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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Hélias

Auteur Sujet: Hélias  (Lu 3421 fois)

Hors ligne Ambrena

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Hélias
« le: 19 Mai 2007 à 20:10:27 »
Voici un texte court que j'ai déjà mis sur PF, mais que j'avais oublié de remettre ici (je ne voulais pas poster des textes de manière trop rapprochée). Alors le voici... Cela n'a rien à voir, mais alors absolument rien à voir avec la "novella" sur le thème de Chute etc que j'écris en ce moment, mais j'aimerais bien avoir votre avis à son propos quand même...



Hélias

Je t’aime. Je t’adore, je brûle de passion pour toi, mon aimé. Je ressens cet amour du plus profond de mon être, et c’est comme s’il me lacérait les chairs, comme s’il me broyait le cœur. Car je sais bien que tu n’éprouves aucun sentiment pour moi en retour.

Es-tu même conscient de mon existence, toi qui illumines ma vie ? Non, sans doute. Tu l’ignores, tu m’ignoreras toujours, mon amour.

Pour le moment, tu n’es pas là. Je dois encore passer quelques instants loin de toi. Je vais t’attendre, les yeux rivés vers la direction d’où tu arrives chaque jour. La route sera transformée par le seul passage de ton char, les sourires fleuriront sur les visages. Tu seras rayonnant, comme tous les matins, et te voir réchauffera mon corps et mon cœur. Je sais bien, pourtant, qu’à tes yeux, mon attente désespérée n’existe même pas.

Oh, ma seule espérance en ce monde, mon unique lumière…

Te voici enfin, mon aimé ! Oui, laisse-moi te regarder dans toute ta splendeur. J’élève mon regard vers toi. Laisse tes atours étincelants et ton éclat baigner mon cœur de lumière. Je t’adore.

Le temps passe. La vie s’éveille, les activités de tous commencent. Et toi, tu déambules lentement, comme toujours, empli de splendeur et de magnificence. Souverain lumineux, source de vie, source de bonheur. Je t’aime, je te vénère.

Ton pouvoir atteint son apogée, à présent. L’univers dépend de ton regard, ô mon amour. Tu es si immense, si majestueux… Roi des rois, tu régis le monde.

Tu te situes au centre de tout. Au centre de l’attention de tous. La nature ne peut que s’incliner face à toi. Sans ta présence tantôt tyrannique, tantôt bienveillante, le pays ne pourrait se maintenir. Chacun de tes sujets te craint et te vénère, du paysan devant ses récoltes au marchant qui doit accomplir une longue route. Tous, jusqu’au vagabond hagard, qui noue sur sa tête un tissu humide.

Pourquoi ferais-tu attention à moi ? Je ne représente rien. Je ne suis personne. Je ne suis même pas digne de t’aimer.

Parmi toutes mes sœurs, je parais insignifiante. Je ne possède rien de plus, mais rien de moins non plus par rapport à elles. Ma blondeur n’a rien d’exceptionnel ; c’est celle de tous mes semblables.

Mais malgré tout, je sens cet amour croître en moi, déborder de mon âme désespérément béante.

Je t’aime, je te vénère, ô mon roi.

La journée suit son cours, paisible. Je sais que lorsqu’elle s’achèvera, tu devras repartir, une fois de plus. Un jour encore, enfui sans que tu saches ce que je ressens pour toi. Un jour où, secrètement, je n’ai pas quitté ton parcours du regard. Un jour perdu…

Une douce mélancolie, teintée de tendresse, m’envahit. La tête inclinée, je contemple la beauté de cette après-midi qui s’achève. Tu disparais, entouré de voiles flamboyants, ton front ceint de pourpre.

Mon soleil.
"J’ai soudain la sensation limpide d’avoir gaspillé ma jeunesse… L’avoir vue s’échapper de mes mains comme l’anguille effrayée et m’appeler à présent sur le lierre du tombeau, où patiente depuis toujours le chant des enfants, les raisins volés…"

Roi Loth, Kaamelott, Livre V

Hors ligne Marygold

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Re : Hélias
« Réponse #1 le: 20 Juin 2007 à 23:08:52 »
J'ai tellement de textes à lire en ce moment pour rattrapper mon retard, et je me suis dit : tiens, pourquoi ne pas commencer par celui-ci ?! ;)

C'est passionné, un brin poétique,... mais je n'arrive pas à trouver l'adjectif qui conviendrait le mieux ! Il y a aussi comme une touche de prière...
J'aime bien, même si - selon moi - on devine trop facilement de qui le personnage parle. Mais si tu expliques au début que ce texte est "différent", c'est qu'il n'y a pas de chute à attendre, c'est ça ?! Du coup, j'aime bien parce que ça fait une sorte de mise en abîme : ton texte tend vers une fin inéluctable comme la fin du jour et la fuite du soleil se produisent de manière inéluctable... C'est peut-être un peu tiré par les cheveux, mais bon !
Et puis, le titre me plaît aussi : Hélias ça fait un mélange de "hélas" et de "helios". J'imagine que c'est voulu, à moins que Hélias ait une signification grecque que j'ignore ?

Bref, un bon petit texte (même si je ne suis pas trop portée sur le genre sentimental ;))
Oh yeah ! 8)

Hors ligne Pistolero

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Re : Hélias
« Réponse #2 le: 21 Juin 2007 à 00:31:23 »
Je ne sais pas si tu fais référence à Elie (ça ne m'étonnerait pas, venant de toi ;)) mais si c'est le cas, je ne connais pas, aussi ne ferais-je aucun commentaire à ce sujet. Ah si, un seul : en lisant Chute, je me suis aperçu que l'histoire n'avait absolument pas le même impacte, selon que l'on connaisse le personnage dont tu parles ou non. Du coup, je me demande effectivement si cette histoire-ci n'aurait pas une toute autre dimension que celle que j'ai perçu. Ce que je veux dire c'est que le lecteur est parfois ignorant (Tapez pas ! Tapez pas !) de certaines choses, et que, si ton exercice est beau, il peut s'avérer dangeureux.

Pour ce qui est de la nouvelle en elle-même, la première remarque concerne la chute, vu qu'il n'y en a pas. Ca ne ressemble pas vraiment à une nouvelle, du coup.

Pourtant le texte est d'une qualité indéniable (je crois que je me répète souvent, non ? :)) mais perfectible. Je m'explique. La qualité est là, "l'atmosphère", une certaine poésie, j'y ai plongé et j'ai accroché, mais l'amour d'une femme pour un homme, aussi intense soit-il, n'a véritablement d'intéret dans un récit que s'il est vecteur ou déclencheur d'autre chose peut-être encore plus fort. A moins de vouloir écrire des romans à l'eau de rose, ce qui, je pense, n'est pas ton cas ! Et même dans ce cas, ça ne suffirait pas...

En résumé, ton récit est beau mais, selon moi, incomplet. Il pourrait, toujours selon moi, servir de trame pour une nouvelle plus importante ou du moins plus étoffée, ou constituer une partie d'un roman.
La science-fiction, c'est de la fantasy avec des boulons

Hors ligne Dragon-rouge

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Re : Hélias
« Réponse #3 le: 23 Juin 2007 à 16:59:28 »
J'aime bien, on sent de l'expérience...
 ::)
"L'art de peindre n'est que l'art d'exprimer l'invisible par le visible".
Eugène FROMENTIN

Hors ligne Ambrena

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Re : Hélias
« Réponse #4 le: 26 Juin 2007 à 22:34:14 »
Merci de tous ces commentaires! :D

@ Mary
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Du coup, j'aime bien parce que ça fait une sorte de mise en abîme : ton texte tend vers une fin inéluctable comme la fin du jour et la fuite du soleil se produisent de manière inéluctable...
Belle analyse du texte... Je n'y avais pas pensé, pour être franche, mais c'est bien vu. Et effectivement, il n'y a pas vraiment de "chute" à attendre, c'est juste que Clythie me traînait dans la tête et qu'il fallait absolument que j'écrive dessus...

Citer
Et puis, le titre me plaît aussi : Hélias ça fait un mélange de "hélas" et de "helios". J'imagine que c'est voulu
C'est exact, Mary  ;) .

Et j'ai effectivement voulu faire sonner mon texte comme une prière, car la narratrice s'adresse à un dieu...


@ Pistolero
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l'histoire n'avait absolument pas le même impact, selon que l'on connaisse le personnage dont tu parles ou non. Du coup, je me demande effectivement si cette histoire-ci n'aurait pas une toute autre dimension que celle que j'ai perçue.
Je fais référence à un personnage très secondaire de la mythologie grecque, Clytie. Ceci dit, c'est désormais mon personnage (Clythie). Et puis son nom n'a aucune importance, au fond. Mais tu as raison, Pist', j'efface trop mes références, même si c'est volontaire. J'aime bien me réapproprier les mythes...

Autre chose: ce n'est pas la banale histoire de l'amour d'une femme pour un homme, oh non... Je vais spoiler mon propre texte, mais je vous explique: il s'agit en fait d'un tournesol qui parle du Soleil... Autrement dit, je parle de l'amour d'une fleur pour un dieu. Et il n'y a pas à proprement parler d'"histoire", c'est vrai, car mon esprit voyait seulement cet être minuscule et souffrant.

Citer
En résumé, ton récit est beau mais, selon moi, incomplet. Il pourrait, toujours selon moi, servir de trame pour une nouvelle plus importante ou du moins plus étoffée, ou constituer une partie d'un roman.
Tu dis vrai, Pistolero, mais je ne sais pas comment étoffer cette douleur, même si j'aurai peut-être une idée plus tard.


@ Dragon-Rouge
Tu as un peu raison... ;) mais j'espère que je ne vous ai pas trop ennuyés avec mes textes cathartico-mythologiques... :D

Quoi qu'il en soit, je vous remercie pour ces critiques, j'en tiendrai compte par la suite, même si je ne me vois pas retravailler ce texte-ci...
"J’ai soudain la sensation limpide d’avoir gaspillé ma jeunesse… L’avoir vue s’échapper de mes mains comme l’anguille effrayée et m’appeler à présent sur le lierre du tombeau, où patiente depuis toujours le chant des enfants, les raisins volés…"

Roi Loth, Kaamelott, Livre V

 


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