Il devait être 4h, ou bien 3h50, peut être bien 4h passé après tout... oui surement, j'avais éteint et m'étais résolu à dormir à 2h13 pile, et mon horloge interne me disais que ces minutes interminables à tourner et me retourner, me blottir et m'étirer, me couvrir et m'aérer, me contorsionner et m'immobiliser, pour trouver et la meilleur position pour dormir, et la bonne occasion, à l'affût, a l'arrêt, à guetter les yeux résolument fermer la moindre faiblesse du corps qui laisserait partir son occupant psychique, avaient bien rempli une éternité, c'est dire 2h dans le noir à lutter pour attraper un sommeil fugitif.
"Il faut que j'arrête de penser, seuls mes yeux sont lourds, mon cerveau échauffé, le sommeil arrive, écoute le un peu!" était en gros le message que j'envoyais en rafale dans tout mon corps, quand mon cerveau sans-gêne se remettait en route et qu'affluaient les pensées, absurdes ou non, tant que c'était pour m'empêcher de dormir semblait-il...
On était dans un été chaud, parmi les jours les plus chauds, très chauds, alors la nuit, le frais de l'air nocturne était si agréable, si paisible à coté de la fournaise enragée, obstinée et envahissante de la journée. Une brise légère passait occasionnellement lécher la pièce et ma joue. La rectangulaire fenêtre ouverte se taillait nettement à coté de moi dans l'obscurité, à son flan extérieur se découpait, par la lueur orangée du lampadaire communal, sur son crépis blanc, l'ombre de l'autre flan.
Je ne pouvais pourtant voir cette image, que par imagination, elle était portée disparue depuis une bonne trentaine de minutes, c'est-à-dire depuis que j’avais décidé que je n’ouvrirai plus les yeux avant le lendemain matin au réveil.
"Il faut que j'arrête de penser, seul mes yeux sont lourds, mon cerveau échauffé, le sommeil arrive, écoute le un peu!"
La fenêtre laissait tout de même filtrer quelque chose, à ses pieds, le bruit tranquille et continuel de la rivière qui passait, en face de la maison, montait bien jusqu'à mes oreilles, montant par la fenêtre.
Son lit drapé de nuit passait là, anarchie linéaire des vaguelettes remuantes, filait tout droit, le collait une banderole de bitume silencieuse, macadam refroidit, rectiligne, puis une rangée de vieilles maisons, bâties avant la dernière grande guerre (dans les années 40, me sentis-je bêtement obligé de préciser au silence), cotes a cotes un peu a l'écart du village plus bas sur la route, toutes trois voies parallèles, solitaires se serrant les coudes, presque infinies. Et à une certaine maison, à la deuxième fenêtre en arrivant du contrebas et a la première en arrivant du lac d'en haut, et au premier étage si l'on y monte d'en bas, mais au 'sous-toit' si l'on y arrive d'en haut, dans cette chambre se trouvait encore moi, me tournant une énième fois dans mes draps, enfonçant plus fort ma tête, de la bave coulant en filet au coin de ma béate bouche , sur mon oreiller qui devait avoir le mal de mer a être bousculé, décalé, retourné sans arrêts de la sorte.
Je voyais la fenêtre, je ne la voyais plus, je voyais la fenêtre, je ne la voyais plus. Je voyais la fenêtre. Je ne la voyais plus. Je voyais la...et ahhhh, stupide conseil, quel pouvais être encore la personne qui m'avait conseillé cette innovante technique révolutionnaire, soit disant pour fatiguer les yeux et occuper l'esprit, enfin pour pioncer tranquille en théorie, en théorie... Silence. Finit. Rien. Silence, ça y est, il arrivait.
''J’arrête de penser, mes yeux sont lourdment fermés, mon cerveau douillet, le sommeil arrive, écoute le un peu."
Dans le grand silence soudain, j’entendis au loin, très loin, le bruit d'une voiture qui semblait arriver. Je m'accrochais à cette idée comme dernière et seule pensée. Comme l'ancre qu'on lève avant de partir. Elle se rapprochait imperceptiblement. Apres son passage, je partirai tranquille. Très imperceptiblement. Oui je sentais déjà les caresses confortables du repos salvateur. Voluptueux, je souriais. Trop imperceptiblement. Rien d'autre. C'est fou ce qu'on peut entendre de loin dans le silence délicieux de la nuit. Elle ne devrait plus tarder. Un lit si moelleux... C'est calme. En journée, quand on commence à en entendre une, 30 secondes après elle passe! Je pars. Vide. Des que la voiture passe alors. Mais quand...Quand? Elle te réveillera après sinon... C'est vrai... Ah! Je l’entends qui se rapproche. Elle met du temps quand même... Oh oui, je vais dormir! Peut être bien que c'est simplement mon ouïe, plus le silence, qui s'est développée après toutes ces heures privées de mes autres sens, waouh ça serait énorme, mes facultés poussées comme ça, et ... Mais qu'est ce quelle fout nom de dieu? Elle semble rouler assez vite pourtant, et rien? A peine un petit rapprochement? Il faudrait que je l'ai entendu depuis des kilomètres sinon, n’importe quoi! D'accord j’entends bien qu'elle se rapproche encore, mais j’entends bien aussi qu'elle aurait déjà dut passer! Qui s’amuse à empêcher de la sorte le sommeil ?! Merde il y en a qui voudrait dormir!!!
Le bruit était maintenant fort, comme une voiture se présentant à l'entrée de la rue. A deux doigts de me lever pour regarder, vérifier qui m'empêchait de dormir, et comment était-ce possible ce roulement continuel, je décidais de me coucher, clouer, plus solidement encore, m'accrochant à l'espoir du sommeil que j'avais entraperçu derrière mes paupières tout à l'heure. Malgré le frottement sur le bitume de la voiture vrombissante grandissant, que j'aurais pu diagnostiquer à 200m, le bruit resta encore quelques secondes en suspension, comme décider à rouler sur place encore un petit peu, dernier petit pied de nez, pour le spectacle semble-t-il. Résigné, j’attendis. Ou est-ce que j'avais rangé ce maudit sommeil déjà?
Soudain, alors que le bruit avait progressé de façon normale en quelques secondes. Qu'il était devenu puissant, à réveiller un sommeil léger. Grappillant mètres après mètres, et maintenant à quelques longueurs de la maison.
Oui soudain, là, j'aurais juré, juste en dessous de ma fenêtre, alors que le bruit avait été plus fort que jamais. La voiture s'était arrêtée. Le silence tombé avec un fracas soudain, coupa court a tout endormissement, mes paupières s'ouvrirent, brusques. Ce silence n'était pas normal. Non, il n'était pas arrivé tout seul ce silence, il y a eu un petit son qui l'accompagnait, oui, comme un bruit de grincement de roues. Ah, j'avais déjà entendu ce son, mais, impossible de le rattacher à ce quoi il correspond...
Mon cerveau ankylosé, ralentit, tournait désormais à toute vitesse, les idées et les possibilités couraient et fuyaient dans tout les sens. Une portière claqua. Quelques bruits de pas résonnèrent sur le bitume. Mon corps sur ressort se mit d'un coup sur ses jambes, je rejetais le voile blanc dans lequel j'étais emmitouflé pour le laisser choir mollement plus loin sur le matelas. Droit, la fenêtre aveugle en face, le lit myope derrière. Prudemment, j'approchais, silencieux, vers le cadre qui tailladais l'obscurité devant moi. La vue du premier étage sur l'extérieur, sur le canal (je tendais la tête inquisiteur sans avancer plus vite) puis sur la route, se dessinait, fébrilement, au rythme de mes pas timides.
Finalement, je restais juste au rebord de ma fenêtre, curieux.
Se tenait immobile, là en bas de notre maison, une diligence. Un enfant l'aurait surement 'surnommé' carrosse, comme dans les contes, mais, cet engin la, n'avait aucune dorure, aucune décoration époustouflante, impressionnante, ou extraordinaire, il était simple et sobre, passe partout - pour le 18em siècle- rajoutais-je confusément a mes observations à la volée. Noir, des portières, et toute une armature noire, comme du charbon, reluisante même, comme ces peintures 'métallisée carbone perlé x machin chose' de voitures, mais en plus intense, on distinguait pourtant bien les rayures caractéristiques du bois, aux éclats des lampadaires. Des lignes, pour toute décorations, surlignait les contours de la diligence, des dorures rouges, pourprement brillantes, sillons qui se perdaient en des coins de la carrosserie pour former des gravures aux dessins tortueux, entremêlés et inexplicables. On pouvait apercevoir l'intérieur, éclairé faiblement d'une lanterne terne, une banquette rouge et large. Mais ce qui rendait cette diligence imposante, intrigante, particulière, c'est -ce que je n'avais pas remarqué tout de suite- qu'elle n'était pas attelée. Deux longs et raides bras de bois noir se tendaient à l'avant, comme essayant de s'accrocher tant bien que mal à des particules d'air plus solides que d'autres... Et...et cela semblait marcher...oui, le carrosse se maintenait, comme suspendu, les roues funambules équilibraient là ou il n'y devait pas y avoir d'équilibre.
Un physicien s'en serait arraché tout les cheveux un par un, les laissant tomber un par un, espérant que la gravité reprenne ses droits avant que la calvitie -et la charrette- ne lui prennent totalement la tête. N'étant pas physicien je me contentais d'être perdu dans mes pensées devant ce phénomène au point que...
"hum hum!
Au point que je n'avais pas fais attention au bonhomme qui allait avec le véhicule.
Redingote noire. Montre à gousset à la main. Visage blafard, émacié, pommettes saillantes, il semblait flotter dans un informe costume, sombre. Je ne vu ses dents jaunies, pourries et –peut être était-ce le jeu d’éclairage- quelques peu pointues, ainsi que sa petite pagaille clairsemée de cheveux ébouriffés au sommet de son crane ovale que lorsque d’un geste rapide il attrapa d’une fine poigne crochu son vieux chapeau melon noir, trop grand lui aussi, me saluant d’un sourire large, jovial, faisant ressortir la lueur jaune éclatante de ses yeux malicieux.
«Bonsoir, rajouta-t-il à ce geste, gardant ensuite sa main et son chapeau collés contre son torse, solennel.
Je lui répondis d’un seul signe de main en m’accoudant au rebord de ma fenêtre, mis en confiance par cet être singulier, sa bizarrerie faisant paradoxalement ressortir une chaleureusité...amicale, aussi paradoxal que ses yeux si plein de vie sur une face si cadavérique.
Silence. J’avais vite redirigé mon regard vers l’attelage, vers mes réflexions de l’instant d’avant qui me paraissaient déjà loin –pour au final retourner la tête vers la face de l’homme, des mots aux lèvres, et apercevant la lueur amusée de ses yeux quant à mon expressive curiosité.
-Très beau véhicule !
-N’est ce pas ?
-Vraiment.
-Comme vous dites. Très vieux !
-Des problèmes avec j’ai l’impression...non ?
-Ah… vous avez entendus… oui, les roues grincent pas mal à l’arrêt, c’est du vieux bois savez-vous, de l’acacia…aimez vous les arbres ?
-Ils sont sublimes oui ! Mais, je veux parler de vos chevaux, ils se sont échappés ?!
-Des ch’vaux ? Pourquoi faire ?
-Et bien ! Vous devez bien avoir deux chevaux qui font avancer votre charrette !
-Vos mots ! Une charrette ! Mais mon bon m’sieur cela fait bien longtemps que les 2 cheveaux sont complètement dépassées, il faut sortir d’chez vous un peu ! 86314 chevaux qu’elle a ma voiture !
-Vous plaisantez ?
-Je n’en ai pas le temps, j’attends quelqu'un, qui ne devrait pas tarder.
-Mais autant de puissance sur une cabine en bois monsieur ?
-Il faut vivre avec son temps… les étoiles sont belles n’est ce pas ?
Je ne les avais pas vu jusque la. Il disait vrai.
-Vous attendez quelqu'un c’est ça ?
-Je l’ai faite, et retapée moi-même vous savez c’te voiture. Pour dire qu’elle date. J’avais également bien deux ch’vaux, un noir et un blanc. Chaque morceau de bois vous savez, chaque fibre de tissu, couche de peinture, joints de culasse, cylindres, soupape, carter, termocylindres, bougies, boulons… Enfin, fait avec notre père tout ça…
-Vous ?
-Oui moi, enfin nous, si votre ‘vous’ comprend mon ‘nous’, c’est selon ‘vous’…
-Selon… Vous, moi ? Ou ‘vous’ mon ‘vous’ ‘nous’ pour vous ?
-hm, tutoyons...
-oui reprenons :
Toi ?
-Oui moi, enfin nous, c’est de, et avec nous au final. Après ca sera selon vous…
-Nous ?
-Non, elle…
-Elle ?!
-SPENDER MAIS A QUI TU PARLES ?»
Une voix lasse, presque chevrotante, venait de déchirer l’air. Nos deux têtes se tournèrent d’un même mouvement vers l’origine aveugle de ce cri, la fenêtre à ma gauche, au même étage, à la même maison. La voix énervée et teintée d’inquiétude qui m’appelait, appartenait à ma vieille logeuse, chez qui je logeais (logique) depuis plusieurs mois. Par accoutumance ou réel lien, en résultait que j’appréciais sa compagnie (loquace ou non), et que le mienne ne semblait pas la faire pousser les cheveux vers l’intérieur, ma valise n’étant pas passée par la fenêtre tout ce temps c’est ce que j’en concluais.
Un lit grinça douloureusement, lourdement, des pas pénibles se firent entendre. Je ne savais si je devais répondre. Une poignée tourna bruyamment. Le petit homme se racla fortement la gorge, rangea sa montre à gousset à l’intérieur de sa redingote et un sourire encore plus grand qu’auparavant étira son visage. Des volets s’ouvrirent difficilement et frappèrent le mur fortement. Je ne pouvais qu’apercevoir ses petites et grotesques mains se poser sur le rebord de sa fenêtre.
«Chère m’dame, bien le bonsoir ! Vous m’avez presque fait attendre, heureusement votr’ neveu est d’une plaisante compagnie, quoiqu’il ne devrait pas être à cette fenêtre mais au fond de son lit !
-Ce...ce n’est pas mon neveu…une plaisante compagnie oui…un insomniaque maladif oui… MAIS, comment, vous ?!
-Ne m’en parle pas. Je ne sais plus sur que ce monsieur soi vous, enfin nous, tu, elle, ils quoi !
-Au diable, ces –c’est ?- nous !
-Vous savez ce que c’est parler vo…monsieur ! Très sage parole, autant que la curiosité de votre attelage.
- 86314 chevaux sous le capot! Aimeriez-vous en faire un tour ?
-Sérieusement ?
-Oui je parle sérieusement, vous montez, l’intérieur est au sumum de la qualité –j’y veille personnellement, entre nous-, un coup de fouet et en avant pour la grande aventure !
-La grande aventure ?... songeais-je tout haut.
-J’en serai indéfinissablement ravie et touchée… Quel prestige votre engin !
-Je le sais, et c’est bien pour ça que je vous le propose ! Allez hop un aller simple voyage en première !
Il sortit jovialement un ticket de sa poche de droite, qu’il poinçonna avec une machine (une poinçonneuse j’imagine) et remit le ticket dans sa poche de gauche. Ma vieille bonne dame riait. ‘Un aller simple…’ ne cessais-je de me répéter, sans que personne n’y fasse attention (peut être parce que je me le répétais dans ma tête, c’est une explication sur laquelle je ne m’exposerai tout de même pas trop.).
- Attendez-moi donc, j’arrive !
-Embarquement immédiat, terminus poumpoumpoum ! Beugla-t-il
Mais non voyons ! ça ne serai pas raisonnable, je viens vous chercher !»
Et il se retourna d’un saut de cabri, bondissant maintenant de pas légers et vifs comme on ne l’en aurait cru capable, le tout sifflotant guilleret un air de Chopin. Une simple rotation de la tête vers la gauche, et je voyais enfin la figure de ma logeuse tirer sur son coup pour pouvoir voir ce que faisait le petit monsieur, elle me regarda avec un sourire jovial comme je ne lui en avais jamais connu, je lui rendais un petit rire amusé comme brève réponse. CLAP. Le frêle monsieur ouvrait le coffre arrière en entamant un concerto en LA mineur fort bien exécuté. Il est alors nécessaire pour être étonné, d’avoir la conception d’un carrosse en tête. Et ce qui était étonnant, c’est qu’il n’y a pas de coffre sur ces attelages.
De ses bras filiformes, il empoigna quelque chose, de semble-t-il lourd, et tira, de toute ses forces.
Glissa alors dans un bruit de frottement significatif, une échelle en bois, dont le bonhomme s’efforçait de sortir en entier, tout en faisant attention à l’extrémité qu’il faisait coulisser sur le bitume. Droite, gauche, droite, gauche, droite. Gauche. Attrapant les barreaux il la sortait, le manège dura un certain temps, un certain temps long. Manifestement encombré, il nous décocha tout de même un sourire conquérant, qui nous fit presque oublier que l’échelle en bois de 6 mètres qu’il tenait vacillante entre ses mains, sortait d’une calèche de 3 mètres. Puis il posa laborieusement l’échelle au centimètre près en dessous la fenêtre, sous quelques petits regards perplexes échangés fugacement.
Le mur de crépis coloré en orange pour l’occasion d’une nuit éclairée aux lampadaires élancés, assista la montée d’une masse noire déformée sur un ombre fine étirée et entrecoupée de losanges lumineux, ainsi qu’à la descente d’une forme plus grosse et plus lente encore quelques minutes après, le tout dans un silence solennel, presque cérémonial, ou seul les haut bois des barreaux condamnés a grincer, vieillissants, criaient leurs complaintes meurtries à l’écouteur inattentif.
«Spender ne vient pas avec nous ? L’intonation de sa voix était devenue plus inquiète, comme préoccupée. Vous savez, il est de très bonne compagnie.
-Oh vous voyez ma p’tite dame, ce genre de loustique n’est pas fait pour un voyage aussi long, assit aussi longtemps, il est trop jeune et ne s’est pas assez prouvé à lui-même ce qu’il pouvait faire pour pouvoir simplement apprécier la quiétude d’un paysage passagé et mouvant. Lui aussi était devenu, non pas plus grave, mais ses mots qui coulaient au rythme des vaguelettes intarissables du canal, traduisaient seulement un apaisement qui laisse filtrer de la triste lassitude.
-Ce que vous parlez bien… elle semblait admirative, captivée, emportée par ses paroles subjectives.
-Mais c’est faux ! Je suis prêt, j’aime regarder les arbres ! J’aime le voyage, je veux partir, votre voyage…
-Voyez donc à quel point il n’est pas prêt, empressé. Depuis quand Voulez vous ? Aimez-vous ? Ridicule, ce choix n’est pas pour vous, laissez donc le hasard vous emporter au large de tout, vous transporter, il arrivera. Tout arrive.
Il marmonna quelque quelque chose, tout en allant ouvrir la porte à ma vieille dame, l’attendant d’une courbette statique.
-Le choix… il manquerait plus qu’il se réclame maître de lui-même et des choses (il le marmonna avec une étonnante intelligibilité.) AHAHAHAHAHA (oui, avant d’exploser d’un rire aigu, long, ininterrompu, sans souffle)»
Son rire, ou son fou rire plutôt, retentissait encore quand ma dame fut montée avec difficulté. Des larmes lui coulaient quand il claqua la porte. Il reprenait difficilement sa respiration, riait en saccade en montant à l’avant et en tenant ses rênes rattachés au vide de ses bras désarticulés par son délire comique.
Ma logeuse me regarda une dernière fois, laconique, ses yeux parlaient, sa bouche muette, visage inexpressif, deux billes brillantes, jeunes, deux vestiges, deux flambeaux ardents, au sein d’une ruine totale, une ombre terne, mémoire du passé, ensevelie sous une vague confuse, anarchique, de sentiments rasés, qui arrivait là, en bloc, en un mur, un couperet pressé par le temps, en plein sur moi, un adieu.
Le bonhomme me fit un signe de la main, qui partait de son chapeau, vers le ciel. Les rênes claquèrent, il riait toujours, c’était si lointain.
Je ne la regardais pas s’éloigner, pas même un dernier regard à la vieille dame, deux pas en arrière.
Je fermais ma fenêtre, comme l’était celle de la chambre d’à coté, machinalement. Mes pensées vagabondaient, flottaient volatiles, sans que je puisse les saisirent. Seul elles étaient là, dans la pénombre qui avait à nouveau envahit, recouverte ma vue de son rideau immatériel, épais.
"Quel rêve bizarre" pensais-je avec un petit rire. Oui vraiment, original, je rattrapais mes draps, m’emmitouflant dedans, une étrange ironie me poussait à sourire.
Les yeux clos, calme, je n’avais même pas à forcer pour trouver le sommeil, je rentrais dedans avec une exquise chaleur, béat.
"Je ne me rends jamais compte que je rêve, quand je rêve !"9
Droit, paniqué, globules écarquillés, redressé en un mouvement, la phrase était sortie toute seule, comme étrangère. Je sortis de mon lit, en courant, balançant mes draps, sautant sur la poignée de la fenêtre, fracassant les volets fermés. Rien. Il n’y avait plus rien à l’horizon, à droite, à gauche, seulement la route qui se perdait au loin, comme infinie, infiniment vide, vide de bruit, à part l’éternel clapotis des vagues…
Apaisé, ou fatigué, peu m’importais, même cette histoire, peu m’importais, je me traînais perplexe jusqu'à mon lit, m’affalant, m’endormant sans même m’en rendre compte.
7h47. Réveillé en trombes. Le vieux mari de ma logeuse m’apprit qu’elle était morte dans son sommeil cette nuit.
ps : je me passerai d'un commentaire sur la fin pour dire 'dommage encore une fin mortelle' (conseil du dr.jeudemot: faites le bon choix, un peu de bon sens!

), je le sais, à part si vous la trouvez vraiment pas justifié et la je veux bien en discuter avec vous

et merci d'avoir lu jusqu'au bout meme si vous ne commentez pas (par contre toi petit amoureux du spoil, bah s'pô bien! héhé)