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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La castratrice

Auteur Sujet: La castratrice  (Lu 6589 fois)

Hors ligne Caropoukontli

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La castratrice
« le: 16 Avril 2012 à 17:27:57 »
La première fois que j’ai vu Vlad, il pleuvait à verse.
Un orage bombardait la montagne rouge et noire. Lui, il se tenait debout, ruisselant, beau comme un chat sauvage. Il essayait de maintenir un feu allumé sous la pluie, coûte que coûte. Il y réussit. Aujourd’hui, j’ai la certitude que ces flammes brûlent encore, quelque part. Tout chez lui reflétait la férocité, le dégoût, la colère. Il ne connaissait pas la tendresse.

On s’est reconnu.

C’était un viveur, un flambeur, un beau parleur. J’ai cru d’emblée tout ce qu’il pouvait proférer, douter était au-dessus de mes forces. Lui, il avait le regard coupant et le sourire inquiet.
Il disait souvent : « sauve-toi par la fenêtre, avant qu’il ne soit trop tard ». Il disait : « je rigole », mais ses yeux, eux, ne mentaient jamais. Il me répétait : « tu viendras à mon enterrement ».
Il n’aimait pas les gens, pourtant il adorait la vie. Il voulait tout et il le voulait tout de suite, de la même façon qu'il m’a désirée, moi. Moi qui n’étais rien, avant sa peau à lui.

On avait quinze ans, à peine. Des gosses. Corps graciles et épidermes à la douceur vertigineuse. Lui, pour moi, c’était Quetzalcóatl.
Tous les deux nous pensions que dormir était une perte de temps. Cela suffisait à nous liguer contre le reste du monde. Pour tableau noir où accrocher nos rêves, on possédait le ciel et ses millions d’étoiles à portée de nos mains. On regardait tourner la terre. On vivait comme à l’intérieur d’un sablier géant, fascinés par la course des astres, terrifiés par le temps qui s’écoule d’heure en heure, mécanique implacable. Les étoiles, elles, murmuraient nos prénoms. Nous résidions dans le secret des Dieux. Nous vivions trop fort pour que les autres puissent nous comprendre, désormais.

L’amour, je ne connaissais pas. Je ne savais pas.

La première fois…
Émerveillée, j’ai regardé mon corps répondre à l’appel millénaire. J’ai écouté mon cœur battre quand il a déboutonné ma chemise blanche. J’ai frissonné quand l’air du soir a rencontré ma peau. Je me suis crue première femme au monde.

On n’avait pas peur de la mort, ça ne faisait pas assez longtemps qu’on était né. Lui, il connaissait tous les poèmes de Jim Morrison : il pensait que plaisir rimait avec souffrance et que tout était jeu. Subjuguée, je l’ai suivi dans la célébration qu’il vouait au culte du Roi Lézard. Sur nos membres à peine pubères ont commencé à croître de drôles de fleurs violettes.
Sa peau à lui, je ne peux l’oublier. Quand mes doigts sur son dos nu ont entamé la lente descente depuis ses épaules jusqu’à ses reins, le vertige me prit. Il n’existe aucun mot capable de décrire cette caresse. Car ce fut sa peau qui caressa mes mains.
Je l’ai laissé marquer de ses dents tous les angles de mon corps, mes hanches étroites et ma nuque de petit gibier. Lui, il m’exhortait à goûter son sang, capiteux et métallique, une drogue si douce et si dure à la fois. Et puis les armes blanches m’avaient toujours fascinée.

Quatre mois ont passé, pleinement. Les astres tournaient au ralenti pour nous donner plus de temps. Les étoiles, elles, s’égrenaient une à une du sablier géant avec une infinie langueur. Nuit après nuit, il est devenu plus pressant. Les fleurs violettes se sont multipliées. Il ne prenait plus la peine de dire : « je rigole ». Pourtant, chaque fois qu’il m’abandonnait seule dans le noir, je l’entendais rire dans ma tête. Et puis une nuit, le jeu a atteint ses limites. La chambre était très sombre. Nous avions bu. Aussi, quand je m’en suis rendu compte, il était déjà trop tard. Mais lui, il savait, il avait vu ma main trembler. La lame déraper. Un donné pour un rendu.
Il savait et il n’a rien dit. Son drôle de sourire a flotté un instant devant mes yeux agrandis par l’horreur. L’hémorragie causée par l’ablation était intarissable.

Le sablier géant brisé, la course des astres s’arrêta et le siphon m’aspira avec le sable et les millions d’étoiles.

Longtemps après, je me suis mise debout et j’ai contemplé l’héritage qu’il m’avait laissé.
Des rêves trop grands pour moi : qu’à cela ne tienne, j’en ferai bon usage.
Un goût trop prononcé pour la torture : invendable.
Des souvenirs tactiles ingérables : qui pourra soutenir la comparaison ?
Et une promesse, que j’ai tenue : je suis allée à son enterrement.

Hors ligne Piga

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Re : La castratrice
« Réponse #1 le: 16 Avril 2012 à 19:24:08 »
Pourquoi ce titre? Elle ne lui a pas coupé les couilles...ou je n'ai pas bien lu.


Citer
il pleuvait à verse.
j'ai eu un doute en lisant "à verse", mais après consultation, c'est toi qui a raison.

Citer
Moi qui n’étais rien, avant sa peau à lui.
je n'aurais pas employé cette formule "avant sa peau"

Citer
la douceur vertigineuse.

une douceur vertigineuse, je ne vois pas bien ce que ça peut donner

Citer
Quetzalcóatl
.
je ne vois pas trop le rapport? Serpent à plumes? Sacrifices humains? Etoile?



Citer
Cela suffisait à nous liguer contre le reste du monde.
Bof, est ce suffisant pour se liguer?

Citer
Pour tableau noir où accrocher nos rêves, on possédait le ciel et ses millions d’étoiles à portée de nos mains. On regardait tourner la terre. On vivait comme à l’intérieur d’un sablier géant, fascinés par la course des astres, terrifiés par le temps qui s’écoule d’heure en heure, mécanique implacable. Les étoiles, elles, murmuraient nos prénoms.

J'aime bien

Citer
l’appel millénaire.
Je n'aurais pas utilisé ce mot, plutot quelquechose  du genre "éternel", mais c'est une question de goùt.

Citer
Sur nos membres à peine pubères

Un membre pubère...c'est quoi


Citer
Quatre mois ont passé, pleinement. Les astres tournaient au ralenti pour nous donner plus de temps. Les étoiles, elles, s’égrenaient une à une du sablier géant avec une infinie langueur. Nuit après nuit, il est devenu plus pressant. Les fleurs violettes se sont multipliées. Il ne prenait plus la peine de dire : « je rigole ». Pourtant, chaque fois qu’il m’abandonnait seule dans le noir, je l’entendais rire dans ma tête. Et puis une nuit, le jeu a atteint ses limites. La chambre était très sombre. Nous avions bu. Aussi, quand je m’en suis rendu compte, il était déjà trop tard. Mais lui, il savait, il avait vu ma main trembler. La lame déraper. Un donné pour un rendu.
Il savait et il n’a rien dit. Son drôle de sourire a flotté un instant devant mes yeux agrandis par l’horreur. L’hémorragie causée par l’ablation était intarissable.

je suppose que c'est l'explication du titre que je n'avais pas compris au début. C'est bien suggéré, peut être trop pour un esprit frustre comme le mien.



Citer
Longtemps après, je me suis mise debout et j’ai contemplé l’héritage qu’il m’avait laissé.
L'héritage n'est pas en rapport avec ce qui précède. La réflexion est un peu sèche. Il semble que la fin soit bâclée...mais c'est peut être une volonté de ta part.

Pour résumer, sur la forme c'est plutot pas mal, bien même avec de bons passages.
Sur le fond, bien aussi, mais j'aurais plus développé  la partie où les liaisons deviennent de plus en plus dangereuses et même sado maso.

Il ne s'agit que de mon avis, il faut attendre d'autres commentaires.
A bientot.

« Modifié: 16 Avril 2012 à 19:26:04 par Piga »
"Le rire a été donné aux hommes par Dieu pour les consoler d'être intelligents."

adrien709

  • Invité
Re : La castratrice
« Réponse #2 le: 16 Avril 2012 à 19:32:05 »
Bonsoir,

Ton texte est pas mal, mais je le trouve pas assez exploité. Tu devrais aller plus dans les détails.
Pour le reste, je rejoins l'avis de Piga et je n'ai rien d'autres à jouter.

Hors ligne Caropoukontli

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Re : La castratrice
« Réponse #3 le: 16 Avril 2012 à 22:14:53 »
Un grand merci à vous deux pour vos avis (Piga, vous ici mon cher? ;))
Je n'ai pas trop envie de développer plus la fin, pas par paresse, mais parce qu'une fois qu'il est mort, l'histoire est terminée (c'est du moins comme ça que je le voyais) et la rallonger me semblerait inutile car il n'y a pas grand chose à dire de plus, selon moi. 
J'ai l'intention de faire des corrections, donc toutes les remarques sont bienvenues!

Hors ligne Lordius

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Re : La castratrice
« Réponse #4 le: 17 Avril 2012 à 14:03:33 »
Bien écrit sur la forme, comme un poème en prose. Bien glauque sur le fond. Très réussi.

Hors ligne Caropoukontli

  • Tabellion
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Re : La castratrice
« Réponse #5 le: 18 Avril 2012 à 16:36:08 »
Merci Lordius  :-[

Je me posais une question : est-ce que le "on" à la place du "nous" ne vous a pas gêné? J'ai changé plusieurs fois l'un par l'autre sans parvenir à trancher sur la meilleure solution?
« Modifié: 18 Avril 2012 à 16:38:55 par Caropoukontli »

Hors ligne Menthe

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Re : La castratrice
« Réponse #6 le: 18 Avril 2012 à 16:47:40 »
Ouaiche. Pour répondre à ta question, le on m'a pas gênée du tout, c'est courant, on y est habitué, on voit de quoi tu parles. Hein.

Sinon, ces derniers temps je suis assez flemmarde pour ce qui est de la lecture de tes textes. Mais ton titre m'avait interpellée une première fois sans pour autant me donner envie de continuer. Aujourd'hui je l'ai fait, parce que faut bien, ça me trottait dans la tête.

Bref. Tout ça pour dire que.

C'est vraiment un beau texte. Je ne dis pas chouette texte comme amusant, joli comme mignon, je dis beau, parce que je l'ai trouvé esthétiquement plaisant. Ces images, ces couleurs, toute cette sensualité, cette violence charnelle et délicate en même temps, c'est comme un geyser, ça pète aux yeux et ça fait délirer la cervelle, c'est top. Y a deux trois trucs que j'aurais repris, genre on a un peu de mal à comprendre (en tout cas moi j'ai eu un peu de mal à comprendre) le genre de jeu dangereux auxquels ils se prennent tous les deux. On pige que c'est assez violent (j'ai pas aimé la répétition des fleurs violettes, une fois c'est magique, deux fois c'est redit et ça perd sa force, tu fais descendre le soufflé) mais on comprend pas précisément, du coup la fin semble un peu bizarre (en fait on ne comprend qu'a posteriori, je trouve ça dommage).
Pour le reste, grammaire et formules, j'ai pas envie de me prendre la tête et puis de toute manière j'ai rien repéré.

Au plaisir de te relire.
C'est pas que je suis loin du but, c'est que je suis à côté de la plaque !

Hors ligne Caropoukontli

  • Tabellion
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Re : La castratrice
« Réponse #7 le: 18 Avril 2012 à 16:57:49 »
Merci Menthe, ton commentaire sur les fleurs violettes est très pertinent! C'est fou comme on remarque ça facilement chez les autres et pas dans ses propres textes.
Pour la fin, c'est normal qu'on ne comprenne pas directement, c'est l'effet voulu et le titre est là pour répondre à la question qu'on se pose. Sauf que voilà... je semble être la seule à apprécier ce processus...

Hors ligne Lordius

  • Troubadour
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Re : La castratrice
« Réponse #8 le: 18 Avril 2012 à 17:47:18 »
Non, moi aussi j'apprécie le processus. C'est bien de ne pas être plus explicite, de garder une part de mystère. Et d'ailleurs si tu es plus explicite, tu sombres dans le gore, dans le sado-maso sanglant.

Hors ligne Caropoukontli

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Re : La castratrice
« Réponse #9 le: 18 Avril 2012 à 17:59:08 »
Merci Lordius, ça me rassure un peu (j'ai eu pas mal d'avis disant que ce n'était pas assez explicite, mais c'est vrai que moi j'aime bien comme ça) >:D

Hors ligne Fero

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Re : La castratrice
« Réponse #10 le: 18 Avril 2012 à 23:54:35 »
Très divertissant. J'ai franchement aimé. J'ai pas compris la métaphore des fleurs violettes. Ils se droguent ? J'ai pensé au pavot...
Beau texte, de l'art, sans se prendre la tête, un beau divertissement.

Hors ligne Caropoukontli

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Re : La castratrice
« Réponse #11 le: 19 Avril 2012 à 15:12:25 »
Merci Fero pour ton commentaire.
Les fleurs violettes : il s'agit d'hématomes.

Hors ligne Fero

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Re : La castratrice
« Réponse #12 le: 19 Avril 2012 à 17:26:01 »
Ok  ;)

Hors ligne ernya

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Re : La castratrice
« Réponse #13 le: 22 Avril 2012 à 19:01:16 »

Citer
La première fois que j’ai vu Vlad, il pleuvait à verse.
Un orage bombardait la montagne rouge et noire. Lui, il se tenait debout, ruisselant, beau comme un chat sauvage. Il essayait de maintenir un feu allumé sous la pluie, coûte que coûte. Il y réussit. Aujourd’hui, j’ai la certitude que ces flammes brûlent encore, quelque part. Tout chez lui reflétait la férocité, le dégoût, la colère. Il ne connaissait pas la tendresse.
je pige pas trop pourquoi tu sépares ta première phrase du reste ( je suis devenue maniaque sur le pourquoi des paragraphes, xD). Je trouve aussi que ce serait pas mal que tu accentues la transition entre cette vision des flammes et le passage au caractère de Vlad, par exemple en mettant en valeur l'idée -feu-violence-férocité.

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C’était un viveur, un flambeur, un beau parleur. J’ai cru d’emblée tout ce qu’il pouvait proférer, douter était au-dessus de mes forces. Lui, il avait le regard coupant et le sourire inquiet.
pourquoi "Lui" ? Pourquoi pas tout de suite mettre "il blablabla" ?

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Les étoiles, elles, murmuraient nos prénoms. Nous résidions dans le secret des Dieux. Nous vivions trop fort pour que les autres puissent nous comprendre, désormais.
faudrait pas pousser non plus :-¬?

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La première fois…
Émerveillée, j’ai regardé mon corps répondre à l’appel millénaire. J’ai écouté mon cœur battre quand il a déboutonné ma chemise blanche. J’ai frissonné quand l’air du soir a rencontré ma peau. Je me suis crue première femme au monde.
j'aime pas l'effet "je mets des points de suspension pour que vous preniez conscience que attention je vais parler d'un truc important/lourd, première fois, rappelez-vous... et bim je reviens à la ligne pour finalement vous en parler". Pourquoi mettre des points de suspension pour ensuite revenir à la ligne ?

Citer
Sa peau à lui, je ne peux l’oublier.
je trouve que les "lui" commencent à devenir lassants

J'aime bien le thème, le fait de suggérer plutôt que de rentrer dans des détails qui risquent de faire mauvais texte SM, par contre, j'ai pas du tout aimé les dernières lignes, elles vont pas avec le reste du texte pour moi, t'es plus dans le même ton, c'est dommage. Je préférerai finir sur la rupture, la chute (peut-être pas avec la phrase sur les étoiles qui risquent de faire trop grandiloquent mais sur cette idée-là en tout cas).  Voilà bon texte, juste les dernières lignes que je trouve en-dessous du reste !
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Hors ligne TaGaDa

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Re : La castratrice
« Réponse #14 le: 22 Avril 2012 à 20:12:21 »
Bonjour,

Tu as bien décrit l'ambiance du début, par contre je trouve que les transitions sont trop rapides. On arrive beaucoup trop vite à la mort. C'est dommage parce qu'il y a de belles descriptions et puis d'un coup plop! c'est la fin. On ne sent pas la violence évoluée de façon progressive dans les personnages.

Merci en tout cas !  :)
TaGaDa des Bois

 


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