Voici un délire nocturne qui fait suite à un échange avec Jon Ho ; grâce à toi Jon je me suis lancé dans une toute petite nouvelle complètement barrée, un vrai délire nocturne de trois heure du mat'. J'espère qu'il t'intéressera et te surprendra,(ça ne concerne pas que Jon évidemment

). Bien sûr je l'ai d'abord fait pour moi, et je dois dire que je me suis moi même surpris, ça été très agréable à faire.
Merci de vos commentaires.
La caisse résonne comme jamais. Les néons bleutés qui dansent au rythme de la musique, donnent à sa BMV-série-7-Christophe-Maé une ambiance de piste aux étoiles mâtinée de fête foraine. Andrew est agars, le kebab avalé deux heures plus tôt, ne suffit pas à éponger le gramme de grouik qu'il s'est injectée.
La grouik était la dernière née ; depuis la crise, les magasins naf naf avaient du liquider leurs vendeuses. Ces porcinettes qui grouinaient comme personne à travers les rideaux de cabine d'essayage, se retrouvaient sans taf taf, le groin dans l'eau. S'en était fini des : « ça va la taille madame ? ... C'est du trente-six porciné hein ! » Les dirigeants de naf naf, pris d'un éclair de génie, -et pensant légitimement à sauver leurs bienfaiteurs actionnaires porcins-, d'être pris à la gorge, décidèrent de broyer et couper leurs vendeuses avec de l'héroïne. Idée fantastique et altruiste s'il en est, puisque tout en donnant un coup de pouce au marché de la drogue qui, du reste, en avait bien besoin, elle augmenterait la croissance et ferait baisser le chômage.
Dans les couloirs de chez naf naf, on peut encore entendre l'idée originelle jadis déclamée par Théo Lagardère président du groupe « onsengraisse », au cours du mémorable congrès des actionnaires de novembre 2046: « si on élimine les chômeurs, on élimine le chômage ». La solution à tous les problèmes. Certains auraient même employé l'expression de « solution finale »...mais, pour des raisons de calendrier, semble t-il, elle n'a pas été retenue.
Andrew avait déjà connu le bonheur. Il est encore de cette génération qui a eu la chance de connaître l'herbe naturelle, il a même pu échapper à la vigilance des gardiens et s'allonger sur l'or vert de tout son plat pendant au moins une quinzaine de secondes.
Aujourd'hui, et à cet instant précis, il est également heureux. Ses yeux papillonnent, il ne sait plus si c'est l'effet de la grouik, ou la jouissance qu'il ressent lorsque sa BM se racle la gorge, et crache ses restes d'artistes et de techniciens. Il prend son pied ; cette nouvelle dope qui commence sérieusement à le faire monter, et cette BMV qui marche aux intermittents du spectacles, il ne pouvait pas rêver mieux.
Il sort de la nationale pour atterrir sur la mondiale, celle qui relie New-York à Tokyo en trois heures. Andrew commence à avoir très chaud, la sueur dégouline le long de ses tempes. Il s'essuie le visage à l'aide d'une lingette pour tempes et paupières de chez « toutclean », le liquide qui sort de ses pores est rose et extrêmement gras, il sent la truie ; bon dieu que ça l'excite terriblement ! Il a l'impression d'être entouré de vendeuses lascives lui proposant une jupe coupe droite assorti d'un chemisier en laine de poule, il est aux anges. il n'avait pas connu une telle transe depuis le dernier épisode de « plus belle la vie ».
C'est heureux qu'Andrew soit le plus comblé des hommes à ce moment précis de l'histoire.
Mais a t-il oublié sa condition ? Ou la servitude que lui promet son avenir dans ce monde des plus cyniques et cruelles, lui a-t-elle consciemment tourné la tête ?
Se rappelle t-il au moins des précautions dictées par le concessionnaire BMV ?
- « C'est une bonne bagnole la BM … le seul soucis c'est que … je ne vois vraiment pas comment on pourrait encore se souvenir de ce pseudo chanteur de Christophe Maé en 2046... non vraiment j'vois pas . Du coup... ton histoire tient pas d'bout mon gars ! Soit tu rêves, soit t'es déjà mort et... dans ce cas là... t'es en enfer ! »
Andrew ne rêve pas. Il est mort depuis quelques temps déjà, et doit payer sa dette d'avoir pêcher toute sa vie. Ce soir il est heureux, mais il devra reprendre son travail demain. En espérant qu'il ait du travail ; ici, Andrew est intermittent du spectacle.