
Vendredi 6 novembre 2026
Voilà ma première expérience épistolière. Je préfère la partager ici, sur cette partie du forum que je trouve plus appropriée. Les épisodes seront publiés le premier et le quinze de chaque mois. Une exception avec ce premier opus que je propose ce vendredi 6 novembre. C'est la narration d'une histoire "vraie", vécue et réelle. Pour la rendre attractive, j'utilise les ficelles du roman. J'écris avant tout pour moi, en égoïste en quelque sorte, pour me faire plaisir. Si ce plaisir trouve un écho c'est sympathique également. Une écriture personnelle que je veux moderne et indépendante. Les "académismes", les "conventions" ou les "écoles" m'importent peu. M'indiffèrent. Les épisodes se suivront le long de ce fil unique. Bonnes lectures et bonnes découvertes.

Épisode 1
Approche galante en pharmacie
Le parking rectangulaire doit mesurer une centaine de mètres de long sur une cinquantaine de mètres de large. En y pénétrant, sur la droite il y a la pharmacie. Un cabinet dentaire. En face, l’opticien. Sur la gauche, la maison médicalisé et ses cabinets médicaux. C’est à l’étage de la pharmacie qu’exerce mon amie Laure. Psychothérapeute, passionnée d’équitation et de ski. Je rends visite à Laure tous les lundis et jeudis après-midi. J’emmène parfois ma guitare. Tout en bavardant j’égrène quelques accords en arpèges. Le bureau de son cabinet de consultation est parfaitement insonorisé de la salle d’attente. Le lundi peu de rendez-vous. Nous avons donc tout le loisir de passer du bon temps ensemble. Devant un café et de petits gâteaux secs. Il nous est arrivé de nous amuser à des jeux de rôles. Je deviens le thérapeute et Laure devient la patiente. Les fous rires font évidement parties de ces scénarios surréalistes. Laure imite alors des pathologies mentales imaginaires. Je suis plié de rire devant ses simulacres de tics et de grimaces. Ces moments de détentes durent rarement plus d’une heure, entre deux consultations.
C’est en la quittant, un de ces froids après-midi de fin d’automne, que je reviens à la voiture garée devant la vitrine de la pharmacie. Ce n’est pas la première fois que je remarque cette jeune fille vêtue de sa blouse blanche qui officie à l’intérieur. M’a t-elle aperçu dans le crépuscule naissant ? Je fourre l’étui contenant la guitare sur le siège arrière. Je reste appuyé contre l’auto en faisant mine de consulter mon téléphone. Cette fois je veux en avoir le cœur net. Je l’aperçois revenir les bras chargés de petits paquets de papier kraft. Probablement de ces herbes à tisanes dont elle empli les étagères. Elle jette plusieurs coups d’œil dans ma direction. Je louche par-dessus mon téléphone jusqu’à risquer de m’en déboîter les globes oculaires. Elle s’en va. Elle revient. C’est un jeu, j’en suis convaincu. Aussi, bien décidé à en apprendre davantage, j’entre dans l’officine. Une grande pharmacie. Il y a plusieurs préparatrices. Le pharmacien doit certainement être ce type qui n’est pas sans évoquer le professeur Raoult. Il y a des clients. Je ruse. Je veux absolument avoir affaire à la jeune fille des paquets.
Aussi, ayant tout mon temps, j’invite des gens à passer devant moi afin qu’ils puissent se faire servir. Enfin ! L’occasion idéale se présente. La jeune fille passe derrière un comptoir. Je m’avance. << Bonsoir ! >> me fait elle. Est-elle troublée de mon audace, de mon intrusion ? Suis-je un “chasseur“ ? Toutes ces pensées que je devine en une fraction de seconde. Je dis : << Bonsoir, j’aimerais une boîte de Doliprane s’il vous plait ! >> Ma préparatrice me laisse. J’espère qu’elle ne va pas demander à une collègue de s’occuper de moi. Non. Ouf. Elle revient avec deux boîtes pour me demander : << Doliprane 500 ou Doliprane 1000 ? >> Jamais, dans mon existence je n’ai pris un de ces cachets. Mais comme je fais l’acteur, d’un ton plein de certitude, je réponds : << 1000 ! >> Devant son sourire discret, devant la préciosité qui émane de sa personne, j’ai envie de dire la vérité. Le Doliprane n'est évidemment qu’un prétexte. Je paie avec la carte. << Ticket ? >> me demande t-elle avec un sourire désarmant. Mon sang ne fait qu’un tour. Mais quel tour ! Je la remercie, je la salue pour sortir de la pharmacie. Installé au volant, je reste un moment à scruter dans le magasin.
Il fait nuit mais l’intérieur de la pharmacie est lumineux. Bon sang de bonsoir, la jeune fille revient aux étagères de la vitrine Elle regarde avec attention. M’a t-elle aperçu ? Je me sens soudain aussi stupide qu’un adolescent surpris en plein délire. Est-ce ma grosse berline Allemande qui attire ainsi son attention où le mec assis à l’intérieur ? Mystère et Doliprane 1000 ! J’ai beau être un vieux briscard, je suis troublé et n’en mène pas large. La voilà qui retourne servir une cliente. Je reste pour le test suivant. Je n’ai qu’à me féliciter pour cette patience. La préparatrice revient exactement au même endroit. Bon, il faut me décider. Il serait stupide de passer pour le "boulet“, pour le lourdingue. Surtout que j’ai l’âge d’être son père. Je démarre. J’évite d’allumer les phares pour ne pas l’éblouir. En roulant, je n’arrête pas de penser à cette étrange aventure. À ma témérité. On ne peut rester véritablement indifférent à de tels moments. Trop épatants. Trop rares aussi. Je me promets de revenir acheter des Doliprane lundi prochain. Je ne pense plus vraiment à tout cela en arrivant chez moi. Je trouve le courriel de Laure dans ma boîte mail. Contente de ma visite de l’après-midi.
La semaine passe, comme passent toutes mes semaines de privilégié. Entraînement physique le matin. La douche, trois heures de guitare. La préparation du repas. Peinture les après-midi de la mauvaise saison. Le lundi arrive. J’emmène ma guitare chez Laure. J’emmène également de ces délicieuses crêpes dentelles sèches et roulées comme des cigares. Un délice avec le chocolat chaud que prépare mon amie. J’aime l’écouter me raconter ses journées, ses rendez-vous, parfois jusqu’à huit patients par jour. << De quoi péter une durite ! >> aime t-elle à répéter. Elle imite les mimiques de certains “cas“. Quelques arpèges en bavardant. Il va être seize heures. Laure a encore deux rendez-vous. Je la laisse. << On se fait une bouffe vendredi soir, ça te dit ? >> me propose t-elle en me raccompagnant dans le couloir. Je réponds : << Avec plaisir mais c’est moi qui régale ! >> Je descends l’escalier avec l’étui de ma Martin à la main. Put-hein d’étui qui pèse une tonne. Je traverse le parking jusqu’à la voiture. Voiture qu’avec ruse et stratégie, j’ai garé devant la vitrine de la pharmacie. Le crépuscule annonce la nuit qui ne va pas tarder à tomber.
La fraicheur du soir est désagréable. Je porte ma veste Levi’s rembourrée de fourrure synthétique. Une écharpe brune assortie à mes bottines. Là, en levant les yeux machinalement, la jeune fille. Occupée aux étagères de la vitrine. Elle me voit à trimbaler mon étui que je dépose sur le siège arrière de l’auto. Est-ce l’esquisse d’un sourire ? Ai-je rêvé ? Une hallucination ? Il me faut absolument un Doliprane ! Faisant semblant d’aligner les paquets, la jeune fille baisse les yeux. J’entre dans le magasin. Il y a du monde. J’attends l’opportunité. J’ai tout mon temps et la situation me ravi. Je suis certain que ma préparatrice attend comme moi qu’un comptoir se libère. Je guette. Je ruse. J’invite de braves clients à passer devant moi. J’examine différents flacons de shampoings. Autant de stratégies. Ouf. Voilà l’occasion rêvée. Elle vient de se glisser derrière le comptoir libre. Je me précipite. Nul doute. Nous jouons au même jeu. La mayonnaise prendrait-elle ? C’est fantastique. C’est fabuleux et pour tout dire inouï. << Bonsoir ! >> me fait elle. Cette fois son sourire est franc. Son regard peut-être même pétillant de malice. Je ne suis pas vraiment objectif. Je peux très bien interpréter par fantasme.
Je réponds : << Bonsoir. J’aimerais une boîte de Doliprane ! >> Son sourire est magnifique quand elle demande : << Comme la dernière fois ? >> Je réponds : << Oui, comme la dernière fois et comme la prochaine fois ! >> Son sourire devient discrètement rire avant qu’elle ne s’éloigne. Elle revient avec la boîte jaune. Je paie par carte. Même question : << Ticket ? >> Je décline. Je salue la jeune fille avant de quitter le magasin. Comme lundi précédent, assis au volant, je regarde. Il fait nuit noire. Mais la luminosité éclatante, presque impudique de l’intérieur de la pharmacie, permet de voir chaque détail, chaque comportement. Quelle n’est pas ma surprise. Ma préparatrice revient aux étagères. Cette fois, sans chercher à s’en cacher, elle observe à l’extérieur depuis la vitrine. J’ai envie de lui adresser un petit signe de la main mais je m’abstiens. Ce serait certainement “lourd“. Elle s’en va et, comme dans la chanson, elle revient. Trois fois durant le quart d’heure où je reste là. Je me sens aussi ridicule que stupide mais, au diable les varices, c’est tellement bon. Et si j’agitais la boîte de Doliprane ? Non ! Pas une bonne idée non plus. Le mieux, c’est de démarrer.
Je m’en vais en roulant le plus doucement possible. J’ai toujours l’option “boîte automatique“, c’est parfois très pratique et ma préférence. J’aime rouler peinard. Comme la précédente, cette semaine passe dans la sérénité et la quiétude d’une vie calme et retirée. J’arrive chez Laure ce lundi pour quinze heures. Nous revenons sur notre repas au restaurant vendredi dernier. Ma psychothérapeute me raconte son weekend en famille, avec ses parents. J’écoute en jouant une de mes dernières compositions encore légèrement hésitante lors de certains passages ardus. Petits Lu avec bananes et fruits secs. Un délice avec le cappuccino. Seize heures trente. Il est temps de laisser Laure à son dernier rendez-vous. Je traverse le parking presque désert en trimbalant l’étui noir de mon OM-42 assez pourrie de l’époque. Mauvaise pioche. Cette fois, j’en suis sûr, la jeune fille attend ma venue. Il va faire nuit. Je dépose la gratte sur le siège arrière. Je m’avance vers la vitrine. Son sourire. C’est exquis. Je reste un instant debout devant la vitrine à la regarder faire semblant de s’affairer. Elle m’adresse un discret signe de la main. Ce que cela provoque en moi est de l'ordre de l'indicible.
J’entre dans la pharmacie. Il y a du monde. Cette fois, je m’approche de l’étagère pour la saluer le premier. Immédiatement elle me fait : << Bonsoir. Vous êtes guitariste ? Vous donnez des cours ici ? >> Je réponds : << Oui. Je ne viens pas pour donner un cours mais pour visiter quelqu’un ! >> Je n’en dis pas davantage. C’est presque en chuchotant que nous bavardons. Personne ne nous prête la moindre attention. Pour faire diversion, dans chaque main, je tiens un paquet d’herbes à tisanes. Nous nous présentons. Je fais la connaissance d’Anaëlle. Elle est étudiante à l’université voisine et accessoirement vendeuse. Il ne faut pas exagérer. Aussi, assez rapidement, je lui tends ma carte. Y figurent mon numéro de téléphone, mon adresse mail, ma chaîne Youtube. Comme s’il s’agissait d’un objet précieux, Anaëlle fourre la carte dans la poche arrière de ses jeans, soulevant sa blouse. Avant de me laisser en m’invitant à passer devant le comptoir qui se libère, la jeune fille me dit : << Je vous contacte très vite ! >> J’attends que le client qui me précède s’en aille.
C’est à mon tour : << Doliprane 1000 ? >> demande ma préparatrice. Je réponds : << Oui, j’en ai une belle collection à la maison ! >> Nous en rions tous deux de bon cœur. Je paie avant de filer. Assis dans la voiture, habité d’un étrange sentiment de satisfaction, je regarde les vitrines de la pharmacie. Anaëlle devant ses étagères. Cette fois ce n’est pas seulement un sourire, c’est également un discret signe amical de la main. Je fais de même. Je démarre. Sur la route du retour, je suis hanté par le film que je me passe et repasse inlassablement. C’est le lendemain soir, après le repas qu’en consultant mes courriels, je découvre celui d’Anaëlle. Nous allons échanger tous les soirs par mails. J’adore son expression écrite. Ce n’est que le samedi soir suivant que je reçois la réponse positive à mon invitation faite dès jeudi. Une randonnée pédestre demain, dimanche...
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