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Pour un rayon de soleilIl l’observait ; de loin, les lèvres crispées, les doigts serrés autour de sa lyre silencieuse.
Plus bas, un vieux château, restauré depuis quelques années pour accueillir des mariages, sa pierre grise, ocre par endroits, ses grandes baies vitrées ouvertes qui laissaient les invités aller et venir à leur guise, sa cour en graviers pâles, son labyrinthe au fond du jardin. Un décor de conte de fées.
Le soleil disparut derrière un épais nuage tandis qu’Apollon se renferma dans ses pensées. Rosélie le remarqua, bien sûr, leva les yeux, ses grands yeux gris, chercha une réponse dans le ciel. Sa petite sœur, la mariée, réclama toute son attention, attisant sans le savoir la jalousie d’un dieu, et Rosélie se laissa entraîner sur la piste de danse improvisée.
Il l’observa, amusé par toute sa maladresse dans une robe des siècles passés, inspirée des romans glamourisés de cette époque pas si lointaine pour lui, à peine un hier. Elle se laissa porter par un rythme rock des dernières décennies, en opposition complète avec le décor instauré. Un cavalier se présenta à elle et Apollon se renfrogna.
Le dieu baissa les yeux, son humeur soudain plus maussade. Les convives levèrent le nez de leurs verres quand des gouttes se mêlèrent à leur champagne et constatèrent le ciel pleurer une averse de plus en plus difficile à ignorer. Tous s’abritèrent à l’intérieur du château. Apollon resta là, à regarder depuis les hauteurs le désastre s’amonceler : les pieds des tables de buffet s’enfoncèrent dans la boue, quelques affaires oubliées sur les chaises se gorgèrent d’eau.
Des pas derrière lui. Alors qu’il s’attendait aux remontrances de sa propre sœur, un timbre doux le surprit :
— Apollon ?
Rosélie se tenait là, sa robe remontée jusqu’aux genoux, révélant les basquets pleines de boue cachées dessous. Elle s’agenouilla derrière lui, posa la tête sur son dos courbé et ce fut comme si l’amertume s’était évaporée. Avec un regard pour le désastre plus bas, elle le sermonna :
— Même pendant le mariage de ma sœur, tu me fais une scène ?!
Apollon ne répondit pas et elle soupira, se releva, marmonna à propos des robes fragiles tandis qu’elle frottait le tissu sali. Apollon suivit son mouvement d’un regard en biais et, d’un claquement de doigt, restaura le vêtement.
— Je ne m’excuserai pas.
— Bien sûr que non ! rit-elle. Un dieu qui s’excuse et demande pardon : quelle hérésie ! Tu veux venir ? proposa-t-elle.
— Un dieu à un mariage ? Tu m’as pris pour Héra ?
Elle se rapprocha, saisit sa main entre les siennes et rit de plus belle :
— Accorde-moi cette danse !
Il la laissa le tirer de sa bouderie et ils descendirent, lui en jean, elle en robe de mousseline, jusqu’à la piste de danse tandis que quelques visages timides profitaient de l’éclaircie pour retourner au jardin. Certains demandèrent qui était cet inconnu qui sembla ramener le soleil avec sa lyre accrochée à la ceinture, mais Rosélie les ignora, trop heureuse de pouvoir danser avec son dieu ; car, cet après-midi-là, Apollon répara la chaîne hi-fi et ils valsèrent sur la voix de Steven Tyler
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