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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » L’orgueil de la plus grande des négations.

Auteur Sujet: L’orgueil de la plus grande des négations.  (Lu 1402 fois)

Hors ligne canardcache

  • Tabellion
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L’orgueil de la plus grande des négations.
« le: 11 Novembre 2012 à 16:32:17 »
Et tandis que je m’envole, je pense à Marie. Mon essence, ma vie. Sans aucune retenue mais tellement sage, je ne peux penser qu’à  elle : elle est ma raison. Elle mon sens. Elle est ma fille. Mon excroissance de vie, mon prolongement d’existence. Marie est mon moi-même en tellement mieux. Elle est mon rock and roll de jeunesse, ma punk de vie, ma preuve d’éternité. Ma Marie est la chose que je façonne… le coffre que je remplis de mes trésors. Elle est ce qui reste. Mes pensées, égoïstement nombrilistes, vont vers elle. Petit bout aux cheveux d’or bouclés, angelot de pérennité, ange étrange d’annonciation de paternité, dieu éternel de moi-même, rien n’est plus que Marie en cet instant.  Elle est ce tube vide qui se remplit et donne une telle alchimie qui me semble que le bon dieu existe et gouverne de son amour tout procédé chimique. Elle est ma formule magique. Celle qui guérit d’un baiser… non celle qui guérit simplement d’exister.

Et tandis que je bois de l’air, je ne peux m’empêcher de penser à Hirondelle. La mère et la femme.  Je me souviens de l’amour. Je me souviens de la haine. Je me souviens du divorce, puis tout de suite après du mariage. Qu’il était blanc ce mariage… qu’il était blanc ce sexe tellement beau. Qu’elle est rose cette attente lorsque le ventre se rebondit. Je n’en peux plus d’attendre et je repense à Marie.

Hirondelle pleure, je la trompe. Hirondelle pleure, elle me trompe. Hirondelle ne pleure plus, elle aime un autre… Diable qui est-ce ? Proche ou lointain ? Il ne peut être que proche, ma vie change en venin et acide. Je ne suis plus qu’une chimère entre larme et animal qu’un ancestral univers fait exister tant bien que mal. Tant mal que bien. On se quitte sans rien se dire. Marie me quitte aussi. Ma vie me quitte aussi.

Je ne me nourris que d’azur, et je me souviens de Stéphanie. Quelle couronnée de grâce inerte de nature morte ! Elle ne peut qu’être éternelle dans mon âme. Je me souviens de ce premier amour qui ne se résume qu’à un mot : maladresse, comme tout le monde lors de son premier en tout âge. Je me souviens de ces mille baisers à moitié donnés, de ces mille étreintes à moitié consenties, à ce plan sexe totalement raté. De son corps sublime et sublimé par mon inexpérience, il ne reste qu’une extase d’un acte qui me semblait sublime mais tellement accidentel et bâclé et tellement preuve de maturité qu’alors, adolescent, je ne pouvais qu’apprécier. Mais maintenant que je me souviens de Marie et d’Hirondelle, impossible de déployer le torse de trois poils et demi : c’était un plan cul d’une médiocrité assumée ; une œuvre non finie dont on est fier, tellement sa « non-complétion » existe par la suite.  Cette patience dont on se vante auprès de ces copains de classe qui ne peut qu’être blonde et d’un teint pâle mais avec une tellement bonne chatte. En connaisseur, je l’ai fait jouir… à l’oreille de mes potes.

Et tandis que le turquoise m’étouffe, je pense à Emilie. Ma tendre amie. Mon copain, ma copine ; celle que je ressens. En amitié, croix de bois, elle à moi, croix de fer, nous allons de pair. Elle est mon frère, comme nous l’avons dit plusieurs fois : nous sommes des pirates, qui voguent sur les rives de l’escalier de mes grands-parents sur lequel nous avons mis un tapis. Quel beau toboggan ! Nous sommes les maîtres des cabanes constituées d’un fauteuil et d’une couverture. Notre globe n’a aucune limite : il est plat, rond, cubique, de toute forme et universelle. Nous nous promettons de l’explorer à l’infini avec une épée en bois, une poupée, un ballon et un cerceau protecteur. Quand la nuit se pose, nous n’avons même pas peur dans notre tente dans le jardin… jusqu’à ce qu’on s’enfuie au bruit d’une branche qui craque.

Je suffoque de noir profond et je repense aux seins de ma mère. Je me revois dans cette écrin de chair duquel la vie – sa vie- se détourne en moi. Je me nourris, je me grandis et son sein en est béni. Je me repais de ce trop plein de vie, de cette particularité génétique de notre espèce. Je suis heureux est sustenté par une succion appliquée dont jamais de toute mon existence je ne serai lassé.  Elle me dit des mots que je ne comprends pas mais que je sais d’amour ; que je crois d’amour. Elle mérite son titre de mère en cet instant de félicité. Elle se dévoue, je me délecte. Elle me regarde comme son ange, elle se regarde elle-même, je suis soudain un dieu. Elle me regarde comme je regarde Marie. La boucle est bouclée, l’existence trouve un sens et je l’oublie tout de suite pour tout compliquer, cela serait trop facile !

Et j’arrive au terminus, mon corps se transforme en puzzle de chair, d’os et de fluides, je me rappelle de ce moment qui traumatise : cet homme du haut du pont des suicidés qui avait sauté. De cette vision d’horreur qu’on m’interdit mais que j’avais regardé tout de même : un labyrinthe anatomique en ce sol inscrit. Jaune rouge et rose, quelle horrible association de couleur pour un gamin de 10 ans.

Oh Marie, que l’on m’a enlevée, les ailes d’hirondelle étant plus noires que celles du corbeau. Personne n’a compris, personne ne comprend, personne ne comprendra. La solution est cachée dans cet acte désespéré. Je t’aime petite Marie. « Tu viens du ciel » est tellement débile : non tu viens de moi. Il est normal qu’en être égoïste, je n’aime que moi. Il est normal que je jouisse de ce corps ferme : mais voilà déjà qu’on condamne (à raison) ces amours. Le résultat est là : tout à terre. Plus bas que terre. Là où pousse la mauvaise graine qui devient une fleur qu’on appelle Marie. Qui se nourrit de mon sang étalé sur le trottoir. Je meurs et ma conscience est plus haute que tout. Plus haute que la patience, plus étendue que le globe, plus monstrueuse que la chimère : je suis au-delà de tout ça. Je t’aime Marie.     

Hors ligne Pierre.René-France

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Re : L’orgueil de la plus grande des négations.
« Réponse #1 le: 11 Novembre 2012 à 18:15:33 »
Salut à toi canardcache,

Je viens de me promener dans les textes courts. Ne me demande pas pourquoi j'ai décidé de poster mon premier com' sur ton texte, je n'en sais rien.

1) En général

Je pense que c'est pas mal. Si je devais "noter" je te donnerais un 13 ou 14 sur 20. Les points les plus positifs sont clairement ta maîtrise de la langue - je pense que tu sais écrire, il y a vraiment de bonnes choses. En revanche je trouve que parfois tu en fais trop et que tu ne respectes pas le rythme de ton texte.

2) Les bonnes choses : le style

Je relève :

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Citer
Je ne me nourris que d’azur, et je me souviens de Stéphanie.

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Citer
Ma Marie est la chose que je façonne… le coffre que je remplis de mes trésors.

C'est clairement ton style et il faut continuer dans cette voie, une écriture très imagée avec des flashs visuels forts. C'est bien. je ne vais pas faire un catalogue, des trucs comme ça y en plein ton texte et tant mieux !


3) Tu en fais trop et tu ne respectes pas le rythme

Exemples:

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Citer
Je me souviens de ce premier amour qui ne se résume qu’à un mot : maladresse, comme tout le monde lors de son premier en tout âge

Un point à maladresse aurait suffit ici. Inutile d'en rajouter, faire tomber ta phrase sur "maladresse" renforce cette idée. Qui plus est que le bout que tu as rajouté est assez pauvre... Cela ne vaut pas le coup. N'hésites pas à couper tes phrases pour renforcer les effets - ça ira bien avec ton côté "écriture visuelle."

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Citer
Quand la nuit se pose, nous n’avons même pas peur dans notre tente dans le jardin… jusqu’à ce qu’on s’enfuie au bruit d’une branche qui craque.

Même chose ici, sauf que ce qui souffre ce n'est pas le sens mais le rythme. Avec ton passage sur épées en bois etc avant, tu mérites te faire tomber la phrase  "même pas peur" sur trois petits points, pour jouer avec le rythme et créer la nostalgie. En rajoutant la petite partie "branche qui craque" tu perds cet effet, c'est dommage.


Ton texte mérite d'être relu et amélioré. Je te conseilles de le lire à voix haute, cela va t'aider à corriger les problèmes de rythme, les quelques répétitions et les petites lourdeurs ici et là.

J'espère ne pas être trop dur, mais je pense que ton texte est vraiment bon et mérites que tu y passes plus de temps car vraiment il y a de belles choses.

PRF

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Hors ligne canardcache

  • Tabellion
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Re : L’orgueil de la plus grande des négations.
« Réponse #2 le: 11 Novembre 2012 à 18:58:27 »
 :D oh merci. C'est hyper constructif en fait. Non ce n'est pas trop dur et je vois directement ce que tu veux dire.
En fait, je pense qu'il faudrait que je relise pas mes textes directement après les avoir écrits. Laisser du temps pour me rendre compte des défauts de rythme.
Je vais travailler sur ça.

Que tu me dis que j'ai trouvé mon style me fait chaud au coeur. Car je cherchais à ne pas être trop ridicule dans cet exercice ^^ Merci donc.


Hors ligne Aléa

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Re : L’orgueil de la plus grande des négations.
« Réponse #3 le: 12 Novembre 2012 à 00:42:59 »
salut!
Deja je voulais te dire que j'ai bien aimé ton texte, et ton style assez direct, un peu ecorché
Mais comme dis avant il y a des petits hic, bon je suis pas un specialiste mais j'ai relevé deux trois trucs

Hirondelle pleure, je la trompe. Hirondelle pleure, elle me trompe. Hirondelle ne pleure plus, elle aime un autre…
J'aime beaucoup la tournure et le rythme de cette phrase, mais je mettrai ''elle en aime un autre'', peut etre parce que sur cette phrase courte ca ferait un alexandrin, et ca parle plus a l'oreill (bon je chipote)
juste apres:
ma vie change en venin et acide.
deja probleme dans la synthaxe, en venin et acide? et je trouve l'image trop abrupte sur cette phrase
ensuite:
On se quitte sans rien se dire. Marie me quitte aussi. Ma vie me quitte aussi.
La petite repetition de 'aussi' m'a derangé, je trouve qu'elle casse quelque chose,  ''Marie me quitte. Ma vie me quitte aussi.'' serait cool, ca donnerait l'impression d'une gradation

plus vers la fin maintenant
Il est normal qu’en être égoïste, je n’aime que moi.
tu voulais surement dire 'd'en  être égoiste''
et enfin:
Il est normal que je jouisse de ce corps ferme : mais voilà déjà qu’on condamne (à raison) ces amours.
La en fait je n'ai pas vraiment compris qui le condamnait  :-[

Voila, sinon j'ai bien aimé ton idée de poser une couleur a chaque paragraphe, pour mettre visuelement cette descente vers la fin (meme si le premier 'azur' m'a parut sortit de nulle part, la suite m'a fait changer d'avis!) et le fait de remonter le temps de sa vie par chaque femme qui l'a marqué (comme quoi si la femme est l'avenir de l'homme elle fait aussi son passé...) Mais du coup le passage du point des suicidés cassait un peu cette dynamique, ce retour vers son origine par les femmes, je le trouve un poil...pas finit, meme si en ces quelques lignes frappantes tu annonce la mort et fin de cette boucle 'retourner a la matiere' comme tu le dis sans te citer...
En bref un bon texte, il faut que tu continues comme ca tu as un style interressant, mais tu dois encore l'affiner et affiner le texte en lui meme, te laisser du temps avant de relire est la meilleure facon, essayer de l'oublier un peu pour le lire avec des yeux de lecteurs et tu verra ce qui ne va pas ;)

Au plaisir!!
Le style c'est comme le dribble. Quand je regarde Léo Messi, j'apprends à écrire.
- Alain Damasio

Hors ligne canardcache

  • Tabellion
  • Messages: 21
Re : L’orgueil de la plus grande des négations.
« Réponse #4 le: 12 Novembre 2012 à 01:33:31 »
Merci beaucoup pour ton avis ^^

Alors pour "tu voulais surement dire 'd'en  être égoïste''" ... non je voulais dire :" en tant qu'en étant un être (quelqu'un) égoïste ^^

"La en fait je n'ai pas vraiment compris qui le condamnait " ben vu qu'il y a eu inceste... tu peux imaginer la suite (surtout qu'il n'a plus Marie). ^^

Merci beaucoup pour le reste: à appliquer.

 


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