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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Un condamné à perpétuité se met à la poésie

Auteur Sujet: Un condamné à perpétuité se met à la poésie  (Lu 2066 fois)

Hors ligne Huitieme

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Un condamné à perpétuité se met à la poésie
« le: 27 Septembre 2012 à 13:20:49 »
Bonjour à tous,
Comme je l'ai indiqué dans ma présentation, des amis et moi-même nous sommes mis en tête d'écrire des courtes nouvelles sur un sujet que l'un de nous donne à un autre. Le thème que j'ai reçu était : « Un condamné à perpétuité se met à la poésie ».

Je le soumets ici à votre esprit critique

Un condamné à perpétuité se met à la poésie

À tous ceux qui seront émus par mon histoire, à tous ceux qui auront le courage de me croire, je veux dédier ces vers, ce simple témoignage, les mots d’un pauvre hère condamné pour les âges. Je naquis Jean-Michel, nom de famille Bérmond. Elle, elle était si belle, je préfère taire son nom. Je m’exprime aujourd’hui en quatrains et en vers. Grâce à la poésie, j’adoucis mon calvaire.

Voilà quinze ans déjà que je suis enfermé, pour la peine que causa mon dernier grand méfait. Cette confession, ma foi, a tout d’un repentir, et du fin fond de moi, il me faut la sortir.

C’est par un beau matin que je la vis passer. Elle avait l’air mutin et le nez retroussé. Un regard, ce fut fait : je tombais amoureux. Je l’ai suivie, caché, la dévorant des yeux. Sa chevelure dorée, sa peau couleur de crème me firent déblatérer mon premier « je vous aime ». D’abord, l’hésitation se lit dans son regard, puis elle haussa le ton, et me cria sans fard : « Bon sang, j’en ai assez !! Je vous ai déjà vu !! C’est vous qui me suivez sans cesse dans la rue !! ». Humilié, rejeté, je ne maitrisais plus cette part de ma psyché qui voulait la voir nue. D’une furie sans pareille, je la pris par le bras, dans le creux de l’oreille, je lui dis « Fallait pas ! ».

De ce qui se passa, il m’est dur de parler, la pauvre fille n’eut pas la force de résister. Brisé par les remords, je me suis dénoncé. J’ai mené jusqu’au corps, famille et policiers. Arrestation, procès, sentence incompressible : prison, perpétuité, et ma peine indicible.

La première décennie que dura mon supplice, j’errais seul, sans un bruit, perdu dans les abysses. Je n’essaie pas ici d’attirer votre émoi, ni non plus d’attiser votre mépris pour moi. Cependant, un docteur, qui me vit dépérir, proposa pour mon cœur, que je me mette à lire. Des romans, des traités, des textes philosophiques, j’ai tout lu, tout tenté, jusqu’à l’arithmétique. La bibliothèque vide de la prison centrale me rendit plus avide qu’un Grec nommé Tantale. Je lisais, je pensais, j’affutais mon esprit. Pour finir, je trouvai un fond de poésie.

C’est cet art finalement qui fut ma salvation, marquant l’avènement de mon absolution. D’écrire en rimes, en vers et en alexandrins, ouvrit mon univers vers un monde plus humain. Je grandis, je mûris, ne craignais plus la mort. La prison endurcit, la poésie rend fort. Puis cinq années passèrent, j’avais lu tous les livres de toutes les étagères. Que restait-il à vivre ? C’est alors que me vint comme une épiphanie : je deviendrai un Saint, je brillerai dans la nuit.

Grâce à la poésie, j’avais trouvé ma voie : aider les gens ici à recouvrer leur foi. Utiliser les vers pour les sortir du gouffre où ils vivent l’enfer. Car je vois bien qu’ils souffrent. Ils sont comme moi je sais : prompts à trop réfléchir. Comment se pardonner quand on souffre à mourir ? Quand le vrai ennemi ne se trouve pas dehors, mais qu’il est enfoui dans mon âme, dans mon corps ? Pour aller de l’avant, il faut trouver les termes, décrire ses sentiments de manière nette et ferme. Je crois la poésie capable de cette action, ainsi, ma seule amie, devint ma vraie passion.

« Si je veux les sauver, je dois m’ouvrir à eux ». Alors pour commencer, je passai aux aveux. Je les ai réunis, je leur racontai tout, d’où je viens, qui je suis, ce que j’ai fait, surtout. Je leur ai dit comment, grâce à la poésie, j’ai calmé mes tourments, repris goût à la vie. Ils m’écoutèrent. Ou pas. J’ai du mal à savoir, ne sortant du coma que deux semaines plus tard. Parler de poésie avec des meurtriers, des violeurs, des nazis : c’est une fausse bonne idée.

Il ne suffit donc pas, pour faire un bon poète, d’être un homme, saint ou pas, en prison pour perpète.

Hors ligne Kerena

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Re : Un condamné à perpétuité se met à la poésie
« Réponse #1 le: 27 Septembre 2012 à 14:09:32 »
Je l’aurais mis dans la catégorie poèmes, moi. Car ya un rythme et des rimes, ça me parait justifié. C'est un poème en prose, à mon sens.

Sinon, j'ai beaucoup aimé. Quelques-uns ici se sont essayés dans ce genre de mise en forme, mais tu y as particulièrement réussi. Le rythme est bon et pas trop lourd, les rimes également.
L'histoire est touchante - même si au final le mec est carrément tordu.

A voté !
Je crois qu'il y a dans le coeur des hommes une place créée pour l'émerveillement, une place endormie qui attend de s'épanouir ~ Les Aventuriers de la mer


Hors ligne Huitieme

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Re : Un condamné à perpétuité se met à la poésie
« Réponse #2 le: 27 Septembre 2012 à 14:22:20 »
Oui, je sais qu'on pourrait le voir comme un poème, mais de mon point de vue, il s'agissait surtout d'un texte court qui empruntait quelques effet à la poésie (en grosse partie dû au sujet, mais également parce que j'ai toujours aimé faire des poésies un peu « débiles » ^^).

Je suis ravi que ça plaise, et j'ai hâte d'avoir d'autres critiques, fussent-elles cinglantes.

Hors ligne OliveDuWeb

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Re : Un condamné à perpétuité se met à la poésie
« Réponse #3 le: 27 Septembre 2012 à 15:03:09 »
Bonjour !


Loin de moi l'idée d'être "cinglant".
Mais j'ai un avis différent de celui de Kerana.

Si j'ai très vite cessé de me rendre dans la partie poésie du forum, n'y comprenant rien, j'ai très vite senti le côté "mise en vers" de ton texte.
Cela donne du rythme, c'est certain, et ça n'est pas gênant en soit car la construction des phrases reste relativement naturelle. Par contre, les rimes m'ont perturbé au plus haut point. Je n'arrêtais pas de revenir en arrière, pour contrôler ces rimes, bien malgré moi, et cela m'a considérablement gêné dans ma lecture. Bon, je pense que ça vient de moi, mais comme je donne mon avis, je le signale.

Le début sonne comme un slam "à tous ceux", "je veux dédier ces vers", ça me rappelle quelque chose. Le rythme y contribue, d'ailleurs.

Pour résumer, j'ai vraiment l'impression de me trouver devant une poésie, dont les vers ont été mis bout à bout, mais sans tout le côté poétique. Une fois passé la surprise de la forme, le fond, bien que pas très original, est mis en contradiction totale avec cette forme, ce qui rend le tout plutôt équilibré. Je ne dis pas que j'aime, mais je trouve que tu t'en es bien sorti.


Cordialement,
O.
"Les seuls beaux yeux sont ceux qui vous regardent avec tendresse" (Coco Chanel)

Hors ligne Huitieme

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Re : Un condamné à perpétuité se met à la poésie
« Réponse #4 le: 27 Septembre 2012 à 18:12:34 »
Je suis d'accord, le fond du texte en lui-même est pas forcément très original, j'ai surtout travaillé la mise en forme des rimes que je voulais surtout ne pas "casser" en alexandrins.
C'est justement le fait de laisser des paragraphes qui était intéressant. Je me demandais par exemple si un lecteur aurait le réflexe de récupérer le rythme d'un poème, comme lors d'une récitation. Et force a été de constater, dans mon cas (cas peu objectif, car j'en suis l'auteur), que l'esprit retrouve involontairement ce rythme au bout de quelques phrases.

Après, le côté slam ne me gêne pas forcément, sans être fan de ce type de "musique" (si on veut), j'admets volontiers que ce texte peut être slamé ^^

Hors ligne Wellins

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Re : Un condamné à perpétuité se met à la poésie
« Réponse #5 le: 27 Septembre 2012 à 19:15:08 »
Très beau texte, mais juste une remarque qui n'est en aucun cas péjorative : pourquoi vous êtes tous aussi "verbeux"?
Pour moi c'est comme les fleurs qui décorent un jardin, si vous y mettez des bleues et des grises c'est beau, mais si vous rajoutez des jaunes, des vertes, des dorées, des rouges, des oranges, des roses et des marrons ça sera beaucoup trop surchargé, et donc moins beau à voir.
"Le problème avec les citations sur internet, c'est qu'on ne peut jamais vraiment être sûr qu'elle sont véridiques."
Victor Hugo.

Hors ligne Menthe

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Re : Un condamné à perpétuité se met à la poésie
« Réponse #6 le: 27 Septembre 2012 à 20:32:24 »
J'ai bien aimé pour le rythme et la musique, quoique je trouve ça bien aussi en textes courts (je veux dire : texte court, ça peut être de la poésie qui-n'en-est-pas-tout-à-la-fois).
D'ailleurs quand je dis rythme, je dis rythme du texte et de la narration. ça fait (clairement) un peu slam, mais c'est pas plus mal, je pense que ce genre contemporain a du potentiel s'il est bien mené.
Après je ne me suis pas sentie spécialement touchée, c'était plus cérébral (la mise en forme pousse un peu à ça, aussi). Faut dire que moi j'aime les grands émois, la pure violence ou la douce et lente indécence, tu vois. C'est pas grave, c'était bien quand même, j'ai apprécié la lecture.
Au plaisir de trelire.
C'est pas que je suis loin du but, c'est que je suis à côté de la plaque !

Hors ligne Huitieme

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Re : Un condamné à perpétuité se met à la poésie
« Réponse #7 le: 28 Septembre 2012 à 19:50:08 »
Wellins (et Menthe également, par la même occasion) :
Le côté "verbeux", ou "cérébral", fait partie de mon style ^^ J'aime bien partir dans de grandes envolées lyriques. Je fais souvent des phrases à tiroirs aussi, mais j'essaie de me calmer, ça casse pas mal le rythme.

Pour Menthe, si tu aimes les "grands émois, la pure violence", je vais peut-être publier un autre de mes récits, où le ton est déjà plus noir.

Au plaisir de recevoir ta lecture, et ta critique ;)

Hors ligne Mogdhorel

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Re : Un condamné à perpétuité se met à la poésie
« Réponse #8 le: 03 Octobre 2012 à 21:47:44 »
Hello,

J'ai bien aimé ton texte. Je ne suis pas particulièrement fan de la poésie, mais du coup ça passait bien. Les rimes sont intéressantes et donnent un bon rythme au texte.

J'aime également le fait qu'il y ait un vrai scénario derrière, qui plus est quand c'est narré comme tu le fais. En tout cas j'ai eu envie de connaître le fin mot de l'histoire.

Citer
Ou pas. J’ai du mal à savoir, ne sortant du coma que deux semaines plus tard. Parler de poésie avec des meurtriers, des violeurs, des nazis : c’est une fausse bonne idée.
J'ai un avis partagé sur cette partie. Je ne suis pas fan du "Ou pas", mais j'adore la touche d'humour que tu as apporté dans la phrase suivante. Par contre, j'aime moins le "des nazis". Je trouve que c'est un peu hors-sujet.

En résumé, j'ai apprécié ton texte dans son ensemble.  :)
Vous commencez par un mot, puis un autre, puis vous écrivez une phrase et vous vous rendez compte qu'il n'y a aucune limite, que tout est possible.

Hors ligne Hément

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Re : Un condamné à perpétuité se met à la poésie
« Réponse #9 le: 03 Octobre 2012 à 22:22:06 »
Bonsoir,

Je trouve l'exercice de style vraiment réussi (d'autant plus qu'il n'est à la base pas évident d'autant). Formellement, c'est vraiment bien je crois : les phrases sont bien construites, le rythme se tient (sauf pour deux ou trois phrases, mais bon, c'est anecdotique sur l'ensemble), les rimes ne sont pas trop envahissantes (même si c'est peut-être le seul bémol que je mettrais à l'ensemble : la dictature de la rime plombe parfois un peu des images qui iraient mieux sans la nécessité d'un mot finissant par "é" ou "i" ou autre chose).

Après, je ne peux pas vraiment dire que j'ai aimé le texte. La recherche dans le vocabulaire, le côté un peu décalé des termes, ne me dérange pas en soi, mais il y avait parfois, effectivement, quelque chose d'un peu "verbeux". Dans ce sens que la forme dépassait avec trop d'ampleur le fond parfois et étouffait l'idée initiale qui n'avait pas besoin de cela pour exister. Cela m'a peut-être d'autant plus frappé que c'est un problème que je rencontre aussi : ce dépassement du sens par les mots. Du coup, l'ensemble est un peu trop "m'as tu vu" si je peux dire ça comme ça.

Donc, en résumé, je trouve le texte formellement réussi, mais, du fait de cette réussite, un peu affaibli "émotionnellement".
"Personne ne sait quand tombera le crépuscule et la vie n’est pas un problème qui puisse être résolu en divisant la lumière par l’obscurité et les jours par les nuits, c’est un voyage imprévisible entre des lieux qui n’existent pas." Stig Dagerman.

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Hors ligne Gros Lo

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Re : Un condamné à perpétuité se met à la poésie
« Réponse #10 le: 04 Octobre 2012 à 22:54:59 »
Cette confession, ma foi, a tout d’un repentir, et du fin fond de moi, il me faut la sortir. la mécanique de l'alexandrin bombarde ma tête et finit avec la légèreté d'un refrain de Diam's. Hahaha. Non désolé, c'est un peu dur comme première citation, mais là je trouve que le rythme de l'alexandrin dessert vraiment ton texte.

D’une furie sans pareille, je la pris par le bras, dans le creux de l’oreille, je lui dis « Fallait pas ! ». là au contraire je trouve ça plus rigolo

La bibliothèque vide de la prison centrale me rendit plus avide qu’un Grec nommé Tantale là de nouveau, gros sabots de l'alexandrin, vernis par la référence mythologique, pour moi c'est trop


Donc globalement les alexandrins ça rend le texte parfois assez maladroit. En tout cas j’ai trouvé la structure bonne, la chute rigolote même si elle restreint un peu la portée du reste du texte. Ca pourrait être une trame pour une chanson de Thomas Fersen héhé
dont be fooled by the gros that I got ~ Im still Im still lolo from the block (j Lo)

 


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