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Auteur Sujet: Chronique de l'invraisemblable  (Lu 1392 fois)

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Chronique de l'invraisemblable
« le: 13 Décembre 2012 à 20:19:38 »
Lorsqu'on parle de la vérité avec un V aussi grand qu'un deltaplane, c'est en général de recherche qu'on parle, avec un R aussi vaste que le ciel que l'aile parcourt de long en large. Plus même, c'est de curiosité qu'on traite, avec un Q ôté de l'alphabet à grands coups de frigidité maladive, l'abandon de soi vers ce qu'on croit être une avancée dont la poursuite périlleuse justifie la fin hargneusement armée d'une hache aiguisée à la pierre de feu.
La ligne de conduite sur laquelle on ne peut que remettre les points, le I majuscule sans tête qu'on retrouve dans interrogation, n'est en réalité qu'une forme sociale d'intérêts ni partagés ni échangés, juste abandonnés dans l'atmosphère en une vibration gratuite, une onde dont l'aspect mutuel n'est que la justification illusoire gisant entre le désir d'être, et l'acceptation de ce désir universel pénétrant petit à petit toute une branche de la population sensée.

Kent était journaliste de profession.
Son travail consistait à faire semblant de s'intéresser à ce que d'illustres têtes d'affiches voulaient bien donner au reste de l'humanité. Et il prenait son travail plutôt à coeur, ayant remarqué depuis sa plus tendre enfance que les gens aiment à se hisser sur le piédestal de leur choix pour prouver à leurs contemporains que leur existence vaut le coup d'être vécu, et mieux, ne saurait s'inscrire dans une démarche autonome se suffisant à elle même.
Pour lui, tout le gratin interviewé se résumait uniquement à de la vente aux enchères, comme une loterie géante de la valeur humaine. Les musiciens revendiquaient le droit à l'expression volatile de sentiments trop honteux pour être avoués aux véritables concernés. Les cinéastes vendaient le rêve d'une vie qu'ils n'avaient jamais eu. Les PDGs véreux affirmaient la puissance du monde capitaliste au travers de publicités verbales bien tournées, ces tortillons vocaux qu'on appelle bien joyeusement langue de bois et qui alimentent le foyer de la misanthropie.
Kent avait compris que pour décrocher la connaissance et la gloire, il fallait justifier de la manière la plus équivoque qui soit ses propres actions, et que quels que soient les sacrifices plus ou moins douteux dont on pouvait s'accaparer durant cette course à la réussite, il valait mieux taire ce qui pourrait entacher l'image de ce monde tiré vers le haut par les câbles de la paroles, tandis que le silence tirait le problème vers le bas. Il était donc emprunt d'une lassitude naïve, d'un désespoir lascif qui l'avait amené à attendre la réponse inéluctable de tous ceux qui passaient devant son micro. De fait, sa soi disant compréhension du monde l'élevait au dessus de ce besoin compulsif d'imprégnation de soi sur autrui.
Bien qu'il ne comprit pas vraiment que lui même se nourrissait de ce qu'il ne pouvait donner, il commença petit à petit à développer une profonde aversion pour ce monde effervescent qui grandissait sans lui. Pire : caché loin derrière son indifférence maladive inévitable face à la multitude d'histoires dont il se faisait le mécène oratoire, il développa sans même s'en rendre compte une jalousie qu'il ne pouvait ni voir, ni nommer. Il n'avait pas compris que son rôle à lui se limitait au tremplin qui lève les petites gens au dessus de ses yeux, le laissant au fond d'un gouffre dont il ne s'était jamais extrait, et dont il ignorait la profondeur hallucinante, autant que le plafond exutoire.
Lorsqu'il avait terminé sa journée, lorsqu'enfin il quittait le mouvement de ce qu'il faisait vivre devant la caméra, il ne pouvait qu'espérer retrouver le calme et la tranquillité de son habitat paisible, serein.
Il se débouchait alors un Bouchard Chambertin qu'il versait dans un cristal rond, qu'il reposait à côté de l'âtre de sa cheminée Focus en attendant que le bouquet se départisse de la fraicheur de sa cave. Intense et profond, stipulait la carte bien renseignée que lui avait laissé un distributeur enthousiaste, comme happé par sa profession dans un élan subversif de bonne humeur qui l'avait convaincu aussi puissamment que facilement à l'appréciation du travail d'orfèvre végétal, sertissant les perles de vignes liquéfiées d'arômes subtils et entêtants.
Alors il fonçait à la cuisine, et entamait la préparation minutieuse d'une collation de soirée dont il prenait le plus grand soin à travailler la recette. Parmi ses ingrédients favoris, quelques herbes fraiches émincées au rasoir ; des condiments en tous genres, dont quelques échalotes qu'il faisait revenir à l'huile d'olive, des graines de moutarde cuites dans l'eau puis versée dans une sauce à la crème ; des épices plus ou moins fortes allant du piment de cayenne aux cardamomes éviscérées et éparpillées dans la préparation. Il faisait mijoter quelques patates douces, quelques pois, des pains de céréales, le tout baigné de feuilles de sauge, de thym ou de menthe. Avec ceci, il prenait généralement en accompagnement une viande équine saisie sur le grill, à l'intérieur saignant rougi par le contraste de la fleur de chair assombrie par le carbone croustillant.
En attendant que son repas daigne lui remplir l'estomac, il s'adossait contre son rocking chair de bois sculpté, et empoignait son verre à température ambiante, et savourait silencieusement sa position coupée du monde, derrière l'écran opaque de son bourgogne qu'il sirotait aussi lentement qu'un escargot lapant la fine rosée du matin sur le rouge carmin d'un tapis de printemps, le laissant passer, filtrer entre les dents de son sourire colgate qu'il remerciait chaque jour pour la profession qu'il lui avait offert.
Malheureusement, la vérité vraie n'était vraisemblablement et invariablement viciée par la vilenie virale de sa verve volontairement violée. Kent se sentait vidé, vainement vieilli par la vie vrombissante qu'il avait visité sans voir, sans virer de bord autrement que pour prendre ce qu'on avait à lui offrir.

On l'avait choisi pour représenter la chaine nationale Vision Télé 9 au Gala qu'elle organisait chaque année. A cette occasion, les festivités battaient leur plein autour d'un plateau géant illuminé de toutes parts par des flashs artificiels baignant la fin d'un jour tardif.
Une scène immense accueillait des activités toutes plus animées les unes que les autres, minant l'écran de démocratisation animale laminée, mimant la nomination du tumulte mutuellement reconnu. Se succédaient donc des spectacles de prestidigitation, des danses à frou-frou, des joyeux débats délibératifs entre personnalités, le tout assaisonné de publicités habilement menées par des scientifiques persuadés, cachés derrière l'obsolescence de l'inutile.
A côté, face au rideau rouge et aux écrans blancs, étaient installée une salle de restauration à la décoration doucereuse. Les tables circulaires flottaient sur le tapis aniline comme des fleurs au milieu d'un champs de sang. Leurs six pétales de bois sculpté accueillaient les derrières costumés des célébrités dinant sous le feu des caméras.
En dernière strate du show, les tribunes surpeuplées accueillaient un public survolté, levant des poings tyranniques sous le crépitement doré des éclairages fusillant sa nuque avancée vers le spectacle.
Kent déambulait donc dans la salle suivant les impulsions de son oreillette, trimbalant son micro et son caméraman en trainant le talon de ses bottines de cérémonie.
Il minaudait ses questionnements sans conviction, presque à reculon, mais toujours de manière correcte et encline à recevoir la volonté minimaliste des concernés.
- Votre dernier album fait sensation depuis des semaines, Mlle Li. Tout d'abord, quelles ont été vos motivations à la composition de cette ultime pièce de votre travail ?
- Monsieur le président, votre campagne commerciale au sein de Ndroid Products inquiète le marché. Qu'avez vous à répondre à ça ?
- Alors Patrick, je vois que vous vous amusez ce soir face à notre excellent public. Quel effet ça vous fait d'être là ce soir ?
Après chacune de ces questions, il entamait un balai visuel entre sa victime et son arme, entre l'interrogé et le réceptacle informatif réel : la caméra lourdement juchée sur l'épaule d'un frêle type aux lunettes carrées.
Il ne prenait donc pas le temps d'écouter les vraies réponses de ceux qui font vivre le spectacle. Après tout il les connaissait aussi bien que tout le monde.
'Monsieur Brockelstein, vous savez très bien que j'en ai rien à cirer de vos avis. Je fais la musique que j'aime juste pour toucher un chèque.'
'Lorsqu'on perd le contrôle d'une cible, en finances, le seul moyen pour la récupérer est de la surprendre par un choc volontairement provocateur. Ce n'est pas parce que nous resserrons la ceinture que le client crie famine, bien au contraire. Mais je suis persuadé que la qualité de notre travail trouvera sa reconnaissance.'
'Oh Kent, cher collègue, sincèrement j'en ai plein le cul de ce boulot de merde. Je pourrais être confortablement assis parmi les convives à manger mon poulet frit, ou mieux, célébrer autre chose que cette foutue entreprise qui me pose sur le pilori de sa propre honte.'

A dix heure pétante, Kent avait déjà troqué une demi douzaine de fois son costume papillon, et alors qu'il s'apprêtait à entamer un kir royal cerise kiwi, le grésillement imperceptible de son instrument auditif qu'il s'était habitué à traquer pour fuir les meuglements humains autour de lui s'interrompit pour une nouvelle mission.
- Kent. Dans deux minutes au patio 3. Tu interviewes Terence Fortunati. Je sais que tu le détestes, mais t'interviewes mieux que lui, alors s'il te plait, fais pas la tronche. Votre profession à tous les deux est entre tes mains, et notre renommée aussi.
Un soupir entre deux sourcils froncé, et il desserra le noeud bleu autour de son cou étouffé.
'Et merde, tout ça pour l'inception du siècle, et la seconde place faussement décorée sur le plateau du numéro un, dont je vais devoir subir l'hypocrisie tacite, de mise en de tels événements. Fait chier bordel, je sais pas ce qui me retient de me barrer de ce taudis.'
Il aurait bien vociféré silencieusement un 'bande de fils de putes', mais il n'en avait plus le coeur. Alors, résigné, il tenta un instant de plus d'oublier les ampoules illuminant sa conscience du fin fond de ses orteils en une plainte de cuir frotté longuement, douloureusement.
.

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Re : Chronique de l'invraisemblable
« Réponse #1 le: 17 Septembre 2013 à 23:02:38 »

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Les musiciens revendiquaient le droit à l'expression volatile de sentiments trop honteux pour être avoués aux véritables concernés. Les cinéastes vendaient le rêve d'une vie qu'ils n'avaient jamais eu.
xd
et les écrivains ?  :-¬?

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Bien qu'il ne comprit pas vraiment que lui même se nourrissait de ce qu'il ne pouvait donner,
lui-même

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Malheureusement, la vérité vraie n'était vraisemblablement et invariablement viciée par la vilenie virale de sa verve volontairement violée.
manque un truc dans cette phrase

Citer
En dernière strate du show, les tribunes surpeuplées accueillaient un public survolté, levant des poings tyranniques sous le crépitement doré des éclairages fusillant sa nuque avancée vers le spectacle.
louuuurd

En cherchant des textes peu voire pas commentés, je suis tombé sur le tien et je me suis dit que c'était dommage d'avoir aucune réponse. J'espère qu'en le remontant tu auras d'autres avis que le mien.
Le premier paragraphe m'a semblé peu intéressant ou du moins pas assez dynamique par rapport à la suite du texte. Mais sinon, j'ai trouvé que ton texte était plutôt fluide, qu'il se lisait bien. La critique contre la société passe bien aussi. Jtrouve juste que ce texte manque d'une fin.

edit : pourquoi ce titre au fait ?
« Modifié: 17 Septembre 2013 à 23:20:02 par ernya »
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

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Re : Chronique de l'invraisemblable
« Réponse #2 le: 19 Septembre 2013 à 10:19:22 »
Hello!

J'ai trouvé le style un peu lourd, en raison des trop nombreuses métaphores/comparaisons pas toujours très claires, et de la longueur de certaines phrases. ex:
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Plus même, c'est de curiosité qu'on traite, avec un Q ôté de l'alphabet à grands coups de frigidité maladive, l'abandon de soi vers ce qu'on croit être une avancée dont la poursuite périlleuse justifie la fin hargneusement armée d'une hache aiguisée à la pierre de feu.

La dimension critique du texte est peut-être un peu trop appuyée aux dépens de l'intrigue, d'autant que la vision du monde du personnage principal manque de nuances. En tout cas, d'accord avec Ernya, il manque une fin à ce texte!



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Re : Chronique de l'invraisemblable
« Réponse #3 le: 21 Septembre 2013 à 17:50:28 »
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Les musiciens revendiquaient le droit à l'expression volatile de sentiments trop honteux pour être avoués aux véritables concernés. Les cinéastes vendaient le rêve d'une vie qu'ils n'avaient jamais eu.
et les écrivains ?
Haaa, les écrivains... ils sont derrière les vaines paroles lorsque celles ci chutent de leur promontoire invisible, et les examinant sous toutes les coutures, il les redressent en un mur de mots bien ordonnés.

Pour le reste , j'avoue que je le sens pas trop... Je crois pas poursuivre le fin mot de l'histoire, jamais je ne serais capable de raconter comment il va vivre ce que je décris sans vraiment décrire, au final. C'est juste pour une ambiance accrochée à un personnage, qui se suffit justement parce qu'on n'a pas toujours besoin de raconter pour communiquer.

Et le titre... Je ne sais plus  :???:
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