Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

04 Mai 2026 à 21:53:38
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Défi number one : K.Bic : la rivière de l'Esprit.

Auteur Sujet: Défi number one : K.Bic : la rivière de l'Esprit.  (Lu 1308 fois)

Hors ligne Ollin

  • Troubadour
  • Messages: 377
Défi number one : K.Bic : la rivière de l'Esprit.
« le: 28 Novembre 2012 à 00:01:43 »
Le défi en question :
Citer
Dans un texte de 1K mots mini rédigé à la première personne, tu dois placer ces 3 évènements :
1) un hamster qui vote communiste
2) deux mixeurs en panne qui discutent chez le réparateur
3) l'obtention d'un visa par un décapsuleur

Je pense avoir rempli le défi, j'ai juste fait un raccourci pour faciliter l'intégration d'un élément : un hamster qui vote communiste = un hamster communiste.
Ca m'a pris trois bonnes heures.
Je vous laisse juges.  :P

Edit : putain, je me rends compte que j'ai pas écrit de texte de ce genre depuis 10 ans.  :o


----------------------------------------------------------------------------------------------------------

K. Bic : la rivière de l'Esprit.

   J'ai inscrit mon nom sur la porte de ce taudis, « Icare K. Bic ». Je me suis appliqué, c'est bien écrit. Mais quand je pense à la finalité de ce geste, j'ai des doutes. Personne ne viendra sonner. Faudrait-il déjà que quelqu'un me cherche, ou simplement sache que j'existe. Une vieille habitude sans doute. Assez pour que sa dernière itération m'ait échappé. La première par contre ne s'en ira qu'avec ma vie. C'était le dernier soir du monde.
   J'étais petit, on venait d'emménager. Encore. Pour fuir les zones soufflées par les tempêtes électriques. C'était une résidence menue, rectangulaire, supportée par des poutres en bois. Seulement un étage, rez-de-chaussée et premier, ne comptabilisant pas plus de six appartements en tout et pour tout. Les allées couvertes s'étendaient hors des murs, comme deux longs balcons donnant sur les portes d'entrée. Je me souviens la couleur de cette ampoule qui éclairait la nôtre : un jaune vif qui tranchait. Je n'en avais jamais vu que des blanches, des ternes, des qui brillent juste assez pour trouver la serrure. J'ai su bien plus tard qu'il s'agissait d'un vestige, d'une antiquité, d'une ampoule à filament. Qui datait de l'époque où l'oxygène était gratuit. Je l'avais déduit en grandissant, sans confirmation. Personne n'en avait jamais vu, et cette résidence n'est sûrement plus qu'une ruine maintenant. Alors ils ne connaissaient pas cette couleur. Moi, j'étais sûr que c'était celle du soleil. Pas ce vieux tas de poussière. Quand il brillait encore.
   On avait rentré les quelques cartons qui nous suivaient toujours. Le nécessaire. L'irrémédiable. Thia était avec, à l'intérieur, allongée à attendre que le temps passe. J'étais dehors. Dans cette petite allée, au premier étage, avec une vue banale sur ce quartier de maisons basses. Éclairé par cette étoile minuscule et parfois clignante. Assis sur le parquet, dessinant avec attention les lettres de mon nom sur un bout de papier grisâtre et usé. Quand la lune s'est décrochée. Littéralement. J'ai senti le sol vibrer, j'ai levé les yeux. La lune tombait. Vers la terre. En s'enflammant, orange verte. C'était le dernier soir du monde. La blessure de trop. Et la suite, on la connait tous.
   
   Ce foutu appartement est plein de poussière. Et Thia n'y mettra jamais les pieds. De vivant, je n'ai plus que ce con de hamster. Flemmard et communiste. Sa seule motivation dans la vie, c'est poser des bombes. Je vous l'avais dit qu'il était con. Il n'y a plus personne à faire péter... mais il en pose encore. Je n'ai que ça de vivant sous la main. La rivière de l'Esprit est plus efficace chez les êtres d'eau. C'était ça, ou le coller sur un ustensile. Et le potentiel conversationnel d'un objet, c'est désœuvrant. J'ai déjà entendu deux mixeurs communiquer entre eux chez le réparateur, ça ne m'a pas convaincu. Ils s'engueulaient, comme pour se confirmer qu'ils existaient.
   On ne peut pas leur en vouloir, la rivière de l'Esprit n'octroie pas d'âme naturelle. Qu'un flux artificiel de données auquel les animaux et les choses peuvent être raccordés. Une rivière dont le lit n'est qu'une systématisation du savoir humain par les humains, qu'une invention médicale, pour sortir les derniers hommes de la solitude, qu'ils continuent à parler, à s'intéresser. Ils en avaient tous obtenus au moins deux ou trois de ces puces. De ces âmes de poche, à coller partout. Mais elles ont deux limitations essentielles : d'abord leur volonté est fictive, purement causale, mécanique, triant leurs affects et leurs volitions parmi des données finies, fabriquées, artificielles ; et surtout, leurs fonctions potentielles dépendent étroitement de la morphologie et du métabolisme de l'hôte. C'est abstrait dit comme ça, mais quand vous demandez un visa à un décapsuleur, ça devient tout de suite très concret sans pour autant être pratique. Ça se transforme très vite en moment surréaliste, je parle d'expérience : les institutions avaient tenté l'aventure pour se conserver. On s'est vite retrouvé à acheter du pain à des brosses à dents, son tabac à des livres qui se citaient sans cesse... Avec dix minutes de recul, on savait déjà que ça nous achèverait d'absurdité. Pas besoin d'être une flèche.
   Bref, moi, je l'ai collé sur un hamster qui devait être beau et noir, avant de devenir roux. Roux et communiste. La rivière de l'Esprit ne s'était vraiment pas emmerdée sur ce coup-là, pour allouer une conscience politique adéquate à une des vermines les plus grégaires. Par contre, ça m'a bien surpris, le coup du terrorisme. Je pensais que les données violentes avaient été censurées après les premiers meurtres. Les sentiments négatifs aussi n'auraient pas dû être disponibles. Alors que Léni, lui, il est complètement bipolaire. Certains jours, il se lève les yeux soumis au vide, hagard, comme si sa volonté tombait en panne, et d'autres jours je ne le vois revenir qu'après deux, trois attentats, inutiles, gratuits, mais qui le connectent au sentiment de joie. Le réseau n'est plus vraiment entretenu, il doit y avoir des interférences partout. Et cette vie de merde a peut-être conditionné son programme d'apprentissage. Puis si par-dessus le marché tous les êtres raccordés s'étaient mis à saturer le réseau de sentiments négatifs... Je n'en sais rien. A vrai dire, vu la densité des hommes, je pense qu'on n'en saura rien. Définitivement. 
   
   Thia a disparu le dernier soir du monde. Je n'ai jamais su si elle était en vie. Mais je me doute bien que non. Je me dis qu'elle est tombée avec la lune. Avant que ce monde ne devienne ingrat. Que les organismes et l'univers n'aient plus la même trajectoire, que les liens ne cessent de s'affiner et finissent par lâcher. Dans l'hostilité ambiante. Alors je la préfère morte. Même si je sais que sa matière a encore à disparaître, en crissant entre les dimensions. La mienne aussi. Sous une ultime lumière jaune vif, je l'espère. Chaleureuse et éternelle. Mais que rien ne supportera. Et ce con de hamster qui court dans tous les sens en scandant des chants communistes, j'ai hâte qu'il crève lui aussi.
« Modifié: 14 Août 2015 à 23:20:53 par Ollin »
Signature

Hors ligne Vivi

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 818
  • Pouponnière de Posts
Re : Défi number one : K.Bic : la rivière de l'Esprit.
« Réponse #1 le: 28 Novembre 2012 à 01:09:40 »
Le texte seul : très bien écrit, j'ai bien aimé. L'idée est bien trouvée.

Validation du défi :
Citer
Dans un texte de 1K mots mini rédigé à la première personne, tu dois placer ces 3 évènements :
1) un hamster qui vote communiste
2) deux mixeurs en panne qui discutent chez le réparateur
3) l'obtention d'un visa par un décapsuleur
Je parlais bien d'évènement, donc en faisant un "hamster communiste" tu es hors-sujet, car un "hamster communiste" n'est pas un évènement, mais un état. Concernant le 3° point "l'obtention d'un visa par un décapsuleur" est devenu "demandez un visa à un décapsuleur", donc petite inversion pas méchante.

Donc stricto sensu, le défi n'est pas relevé. Désolé. Mais cela n'enlève rien à la qualité du texte qui est excellente.

Une dernière remarque : tu as intégré les éléments dans une histoire bien trouvée, mais pas assez exploitée. Je m'attendais à ce que les évènements demandés soient plus en avant (trame principale). Hors, tu les as mis en périphérie (genre citation/exemple), alors que je pense que dans l'intérêt du défi, les événements (au moins 1) devrait être l'intrigue principale. Mais n'ayant rien précisé à ce sujet, je ne peut t'en tenir rigueur (je le préciserais si j'en propose un autre lol). D'un autre côté, avec le même background, tu pourrais réécrire un texte en intégrant les évènements demandés avec cette histoire de puce électronique, et nous faire entrer dans un monde beaucoup plus imaginaire/délirant où les objets ont fini par remplacer les humains... ;D

En tout cas, merci pour le texte, il est très bien.
Je suis capable du pire comme du meilleur, mais c'est dans le pire que je suis le meilleur (^.^)v

Hors ligne marie

  • Calligraphe
  • Messages: 106
La critique de Marie :)
« Réponse #2 le: 28 Novembre 2012 à 08:22:41 »
Je me suis appliqué, c'est bien écrit.
Tu as tendance au pléonasme et c'est relativement gênant pour le lecteur.
Personne ne viendra sonner.
Une vieille habitude sans doute.
Encore.
Le nécessaire. L'irrémédiable.
Certaines de tes phrases sont très courte voire nominal (sans verbe). C'est un style particulier et je vois mal en quoi il s'inscrit dans ce récit. Selon, c'est un procédé à utiliser ponctuellement en tout cas dans ce genre de récit pour lui donner une valeur forte.
Si tu tiens à ce style dit moi pourquoi tu l'emploi.
Faudrait-il déjà que quelqu'un me cherche, ou simplement sache que j'existe. Du moins, elle l'est assez pour que sa dernière itération m'ait échappé. La première, par contre, ne s'en ira qu'avec ma vie. C'était le dernier soir du monde.
Là je n'ai pas trop compris à quoi le du moins se réfère. De plus itération est un terme mathématiques qui ne trouve pas vraiment sa place dans ce contexte. Attention à la connotation des mots.
C'était une résidence, menue,
La virgule entre résidence et menue n'a pas lieu d'être. De plus, menue s'emploie davantage pour les êtres humains. Du coup, la résidence prend un aspect plus ou moins humanisée et je pense pas que ce soit l'idée que tu voulait faire passer.
Seulement deux étages, rez-de-chaussée, premier,
Tu devrais articuler davantage tes phrases. Dans ce cas il manque des articles. Et puis, le rez-de-chaussé n'est pas un étage.
Qui date de l'époque où l'oxygène était gratuit
Ce foutu appartement est plein de poussière. Et Thia n'y mettra jamais les pieds.
Attention au changement de temps car il apporte une vision bien différente. Du parle de l'ampoule au passé puis tu passes au présent comme si il se retrouvait devant. Enfin, ça fait bizarre. Cependant, j'aime bien l'idée  de l'ampoule c'est originale et tu l'a décrit bien.
Thia. Il semble se moquer de sa disparition. Est-ce sa soeur, sa mère, son amie....
Le lecteur n'a pas d'information sur ce personnage. On sait seulement que c'est une femme.
Et, la lune s'est décrochée.
Et n'est pas approprié en debut de phrase, soudain le serait davantage.
La lune tombait. Vers la terre.
Pourquoi un point entre tombait et vers. A moins que le narrateur personnage reprenne son souffle.  :)
De vivant, je n'ai plus que ce con de hamster. Flemmard et communiste. Sa seule motivation dans la vie, c'est poser des bombes. Je vous l'avais dit qu'il était con. Il n'y a plus personne à faire péter... mais il en pose encore. Je n'ai que ça de vivant sous la main. La rivière de l'Esprit est plus efficace chez les êtres d'eau. C'était ça, ou le coller sur un ustensile. Et le potentiel conversationnel d'un objet, c'est désœuvrant. J'ai déjà entendu deux mixeurs communiquer entre eux chez le réparateur, ça ne m'a pas convaincu. Ils s'engueulaient, comme pour se confirmer qu'ils existaient.
J'aime bien l'idée de ce passage. Comme si la fin du monde l'avait rendu fou. J'aime beaucoup, aussi, les passages sur le hamster ça me fait sourire. La fin de ton récit est assez brutale mais ça donne un style intéressant.
Certaines des remarques que je t'ai faite se répète dans tout le texte donc je n'ai pas jugé bon de tout citer. (peu utile). J'espère que tu ne me penses pas trop dur avec ton travail mais comme je l'ai dit et comme je le répète je suis exigeante ce qui fait peut-être de moi une bonne critique (à toi de me le dire). Cela peut s'expliquer du fait de mes études dans le milieu du livre puisque j'aimerais travailler en maison d'édition (pas forcément éditeur, je pense plutôt à attaché de presse.) Voilà pour l'explication.
Continue à travailler, y'a du potentiel.

En attendant ta réponse,

Marie
« Modifié: 28 Novembre 2012 à 08:58:43 par marie »
Si tu as le temps: http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,7149.0.html :) jette un coup d'oeil!

Hors ligne Ollin

  • Troubadour
  • Messages: 377
Re : Défi number one : K.Bic : la rivière de l'Esprit.
« Réponse #3 le: 28 Novembre 2012 à 18:47:01 »
Merci des commentaires.

J'ai pris en compte quelques trucs, mais j'ai pas eu le temps de réfléchir à toutes les remarques.
Je reviendrai dessus au fur et à mesure des corrections.
Signature

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.101 secondes avec 16 requêtes.