La poussière s'élevait, et en son centre, comme dans l’œil de la tempête, se tenait une petite fille. On ne voyait que sa silhouette et son visage n'apparaissait que brièvement entre deux fils de vent : elle n'avait pas l'air apeurée et jetait son regard vers moi avec une insistance froide. Crier était inutile, je le savais, le vent engloutirait le moindre son, alors je fis un pas hésitant en avant.
Elle se mit à me pointer du doigt, et tout-à-coup son expression se durcit, désarmante. Le vent s'apaisa le temps de la découvrir nue, droite, indécente et prétentieuse. Je la sentais cruelle aussi. On aurait dit qu'elle me désignait comme son nouveau partenaire de jeu, comme celui dont la fracture de l'esprit serait irréparable.
Je continuais d'avancer la boule au ventre, tout incapable que j'étais de savoir où elle m'emmènerait. Plus je m'approchais, plus je m'emplissais de cris stridents, d'appels à la jouissance absolue, de pulsions qui m'ordonnaient de déchirer tout ce qui retient. Ces yeux-là me demandaient de la mordre jusqu'au sang, de la démembrer juste pour voir !
Il n'y avait pas de justice dans son expression, elle m'accueillait avec une générosité cruelle, primaire ; et elle me demandait de jouer avec ce qu'il y a de plus précieux, de jouir dans la folie. Elle s'adressait à moi comme à un autre Homme, comme à celui à qui elle confiait l'horreur de la vie pour retrouver l’innocence et l'ailleurs.
Et elle me dit : « Deviens ce que tu as toujours haï, brise ce que tu es, montre-leur mes membres arrachés et souris. Mets toute l'humanité en péril dans ce souvenir vigoureux, dans l'absence de réserve. Libère-les du malaise qui les tue à petit feu, et donne-leur une nouvelle chance, celle de jouer inconsidérément avec la vie, de violer les esprits par simple plaisir, et d'enfin, pouvoir s'identifier à la terre et au ciel. »