:10 »
II – Exercice

Ce fut le chant d’un oiseau qui réveilla Lya. Il faisait encore sombre dans la forêt, et même si une faible lumière luisait déjà à travers le feuillage des arbres, on pouvait prédire la pluie pour bientôt. La jeune fille se leva et s’étira. Le sol, même tapissé de feuilles et de mousse, était trop dur pour elle. Fichu voyage, songea-t-elle en se massant les reins. Mais elle ne reviendrait pas en arrière, elle le savait. D’abord, c’était trop tard pour y songer, et ensuite, elle était bien trop déterminée pour s’arrêter là.

Cela faisait cinq ans, cinq longues années qu’elle ruminait sa vengeance, et au moment où les dieux lui envoyaient un guide, elle n’allait certainement pas reculer. Elle s’en rappelait comme si c’était hier. Le jour de son anniversaire, le jour de ses douze ans. Son cousin lui avait fait un macabre cadeau… Elle secoua la tête pour chasser ce souvenir qui la hantait depuis. En vain, il trottait dans sa mémoire et revenait sans cesse à la charge lorsqu’elle s’y attendait le moins. Elle ne voulait pas oublier, ça non ! Il fallait qu’elle garde en mémoire leurs derniers instants, ce jour sanglant. Mais elle voulait aussi vivre, vivre libre, libérée des fantômes de cette nuit sinistre.

Pour s’occuper, elle partit à la recherche de son compagnon de route. Leur curieuse rencontre datait d’un semaine : Kian était arrivé un soir à l’auberge que tenait l’ancienne nourrice de Lya et son mari. Le couple avait caché la fillette la nuit du massacre, et s’en était occupé depuis lors, la faisant passer pour une fille de ferme. Kian était resté tard dans la salle commune, et avait fini par demander une chambre. Lya l’avait guidé et là, devant la porte, il l’avait reconnue à la seule lueur d’une bougie.
Comment savait-il qu’elle était la fille de l’ancien comte ? Kian n’avait pas voulu le lui dire. Il avait haussé les épaules et lui avait souhaité une bonne nuit. Mais Lya avait insisté et lui avait demandé de l’aider. Kian avait d’abord refusé de la prendre avec lui jusqu’à Mun Geylis. Mais elle lui avait alors brossé à grands traits sa vie, cette fameuse nuit et son désir de vengeance qui grandissait en elle depuis cinq ans. Elle avait fini par l’insulter, peut-être même essayer de le frapper –elle ne s’en souvenait pas vraiment. Toujours était-il qu’il avait accepté de la guider jusqu’à la capitale du comté de Geylis, et même de la protéger.
Ils étaient partis le lendemain à l’aube, sans laisser à Lya la possibilité de saluer sa vieille nourrice. Le jour même Kian lui avait coupé les cheveux et l’avait appelé Lorris.

Elle n’avait rien dit. Mais elle avait pleuré en caressant ses cheveux courts, lorsqu’il avait eu le dos tourné.

- Qu’est-ce que tu fais là ?
Lya tourna la tête pour voir l’homme sortir d’un buisson à sa gauche, deux lapins accrochés à sa ceinture.
- Je te cherchais, répondit-elle simplement.
- Ne t’éloignes pas du campement.
- Pourquoi ? demanda-t-elle.
- C’est dangereux, et tu ne sais pas te défendre.
- C’est aussi dangereux que n’importe quel endroit de cette fichue forêt, s’énerva Lya devant l’air toujours imperturbable de Kian. Et je ne trouverai rien de plus là-bas pour me défendre !
- Mais si tu cries, je saurai où tu es, répliqua-t-il en continuant sa route.

Lya marmonna un juron et le suivit. En arrivant à leur campement rudimentaire – un feu presque éteint et une couverture en boule sur le sol – elle s’assit à côté de Kian qui rallumait déjà les braises.

- Apprend-moi à me battre, demanda-t-elle.
- Nous n’avons pas le temps, répondit Kian sans cesser de s’occuper de son feu.
- Tu pourrais le prendre, murmura Lya. Nous ne sommes pas si pressés.
Kian tourna la tête et fixa ses yeux verts. La jeune fille crut le voir sourire dans sa barbe, mais elle ne l’aurait pas juré. Et puis elle n’aimait pas l’éclat de ses yeux qui semblait dire qu’il avait attendu le moment où Lya comprendrait d’elle-même la nécessité de cet apprentissage.
 
- D’accord, dit-il. Nous commencerons après le repas.

Ils ne se dirent plus rien jusqu’à ce qu’il ne reste que des os des maigres lapins que Kian avait pris. Ces silences mettaient Lya mal à l’aise. La veille déjà ils avaient marché côte à côte sans se parler plus que nécessaire. Pourtant ils allaient devoir voyager ensemble de nombreux jours…

- Tu es prête ?

Lya se leva et vint se placer devant Kian, l’esprit tendu, prêt à retenir tout ce que l’homme pourrait lui apprendre.
- Déshabille-toi et va nager.
Lya eut un hoquet de surprise.
- Quoi ? Mais vous m’avez dit que…
- Je sais ce que j’ai dit. Mais je ne perdrais pas mon temps avec une femme trop faible.
- Mais je sais déjà nager, et je suis assez musclée ! s’écria la jeune fille.
- Alors montre-moi, la défia-t-il.

Ni une, ni deux, Lya se rua sur Kian, tête baissée, dans un essai vain pour le ceinturer. L’homme la mit à terre en un seul mouvement et la maintint au sol avec un bras. La jeune fille se débattit un temps puis, sentant qu’elle n’aurait plus l’avantage, s’immobilisa.
- Tu vas nager maintenant ?


Lya sortit de l’eau, épuisée. Elle avait fait près d’une centaine d’allers-retours entre deux gros rochers qui émergeaient un peu de l’eau, à une vingtaine de mètres de la rive, avant de renoncer à compter. Kian était resté au bord du lac, à aiguiser ses couteaux et sa petite hache, ou simplement à la regarder nager. A présent il rabotait une branche solide, qu’il posa à terre lorsqu’il vit la jeune fille devant lui. Elle ne s’était pas vêtue et il pouvait voir les fines gouttelettes qui ruisselaient le long de ses jambes fines et les morceaux de feuilles ou de brindilles collés sur sa peau. Pure provocation, se dit-il lorsque son regard s’arrêta sur ses lèvres bleues que le soleil, absent, ne pouvait réchauffer comme la veille. Il sourit.

- Va t’habiller, tu vas prendre froid.
- J’ai … déjà froid, répliqua-t-elle en empêchant visiblement ses dents de claquer.

Kian observa ses iris verts et y vit de la colère. C’était normal, elle le haïrait sûrement avant la fin de leur voyage mais ils devraient de toute façon en passer par là. Autant que cela soit maintenant.

- Tu vas être malade si tu ne te couvres pas tout de suite, dit-il.
- Je serais… certainement … ma…malade si tu me fais en… encore une fois … nager des heures d…dans ce lac ! rétorqua-t-elle.
- Très bien, tu ne nageras plus.
- Et ?
- Et quoi ? C’est ce que tu voulais, non ?
Lya écarquilla les yeux.
- Je…je ne comprends rien, finit-elle pas articuler, dépitée.
Kian sourit encore une fois.
- Va t’habiller et reste près du feu, je te rejoints.

Le ton était autoritaire, Lya renonça à discuter mais elle n’en pensait pas moins. Elle était complètement désorientée et le froid ne l’aidait guère, elle en avait assez de ce voyage, assez de ce Kian impénétrable, assez d’être rabaissée comme une vulgaire fille de campagne alors qu’il savait très bien qui elle était. Tremblante, Lya s’enroula dans la couverture et se recroquevilla près du feu. Mais elle ne sentait même pas la chaleur des flammes et elle pouvait à peine bouger ; seules ses dents s’entrechoquaient en un rythme saccadé et tout son corps était secoué de spasmes nerveux.

Puis, comme une douce brise, mais plus agréable, plus chaude, plus apaisante, elle sentit une chaleur se diffuser de son dos jusqu’à ses bras et son cou, en cercles concentriques.

- Il faut que tu bouges, si tu restes comme ça tu vas vraiment être malade, dit Kian en continuant son massage sur le dos de la jeune fille.
- Je… peux…pas, répondit Lya en s’empêchant de trembler.
- Mais si. Il suffit d’un peu de volonté, répliqua-t-il en se levant.

Il la tira par le bras et elle consentit à se lever, mais elle tenait à peine sur ses jambes, elle le sentait bien. Kian fit tomber sans embarras la couverture des épaules de la jeune fille pour lui faire passer sa tunique. Lya se laissa faire comme un poupée sans volonté, elle n’avait qu’une envie : s’allonger. Il n’était pas tard, à peine la fin de l’après-midi, mais le froid, ajouté à l’exercice passé, avait engourdi toutes ses facultés.

- Maintenant, suis-moi ! lui intima Kian en lui prenant la main.

Et il se mit à courir à petites foulées en s’éloignant du campement. Lya grogna et se débattit faiblement pour se débarrasser de cette forte étreinte, mais en vain. Elle allongea donc le pas et suivit le rythme imposé par Kian. Peu à peu, la chaleur se répandit dans tout son corps et elle se sentit beaucoup mieux. L’air de la forêt lui faisait du bien, mais, ne la connaissant pas, elle ne savait absolument pas où Kian la guidait. Ils coururent ainsi pendant plus de deux heures sans faire de pause. Kian ne semblait pas essoufflé mais Lya avait depuis longtemps commencé à ressentir des signes de fatigue, et elle avançait à présent par sa seule volonté. Puis Kian s’arrêta et Lya se rendit compte qu’ils étaient revenus au campement, après un très long tour et probablement de nombreux détours. 

Les mains sur les cuisses en essayant de reprendre son souffle, elle leva des yeux interrogateurs vers son compagnon de route qui, lui, ne montrait aucun signe d’épuisement. Il se préparait à aller chasser et la laissa seule après lui avoir ordonné de rester près du feu.

Lya obéit mais n’en oublia pas ses questions. Elle se perdit dans la contemplation du feu en l’attendant. Pourquoi cette course inutile ? Pourquoi faisait-il tout ça ? Et pourquoi, grands dieux, fallait-il que ce soit cet homme, si avare de paroles, qui lui servît de guide ?
Kian ne mit pas longtemps à revenir avec d’autres lapins. Lya, sans vouloir se l’avouer, enviait ses capacités de chasse : elle n’avait jamais su évoluer sans bruit dans une forêt, ni quelque autre endroit. Pendant qu’il surveillait leur viande griller lentement, Kian prit la parole :

- Alors, tu as réfléchi ?
- A quoi ? répondit Lya.
- A quoi ?! Mais à ce que tu viens de faire aujourd’hui ! Tu crois que je t’ai demandé tout ça pour m’amuser ?
- Eh bien… commença Lya, hésitant à répondre par l’affirmative. Il n’avait pas l’air de plaisanter, et ce n’était pas le moment de jouer à la maligne.
- Réfléchis-y ! la coupa Kian, le visage fermé.

Lya eut l’impression de baisser dans son estime. Ah, par tous les dieux, elle détestait cela : que lui importait l’avis de ce vagabond, tout juste bon à chasser des lapins ! Elle se referma elle aussi et le reste de la soirée se passa dans un silence orageux.
« Modifié: 22 Avril 2009 à 12:14:37 par Marygold »
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III - Les Deux-Tirs
« Réponse #2 le: 29 Janvier 2007 à 16:10:35 »
III – Les Deux-Tirs

L’auberge que Siffra avait choisie pour son recrutement était l’une des plus dangereuses de la ville–basse. Non pas que les autres tavernes de Mun Geylis fussent sûres, mais aux Deux-Tirs, plus qu’ailleurs, il était rare d’avoir une longue accalmie entre deux rixes. Ce jour-là pourtant, dans la grande salle sombre et enfumée, où les rayons du soleil avait tant de mal à entrer qu’il fallait allumer les lampes dès la fin de l’après-midi, un semblant de calme régnait. Cela n’étonnait pas Siffra : la ville le connaissait et le respectait. Il s’était installé au fond de la grande salle, entouré de ses hommes, pour faire passer les candidats au tournoi qu’il organisait.

- Je suis une guerrière.
La voix de la jeune femme devant lui était sèche, mais nulle colère ne se lisait sur son visage. A vrai dire, ses traits fins ne laissaient paraître aucune expression sinon celle d’une grande détermination. Elle était blonde, ses cheveux retenus en arrière par un bandeau vert sombre retombaient en une dizaine de tresses dans son dos. Son corps élancé et les vêtements de cuir brun souple qui le soulignaient ne laissaient aucun doute sur sa féminité. Siffra la trouva belle. Belle et désirable. Elle lui rappelait un peu Kala… Mais il ne pouvait lui donner la place qu’elle réclamait.
- Je suis désolé. Aucune femme, c’est la règle.
- Quelle règle ? répliqua la jeune femme avec calme. Ne vous moquez pas de moi, marchand, il n’y a aucune règle qui m’interdit de participer à ce tournoi.
- Il y en a une, dit-il d’une voix douce.
- Ah oui ? Laquelle ?
Dans ses yeux s’allumait une lueur de dédain pour l’homme qui lui faisait face. Siffra connaissait cette lueur, il l’avait souvent remarquée chez des interlocuteurs qui ne le connaissaient pas. Tout comme l’appellation méprisante de « marchand » qui ne lui convenait guère, cette lueur était insensée.
- La loi des hommes.
Piquée au vif, la jeune femme se retourna vers l’origine de cette voix. Un géant trapu, à la tête rasée, s’avança hors du cercle d’hommes d’armes qui entourait Siffra et la jeune femme. Une grosse cicatrice courait du haut de son crâne jusqu’à sa joue gauche et dans ses yeux luisaient la cruauté et un mépris imbécile.

- Il y a pas de place pour les fillettes, dit-il en la fixant avec un sourire mauvais.
- Où vois-tu une fillette ? répliqua la jeune femme, le toisant également.
Si le géant fut déstabilisé par son assurance, il ne le montra pas. A vrai dire, Siffra doutait qu’il fût assez intelligent pour comprendre qu’un tel comportement suggérait que la jeune femme savait ce qu’elle faisait. Ou alors elle était insensée, mais quelque chose en elle excluait cette hypothèse. Siffra n’aurait pas fait l’erreur de la sous-estimer, mais le géant ne s’embarrassait pas de ces réflexions. Pour lui seuls comptaient la force et la brutalité et il était extraordinairement imperméable à toute forme de subtilité.

Siffra le connaissait depuis des années. Quiel était entré à son service, comme presque tous les autres, par manque d’argent. Il avait rapidement acquis la première place dans l’entourage de son maître, grâce à sa puissance et son profond manque de moral, et la gardait depuis lors. Siffra ne l’appréciait pas plus que les autres, mais le géant avait au moins l’avantage de toujours finir son travail, et de dissuader les ennemis les plus véhéments.
Il n’en restait pas moins un imbécile, et Siffra pressentait déjà l’affrontement.
 
- Je te vois, fillette. Un conseil, va-t’en et fais-toi oublier !
- Je suis ici pour conclure un marché avec Siffra, et non pour perdre mon temps avec une brute épaisse, répondit la jeune femme en faisant mine de se retourner vers la table d’où le négociant contemplait la scène.
- Tu ferais mieux d’avoir peur de la brute épaisse, dit le géant en tirant de son dos une lourde épée, proportionnelle à sa taille, et en la faisant jouer dans ses mains.
Quelques chuchotements se firent entendre parmi la foule de spectateurs. A présent il n’y avait plus seulement le cercle d’hommes d’armes qui les regardaient, mais toute l’auberge, plus ou moins discrètement.
- Tu penses m’impressionner avec cette épée ? demanda la jeune femme. 
- J’en ai une autre qui te plairait plus, j’en suis sûr, se moqua le géant entraînant à sa suite les rires grivois de ses compagnons.
- Non, je ne pense pas, dit-elle en croisant les bras avec un sourire insolent.
 
Une autre femme aurait rougi, détourné la tête, lancé une insulte. Le calme effronté de celle-ci ne plut pas à Quiel. Il s’avança, l’air menaçant, en passant son immense épée d’une main dans l’autre. Tout aussi sereinement, la jeune femme tira deux longues dagues de ses jambières et l’attendit de pied ferme. Elle acceptait le combat. Les murmures repartirent de plus belle autour d’elle mais ils ne semblaient pas l’intimider. Un sourire étira les fines lèvres de Siffra tandis qu’il se laissait aller contre le dossier de son fauteuil. Il venait de prendre sa décision : quelle que soit l’issue du combat, il ne l’engagerait pas. Cette fille était beaucoup trop fière, elle ne lui obéirait jamais. Son orgueil se manifestait ne serait-ce que dans sa façon de l’appeler « marchand ». C’était d’ailleurs pour cela qu’elle devait mourir si jamais elle avait la chance de gagner le combat : Siffra ne laissait jamais un ennemi potentiel derrière lui, c’était un principe.

Quiel avança encore un peu tandis que la jeune femme restait immobile à quelques pas de la table, campée sur ses deux jambes, dague en main. Ce fut le géant qui engagea le combat en balançant en avant sa lourde épée, dans le but évident de fendre le crâne de son adversaire. Son manque de finesse étonnait toujours Siffra, et c’est avec un certain intérêt qu’il observa la jeune fille se déplacer seulement de deux pas sur le côté : au moins fallait-il lui accorder plus d’intelligence qu’à la plupart des adversaires de Quiel, souvent tétanisés par sa force colossale. Elle n’en profita même pas pour contre-attaquer et laissa le géant reprendre son équilibre après son attaque manquée. La leçon ne lui suffit pas, apparemment, et il recommença plusieurs attaques avec autant de subtilité. La fille les esquiva toutes, ripostant parfois en donnant quelques coups de pieds, mais sans jamais tenter de le blesser.
Siffra fronça les sourcils : cette attitude lui rappelait quelque chose mais il n’arrivait pas à retrouver ce souvenir. Il émit un grondement en maudissant intérieurement ce manque de mémoire. Quiel tourna la tête, considérant ce petit bruit comme désapprobateur. Il reprit donc ses attaques avec plus de vigueur – si c’était possible – et finit par blesser la jeune fille qui n’esquiva pas assez vite un coup. Des acclamations l’encouragèrent et il se permit quelques insultes. La jeune fille tâta son épaule, où une auréole sombre s’agrandissait déjà sur le cuir, et à la surprise de ceux qui le virent, esquissa un sourire. Elle se remit en place devant lui qui attaqua de nouveau de face;
 mais elle esquiva le coup et cette fois-ci, d’un geste vif, lui entailla la joue profondément, laissant une blessure symétrique à la cicatrice qui ornait le visage de Quiel. Le géant stupéfait passa la main sur sa joue comme s’il n’y croyait pas. Avec un sourire, la jeune fille en profita pour sauter sur la table de Siffra et lancer ses deux pieds en avant vers la poitrine de Quiel, qui s’effondra sans souffle sur le sol. Des exclamations jaillirent du public peu habitué à voir son champion se faire battre. Elle atterrit devant lui, se préparant à lancer sa dague dans un dernier coup mortel, mais Siffra l’arrêta d’un mot.
 
- Inutile, vous avez prouvé vos talents.
Elle baissa le bras et se retourna vers lui, non sans vérifier du coin de l’œil ce qui se passait derrière elle. Siffra attendit que son homme fût debout pour annoncer à la fille sa décision.
- Vous êtes douée. Mais ma réponse n’a pas changé, dit-il.
- Je m’en doutais, fit-elle dans un hochement de tête. J’aurais essayé.
- Vous n’auriez peut-être pas dû… jilsienne.
Elle ne répondit rien mais le mouvement de ses yeux n’échappa pas à Siffra, passé maître dans l’observation de ses interlocuteurs. Surprise, inquiétude. Mais une seconde plus tard, lorsqu’il revint sur celui du négociant, son regard n’exprimait plus rien.
Siffra la salua et sortit, entouré de ses hommes. Elle resta seule au milieu de la salle, tandis que les clients reformaient leurs groupes, tout en la regardant de temps en temps avec méfiance.


***


Intrépide, songea-t-il en observant la jeune femme que Siffra refusait. Mais peut-être trop, pour son propre malheur. Néanmoins, elle lui plut et il n’allait certainement pas la laisser partir.
- Hep !
Elle se retourna vers lui, sourcils froncés, son arme encore en main. Il lui adresse un signe de main et s’efforça de mettre autant de chaleur que possible dans son sourire. Elle s’approcha, la démarche sûre mais il comprit à son visage fermé que la conversation n’allait pas être facile.
- Bonsoir, voudriez-vous prendre place ? demanda-t-il avec toute l’élégance mailendienne tandis que la jeune femme restait debout devant sa table.
Elle hésita un instant et finit par s’asseoir, dos au mur, tout en ne le quittant pas des yeux. Il sourit à cette précaution.
- Je m’appelle Tiliar, capitaine de l’armée royale d’Etsind.
- Themis, guerrière en recherche d’emploi, répondit-elle sur le même ton mais le sourire en moins.
- Laissez-moi vous dire que vous vous y prenez assez mal pour en trouver.
Elle haussa un sourcil et ses lèvres s’incurvèrent légèrement.
- Expliquez-moi cela.
- Vous venez de vous faire beaucoup d’ennemis en une seule soirée, commença-t-il.
- Je sais…
- Siffra est un homme puissant à Mun Geylis. Très puissant.
- Je sais…
- Vous allez probablement mourir, continua Tiliar. Ils le savent tous ici. En sortant de cette auberge, en dormant dans une autre, au détour d’une rue… Ce sera assez simple pour lui de vous tuer.
- Je ne crois pas… mais ce qui est sûr c’est qu’il va essayer, répliqua-t-elle d’un ton léger.
Tiliar sourit. Il avait fait le bon choix en l’appelant.
- Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? C’est un peu prétentieux, non ?
- Prétentieux ? J’ai cru comprendre que la grosse brute était son homme de main. Quand on s’entoure de gens qui ont l’intelligence d’une moule, que peut-on avoir de plus qu’eux sinon une qualité innée de meneur ?
Tiliar ne put réprimer un éclat de rire. Intrépide et inconsciente, décidément elle lui plaisait.
- Vous sous-estimez Siffra…
- Ce n’est qu’un marchand, cracha-t-elle.
- Non, c’est un négociant. Et un fameux négociant. Il a bâti une puissance proportionnelle à sa fortune, et les dieux savent qu’elle est immense. Il connaît tous les milieux, des hauts dignitaires qui ont l’oreille du souverain, aux plus vils assassins qui errent dans la ville-basse : bref, il s’est rendu maître de la ville, et peut-être du comté. Et vous venez de l’offenser.

Elle le regarda et pencha la tête sur le côté en lui demandant :
- Pourquoi me dites-vous tout cela ?
- Je ne sais pas, répondit-il en haussant les épaules. Peut-être parce que vous êtes trop jolie pour mourir égorgée dans une ruelle sordide.
Elle éclata d’un rire clair et Tiliar fut soulagé de ne pas l’avoir irritée.
- C’est une bonne raison, admit-elle. Mais il y en a une autre.
- C’est possible…je ne sais pas. Mais je vous ai observé tout à l’heure, vous vous battez très bien, en compensant un manque de puissance par la souplesse et l’intelligence. Ce serait dommage que Siffra gâche tout ce talent pour une question de sécurité. Je voulais donc vous proposer mon aide.
- Et votre proposition serait tout à fait désintéressée ? demanda-t-elle d’un air suspicieux.
- Ça vous étonne ? Je suis soldat royal, au service du peuple, sourit-il. 

Themis eut une petite moue dubitative. Une bagarre avait éclaté à quelques tables de là. Son regard y était accroché mais il ne faisait aucun doute qu’elle réfléchissait à sa proposition. Il ne se sentait pas particulièrement prétentieux, mais tout de même, une aide comme la sienne ne se refusait pas.
- D’accord, fit-elle.
Tiliar sourit et tendit la main en demandant :
- Qu’est-ce qui vous a décidé à me faire confiance ?
- Qui vous dit que je vous fait confiance ?
Surpris, il laissa son geste en suspens.
- Je plaisantais, dit-elle avec un léger sourire, en serrant la main tendue. J’ai accepté parce que vous n’avez pas vraiment le profil de l’assassin qui traîne dans ces tavernes. Qu’est-ce qu’un capitaine de l’armée royale fait dans un lieu pareil ?
- Certainement pas des révélations qui mettront sa tête dans une dangereuse position… Vous voulez aller ailleurs ? D’autant plus que vous avez une blessure à soigner.
Themis hocha la tête. Ils se levèrent et sortirent de la taverne dans la nuit sombre.
« Modifié: 22 Avril 2009 à 12:20:32 par Marygold »
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IV - Mise au point
« Réponse #3 le: 29 Janvier 2007 à 16:11:45 »
IV – Mise au point

- Vous êtes un peu imprudente, tout de même…
- Rien qu’un peu ?
- Vraiment, continua Tiliar, je venais de vous dire que Siffra était tout-puissant ici, il aurait pu corrompre un capitaine sans mal. J’aurais pu être là pour vous mettre en confiance et vous emmener dans une ruelle sombre…
- C’est ce que vous avez fait, répondit-elle.

Le rire de Tiliar résonna dans la ruelle vide et effectivement assez sombre où ils s’étaient engagés.
- C’est vrai ! Mais pas du côté de la caserne ! s’exclama-t-il en montrant des hauts bâtiments sur leur droite, cernés d’un haut mur.
- Bof, si on suit votre raisonnement, vous pourriez essayer de me tuer n’importe où, personne ne dirait rien.
- Essayer, hein ? fit Tiliar en se retournant. Vous êtes donc si sûre de vous ? Aucun mercenaire de Siffra ne pourrait vous tuer ?
- Aucun.
 
Ils continuèrent leur route en longeant le mur de la caserne, puis ils tournèrent dans une autre rue. Tiliar reprit innocemment :
- Est-ce dû à votre formation de jilsienne ?
- Ah, vous avez entendu ça aussi. C’est embêtant. Je me demande…
- Si vous ne devriez pas me tuer maintenant ?
- Non, fit-elle en souriant. Je me demande pourquoi il s’est mis ça dans la tête.
- Peut-être parce que vous vous êtes battue de la même manière qu’une jilsienne, dit-il en lui indiquant une autre ruelle.
- Quoi ? Comment ça de la même manière ?
- Eh bien, moi je n’y connais pas grand chose, mais il me semble que la Confrérie des Jilsiens a au moins un principe : ne jamais faire couler le premier sang. Et c’est ce que vous avez appliqué, si je ne m’abuse.

Themis s’arrêta net et fronça les sourcils en restant un moment silencieuse. Tiliar l’observa sans rien dire, elle semblait essayer de se souvenir du combat. Il ne comprenait pas pourquoi cela l’avait surprise… à moins qu’elle ne se soit battue de cette manière tout à fait inconsciemment. Ce qui changeait beaucoup de choses.

- Bon, on y va ? dit-elle soudain, d’un ton dur.
Tiliar fut si surpris qu’il lui indiqua machinalement la direction. Et tandis qu’elle avançait à grands pas, il se reprit :
- Alors ? demanda-t-il en revenant à son niveau.
- Alors quoi ? répliqua-t-elle, agressive.
- C’est ça qui vous rend hargneuse, qu’il sache que vous êtes jilsienne ?
- Je ne suis pas jilsienne ! Et je ne suis pas hargneuse non plus.
- Ah non ? Excusez-moi, ça doit être une forme de politesse que je ne connaissais pas.
Elle lui lança un regard noir et ne répondit rien. Ils continuèrent leur chemin en silence, jusqu’à ce que Tilar annonce :
- C’est ici.
Il désigna une maison étroite, serrée entre deux autres qui lui ressemblaient, mais assez haute. Le rez-de-chaussée était occupé par une boulangerie, fermée à cette heure-ci mais une lumière filtrait à travers les volets de bois. Tiliar se dirigea vers la porte et frappa. Quelques secondes plus tard, Themis entendit des pas approcher et un bruit de ferraille. La porte s’ouvrit sur une jeune femme d’une vingtaine d’années aux courts cheveux bruns qui encadraient un visage rond. Elle était toute en rondeurs, plutôt jolie dans sa robe beige, les épaules entourées d’un châle rouge. Tiliar la prit dans ses bras et l’embrassa affectueusement.
- Pas encore couchée ? demanda-t-il.
- Et comment serais-tu entré sinon ? En escaladant le mur comme la dernière fois, au risque de te casser le cou ?
- Non, maman ! se moqua-t-il. Mais comment savais-tu que je viendrais ?
- Je n’en savais rien mais je n’arrive pas à dormir en ce moment…
- J’ai de la chance que tu sois insomniaque alors ! s’exclama Tiliar. Tiens, je te présente Themis qui viens d’arriver en ville. Themis, voici ma sœur Pial.
Pial eut un sourire aimable, mais néanmoins suspicieux.
- Je peux monter un fauteuil ? demanda Tiliar.
- Pourquoi ? demanda la jeune femme, surprise.
- Pour laisser mon lit à cette demoiselle, répondit-il le plus naturellement du monde. Elle a eu quelques problèmes aux Deux-Tirs et son auberge n’est plus très sûre.
- Ah… Vas-y, et essaye de ne pas réveiller Freyd et Geni en montant.

Tiliar acquiesça et guida Themis dans un couloir sombre. Il prit une chaise à bras dans la pièce de vie, et monta précautionneusement un escalier en bois puis entra dans une pièce exiguë où il posa son fardeau.
- Bienvenue chez moi… Enfin, chez ma sœur, qui a la gentillesse de m’héberger quelquefois.
- Quand vous ramenez une fille, par exemple ? fit Themis, soupçonneuse.
- Euh… oui, c’est arrivé… Mais c’est surtout quand j’ai une permission. Je n’aime pas trop rester à la caserne, alors je viens ici !
Themis hocha la tête.
- Vous avez faim ? soif ?
Elle s’aperçut que oui. Pendant que Tiliar redescendait pour aller chercher de quoi les restaurer, elle s’approcha de la minuscule fenêtre recouverte de papier huilé. Elle l’ouvrit et contempla la ville. 

Themis ne savait pas si elle pouvait faire confiance à cet homme. Il se donnait un air gentil, insouciant par moments, et complètement altruiste, mais elle avait assez vécu parmi les hommes pour savoir qu’un tel caractère n’existait pas. Ce Tiliar voulait quelque chose, mais quand lui demanderait-il ? Et malgré cela, malgré tout, elle avait envie de lui faire confiance, comme on ferait confiance à… un frère. Elle se traita d’idiote. Oh oui, il avait bien joué la scène du frère attentif, pour mieux la mettre en confiance. C’était crédible… mais il y avait trop de choses qui ne l’étaient pas : la présence d’un capitaine royal aux Deux-Tirs, ses informations trop précises sur Siffra, sa connaissance des Jilsiens, sa volonté de l’aider, elle, alors qu’il ne savait même pas qui elle était, d’où elle venait, alors que quelques minutes plus tôt elle voulait justement se faire engager par Siffra…

Elle décida de partir au plus vite, mais Tiliar revint avec un plateau de bois chargé.
- Vous contemplez la vue ?
- Je ne reste pas.
- Pourqu… Oh, très bien. Retournez vous faire égorger aux Deux-Tirs, ou où vous voulez. Mais laissez-moi vous dire que vous être drôlement suspicieuse !
- Il faut bien l’être dans cette ville ! Tiens, d’ailleurs, encore quelque chose d’étrange : j’ai entendu dire que cette ville était dangereuse et que l’on trouvait sa mort à chaque coin de rue ! Nous avons passé près d’une heure dans ses rues, et rencontré personne ! Vous trouvez ça normal ?
- Si on trouvait réellement sa mort à chaque carrefour, il n’y aurait plus beaucoup de gens honnêtes ici ! fit Tiliar en s’asseyant calmement. C’est un peu exagéré… Mais je vous l’accorde, Mun Geylis est très mal famée. Il faut connaître les bonnes rues, voilà tout. Réfléchissez un peu, continua-t-il alors qu’elle voulait répliquer, je suis capitaine royal ! Vous ne pensez pas que je me dois de connaître par cœur les rues où passe le guet ?
Themis referma la bouche, sans argument. Elle devait bien lui accorder ce point.
- Très bien, fit Tiliar. Dites-moi, qu’est-ce qui vous pose problème ?
- Je vous dirais n’importe quoi, vous trouverez toujours une réponse, fit Themis.
- D’accord, alors je vais le dire pour vous. Vous n’avez jamais rencontré quelqu’un qui vous aide par pure générosité, alors il faut absolument que vous me trouviez une motivation malhonnête ?
Elle resta impassible.
- Faites comme vous voulez, soupira Tiliar en se calant plus confortablement dans sa chaise. Je n’aime pas Siffra, c’est tout.
- Mais je voulais m’engager chez lui, dit-elle.
- Mais vous n’y êtes pas, sourit-il. Vous savez, Siffra est quelqu’un de très simple quand il se trouve en face d’un bon guerrier : il l’engage ou il le tue. Je n’ai pas besoin de vous dire dans quelle catégorie vous êtes placée. 

Themis eut un mouvement de tête irrité. Elle ne semblait plus savoir quoi faire.
- Vous avez dit que vous me faisiez confiance… essaya Tiliar.
- Vous faites toujours ce que vous dites ? demanda-t-elle en haussant un sourcil.
- Pour ce qui est de ma confiance et de mon honneur, oui, répondit-il.
Elle resta silencieuse, toujours hésitante, débout au milieu de la pièce.
- Bon, finit-elle par dire. Je reste.
Tiliar soupira ostensiblement, ce qui lui attira un regard noir.
- On peut manger, alors ?

 
Installé dans sa chaise à bras avec une couverture, Tiliar observait Themis qui dormait dans son lit. Il avait fini par la convaincre qu’il n’était pas à la solde de Siffra, et qu’il lui proposait son aide de manière tout à fait altruiste. Le but de la jeune femme était d’ailleurs plutôt clair : elle voulait passer en pays de Derimas, de l’autre côté de la mer, mais pour cela il lui fallait suffisamment d’argent pour vivre et faire la traversée. Cependant, il sentait que la jeune femme n’était pas complètement en confiance avec lui : qui était-elle donc pour douter de la parole d’un homme d’honneur ?

Il grogna en changeant de position sur sa chaise. C’était inconfortable au possible, mais il n’avait pas d’autre solution à part dormir par terre. Il n’allait quand même pas proposer de dormir dans le même lit alors qu’il essayait de gagner sa confiance… Ah, ce qu’il ne fallait pas faire pour servir son royaume !

- Tu devrais venir… murmura Themis en ouvrant les yeux. Ça ne doit pas être très confortable.
- Non, c’est bon. Je ne veux pas vous déranger.
- Tu me déranges en faisant du bruit dans ton fauteuil. Allez, viens, je ne te ferai pas de mal, promis.
Tiliar préféra ne pas réponse mais obtempéra. 


***


Siffra gronda, et le mercenaire debout devant lui sentit sa vie ne tenir qu’à un fil.
- Comment ça tu l’a perdue ? demanda-t-il d’un ton dangereusement bas.
- Elle est partie avec un homme, et nous les avons suivis. Mais lui, l’homme, il connaissait bien la ville… Ils sont partis du côté de la caserne… et on les a perdus.
- Où exactement ?
- Rue des épices, à l’angle du fripier…
- Près de la caserne, donc. Dis-moi, Tref, que ferai-je d’un homme qui a peur des soldats et qui se laisse perdre dans une ville qu’il est supposé connaître mieux que personne ? demanda Siffra d’un ton doucereux.
- Je… je ne le ferai plus… je vous le jure, seigneur ! bredouilla le jeune mercenaire.
- Et où est ton coéquipier ? Pourquoi ne vient-il pas rendre des comptes avec toi ?
- Il est… un peu malade…
- Dis plutôt que vous avez tiré au sort qui viendrait me faire face, ce sera plus crédible, dit Siffra. Ecoute bien Tref : c’était votre test pour entrer à mon service, et vous avez échoué.
Le jeune mercenaire ne put réprimer un frisson.
- Néanmoins, continua le négociant, tu me parais courageux. Je te laisse une autre chance… mais l’autre est mort. Allez, va-t-en !

Tref ne se le fit pas dire deux fois, et sortit un peu trop vite après avoir salué son maître. Siffra soupira et se frotta le front. Décidément, les jeunes recrues laissaient à désirer, il ne fallait donc plus compter que sur les anciennes ? Il fit un signe vers une tenture chatoyante qui ornait le mur d’en face. Un pan de l’étoffe se souleva et un homme apparut. Il était habillé de couleurs sombres et son visage était mangé par une barbe noire.
- C’est fait ?
- Il est mort, répondit l’homme. Mais, maître, si je puis me permettre : pourquoi avoir laissé l’autre en vie ? Il vous a menti…
- Oui, ça montre qu’il est courageux en un sens. Mais sa tête est en mauvaise position, il le saura quand il recevra son ‘cadeau’. Et il a intérêt à s’en souvenir. Vous avez retrouvé la pute qui les a distraits de leur mission ?
- Non, elle s’est évaporée dans le Quartier Sud. Mais elle n’est pas connue de nos services, ça va être facile de la retrouver, les autres vont s’empresser de la dénoncer.

Siffra eut l’air dubitatif. Il avait ses réseaux dans toutes les professions de la ville, même les plus infamantes, mais si ce n’était pas une vrai prostituée ? Les putes savaient que si elles approchaient des hommes de Siffra en mission, elles risquaient leur tête. Pourquoi celle-ci l’avait-elle fait ?
- Et l’homme qui a emmené la femme, qui est-ce ? Où sont-ils allés ?
- Du côté de la caserne, Tref n’a pas menti. Mais ils ont continué dans le Quartier Sud, et ils sont entrés dans une boulangerie. J’attends mon pisteur pour avoir plus d’informations…
- Quelle boulangerie ? demanda Siffra.
- Je ne sais pas. Mais je le saurais.

Le négociant hocha la tête. La conversation s’orienta alors vers d’autres sujets, notamment le tournoi organisé qui permettrait de recruter d’autres mercenaires de haute volée. Le principe était simple : ceux qui survivaient étaient engagés. C’était la loi de Siffra.
 


A quelques maisons de là, en entrant dans sa chambre d’auberge, Tref eut un haut-le-cœur : sur son lit trônait la tête de son ex-coéquipier. Sa langue tranchée posée sur son crâne, châtiment des menteurs.
« Modifié: 22 Avril 2009 à 12:27:24 par Marygold »
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Hors ligne DarkMarius

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Re : Lyra
« Réponse #4 le: 29 Janvier 2007 à 16:53:42 »
J'
ai hâte de lire la suite! 
 ;
D
Bzzzz Bzzzz

Hors ligne Soww'el

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Re : Lyra
« Réponse #5 le: 29 Janvier 2007 à 16:59:31 »
Moi

aussi... 
 ;
) je dis vivement la suite car j'
aime

beaucoup !!!
Y a pas d’amour
Sans se voiler la face
Sans répondre au chant des sirènes

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Re : [Lya]
« Réponse #6 le: 04 Juillet 2009 à 16:41:11 »
I- Le départ
Lya exprima l’eau de ses cheveux à la sortie de sa baignade.
un peu étrange comme verbe, non ?

Le deux hommes s’éloignèrent du campement
LeS

- Vas-y, je verrais, répondit le voleur.
verrai ?
c'est du futur, non ?

- On ne t’a pas vu, on ne l’a pas vu, c’est ça ?
un accord, non ? vuE ?

Lya prit une maigre collation, en évitant le regards insistants
problème entre singulier/pluriel


II – Exercice
- Ne t’éloignes pas du campement.
éloigne

- Va t’habiller et reste près du feu, je te rejoints.
rejoins

j'ai bien aimé ^^
ça se laisse bien lire, j'aime bien la relation entre Lya/Kian
il y a quelques petites longueurs mais ça va

tu l'as abandonné ? :-\





"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Hors ligne Zacharielle

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  • Messages: 5 798
    • au bord du littéral
Re : [Lya]
« Réponse #7 le: 04 Juillet 2009 à 17:46:14 »
Ça se lit super bien ! J'espère que tu as écrit la suite ^^

 


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