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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La vérité noire

Auteur Sujet: La vérité noire  (Lu 3630 fois)

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La vérité noire
« le: 15 Septembre 2007 à 02:30:34 »
Voici un nouveau texte !! :)
Initialement, je l'ai écrit pour les Rivages, pour un sujet sur la construction d'une cathédrale...


Le côté familier ressort peut-être un peu trop... ?



***






Ca n’arrive qu’aux autres. Ca ne devrait arriver qu’aux autres. J’ai suffisamment de problèmes comme ça. Entre les gosses, les clopes, Sara et ma mère, j’ai appris à vivre avec les ennuis. Mais pas de ce genre-là. Les enfants, on se débrouille. L’école, les devoirs, le centre aéré ne sont pas ce que j’appelle des soucis majeurs. Sara non plus. Quoique. Mais j’essaie de m’y faire ; quant aux clopes, c’est un détail. Pour ma mère, ça commence à mal tourner. Même depuis qu’elle est soignée. Le navire a des trous dans la coque, mais les cloisons sont étanches.

Quand l’homme en costard est arrivé, je savais que ça finirait mal. Je ne l’avais jamais vu, Sara m’a dit que c’était le proprio. Qui faisait le tour de son domaine. Elle lui a fait les yeux doux, il n’a rien voulu savoir. Il nous a donné deux jours. Les enfants n’étaient pas là, Sara leur a dit qu’on allait déménager. Elle voulait être enthousiaste. Les enfants n’ont pas compris. Petits mais malins. Et tristes ; ils ont répondu qu’ils aimaient bien la maison. C’est comme ça. On va droit dans le mur. Quand Sara a entendu, elle m’a dit que j’avais un pessimisme démesuré, de la taille de l’appart’. C’est bien mon avis.

Un ami de Sara a dégagé un entrepôt à lui, dans le coin. C’est essentiel pour les gosses, on ne peut pas encore leur faire changer d’école. Déménager, c’est presque une seconde nature. Pour eux comme pour nous. Ce n’est pas parce qu’on est traqué qu’on ne peut pas tenter d’avoir une vie normale. On s’adapte. On réagit, on essaie de commettre le moins d’erreurs possible. Histoire de gagner du temps. Pour les gosses, et pour Sara. Elle m’a dit que je me montais la tête, que je devenais dingue. J’avais fait mon propre déménagement, lui ai-je répliqué. Mon pessimisme avait choisi plus grand, il voulait plus d’espace. Elle a haussé les épaules.

Les gosses s’habituent à l’école. Ils en ont marre des caravanes, ils ont décidé de rester. Sara et moi, on se dit qu’un jour, on ne pourra plus aller contre leur gré. Il faudra choisir. Elle ne veut pas croire, elle s'efforce de ne pas prêter l’oreille à cette histoire de chamanes. Je sais que c’est difficile à croire. Elle doit prendre sur elle, le fait déjà pour les gosses. N’empêche, il faudrait qu’on fasse une pause, réfléchir un peu à nos vies, sans se préoccuper des fous qui nous pourchassent. Bientôt.

Ca fait deux semaines qu’on est dans l’entrepôt. Sara a l’air de s’y plaire. Elle ferait tout pour me convaincre de rester. Qu’est-ce que je demande à part rester ? Elle m’a dit qu’on ne repartirait plus, que c’était fini. Je me laisse persuader. C’est tellement facile de nier l’évidence. Et tellement plus simple. Les gosses se plaisent. Ils ont empilé des jouets pour séparer leur chambre du salon. Cloisonner, séparer. Distancer. Mettre le plus de kilomètres entre eux et moi. J’en ai parlé à Sara. Elle croyait que mon pessimisme s’était accoutumé à la taille de l’entrepôt. Elle n’a rien su dire d’autre, elle est sortie prendre l’air.

Je les sens revenir. Il faut à nouveau partir, s’enfuir, les semer pour un temps. Et tenter de ne laisser aucune trace de notre passage… mais s’ils sont à nos trousses, ils savent sûrement où nous sommes. Ils ne se jettent pas dans la course à tâtons. Sara m’a surpris entrain de démolir le mur de jouets des enfants. J’ai expliqué, elle m’a interrompu. Des cris, des arguments, des paroles en l’air. Il paraît que mon pessimisme a emménagé dans une église romane.

Sara a beaucoup pleuré. Je me suis remis aux clopes. J’ai envoyé les gosses chez ma mère ; elle est toujours soignée, mais son alcoolisme est plus ou moins guéri - comme si on pouvait en guérir. Elle s’occupera moins bien d’eux, mais ils auront une petite existence stable. C’est tout ce qui compte. Sara m’a dit que je n’avais pas de cœur, qu’elle aurait dû avoir le choix. Si je lui avais demandé, elle aurait refusé. Elle les considère comme ses propres enfants. Je suis repassé voir l’entrepôt, il a brûlé. Je me doute que l’incendie ne fut pas ordinaire. Les traditions chamanistes mériteraient des études poussées… il est trop tard.

Les choses changent. On a repris la caravane, la route file, la fatigue arrive par vagues. Sara ne comprend pas, elle me répète que je devrais « me faire suivre ». Charmante formule. Je suis passé du stade de pessimiste invétéré à celui d’instable. Nous n’avons plus de nouvelles des gosses ; peut-être est-ce mieux pour Sara. Je conduis, la plupart du temps. Elle, se repose ; ça m’aide à réfléchir. La fuite, ce n’est pas une solution. A long terme, il faudra s’arrêter, les attendre, jouer le tout pour le tout. Quand Sara a renoncé à son héritage, les types ont pété les plombs ; ils étaient prêts à tout. Ils l’ont montré. « Nos dons se retrouvent dans tes veines, et ton refus t’a fait choisir l’initiation par le sang ». C’était le mot qu’ils avaient laissé près du cadavre de papa. Je ne pense pas être instable. Mon pessimisme a dû faire construire une nouvelle aile à l’église, c’est tout.

Sara a été particulièrement tendue, aujourd’hui. Les gosses lui manquent, j’ai repris les clopes. Je la sens qui s’éloigne, je n’ose pas lui reparler de notre fuite. « Tu es instable, Greg ! », me dirait-elle… Sara ne comprend pas, Sara ne me croit pas. Je lui ai répété, dans l’après-midi, pourquoi l’on fuyait. Une dernière fois, je voulais la convaincre. Elle n’a pas voulu écouter. Elle m’a dit que j’avais pété un plomb le jour où papa était mort. Et elle a éclaté en sanglots. Je ne la pensais plus si fragile quand il s’agissait de papa. Je ne lui ai pas fait remarqué qu’elle aurait sûrement à affronter pire. Sa réponse aurait sûrement tourné autour de mes pensées noires : « Ton pessimisme est démesuré, Greg, il a les dimensions d’une cathédrale. »

Un autre jour, un autre lieu. Je roule, sans vraiment savoir où aller. Sara a incliné son siège, elle a resserré sa couverture. La nuit tombe, un petit arrêt ne fera pas de mal. Dors, grande sœur. Je crois qu’ils ne vont pas tarder. Ils cherchent à te faire crever de peur, ils veulent te faire couler. Je ne suis pas pessimiste. Ces salopards ne sont pas issus de mon esprit dérangé. Ils sont là, ils me réservent le même sort qu’à papa. Et tu devras subir la mort toute seule, cette fois… Ces chiens sont presque là. Je devrais lui laisser un mot avant de partir… Vite, un carnet, un stylo. Comment commencer ? Un crissement de pneus.


Une aire d’autoroute. Une caravane, arrêtée sur le bas-côté. Une jeune femme agenouillée, pleure en silence, serrant contre elle un corps inerte. Relève-toi, Sara. Donne-toi la force de continuer, ne les laisse pas porter atteinte à tout ce qui t’est cher ; ta folie, c’est tout ce qu’ils veulent. Raccroche-toi, ne sombre pas. La vie peut être moins noire, Sara.




« Modifié: 12 Septembre 2009 à 17:20:15 par Loredan »
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Re : La vérité noire
« Réponse #1 le: 15 Septembre 2007 à 16:03:12 »
J'ai lu le début puis survolé.

Première chose = ça peut être très très bien. Mais je pense qu'il faut le retravailler. C'est un texte petit mais qui développe des sentiments puissants, tu peux en faire + encore !

J'expose les défauts sous forme de tirets pour que ça soit plus clair pour toi mais, rappelle-toi que j'aime bcp bravo !

=> je ne comprends pas tout, qui est qui.
=> Attention aux répétitions de mots et de phrase : au bout d'un moment je lâche, c'est toujours la même chose, les mêmes répétitions, je n'accroche pas tu vois ? Il faudrait essayer de garder le contact puissant toujours !

Voilà, mais encore bravo !! J'attends les modifs avec impatience ^^
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Re : La vérité noire
« Réponse #2 le: 15 Septembre 2007 à 16:35:01 »
Quelles répétitions ? :)

Pour les persos c'est pas dur :P Y a
Citer
les gros méchants vilains [+ les gosses et la mère soignée], y a Greg le narrateur et Sara sa soeur

 ;)
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Re : La vérité noire
« Réponse #3 le: 15 Septembre 2007 à 16:53:55 »
Les

répétitions de ... "
tout"
 : pessimisme trop svt

employé, le caractère noir : on a l'
impression que la famille

reçoit tout sur la figure ... on s'
ennuie un peu à force

c'
est ça que je voulais dire ! ^^

Tu comprends ?

(dis-moi oui par pitié ^^ )
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Re : La vérité noire
« Réponse #4 le: 15 Septembre 2007 à 16:59:46 »
Oui par pitié ^^)


Hihi^^ Heum... oui, ben c'est un peu la base du texte, en fait, que t'aime pas :P Tout va mal, tout leur tombe dessus... pour le pessimisme, c'est pour garder la métaphore filée :)
« Modifié: 12 Septembre 2009 à 17:17:50 par Loredan »
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Re : La vérité noire
« Réponse #5 le: 15 Septembre 2007 à 17:30:51 »
oui, j'ai vu. Bon bah, bravo !! - la base du texte ^^
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Re : La vérité noire
« Réponse #6 le: 15 Septembre 2007 à 17:38:02 »
Mdr, j'adore tes contradictions xD

En tout cas merci d'être passé ^^
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Verasoie

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Re : La vérité noire
« Réponse #7 le: 12 Septembre 2009 à 17:18:24 »
Encore un texte que j'ai déjà lu, mais manifestement pas ici (c'est marrant, si on m'avait reparlé de ce texte je me serais jamais souvenue que c'était de toi oO je l'attribuais à quelqu'un d'autre mais je me souviens pas de son pseudo)

En tout cas j'en avais gardé un bon souvenir. L'ambiance de plus en plus oppressante... Le côté caravane et la vie dans l'entrepôt me rappellent des gens que j'ai connus du coup je n'ai pas de mal à me sentir vraiment concernée par ce qui se passe. J'aime bien le prénom Sara, aussi. 

Le pessimisme grandissant était aussi quelque chose dont je me souvenais bien, mais là je trouve que les phrases qui le concernent sortent un peu du reste du texte, comme si on sentait la contrainte. Par exemple, j'aime beaucoup « Ton pessimisme est décidément démesuré, Greg, il a les dimensions d’une cathédrale. » (sans le "décidément"), mais l'évolution me paraît pas toujours naturelle. Quand tu dis "Elle croyait que mon pessimisme s’était accoutumé à la taille de l’entrepôt" ça fait naturel, et quand tu dis " Mon pessimisme avait choisi plus grand, il voulait plus d’espace. " ou "Mon pessimisme a dû faire construire une nouvelle aile à l’église, c’est tout.", beaucoup moins.

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Re : La vérité noire
« Réponse #8 le: 12 Septembre 2009 à 17:24:12 »

Damned, un nouveau cadavre que le fond de la Mer Morte refuse ><


Oui, y a pas mal de choses qui ne font pas vraiment voire vraiment pas naturelles (à commencer par le "décidément")... j'ai un peu la flemme de le reprendre, il est vieux et définitivement clos... il faudrait le modifier en supprimant les tolérances dues à la contrainte.

Ca me rappelle La vérité noire, un texte sur PF qui était dans le dernier recueil. (oui maintenant que Mil' le dit, ça devrait être dans le webzine des Rivages)

Et oui. ICE, C'EST MOI.
« Modifié: 12 Septembre 2009 à 17:32:00 par Loredan »
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Re : La vérité noire
« Réponse #9 le: 12 Septembre 2009 à 17:28:57 »
Heu, non, il était pas dans le recueil, c'est Un ballet de lucioles qui avait été sélectionné...


J'avais lu ce texte sur PF, à l'époque, moi aussi... Pas grand chose à ajouter, si ce n'est que le titre m'emballe moins que ceux de tes autres textes (t'es doué pour les titres ^ ^ )
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Verasoie

  • Invité
Re : La vérité noire
« Réponse #10 le: 12 Septembre 2009 à 17:30:59 »
Maaais je sais. xD Je pensais pas à Ice, mais à une fille =B.

 


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