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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » À chaque solution, il y a un problème

Auteur Sujet: À chaque solution, il y a un problème  (Lu 1790 fois)

Hors ligne Emilie

  • Plumelette
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À chaque solution, il y a un problème
« le: 01 Mai 2012 à 20:54:35 »
Hey tout le monde !  :D

Je poste mon premier texte après moult réflexion sur la section dans laquelle le poster ...   :relou:

C'est donc une petite nouvelle de huit pages word (je ne sais pas si je peux appeler ça une nouvelle ^^).

J'espère qu'elle vous plaira à tous et j'attends impatiemment vos critiques négatives comme positives, fin vous voyez le topo quoi ;)

À chaque solution, il y a un problème.

J’étais un jeune lycéen qui s’intéressait énormément à la littérature. La philosophie et les écrits de toutes sortes réussissaient toujours à me captiver et à me faire réfléchir. J’avais une amie, Emilie, qui possédait des sentiments aussi instables que deux aimants que l’on essaye d’assembler. Ses énigmes émotionnelles me passionnaient toujours. En effet, ces problématiques compliquées s’apparentaient tellement bien à la philosophie que je n’avais aucun problème à traiter ses questions existentielles ou ses sautes d’humeurs inexpliquées. Ce rôle que je tenais pouvait faire penser à celui d’un enquêteur, car j’analysais toujours en premier lieu froidement la problématique et ensuite réfléchissais à une solution plus ou moins simple à ces sentiments. Ces énigmes perpétuelles avaient formé mon esprit critique et littéraire, et avaient raffermis notre amitié. Pourtant, un matin où je l’attendais dans le parc du lycée avant d’aller en cours, elle arriva en retard. Intrigué par cet évènement inhabituel, je supposai qu’elle avait eu un problème quelconque, qui pourrait sûrement la mener à une conversation en apparence banale mais qui était en fait aussi profonde que les tréfonds de la nature humaine auraient pu le permettre.

Enfin, je l’aperçus. Je l’attendais sur un banc, et quand elle s’assit sur celui en face de moi, je commençai mon analyse. Elle ne m’avait pas dit bonjour. Elle était perturbée, sûrement en colère. « Bonjour ». Froid, manque d’intérêt flagrant, ou plutôt feinte de manque d’intérêt. Je lui répondis banalement : « Comment vas-tu ? ». Elle soupira en regardant ses genoux entourés de ses bras. Elle ne voulait pas en parler ; non, elle voulait que je devine pour ensuite en parler. La tâche était aussi facile que de chercher une faute d’orthographe dans un roman de Zola. Il suffisait pourtant de lire le roman. Je menai mon interrogatoire : « Tu as ressenti de l’amour pour une personne ? ». Loin d’être décontenancée par une question aussi personnelle et spécifique en début de conversation, elle me regarda droit dans les yeux. Cette fille était devenue tout pour moi. Chaque énigme qu’elle apportait me permettait de résoudre une partie de sa personnalité. Il fallait que je trouve. « Elle a compris ce que tu ressentais et t’a ignorée. ». Toujours pas de réponse. Je faisais fausse route. « Tu éprouvais des sentiments à son égard et elle t’a blessée. ». Toujours raté. La situation devenait compliquée, je nageais dans un océan de question et chaque poisson était une possibilité de réponse. Pourtant mon raisonnement devait me permettre de trouver le bon poisson et de compléter le puzzle de sa personnalité. Je continuai, quelque peu frustré : « Tu as éprouvé ces sentiments. Tu n’es pas sûre de toi, tu hésites. Non tu es sûre. Cette personne ne t’a pas ignorée. Ca veut dire que tu ne l’as pas abordée. Elle ne peut pas savoir ce que tu penses, il suffit de lui parler. ». Je pensais avoir trouvé la réponse. Même si la conclusion était plutôt rapide, mes propos tenaient la route. Elle secoua doucement la tête. Je redoublai de concentration, quand je trouvai la réponse entre mille. « La personne en question ne te connait pas. Elle ne sait sûrement même pas que tu existes. ». Une petite lueur dans ses yeux me fit comprendre que j’avais raison. Le dialogue s’arrêta là, et je réfléchis toute la journée à une solution à son problème.

Mes compétences étaient mises à l’épreuve, mais dès le lendemain, j’étais décidé à lui proposer une réponse efficace. Comme la personne ne connaissait pas Emilie, j’en avais déduit que c’était sa mère, qui l’avait abandonnée dès son plus jeune âge à l’orphelinat. Je m’égarais dans un champ de pensées, sachant que malgré la magnificence de certaines fleurs, des mines éparses avaient été déposées par le temps, et cachées par le blé. La réponse se trouvait là, quelque part. Cette fille était devenue l’objet attrayant de ma réflexion. Elle était d’une incroyable efficacité pour maintenir mon cerveau en fonction. Elle était la batterie qui me maintenait en vie. Si je laissais la batterie se décharger, j’allais moi-même m’éteindre et perdre l’intérêt que je portais à la fascinante vie humaine. Le lendemain matin, j’allai lui parler dès qu’elle sortit de chez elle. « Je sais que c’est difficile pour toi, elle ne voit sûrement en toi qu’une lycéenne banale et ne t’a pas reconnue. Mais je sais aussi que vous n’avez pas été élevées selon les mêmes valeurs, donc votre personnalité diffère sûrement sensiblement. Je sais que je peux être blessant, mais la rencontrer aura certainement été une erreur de ta part. Vos différences sont apparemment assez grandes pour que tu sois bouleversée et sois devenue aussi muette qu’une tombe ces derniers temps. Alors je t’en prie, ne t’inflige pas ça. ». Je la regardai droit dans les yeux. Elle savait que j’étais sincère. Elle était visiblement bouleversée que j’aie deviné ses émotions aussi rapidement, sans aucun indice de sa part. Enfin aucun indice qu’elle ait laissé de son plein gré. Je me plongeai dans la mer bleue de ses yeux, ressentant chaque vague de son magnifique visage, et là mes sentiments à son égard ne pouvaient être plus clairs que d’habitude. Je l’adorais comme si elle était un jouet qu’on offrait à un gamin pour noël ; et comme si noël durait toute la vie, mon sentiment d’adoration à son égard ne s’éteignait jamais. « Tu as trouvé le problème, mais pas la solution. » Elle avait parlé assez bas, comme si cela lui coûtait de parler plus fort. Je restai perplexe devant ce commentaire. Elle m’avait touché, pas au point de me vexer, mais juste assez pour éveiller ma curiosité. Je devais trouver une solution, car si je ne le faisais pas, je ne pouvais prétendre être son ami. Jamais ses sentiments n’avaient été aussi compliqués à résoudre, et je désirais plus que tout compléter ce puzzle que j’avais découvert en la rencontrant. Des jours passèrent sans que je pusse apporter mon aide à Emilie. A un certain moment je ne me sentis pas assez fort pour continuer à chercher en la laissant déprimée et affaiblie psychologiquement.

Cet instant de faiblesse me remémora le moment de notre rencontre. J’étais désœuvré et j’observais les lycéens qui passaient dans le parc devant le bâtiment principal. Je ne l’avais pas vue s’approcher de moi, et quand elle me parla je faillis sursauter.

-   Tu es nouveau ?

Je l’observai un moment, fasciné par sa beauté, avant de répondre.

-   La réponse est contenue dans ta question.
-   Donc tu es nouveau.
-   Tu viens d’émettre l’évidence.

Elle s’arrêta quelques instants et me regarda droit dans les yeux, elle n’avait pas l’air froissée ou exaspérée, mais plutôt amusée. C’est un sourire aux lèvres qu’elle me dit :

-   Je sens que l’on va s’entendre toi et moi.

Ainsi commença notre « amitié ». Au départ je m’amusais surtout de ses défauts, mais bientôt je m’intéressai à sa constitution sentimentale qui se révéla être un divertissement infini.

Maintenant je cherchais une nouvelle pièce du puzzle, et elle se trouvait être taillée très singulièrement. J’avais beau réfléchir, proposer des solutions, Emilie secouait toujours la tête sans desserrer les lèvres. Le lendemain, elle ne vint pas en cours, ni le jour d’après. Pendant trois jours, elle n’apparut plus, jusqu’à un matin, en cours d’anglais, où le proviseur entra dans la classe avec l’air faussement atterré de celui qui va annoncer quelque chose de grave. Avant qu’il n’ait pu faire mine de prendre la parole, j’avais compris. Je n’avais pas pu la sauver. La détresse qui m’envahit à ce moment là était incommensurable, je ne pouvais regarder la réalité en face. La vie l’avait quittée. Plus justement, elle avait quitté la vie, comme elle m’avait quitté, et sans le vouloir, elle avait emporté une partie de mon être en même temps. Je m’en voulais d’une manière qui ne pouvait être comprise des autres. Mon esprit d’analyse n’avait pas réussit à la sortir de ce mauvais pas. J’étais un faible, incapable de résoudre l’énigme sentimentale d’une fille que je connaissais aussi bien que moi-même. J’avais tout perdu et le vide que je ressentais en moi à ce moment là s’était apparemment fait remarquer de mes camarades et du professeur. En effet pendant plus d’une heure, même après la fin du cours, je restai assis, les bras posés devant moi sur la table. Je regardais dans le vide, comme si je pouvais apercevoir le visage d’Emilie sur le mur en face de moi. Une larme traça un sillon sur ma joue, telle une orpheline dans le désert, s’écrasa sur mon cahier comme j’étais écrasé par la perte d’Emilie, et fut absorbée par la page comme ma vie le fut par le néant qui s’était installé en moi. Emilie. Mon énigme. Mon puzzle. Ma raison de vivre. J’avais brisé mon cadeau de noël, et maintenant, comme un gamin, je pleurais. On me renvoya chez moi et conseilla à mes parents de me faire consulter un psychologue. Mais je savais que j’étais le seul psychologue qu’Emilie n’ait jamais eu, et que par conséquent, j’étais certain qu’il ne me serait d’aucune utilité. Personne ne faisait aussi bien les puzzles que moi. Je finis par m’abandonner entièrement à la détresse, me plongeant dedans comme si elle allait m’être bénéfique, comme si elle pouvait me ramener mon seul amour. Mes sentiments à l’égard d’Emilie étaient très vagues, mais là je ressentais toutes leurs facettes trembler devant la perte de leur support. Je l’aimais comme une fille, comme une énigme, comme un jouet. Seulement mes sentiments humains ne pouvaient s’empêcher de ressortir par moments. Je l’aimais comme une amie, comme un amour. Mais par mon incompétence, je l’avais tuée. Cette évidence m’abattit et je m’abandonnai dans le cercueil de la folie, pour ne jamais plus me relever.

*
*         *

N’y avait-il aucun moyen de réparer mon jouet ? Etais-je donc dans l’impossibilité de ramener Emilie ? Je rentrais chez moi, n’ayant plus que faire des cours, ni de quoi que ce soit d’ailleurs. Plus rien ne m’intéressait à part Emilie. Après tout, la police avait déjà démontré son incompétence dans plusieurs affaires …  Peut-être serai-je meilleur enquêteur ? Je me raccrochais désespérément à cette dernière possibilité. J’avais cru comprendre entre deux pensées que le corps d’Emilie n’avait pas été découvert. J’avais été convoqué au commissariat, car elle avait fait une vidéo qui m’était destinée avant son suicide. Le seul indice qui me permettrait de remonter jusqu’à la vérité. M’assurer moi-même qu’elle était bien morte. Je pris la vidéo pour la regarder chez moi, voulant réfléchir sereinement. On voyait seulement sa main, le rebord d’un pont et un ciel bleu à perte de vue sur la vidéo. J’écoutai ce qu’Emilie voulait me dire :

« - J’espère que tu te souviens de cet endroit, car c’est ici que tu m’avais dit des paroles indélébiles, des poèmes et d’autres choses encore que je n’oublierai certainement jamais. En fait si je fais tout cela, c’est pour raviver ta flamme, te montrer qu’il y a autre chose derrière la mécanique humaine, et que tu peux passer à travers ça sans problème. Tu n’es pas parfait, et ce que je vais faire c’est juste pour toi que je vais le faire ; car tu vas résoudre mon énigme, que tu le veuilles ou non. A compter d’aujourd’hui, je n’aurai plus rien à craindre, plus rien à ressentir, car je vais mourir. Tu ne devrais pas te sentir coupable, mais heureux pour moi, car j’ai trouvé le problème commun de tes solutions. Tu verras après avoir surmonté cet évènement que j’avais raison. Et à ce moment là tu comprendras mon acte et tu l’approuveras sûrement. Ne t’en fais pas, je survivrai à ma mort, car je resterai dans ton âme à tout jamais. Détruire ma vie est la seule solution. Solution radicale, mais efficace ; ne m’oublie jamais. J’ai trois derniers mots à te dire afin de briser la règle … sans y être arrivée, j’étais pourtant sur le point … »

Après toutes ces paroles, elle avait pris la caméra pour que l’on reconnaisse bien son visage et ensuite elle l’avait reposée sur son pied pour sauter du pont et aller se noyer dans l’eau. Je ne comprenais pas. Enfin presque pas. J’avais saisi quelques éléments de cette vidéo, mais beaucoup m’échappaient. J’avais en premier lieu remarqué la longueur anormale de son discours ; c’était la première fois que je l’avais entendue parler aussi longtemps. Je la visionnai plusieurs fois, remarquant à chaque fois un petit détail en plus. Au bout de quelques minutes je mis en relation une phrase avec un évènement plutôt récent. Elle avait dit dans sa vidéo : « tu vas résoudre mon problème ». Or quelques jours plus tôt, elle m’avait dit : « Tu as trouvé le problème, pas la solution. ». Cette phrase me donnait de l’espoir.

Emilie me donnait une deuxième chance. Une deuxième chance de mettre la pièce finale dans le puzzle, et ainsi le compléter. Ensuite elle avait dit qu’elle avait trouvé le problème commun de mes solutions … Cela ne pouvait signifier qu’une chose ; elle voulait le résoudre. Et pourtant moi-même, je ne le voyais pas. Emilie m’avait aussi clairement signifié que je ne pouvais avancer sans surmonter sa mort. Or, elle savait parfaitement que la seule façon pour moi de surmonter une telle chose était de la ramener à la vie. J’avais maintenant la certitude qu’Emilie était en vie. Mon soulagement fut aussi profond que le gouffre que me séparait encore d’elle.  Il fallait que je la retrouve ; même si je devais y passer ma vie, voire ma mort.

Quelque chose de singulier attira tout de même mon attention. J’avais transposé par écrit le monologue d’Emilie afin d’y voir clair ; et je vis que dans toutes ces phrases, il y avait beaucoup d’éléments inutiles. Pourtant Emilie était du genre à aller droit au but. Je compris alors qu’il y avait certainement un sens caché derrière ces phrases et que moi seul pouvait le retrouver. L’adrénaline emplissait doucement mon corps, j’approchais du but. J’étudiai la dernière phrase, la moins compréhensible de toutes. Elle avait dit bien plus que « trois derniers mots » dans cette phrase. Je pensai alors qu’elle devait parler des trois derniers mots prononcés dans la phrase. « Sur le point »… Je ne comprenais pas. J’observai la seule partie de la phrase non étudiée : « afin de briser la règle ... sans y être arrivée ». Mais de quelle règle parlait-elle ?

Je m’efforçais de garder mon calme. Je répétai la phrase plus lentement et là un point flagrant m’apparut. Le « sans y être arrivée » ne voulait absolument rien dire. Mais prononcée plus lentement on pouvait séparer la phrase en deux : « sans y » et « être arrivée ». Le sens devenait alors évident, je devais enlever le ‘’i’’ des derniers mots, ce qui donnait : « Sur le pont ». Enfin un indice concret ! Mais qu’y avait-il sur le pont ? Je me sentais bien, mon esprit d’analyse se remettait en fonction avec une enquête un peu différente des autres. Soudain je compris ce qu’était cette règle grâce aux maths. La « règle brisée » consistait à prendre les trois derniers mots de la phrase. Si j’utilisais la réciproque, qui devait être la règle originelle, je devais prendre les trois premiers de chaque phrase. J’essayai sans succès. Alors je testai plusieurs choses, convaincu que j’étais sur la bonne piste. Ce fut en prenant la première lettre de chaque mot de début de phrase que je réussis à reconstituer le message originel qui m’était destiné : « Je t’attends sur le pont. ». Une euphorie monta en moi, je crus même manquer un battement de cœur. Elle avait corsé l’enquête, mais j’y étais tout de même arrivé. J’étais presque heureux.

*
*         *

J’étais accoudé sur la rambarde, à regarder bêtement vers l’horizon, pensif. J’avais tout de même mis quelques heures pour arriver à la conclusion que mon enquête se ferait sur le pont. Et là je ne trouvais plus rien. Il était aussi vide d’indice qu’un atome pouvait l’être. Je ne savais plus où chercher. J’avais espéré stupidement un instant la trouver sur le pont, m’attendant. Ca n’était pas si simple. Je me remémorai toutes les paroles d’Emilie. Alors je me souvins d’une remarque de sa part qui m’avait marqué : « Quand tu ne trouves pas de solution, cherche un œil neuf pour t’éclairer. ». Flagrant de justesse. Je me mis alors à la recherche d’une connaissance du lycée, assez intelligente et observatrice. Emilie m’obligeait à mener mon enquête à deux … Mon amour-propre était quelque peu touché mais je n’en avais que faire. Tout ce qui m’importait était de la retrouver. Je cherchai alors Clément, le lycéen en question.

-   J’ai besoin de toi, Clément, lui dis-je quand je le trouvai enfin dans les couloirs du lycée.
-   Eh bien, qu’y a-t-il ?

Il avait l’air visiblement interloqué.

-   Viens chez moi, je te dirai tout.

Il avait l’air d’être curieux de savoir pourquoi que je lui montrais un intérêt soudain, car il me suivit sans poser plus de question. Je lui exposai ma situation, lui montrai mes conclusions sur le message d’Emilie, et lui fis part de mon trouble quant à l’absence d’indice sur le pont.

-   Tu as parfaitement analysé son discours, et cela grâce à ton point fort qu’est la littérature. Tu as su trouver toutes les subtilités de son texte, mais tu ne t’es pas posé de questions sur le reste. C’est une vidéo, tu en as étudié le son, maintenant laisse moi en étudier l’image. Heureusement que j’ai quelques compétences dans ce domaine, sinon je ne te serais d’aucune utilité.

Il avait le sourire aux lèvres, et moi je le regardais, fasciné par sa découverte. Pourtant il n’y avait rien de compliqué dans sa trouvaille ; j’avais exploré une montagne et avait su extraire tout l’or qu’elle contenait, mais comme j’étais dos à la seconde, je ne l’avais pas vue alors qu’elle était toute aussi énorme que la première. Il resta plusieurs heures durant à visionner la vidéo, cherchant le détail qui serait révélateur. Enfin il le trouva et heureux de sa découverte me l’exposa tout de suite.

-   Décidément, Emilie est très intelligente. Je me suis basé sur le fait qu’elle avait autant travaillé sur l’image que sur le texte, et je me suis donc penché sur le plan qu’elle a utilisé pour tourner la vidéo. On voit en premier plan sa main, en deuxième plan la rambarde du pont et en troisième plan enfin, le ciel. Ceci veut dire que les seuls éléments importants des images sont sa main et la rambarde, le ciel n’ayant aucune utilité à première vue. Durant toute la vidéo, tu peux voir que sa main ne bouge absolument pas. Seulement,  elle fait un mouvement que l’on peut voir seulement si on sait quoi observer. Regarde bien ce moment de la vidéo.

Joignant le geste à la parole, il mit en route la vidéo sur mon ordinateur. On pouvait voir la main d’Emilie, immobile. Soudain elle tendit son index pour le remettre ensuite dans sa position initiale très rapidement.

-   Subtil n’est-ce pas ? On peut dire qu’elle ta pointé du doigt l’endroit où chercher !

Ce nouvel œil sur mon enquête m’avait réellement apporté de l’aide. Emilie avait raison … Elle avait mis en évidence l’un des poteaux qui soutenait la rampe du pont. Je fis l’éloge de l’intelligence de Clément et nous partîmes inspecter ce poteau de pierre. A première vue, il n’avait rien de particulier. Je l’inspectai sous tous ses angles, mais je ne voyais rien. Clément quant à lui, pensa qu’elle avait peut-être indiqué le seul poteau avec une particularité, et il inspecta tous les autres afin de faire une comparaison. Il ne trouva rien non plus. Cela faisait quelques temps déjà que je n’étais pas allé en cours ; j’étais trop absorbé par l’enquête pour seulement y penser. Mes parents n’avaient rien fait quand ils avaient vu que j’étais devenu plus joyeux depuis quelques temps. Maintenant ce poteau m’obsédait. Je m’adossai à un lampadaire du trottoir pour réfléchir. Ce poteau avait forcément une signification. Emilie n’avait manifestement rien laissé au hasard. Soudain Clément s’exclama :

-   Tu es adossé sur la réponse !
-   Quoi ? Ce lampadaire ? demandai-je interloqué.
-   Parfaitement ! Regarde, c’est le seul qui soit juste en face de notre poteau !

Et effectivement, aucun autre lampadaire n’était parfaitement en face d’un des poteaux qui soutenaient le large rebord du pont. Clément m’impressionnait. Je n’arrivais pas à avoir une vue d’ensemble sur les choses, je me focalisais trop sur l’indice donné en premier. Je devais absolument changer ma méthode. J’observai alors ce lampadaire et je me rappelai. Je me souvenais de tous les moments passés à cet endroit. Je stagnais quand d’un coup, je me concentrai sur l’un de ces souvenirs, aussi banal que tous les autres. Enfin presque. Comment avais-je pu ne pas y penser ? Ce souvenir était très ancien, mais je me souvenais de chaque détail du moment.

*
*         *

   J’étais assis sur la large rambarde d’un pont, pensif. Emilie avait prétexté avoir froid pour se blottir contre moi. Ce contact me faisait frémir de bonheur et un mélange inexplicable de sentiments prenait place dans ma tête. Aussi incertains que mes sentiments à son égard, mes doigts effleuraient doucement ses cheveux. Elle me parlait de l’horizon, qui lui faisait penser à l’avenir. Je regardais ses paroles, écoutais son visage et sentais son être fondre en moi un peu plus chaque instant.

-   Un jour j’irai en haut de cette tour, pour regarder ma vie et voir si elle en valait vraiment la peine. Ce jour-là, j’espère que je serai âgée.

Elle me pointa la tour du doigt afin que je la distingue des autres.

-   Que ferais-tu si ta vie te semblait ne pas en avoir valu la peine ?
-   Je sauterais.

Inconsciemment, je resserrai un peu plus l’étreinte de ma main sur son épaule.

-   Et si elle te semblait complète et vécue à l’image de ton idéal, que ferais-tu ?
-   Je sauterais.

Un long silence suivit ces paroles. Enfin, Emilie se leva et me tendit la main pour m’aider à me relever. Je la regardai longuement, puis détournai les yeux vers la tour. Emilie était une infinité de codes qui me paraissait dénuée de sens ; mais paraissait seulement. La décrypter relevait de l’imaginaire. J’observais toujours la tour, comme si elle allait s’effondrer d’un moment à l’autre. Ce vieux bâtiment m’effrayait. Il représentait la mort d’Emilie, ou la fin de ma vie. Après tout ces deux évènements étaient liés.

*
*         *

   Mon esprit était décidément perturbé. Ce souvenir aurait pourtant dû me revenir tout de suite. Que m’arrivait-il ? Clément me sortit de mes pensées :

-   Franchement, là je sèche. Qu’est-ce qu’il a ce lampadaire, bordel de merde ?

Apparemment, Clément prenait cette enquête très à cœur. Il était énervé d’être bloqué après tant d’avancement. Je lui racontai alors le souvenir qui m’était revenu. Il m’écouta attentivement et sourit quand je lui parlai de la tour. Il prit la parole :

-   Te souviens-tu de cette tour ? Enfin non, ce n’est pas important. Ce lampadaire doit forcément l’indiquer.

Il observa alors le lampadaire en question qui était tordu en angle droit en son sommet. Clément pointa du doigt un bâtiment qui se démarquait un peu des autres et dit :

-   C’est celle-là.

Mon cœur manqua un battement. J’étais si proche du but … Quelques minutes de plus seulement me séparaient de la vérité. Mais cela n’avait plus d’importance. Je prenais peu à peu conscience de ce qu’Emilie voulait me faire comprendre. Ce qui comptait n’était pas de la retrouver. La seule et unique chose qui importait était la solution. Plusieurs situations avaient démontré que Clément était la seule solution à cette énigme. Sans lui je n’étais rien. C’était grâce à lui que j’étais arrivé là. J’avais compris. L’homme peut s’apparenter à un jouet, mais les jouets ne sont pas tous les mêmes. Clément était un jouet très spécial. Si je voulais traduire ce sentiment, je devais le nommer.

-   Clément  …

Interloqué de me voir m’arrêter si prêt du but, il me demanda :

-   Qu’y a-t-il ?

Je pris mon courage à deux mains et dis la chose la plus humaine de ma vie :

-   Tu veux bien être mon ami ?

Il sourit, visiblement habitué à mon comportement assez spécial pour les gens du commun.

-   Je pensais que c’était clair. Depuis que nous avons commencé cette enquête, nous sommes amis.

La pression que subissait mon cœur s’en alla d’un coup. J’étais un peu gêné et Clément m’enjoignis de prendre rapidement le bus, me tirant ainsi de l’embarras.  Je m’étais senti obligé de rendre les choses officielles, afin qu’il n’y ait plus d’ambigüité entre lui et moi. Maintenant que tout était clarifié, l’adrénaline qui remontait en moi me fit prendre conscience que je m’apprêtais à voir Emilie. Je sombrai dans les questions relatives à notre rencontre. Il y en avait des centaines. Quand Clément remarqua mon regard vide, il posa une main sur mon épaule et me sourit. Ce geste valait mille paroles.

Nous approchions du bâtiment pointé par le lampadaire. Pris d’une pulsion inattendue, je me mis à courir. L’immeuble était abandonné. J’ouvris la porte d’entrée qui avait été forcée récemment et cherchai l’escalier. Je ne me souciais plus de rien. Je ne savais même pas si Clément me suivait. Le nombre incalculable de marches qui me séparait d’Emilie était insignifiant face à ce que mon cœur subissait. Emilie. J’avalais les marches comme si elles étaient irréelles. Au bout de ce qui me parut une éternité, j’atteignis la porte qui donnait sur le toit. L’instant de vérité approchait. J’étais au bord de la crise cardiaque. Je mis plusieurs minutes à reprendre mon souffle et me décidai enfin d’ouvrir la porte. Elle m’offrit le seul spectacle que ma vie attendait encore. Emilie était là, couchée sur un vieux matelas, sous des couvertures. Soudain le vide que je ressentais encore s’emplit d’un sentiment que je pus enfin identifier. L’amour. La joie. Emilie. Je caressai sa joue et elle se réveilla doucement. Je m’assis en tailleur sur son matelas. Elle se releva doucement et s’appuya sur une main, puis me regarda dans les yeux. L’échange qui se produisit alors dépassait amplement l’entendement humain. Elle me serra dans ses bras et pleura. Je vivais un rêve utopique. Sa tête appuyée sur mon épaule me rappelait que j’étais solide, que j’existais. Ses cheveux étaient un poème à eux seuls. Elle sécha enfin ses larmes et se leva. Je me relevai à mon tour et elle prit ma main. Nos doigts accrochés étaient le dernier fil qui me retenait à elle. Elle le brisa et se dirigea vers le rebord de l’immeuble. Je sentis Clément arriver hors d’haleine derrière moi, à l’entrée de la porte. Je regardais sans état d’âme Emilie se diriger vers son avenir. Je compris que je devais la suivre. Le néant m’envahit. Mais au moins, le néant avait l’odeur des chrysanthèmes. Emilie se tenait debout sur le bord ; un pas suffisait pour envahir le vide qu’il y avait après ce bord. Clément nous regardait, effaré. Alors Emilie s’assit sur le bord. Je m’assis à mon tour. Elle reposa sa tête sur mon épaule et dit :

-   Ce n’est pas encore le moment de sauter …

Le vide à nos pieds semblait nous crier que nous étions ses seigneurs. Depuis ce jour, je le domine. Non, ce n’est pas le moment.

Texte par Emilie
L'homme est à l'image de la pyramide, plus il évolue et moins il en fait.

Hors ligne Ambriel

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 497
Re : À chaque solution, il y a un problème
« Réponse #1 le: 01 Mai 2012 à 21:56:35 »
Salutations !
Bon, j'avoue qu'en lisant "huit pages word" et en constatant la longueur, j'ai été découragée d'avance... mais en fait ça se lit bien, y a pas vraiment de longueur ni rien ^^
Bon donc voilà déjà ça se lit plutôt bien. J'ai eu un peu de mal à saisir le narrateur, il est quand même assez étrange surtout quand on s'attend à quelqu'un de normal, mais bon tant mieux t'as réussi à créer un personnage qui a sa propre personnalité, au moins. Pas forcément ultra sympathique je pense, et il a une drôle de manière de voir les gens, mais voilà  :D Après du coup j'ai pas trouvé les dialogues et les situations ultra crédibles/naturels, mais ça doit venir du personnage (d'ailleurs au fait s'il va plus au lycée il va avoir des emmerdes  :mrgreen: mais je chipote)
Sinon, j'ai pas eu de fautes à me sauter aux yeux, après j'en ai pas cherché non plus  :-¬?
J'ai bien aimé qu'à la fin personne ne soit mort déjà parce que c'est original (si, si) et puis franchement quand j'ai cru qu'ils allaient sauter, juste quand il la retrouve, je me suis dit merde non ce serait trop con (même si c'est typiquement le genre de fin que j'aurais pu faire  :mrgreen:)
Enfin voilà, ça se lit bien malgré un narrateur étonnant, et on sent pas vraiment passer la longueur ^^

Voilou j'ai sans doute pas été très constructive mais c'est ma spécialité  :mrgreen:
Et s'ils prenaient ta mère comme otage ou ton frère,
Dit un père béret basque à un jeune blouson d'cuir
Et si c'était ton fils qu'était couché par terre,
Le nez dans sa misère,
Répond l'jeune pour finir

- Renaud, les charognards -

Hors ligne Emilie

  • Plumelette
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Re : À chaque solution, il y a un problème
« Réponse #2 le: 01 Mai 2012 à 22:10:30 »
Tout d'abord merci de ton commentaire  ;)

J'avoue que mon personnage a une personnalité un peu ... particulière, mais c'est fait exprès et j'ai même eu un peu de mal à construire ça  ^^
Pour les dialogues, desquels parles-tu ?
Et pour la fin, j'avais au départ fait une fin à laquelle tu t'attendais, puis suis finalement revenu dessus pour en faire une que je préférais  ::)

Voilà, merci encore ;)
L'homme est à l'image de la pyramide, plus il évolue et moins il en fait.

Hors ligne colinep11

  • Troubadour
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    • *Les photos de Coline*
Re : À chaque solution, il y a un problème
« Réponse #3 le: 02 Mai 2012 à 17:15:08 »
Citer
La tâche était aussi facile que de chercher une faute d’orthographe dans un roman de Zola.
aussi facile ? c'est pas plutôt "difficile" ?  ???

Citer
Je sais que je peux être blessant, mais la rencontrer aura certainement été une erreur de ta part.
Elle la rencontrée alors ou pas ?  :o

Citer
et je désirais plus que tout compléter ce puzzle que j’avais découvert en la rencontrant.
Je ne saurais pas trop te dire pourquoi mais "puzzle" ma gêné ici :/ Peut-être la répétition (par rapport à avant) ou... je sais pas en fait  ><


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« Sur le point » [...] Le « sans y être arrivée » ne voulait absolument rien dire. Mais prononcée plus lentement on pouvait séparer la phrase en deux : « sans y » et « être arrivée ». Le sens devenait alors évident, je devais enlever le ‘’i’’ des derniers mots, ce qui donnait : « Sur le pont ».
Tu parles de "sans y être arrivée", tu dis séparée en deux : le sens devient évident. En fait, tu parles de "Sur le point"... Pas très clair tout ça  ???

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j’avais exploré une montagne et avait su extraire tout l’or qu’elle contenait, mais comme j’étais dos à la seconde, je ne l’avais pas vue alors qu’elle était toute aussi énorme que la première.
J'adore ce passage !  :coeur:



Waw j'adore ton texte ! Au début, les 8 pages m'avaient un peu fait peur mais ça en valait la peine :D Tu écris super bien (surtout pour ton âge, je suis jalouse  :-\), on s'imagine très bien le décor, aucun mal à entrer dans l'histoire, se sentir proche des personnages. Et j'aime aussi les transitions entre les passages ou le début du texte aussi ^^ 'Fin bref, super ce texte, merci pour ce moment ^^
La lumière est une danseuse capricieuse consciente de sa grâce. Carlos Ruiz ZAFÓN

Hors ligne Emilie

  • Plumelette
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Re : À chaque solution, il y a un problème
« Réponse #4 le: 03 Mai 2012 à 00:41:59 »
Que de flatteries ! Merci beaucoup pour  ton commentaire qui est d'autant plus agréable qu'il est positif ^^

"La tâche était aussi facile que de chercher une faute d’orthographe dans un roman de Zola."

Je voulais donner un sens peut-être ironique à cette phrase, en tout cas je ne prétends pas que la tâche est facile   :D

"Je sais que je peux être blessant, mais la rencontrer aura certainement été une erreur de ta part. "

Il suppose.

"et je désirais plus que tout compléter ce puzzle que j’avais découvert en la rencontrant."

Il y a peut-être eu répétition, je vérifierai  ::)

"Tu parles de "sans y être arrivée", tu dis séparée en deux : le sens devient évident. En fait, tu parles de "Sur le point"... Pas très clair tout ça  ???"

Pour cette question, je t'avoue qu'il est un peu tard est j'ai la flemme de me relire, mais je répondrai plus tard, promis ^^

Voilà, je te remercie d'avoir lu mon texte, bonne nuit  :)

--Emilie
L'homme est à l'image de la pyramide, plus il évolue et moins il en fait.

Hors ligne TaGaDa

  • Calligraphe
  • Messages: 110
Re : À chaque solution, il y a un problème
« Réponse #5 le: 04 Mai 2012 à 18:09:29 »
Bonjour,

J' avoue que j'ai un peu hésité en voyant la longueur du texte mais finalement pas de regret !

J' ai beaucoup aimé, les huit pages sont passées comme une lettre à la poste! Tu écris vraiment très bien, et le scénario est crédible, on a envie d'en savoir plus.

Merci pour cette agréable lecture :)
TaGaDa des Bois

Hors ligne Emilie

  • Plumelette
  • Messages: 12
Re : À chaque solution, il y a un problème
« Réponse #6 le: 07 Mai 2012 à 18:15:46 »
Merci pour tes compliments  ^^ Bonne journée !
L'homme est à l'image de la pyramide, plus il évolue et moins il en fait.

 


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