Un vent d’automne capricieux composait une partition aux tonalités rudes et glaciales.
Une chape d’obscurité engloutissait peu à peu le ciel , tolérant çà et là quelques lueurs au teint blafard.
Dans un bois, d’autres lueurs rougeoyaient avec peine, sous l’indifférence d’un saule.
Il y avait eu une ombre, un trou creusé à la hâte dans la terre encore meuble, des flammes au crépitement féroce.
L’ombre s’était ensuite appuyée contre une grosse racine noueuse qui rampait sur le sol.
A ses côtés, une besace dans laquelle sommeillaient les bribes d’une vie qui appartenait désormais au passé. Le poids de la trahison avait plombé une existence aux dorures finement ciselées.
Le froid, la danse obsédante du feu contribuaient au tremblement de tout son être : ses membres grelottaient, des palpitations malmenaient un cœur vide de sens, des idées incohérentes s’entrechoquaient dans son esprit.
Soudain, ses mains plongèrent dans la besace et jetèrent leur contenu au feu. Les souvenirs heureux se racornissaient sous la torture des flammes.
De longues volutes de fumée âcre s’élevaient vers l’obscurité, avant de se perdre dans les branchages. Entrelacée au brouillard grisâtre, l’on croyait deviner une cohorte de spectres qui se dissolvaient après avoir exhalé un dernier soupir.
Lorsque ne subsistèrent que des cendres et des braises , l’ombre se redressa maladroitement perclue de douleurs. Elle fixa un long moment la nuit acide. Le vent glacial avait sculpté deux opales sous ses paupières puis s’attarda un instant sur ses lèvres bleuies afin de leur offrir le sel d’un dernier baiser.