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Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » Salle de lecture » Romans, nouvelles » Cent ans de solitude (G.G. Márquez)

Auteur Sujet: Cent ans de solitude (G.G. Márquez)  (Lu 7079 fois)

Hors ligne Zacharielle

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Cent ans de solitude (G.G. Márquez)
« le: 12 Décembre 2011 à 21:47:43 »
Cent ans de solitude (Cien años de soledad) est un roman écrit par Gabriel García Márquez, prix Nobel de littérature en 1982.


Le livre raconte l'histoire de la famille Buendia, une famille décidemment extraordinaire, tragique aussi. Ils habitent un village imaginaire, Macondo, quelque part en Amérique du Sud, vraisemblablement en Colombie. Il y fait très chaud, il y a des histoires impossibles, en tout cas et on ne s'y ennuie pas. Cent ans... c'est moins le récit d'un siècle interminable résumé en 408 pages que celui de personnages secoués par des chaos imprévisibles que la vie leur jette en vrac. Faut dire aussi que leur isolation leur fait ressentir les événements avec plus de violence que n'importe qui ; il y a aussi l'implacable sceau du destin qui n'épargne personne et qui écrase tout. Et le temps qui fait des ronds ronds ronds.

C'est un classique de la littérature sud-américaine, du fantastique, de la littérature tout court. C'est un livre bien dodu et qui a des odeurs d'universel.


Un extrait que je trouve émouvant, à la mi-chemin :

Le colonel Aureliano Buendia se rendit compte alors, sans en être autrement surpris ni peiné, qu’Ursula était le seul être humain à avoir vraiment réussi à déchiffrer sa propre misère, et pour la première fois depuis nombre d’années, il osa la regarder en face. Elle avait la peau toute fendillée, les dents cariées, les cheveux fanés, sans couleur, le regard éteint. Il la compara à l’image la plus ancienne qu’il gardait d’elle, cet après-midi où il eut le pressentiment qu’une marmite de bouillon allait choir de la table, et ce fut pour retrouver cette image en morceaux. Il découvrit soudain les égratignures, les meurtrissures, les marques à vif, les ulcères et les cicatrices que lui avait laissés plus d’un demi-siècle d’existence quotidienne, et il constata que la vue de ces ravages n’éveillait en lui aucun sentiment, même de pitié. Il fit alors un dernier effort pour chercher en son coeur l’endroit où s’était décomposé son amour, et ne put le trouver. Autrefois, du moins éprouvait-il une confuse impression de honte lorsqu’il découvrait sur sa propre peau l’odeur d’Ursula, et il lui arrivait à maintes reprises de sentir ses pensées recouper les siennes. Mais tout cela avait été rasé par la guerre. Même Remedios, sa propre épouse, n’était plus à présent que l’image estompée de quelqu’un qui aurait pu être sa fille. Les innombrables femmes qu’il avait connues dans le désert de l’amour, et qui avaient dispersé sa semence sur tout le littoral, n’avaient laissé aucune trace dans son cœur. La plupart étaient entrées dans sa chambre en pleine obscurité et étaient reparties avant l’aube ; le lendemain, il ne subsistait d’elles qu’un peu de dégoût dans la mémoire du corps. La seule affection qui résista au temps et à la guerre fut celle qu’il porta à son frère José Arcadio, du temps qu’ils étaient enfants, et encore ne reposait-elle pas sur l’amour mais sur la complicité.


De l'ensemble du livre, j'aime la truculence qui se dégage. L'espèce de moiteur tropicale. Je pensais que ça allait être encore plus bouffi que ça, du style étouffant sous trop de couleurs, d'actions, de personnages, d'odeurs, de destins entrecroisés, une espèce de souffle épique ancré dans du réalisme-magique. Heureusement, ce n'est pas tout à fait ça. Il y a un bon dosage entre la densité de l'histoire et la porte d'entrée laissée au lecteur. Il est tellement simple d'y venir et de se laisser porter par le gros fleuve d'une narration à crocodiles. Je ne savais jamais quand je devais m'arrêter, on est emporté par la lecture et voilà. La traduction me semble plutôt bien faite, je ne sais pas à quoi ressemble le texte original mais la VF est vachement cool. Les personnages se confondent à cause de leurs prénoms qui sont les mêmes d'une génération à l'autre... Mais on s'y fait, à ce flou et il est voulu de toutes façon. Mes personnages préférés... Je dirais Ursula et Melquíades mais c'est difficile à dire. Il y a des phrases magnifiques et une densité impressionnante. La fin a un goût de vertige. J'ai beaucoup aimé.

Si vous ne l'avez pas encore lu, je vous le conseille sincèrement :)

Et si vous l'avez lu, vous pouvez venir partager votre enthousiasme... ou autre réaction !

Hors ligne Marygold

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Re : Cent ans de solitude (G.G. Márquez)
« Réponse #1 le: 12 Décembre 2011 à 23:07:32 »
Honte sur moi, j'ai toujours cru que Cent ans de solitude, c'était l'histoire d'un type qui avait vécu cent ans et qui racontait sa vie ::)

Mais ça fait des années qu'on m'en parle (mal, apparemment !), alors il est peut-être temps que je m'y mette... D'autant que je n'ai jamais lu de littérature sud-américaine, je crois, et que ça manque gravement à ma culture !
Oh yeah ! 8)

Hors ligne Milora

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Re : Cent ans de solitude (G.G. Márquez)
« Réponse #2 le: 13 Décembre 2011 à 11:29:56 »
J'avais eu un extrait en cours d'espagnol, en hypokhâgne. ça m'avait marqué, ça avait l'air sympa... Mais la taille du pavé me rebutait un peu, lol. Vu qu'on suit plein de personnages et que le style de l'auteur semble nous raconter ça "de haut", j'ai peur de ne pas arriver à entrer dedans, que tout soit trop "extérieur" pour que j'entre dans l'histoire...
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne ernya

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Re : Cent ans de solitude (G.G. Márquez)
« Réponse #3 le: 13 Décembre 2011 à 12:05:45 »
Quand j'étais en hypo, avec une pote, on s'était mutuellement défiée de le lire en espagnol. Pour ma part, je ne l'ai jamais fait et j'imagine -enfin j'ose espérer :mrgreen:- qu'elle non plus.
Du coup, je pense que je vais essayer de le lire en français et ensuite de regarder quelques passages en espagnol pour voir ce que ça donne. Je pense pas avoir le courage de lire tout ça en espagnol. :-¬?
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Hors ligne Zacharielle

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Re : Cent ans de solitude (G.G. Márquez)
« Réponse #4 le: 13 Décembre 2011 à 19:49:38 »
C'est un gros morceau mais on se laisse porter par le flot de la narration, souvent très agréable. Honnêtement, je ne me suis pas du tout ennuyée. Il y a toujours des rebondissements et les personnages sont impossibles.

Qu'est-ce que tu appelles par "la narration du haut" Milora ? Au contraire, elle m'a semblé vachement proche des personnages, enfin, il y a de la distance, c'est vrai, à cause de la 3e personne, mais tu lis quand même entre les lignes une espèce d'attachement et de nostalgie de la part du narrateur à voir les personnages aller d'un bout à l'autre de leur vie, comme ça, en se débattant contre tous les aléas et pourtant en n'échappant pas aux fatalités.

J'aimerais bien lire quelques passages en espagnol mais je pense que ça doit être assez difficile d'accès... !

Hors ligne Gros Lo

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Re : Cent ans de solitude (G.G. Márquez)
« Réponse #5 le: 19 Décembre 2011 à 12:02:02 »

Ah je voulais le lire peut-être. Il est vraiment en "fantastique/horreur/sf" ?
dont be fooled by the gros that I got ~ Im still Im still lolo from the block (j Lo)

Hors ligne Zacharielle

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Re : Cent ans de solitude (G.G. Márquez)
« Réponse #6 le: 19 Décembre 2011 à 19:03:29 »
C'est du fantastique oui.

Hors ligne Rosace

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Re : Cent ans de solitude (G.G. Márquez)
« Réponse #7 le: 10 Juin 2014 à 06:40:45 »
Le sujet n'a pas eu de réponse depuis plus de deux ans mais ce livre a été pour moi un de ceux qui ont marqué le début de ma fringale de roman.
Je l'ai lu il y a vingt ans et je n'avais pas derrière moi de longues études. Le pavé comme tous les pavés fait peur mais une fois dedans impossible de s'arrêter.
Je me souviens encore d'un paragraphe sur un poteau d'exécution et de cette balle qui traverse le village.
Avec "Chronique d'une mort annoncé" c'est le meilleur livre de Garcia-Marques.
A lire
"Il n'est pas certain que tout soit certain"
Pascal

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Re : Cent ans de solitude (G.G. Márquez)
« Réponse #8 le: 10 Juin 2014 à 13:55:02 »
@ Milora : Au contraire, ce n'est pas du tout raconté "du dessus" ; même si on a quelques bouffées d'omniscience, l'essentiel du récit se fait à la troisième personne - point de vue interne, et on fait corps avec les personnages.

C'est très vivant. Il faudrait que je le relise en VO mais le style est incroyablement beau, entre le mystère du réalisme magique et la vérité historique qui rattrape la famille-protagoniste (car on ne peut en parler autrement ; ses membres semblent revenir d'une génération à l'autre, portant les mêmes prénoms, et la saga familiale constitue le coeur du récit).

Je ne lui rends pas justice mais c'est vraiment très beau.  :) Allez, un ptit extrait pour la route (l'incipit, en fait) :

Bien des années plus tard, face au peloton d'exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l'emmena faire connaissance avec la glace. Macondo était alors un village d'une vingtaine de maisons en glaise et en roseaux, construites au bord d'une rivière dont les eaux diaphanes roulaient sur un lit de pierres polies, blanches, énormes comme des oeufs préhistoriques. Le monde était si récent que beaucoup de choses n'avaient pas encore de nom et pour les mentionner, il fallait les montrer du doigt. Tous les ans, au mois de mars, une famille de gitans déguenillés plantait sa tente près du village et, dans un grand tintamarre de fifres et de tambourins, faisait part des nouvelles inventions.
"J’ai soudain la sensation limpide d’avoir gaspillé ma jeunesse… L’avoir vue s’échapper de mes mains comme l’anguille effrayée et m’appeler à présent sur le lierre du tombeau, où patiente depuis toujours le chant des enfants, les raisins volés…"

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Hors ligne Loïc

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Re : Cent ans de solitude (G.G. Márquez)
« Réponse #9 le: 07 Avril 2015 à 11:59:33 »
Lu ! Et j'ai kiffé.
C'est dense comme bouquin, dur parfois, mais quelle écriture. J'ai eu du mal à en ressortir, tellement j'ai trouvé ça beau, bien raconté, malgré un certain détachement et les embrouilles temporelles et de noms ; je crois qu'il m'aurait fallu un arbre généalogique en même temps.

Bref, je le conseille :mrgreen:
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Re : Cent ans de solitude (G.G. Márquez)
« Réponse #10 le: 07 Avril 2015 à 12:08:59 »
Ah oui, Auréliano (s). Je l'ai lu en espagnol, et grâce à ce livre, j'ai fait d'incontestables progrès pour la pratique de cette langue.
Et j'ai aimé  ! Que dire de plus ?
Il est dit parfois que toutes les guerres ne sont que des guerres de religion. Alors dites-moi le nom de ce Dieu qui les autorise à tuer l'amour. (apologue d'Alegranza)
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Re : Cent ans de solitude (G.G. Márquez)
« Réponse #11 le: 19 Janvier 2017 à 18:05:18 »
Je viens de le terminer, et je suis vraiment toute chamboulée. Omondieu cette fin, omondieu tout le reste.

J'ai adoré tout ce foisonnement, ce brouillis parfaitement clair d'histoires et de personnages, ce temps qui fait des boucle, ce tragique mêlé d'humour mêlé de fantas(ma)tique...

Je crois que mes personnages préférés sont Ursula et Rebecca, et le dernier Aureliano (sans doute parce que c'est avec lui qu'on finit).

Bref, une lecture géniale que je conseille (aussi) vivement !
Toute ma peau est maladésir.

 


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